mardi 27 octobre 2020
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Sophie Vincent : « Tout se jouera sur les 6 derniers mois de l’année »

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La fin du premier trimestre 2020 aura été marquée par la pandémie de Covid-19 et le confinement à partir de mi-mars. Comment l’économie monégasque traverse cette période ? Les réponses de Sophie Vincent, directeur de l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE).

Au premier trimestre 2020, quels ont été les premiers impacts de la crise sanitaire sur l’économie monégasque ?

On mesure déjà les premières conséquences de la crise sanitaire et des décisions prises par le gouvernement monégasque pour l’endiguer. Notre premier bulletin trimestriel de l’année traite des mois de janvier, février et mars 2020. Du coup, sur cette période, il n’y a que 15 jours de confinement, puisqu’on a été confiné à partir de mi-mars 2020. Pendant cette période, il y a donc eu une baisse d’activité, avec des disparités selon les secteurs. Certains secteurs ont été complètement fermés, pendant que d’autres ont eu une activité réduite. D’autres secteurs ont continué à fonctionner, notamment les commerces dits « essentiels », comme les supermarchés, mais aussi les banques et les assurances. Il est donc évident que ce premier bulletin pour 2020, mais surtout les trois qui vont suivre, devront être mis en perspective avec tout ce qu’il s’est passé sur ce début d’année 2020.

Pourtant, le chiffre d’affaires de la principauté, hors activités financières et d’assurance, a baissé de 84 millions d’euros (-2,6 %) sur les premiers mois de 2020 ?

En fait, cette baisse n’est pas si énorme que ça. Quand on a publié le premier bulletin de l’année 2019, on était à – 7 % sur le chiffre d’affaires de la principauté. Le début d’année 2019 était d’ailleurs assez terne, car il y avait beaucoup de problèmes sociaux en France, avec la crise des Gilets jaunes en France. Du coup, Noël avait été en demi-teinte pour le commerce. Tout ce qu’il se passe en France ou en Italie provoque toujours quelques répercussions à Monaco. Finalement, les 6 derniers mois de 2019 ont rattrapé les 6 premiers qui étaient assez moyens. En fait, avec une baisse de -2,6 % on est au niveau de 2017, voire même un peu au dessus. Enfin, il faut se rappeler que 2018 a été une très bonne année, voire même exceptionnelle.*

Sauf que, contrairement à 2019, on sait déjà que le deuxième trimestre 2020 sera forcément mauvais ?

En effet, pour 2020, on sait déjà que le second trimestre ne sera pas bon, puisqu’il y a dans cette période un mois et demi de confinement : tout le mois d’avril, plus la moitié de mai pour certaines activités, voire tout le mois de mai pour d’autres. Donc il n’y aura pas de miracle : le deuxième trimestre 2020 ne sera effectivement pas bon. Il faudra attendre début septembre 2020 pour avoir des chiffres précis, le temps que l’on consolide les données.

Quels sont les secteurs qui ont le plus souffert ?

En termes de chiffre d’affaires, mais aussi en termes d’emploi, le secteur hébergement – restauration avec une baisse de -28,5 % en chiffre d’affaires et -10 % pour l’emploi. Le commerce de gros a enregistré une baisse de chiffre d’affaires de -12,2 %, et le commerce de détail a chuté de -11,3 %. Les activités de transports, qui regroupent notamment les taxis, les véhicules de grande remise, a vu son chiffre d’affaires baisser de -18,7 %, pendant que l’industrie chutait de -16,3 %. Ce qui est assez logique, puisqu’avec la fermeture des frontières, il n’y avait plus de possibilité d’exporter.

Quels sont les secteurs qui ont le mieux résisté ?

Les activités immobilières ont connu une hausse de chiffre d’affaires de + 25 %. A la revente, c’est-à-dire sur les biens immobiliers de plus de 5 ans, il y a eu 100 transactions, ce qui représente une hausse de + 3,5 % sur le montant des transactions. Avec, en moyenne, une transaction par jour, au vu du contexte, c’est un très bon chiffre. Sur ce premier trimestre 2020, la lueur vient très clairement du secteur de l’immobilier.

D’autres secteurs sont parvenus à tirer leur épingle du jeu lors de ce premier trimestre 2020 ?

Quelques secteurs sont parvenus à créer des emplois. On peut citer le secteur de l’information et de la communication, qui recouvre notamment les activités informatiques, puisqu’il a fallu mettre en place le télétravail dans beaucoup d’entreprises et développer des logiciels adaptés. Voir ce secteur créer des emplois n’est donc pas une surprise. Ainsi, il y a eu une quarantaine d’emplois créés dans l’information et la communication.

Et le secteur du BTP ?

Le secteur du bâtiment a bien résisté, tant en termes de chiffres d’affaires qu’en termes d’emplois. Car les chantiers n’ont pas fermé longtemps. Du coup, le chiffre d’affaires a augmenté de 7 %, à 426,5 millions d’euros, et l’emploi a grimpé de 2,8 %.

Dans le secteur privé, l’emploi a baissé de 3 % par rapport au premier trimestre 2019 ?

La dernière fois que j’ai vu les chiffres de l’emploi baisser, c’était en 2008. Habituellement, au mois de mars on recrute des saisonniers, on recrute pour monter le Grand Prix… Du coup, à cause de la pandémie de Covid-19, ces emplois n’ont pas existé pour ce premier trimestre 2020. Il n’y a pas eu de perte sèche, ce sont des recrutements habituels qui n’ont pas eu lieu.

© Photo Direction de la Communication

« Avec l’annulation de ces gros événements, et avec des touristes qui ont beaucoup de mal à arriver jusqu’en principauté, c’est tout un pan de notre activité qui se retrouve en grande souffrance »

La fermeture des frontières a beaucoup pesé ?

Oui, cela a beaucoup pesé sur le commerce extérieur. Avec des frontières fermées, on ne vend plus et on n’achète plus. On ne peut ni exporter, ni importer. Les années 2018 et 2019 ont été de bonnes années pour le commerce extérieur, notamment pour le secteur des bijoux ou des produits de luxe. Au final, le premier trimestre de 2019 est revenu au même niveau que le premier trimestre 2016 et 2017 qui étaient des années plus « normales » pour cet indicateur. Maintenant que les frontières rouvrent, on peut garder un peu d’espoir.

La création d’établissements a chuté de -31 % ?

Ça se contracte, mais la balance reste positive, avec 37 créations sur le premier trimestre 2020, contre 85 en 2019. Janvier 2020 était même meilleur que janvier 2019. Et puis, à partir de février 2020 les rumeurs sur le Covid-19 et la crise ont rendu plus frileux les possibles créateurs d’entreprises. Du coup, en mars 2020, le nombre de création d’entreprises s’est effondré. En revanche, il y a eu un peu moins de radiations d’entreprises que pendant le premier trimestre 2019. Cela s’explique parce que les gens préfèrent rester prudents et attendre avant d’agir. Ils veulent voir comment la situation évolue.

La pandémie de Covid-19 se poursuit et aucun vaccin n’a été trouvé, ce qui provoque beaucoup d’incertitude : or, par essence, l’économie a horreur de l’incertitude ?

A Monaco, tout va dépendre de la capacité des entreprises à s’adapter et à rebondir. Des mesures de soutien économique ont été annoncées par l’Etat afin d’accompagner l’emploi et l’économie. Ce que l’on a pu observer dans le passé dans des situations difficiles, c’est que la taille de notre territoire fait que lorsqu’une décision est prise, l’effet est directement ressenti. Que ce soit une décision politique ou une décision d’entreprise. Monaco a une capacité de rebond et d’adaptation qui est facilitée par la taille de nos entreprises et de notre territoire. Nous avons aussi une administration de proximité qui est en capacité d’analyser les dossiers au cas par cas, et de faire du sur-mesure. Cela est possible parce qu’on connaît nos opérateurs et qu’il y a un lien direct entre les services de l’Etat et les opérateurs. C’est peut-être ça qui va jouer en notre faveur et qui nous permettra d’obtenir un redémarrage économique plus rapide que dans de grands pays où, assez logiquement, les lourdeurs administratives sont plus prégnantes.

Si l’Etat n’avait pas injecté plusieurs dizaines de millions d’euros pour soutenir l’emploi et l’économie monégasque, la situation aurait été bien pire ?

Certainement. Il était important de sauvegarder l’emploi, pour que les gens conservent du pouvoir d’achat et puissent consommer, tout en faisant tourner les entreprises de la principauté. Il faut aussi que les entreprises restent à Monaco et qu’elles continuent à générer de la TVA. D’ailleurs, en Europe tous les pays ont soutenu leurs économies. Sans aucune mesure, tout s’effondre et c’est fini. Gérer l’emploi en temps de crise, c’est la base. Car si l’emploi n’est pas suffisamment soutenu, cela ne fait que déporter le problème. En effet, sinon, l’Etat doit gérer les personnes sans emploi, donc le coût incombe encore et toujours à l’Etat, via le soutien social. De plus, quand on perd son travail, on consomme beaucoup moins. Ce qui a des conséquences pour les commerces et les établissements.

Au final, globalement, quel regard portez-vous sur ce premier trimestre 2020 ?

Ce n’est pas la catastrophe. Finalement on se retrouve au niveau d’années comme 2016 ou 2017, qui étaient des années correctes. Mais il faut rester prudent dans l’analyse, car il n’y a que 15 jours de confinement qui ont été pris en compte dans cette étude.

Les résultats du deuxième trimestre 2020 seront donc forcément mauvais ?

Avec un mois et demi de fermeture et de réduction d’activité, il y a peu d’espoir pour que le deuxième trimestre 2020 soit meilleur que le premier. Après, tout se jouera sur les 6 dernier mois de l’année. Sauf deuxième vague de Covid-19, tout aura rouvert. Mais il ne sera pas possible de rattraper ce qui aura été perdu : le Grand Prix de Monaco 2020 n’a pas eu lieu et ses retombées économiques sont très importantes pour la principauté. C’est la même chose pour le Yacht Show 2020 qui a lui aussi été annulé. Or ce sont des événements qui ont des effets positifs indirects sur le commerce, sur la restauration, sur l’hébergement…

Du coup, Monaco est-il devenu trop dépendant de ces grands événements qui pèsent lourd pour ses finances ?

Ces événements font partie de l’économie monégasque. L’hébergement et la restauration sont l’un des piliers de notre économie. Ce pilier vit par le tourisme de luxe, mais aussi par les grands événements. Donc, forcément, avec l’annulation de ces gros événements, et avec des touristes qui ont beaucoup de mal à arriver jusqu’en principauté, c’est tout un pan de notre activité qui se retrouve en grande souffrance.

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