mercredi 23 septembre 2020
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« C’est une crise sans précédent » pour l’aéroport Nice Côte d’Azur

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Comment l’aéroport de Nice Côte d’Azur, qui est le deuxième en France derrière Paris, amorce-t-il son redécollage après la période de confinement ? Alors que l’Etat monégasque est actionnaire de cette structure à hauteur de 12,5 % depuis juillet 2017 (1), quel impact social et économique aura le Covid-19 ? Pour le savoir, Monaco  Hebdo a interrogé Isabelle Baumelle, directrice des opérations et du développement des compagnies à l’aéroport de Nice-Côte d’Azur.

Comment ferme-t-on le deuxième aéroport de France, derrière Paris ?

Nous avons enregistré un nombre de passagers en baisse de quasiment 98 % par rapport à nos chiffres habituels sur la même période. Mais notre aéroport n’a jamais été totalement fermé. Des équipes sont restées présentes pour garantir à la fois une mission de service public, avec notamment tous les vols de continuité vers Paris et la Corse. Mais aussi pour préparer la reprise, avec notamment toute la politique sanitaire, de manière à pouvoir reprendre le trafic avec toutes les conditions nécessaires.

Combien d’avions ont continué à voler pendant le confinement ?

Au pire de la crise, nous avions trois ou quatre vols par jour, et ces mouvements-là étaient traités comme habituellement. Toute la partie « sécurité aéronefs » n’a pas changé. A titre d’exemple, il faut savoir que le travail des équipes chargées d’inspecter les pistes ne peut pas être stoppé tant qu’un seul avion circule.

A Orly, environ 80 avions ont été stockés : et à Nice ?

Aucun. Nous n’avons pas eu de demandes de la part des compagnies aériennes. Elles ont certainement préféré stocker sur les aéroports où elles ont leurs “hubs” ou leurs bases. EasyJet s’est par exemple tourné vers sa base de Berlin ou de Luton, alors qu’Air France a beaucoup occupé Orly et Paris-Charles de Gaulle.

Quelles autres activités ont continué sur votre aéroport pendant le confinement ?

Nous avons poursuivis les investissements réglementaires et sécuritaires qui, de toute façon, devaient être faits dans le cadre de l’année 2020. Du coup, comme il n’y avait pas de trafic, nous en avons profité pour les faire à ce moment-là.

Vous avez dû faire appel au chômage ?

Environ 550 à 600 salariés travaillent dans notre aéroport. Pendant le confinement, 90 % de notre personnel a été mis au chômage partiel. Impossible de faire autrement, avec seulement trois ou quatre vols par jour, contre à peu près 300 à 340 vols habituellement à la même période.

Quel est le climat autour de cette réouverture ?

La reprise est très attendue. On reçoit d’ailleurs beaucoup d’appels à ce sujet. En fait, c’est un peu comme pour les terrasses des cafés : pour le transport aérien, on sent aussi une forte demande. Non seulement pour les vacances d’été, mais aussi, par exemple, pour les étudiants qui viennent d’avoir les réponses de Parcoursup et qui doivent se déplacer pour aller voir des écoles. Nous avons donc déjà beaucoup travaillé sur les mesures de reprise sanitaire, mais également pour faire revenir les compagnies à Nice. Bref, on sent que la reprise est train de se profiler à l’horizon.

Comment se présente cette reprise ?

Cette reprise sera très progressive. A partir de mi-juin 2020, on aura 20 ou 25 destinations à proposer. C’est très mouvant. Tous les jours, des destinations s’ajoutent. Plus d’une dizaine de compagnies aériennes vont reprendre. Elles proposeront des vols vers Paris, Lyon, Nantes, Strasbourg, Toulouse, Lille, Bordeaux et la Corse, avec Figari, Calvi, Ajaccio et Bastia.

Et pour l’Europe ?

A partir du 15 juin 2020, on devrait pouvoir voyager à nouveau en Europe. Nous avons des reprises de lignes sur l’Angleterre, la Suisse, avec Genève et Zurich. Mais aussi l’Allemagne, avec Francfort et Munich, sans oublier Bruxelles. Les vols vers les pays de l’Est devraient aussi reprendre, avec la Pologne, la Bulgarie et la Hongrie.

Comment ça se présente pour l’été 2020 ?

Pour début juillet 2020, on aura des vols pour Barcelone, pour Dublin, pour Copenhague, et pour Londres Stansted. La compagnie aérienne Volotea ouvre deux nouvelles destinations sur la France à partir du 1er juillet : Caen et Brest. Donc on voit bien que ça reprend doucement.

© Photo Aéroports de la Côte d’Azur

« Environ 550 à 600 salariés travaillent dans notre aéroport. Pendant le confinement, 90 % de notre personnel a été mis au chômage partiel. Impossible de faire autrement, avec seulement trois ou quatre vols par jour, contre à peu près 300 à 340 vols habituellement à la même période »

Il y aura des vols vers l’Italie ?

Pour le moment (2), nous n’avons pas d’informations de la part d’Alitalia. Mais EasyJet propose aussi beaucoup de vols vers l’Italie et leur programme pour juillet et août 2020 devrait être révélé dans les jours qui viennent. En tout cas, pour l’été 2020, l’essentiel du trafic va se concentrer sur la France et sur l’Europe.

C’était la première fois de son histoire que votre aéroport fermait ?

C’est une crise sans précédent. On n’a jamais eu un trafic aérien arrêté à 99 %. D’une manière générale, je remarque que le transport aérien est touché par une crise tous les 10 ans environ, qui se traduit par une diminution du trafic. Nous avons eu la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988, puis les attentats du 11 septembre 2001, le volcan islandais avec l’éruption de l’Eyjafjöll en 2010, et maintenant le Covid-19. Mais il n’y avait jamais eu de pandémie, et nous n’avions jamais été impacté à un tel niveau.

Depuis mi-mars 2020, à combien sont estimées les pertes (3) ?

Pour le moment, nous n’avons pas de chiffres. Mais ce sont des pertes conséquentes. En 2019, nous étions à 14,5 millions de passagers. Pour 2020, j’ignore à combien de passagers on finira l’année. Mais si on termine 2020 avec une baisse de 50 %, ce sera bien. Nous avons perdu deux mois et demi, et c’est énorme. Il faut savoir qu’habituellement, le mois de mai représente 1,3 millions de passagers pour l’aéroport de Nice. Et on en a fait 20 000 cette année.

L’impact du Covid-19 va-t-il provoquer une vague de licenciements à l’aéroport de Nice ?

Nous faisons tout pour éviter un plan social. Pour cela, nous avons supprimé beaucoup d’investissements, sauf ce qui est sécuritaire et réglementaire, bien sûr. Nous avons dû faire des arbitrages, parfois difficiles, de manière à couper toutes les dépenses qui pouvaient l’être. Il a aussi été demande aux salariés de faire des efforts en ce qui concerne les réévaluations de salaires qui n’ont donc pas été appliquées. Surtout, nos actionnaires, et cela concerne donc Monaco, ont renoncé à leurs dividendes sur l’exercice en cours. Si le trafic aérien reprend, et si la région reste une destination attractive pour les touristes, toutes ces mesures devraient pouvoir nous permettre d’empêcher un plan social. Mais j’ai très peu de visibilité. Il est donc très difficile de se prononcer aujourd’hui.

Qu’est-ce qui pourrait être décisif dans cette réouverture ?

Ce qui est sûr, c’est que plus l’international rouvrira tard, et plus nous serons pénalisés. Nous sommes dans un métier de transport et de flux. Donc, plus il y a des barrières à ces flux, plus cela nous met en péril.

L’extension du terminal 2 de votre aéroport  (4) est donc mise entre parenthèses ?

Cette crise a montré le poids économique de l’aéroport de Nice sur le tissu économique local. Non seulement nous sommes un pourvoyeur d’emplois directs, mais aussi indirects. Tout un écosystème dépend du transport aérien. Que ce soit les entreprises d’assistance en escale, les commerces, les prestataires sûreté, les sous-traitants, et même, les taxis. Il faut se souvenir de cela, à l’heure où l’extension du terminal 2 a été mis en “stand-by”. Pourtant, ce projet reste pertinent, et il conserve toute sa raison d’être. Mais la croissance du trafic va mettre 3 ou 4 ans pour repartir, et revenir au niveau de 2019. On aura alors à nouveau le même volume de passagers, et la question du terminal 2 se posera à nouveau.

L’Etat français a délivré le permis de construire pour la nouvelle extension du terminal 2 le 31 décembre 2019, mais des associations contestent ce projet pour des raisons écologiques (5) ?

Une procédure judiciaire est en cours. Mais aujoud’hui, on voit bien que ce projet est aussi un moyen d’assurer la croissance économique et le maintien des emplois.

© Photo Aéroports de la Côte d’Azur

« Le transport aérien est touché par une crise tous les 10 ans environ, qui se traduit par une diminution du trafic. Nous avons eu la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988, puis les attentats du 11 septembre 2001, le volcan islandais avec l’éruption de l’Eyjafjöll en 2010, et maintenant le Covid-19. »

Quelles mesures sanitaires sont mises en place à l’aéroport de Nice et dans les avions ?

Les aéroports asiatiques ont rouvert avant nous, donc on a regardé ce qu’ils ont fait, et on s’est inspiré de leur expérience. Deux grands axes ont émergés. D’abord, la désinfection. On s’est donc équipé d’un robot autonome, déjà utilisé dans les hôpitaux et dans des aéroports asiatiques, qui émet des UV virucides et bactéricides. Ce robot nous a permis d’assurer une désinfection, avant la mise en exploitation de l’aéroport. En plus de cela, nous avons mis en place des équipes spécifiques chargées de la désinfection. Ces équipes passent très régulièrement sur toutes les zones de contact où les passagers vont se rendre. Pour la partie ventilation, les filtres ont été changés.

Et le deuxième axe ?

Le deuxième axe concerne les mesures de distanciation. Nous avons installé du plexiglas sur toutes les banques d’enregistrement, et sur toutes les portes d’embarquement. Au sol, des marquages ont été ajoutés pour permettre de conserver la distanciation nécessaire. Tous les écrans rappellent que le port du masque est obligatoire, ainsi que la nécessité de respecter une distance d’un mètre entre chaque passager. Tous les quarts d’heure, des annonces sonores rappellent également qu’il faut penser à garder ses distances. Les flux ont aussi été revus, pour éviter que les gens ne se croisent.

Et dans les avions ?

L’objectif est de permettre aux passagers de reprendre l’avion dans des conditions sanitaires irréprochables. Donc, certaines compagnies aériennes prennent la température des passagers avant de monter dans l’avion. De plus, le masque est obligatoire. Dans les avions, il permet d’éviter les mesures de distanciation. Dans un décret publié le 31 mai 2020, mis à jour le 2 juin 2020, il est en effet indiqué qu’il n’y a pas d’obligation de laisser des sièges vides, dans la mesure où on porte un masque. Et heureusement, car sinon les compagnies aériennes n’arriveraient pas à être rentables. Notamment sur les vols long-courriers, qui intéressent d’ailleurs souvent la clientèle monégasque, et où la rentabilité reste l’un des premiers critères.

Justement, sur les vols long-courriers, à quoi faut-il s’attendre pour l’été 2020 ?

On sait déjà que Delta United ne reviendra pas pour desservir les aéroports de New York John Fitzgerald Kennedy (JFK) et de New York Newark pendant l’été 2020. On les aura certainement la saison prochaine. La situation est la même pour la Chine. On voit donc bien que nos vols internationaux au départ de Nice sont directement impactés par cette pandémie de Covid-19, à la fois à cause de problèmes de rentabilité, mais aussi d’ouvertures des frontières.

Comment voyez-vous l’avenir ?

C’est la loi de l’offre et de la demande. Plus la demande sera forte et plus les compagnies rajouteront des vols. Aujourd’hui, les compagnies ont mis en place un programme de vol « initial » pour tâter le terrain et voir la réaction des passagers. Si le public a confiance dans le transport aérien et dans toutes les mesures sanitaires qui sont mises en place, les compagnies s’adapteront et elles remettront plus de vols.

1) Privatisé en 2016, l’aéroport de Nice Côte d’Azur est contrôlé à 64 % par un consortium qui associe l’entreprise italienne Atlantia (ex-Autostrade, filiale du groupe Benetton et gestionnaire de l’aéroport de Rome), EDF Invest et l’Etat monégasque. Le tour de table inclut aussi la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Nice pour 25 %, ainsi que les collectivités locales.

2) Cette interview a été réalisée le 4 juin 2020.

3) En 2018, l’aéroport de Nice – Côte d’Azur a réalisé un chiffre d’affaires de 279,2 millions d’euros et un bénéfice de 51,5 millions d’euros.

4) L’objectif de l’extension du terminal T2 était de porter la capacité l’aéroport de Nice à 18 millions de passagers par an d’ici 2022, soit 4 millions de plus qu’en 2020. Ce projet prévoyait l’extension des locaux existants, soit 25 211 m² supplémentaires pour atteindre, à terme, 97 765 m² de surface de plancher. A savoir six nouvelles salles d’embarquement, une salle d’enregistrement des bagages et une de livraison des bagages.

5) Fin février 2020, l’extension du terminal T2 a été validé par le tribunal administratif de Nice, rejetant ainsi le recours lancé par quatre associations, France Nature Environnement Provence Alpes Côte d’Azur, FNE Alpes-Maritimes, Capre 06 et le Collectif citoyen 06.

Ces associations estiment que d’ici 2030, il y aura 22 000 vols supplémentaires, tout en dénonçant le « surtourisme » dans la région. Craignant des malades et même des morts provoqués par l’impact de ce projet, le représentant de ces associations, Thierry Bitouzé, a annoncé que la bataille se poursuivrait désormais devant la cour de cassation, sans écarter la possibilité de lancer aussi un recours en annulation.

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