dimanche 28 novembre 2021
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Les chauffeurs taxis de Monaco vent debout contre la concurrence étrangère

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La veille du Grand Prix de Monaco, 51 chauffeurs taxis en colère ont mené une opération escargot autour du circuit, pour protester contre la publication d’un arrêté ministériel élargissant le droit à la concurrence limitrophe d’exercer en principauté.

Les discussions semblent se poursuivre avec le gouvernement monégasque (1), pour trouver un terrain d’entente.

La grogne s’est fait entendre jusqu’au ministère d’État. Mercredi 19 mai 2021, la veille du début du Grand Prix de Formule 1, un cortège de 51 chauffeurs taxis en colère a mené une opération escargot autour du circuit, chapeautée par l’association des exploitants de taxis indépendants de Monaco (AETIM). En cause : l’élargissement supposé de l’ouverture à la concurrence étrangère des chauffeurs limitrophes, jusque-là fortement limités dans leur droit d’exercer en principauté. Pour prétendre exercer la profession de chauffeur taxi à Monaco, les professionnels extérieurs doivent en effet se voir délivrer une vignette, parfois appelée “macaron”, auprès de la principauté. En 2021, 140 macarons ont par exemple été délivrés aux VTC étrangers. Mais, selon le président de l’AETIM, Christophe Bovini, le ministre d’État, Pierre Dartout, aurait « ordonné que des macarons soient vendus à tous les taxis des communes limitrophes ayant fait une demande, y compris à ceux ayant attiré défavorablement l’attention des services de police dans le passé. » Cette goutte d’eau aurait donc fait déborder le vase d’une profession qui aurait perdu près de 70 % d’exploitation en 2020, par rapport à l’année 2019, selon l’AETIM : « La crise que nous traversons est sans précédent, et nous avons le sentiment que notre propre gouvernement ne prend pas toutes les mesures pour faire respecter le principe de priorité nationale, au profit de transporteurs étrangers sans scrupule », ajoutait Christophe Bovini mercredi 19 mai 2021.

Selon l’AETIM, Jean Castellini aurait conclu, avec le président des taxis niçois, Fabrice Cavallera, la cession de douze vignettes de prise en charge en principauté pour calmer le jeu

Mésentente au sujet des professionnels niçois

L’origine de la grogne remonterait en réalité au début du mois de mai 2021. Une réunion aurait en effet été organisée entre le gouvernement princier et les taxis niçois le lundi 3 mai après-midi, avec pour objectif de rétablir « une bonne entente » entre les deux entités, selon l’AETIM, alors que certaines « actions condamnables » auraient été observées « à l’encontre de certains taxis monégasques ». Toujours selon l’AETIM, le conseiller-ministre des finances et de l’économie, Jean Castellini, aurait conclu, avec le président des taxis niçois, Fabrice Cavallera, la cession de douze vignettes de prise en charge en principauté pour calmer le jeu. Cet accord devait ainsi se conclure par la modification de l’arrêté ministériel réglementant la prise en charge des transporteurs étrangers. Avec un point d’honneur toutefois : seuls les chauffeurs n’ayant eu aucun problème professionnel à Monaco pourraient prétendre à l’acquisition d’un macaron. Problème : l’arrêté ministériel en question [n° 2021-361 du 6 mai 2021 — NDLR], paru dans Le Journal Officiel du 14 mai 2021, aurait été rédigé dans la précipitation, d’après l’AETIM : « Nous avons souligné l’empressement du gouvernement quant à la vente desdites vignettes. En effet, Le Journal Officiel du 14 mai 2021 n’a été publié que le lundi 17 mai, et la vente de onze vignettes, sur les douze préalablement négociées avec le syndicat des taxis de Nice, a été faite moins de deux jours après, dans la matinée du mercredi 19 mai. » Ce n’est pas tout : « certains transporteurs étrangers réalisent un grand nombre de prises en charge en principauté, alors que la flotte des vingt véhicules électriques saisonniers a été mise en suspens pour les saisons 2020 et 2021, ajoute le secrétaire général de l’association, Anthony Franco. L’État monégasque ne perçoit aucune TVA sur les prises en charge effectuées par les transporteurs étrangers et indemnise en parallèle les propriétaires de véhicules électriques qui restent au garage. » Outre la dernière réunion organisée au ministère d’État le vendredi 21 mai 2021, une prochaine serait programmée le vendredi 28 mai après-midi avec Pierre Dartout, « afin de trouver des solutions qui apaiseraient les tensions entre les corporations des taxis Niçois et Monégasques, et qui permettraient de rééquilibrer notre activité », précise l’AETIM.

« Certains transporteurs étrangers réalisent un grand nombre de prises en charge en principauté, alors que la flotte des vingt véhicules électriques saisonniers a été mise en suspend pour les saisons 2020 et 2021 »

Anthony Franco. Secrétaire général de l’association des exploitants de taxis indépendants de Monaco

Pour Stéphane Valeri, « la priorité nationale doit s’appliquer, dans ce secteur comme dans les autres »

«Le Conseil national n’avait pas été tenu informé par le gouvernement des décisions qu’il a prises concernant les vignettes accordées à des taxis extérieurs à Monaco. Force est de constater aujourd’hui une forte mobilisation de la part des taxis de la principauté, ce qui indique une incompréhension manifeste et une vive émotion. Il est évident, plus encore dans cette période difficile concernant leur activité, qu’une attention toute particulière doit leur être portée. Pour notre assemblée, la priorité nationale doit s’appliquer, dans ce secteur comme dans les autres. La rencontre entre le ministère d’État, avec qui je me suis entretenu à ce sujet, et une délégation des taxis monégasques ce vendredi, devrait contribuer à apaiser la situation, et je souhaite que des solutions satisfaisantes soient trouvées à son issue. »

1) Contacté par Monaco Hebdo, le gouvernement monégasque n’a pas répondu à nos questions avant le bouclage de ce numéro, le 25 mai 2021.

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Monaco Hebdo