lundi 27 septembre 2021
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Chantier Carmelha : “success story” d’une alliance francophone à Monaco

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La construction du nouvel immeuble Carmelha, qui accueillera 25 logements domaniaux, est innovante, puisqu’elle commence par le toit.

Chantier sans grue, occasionnant moins de bruit, il s’agit d’une première en Europe. Un chantier qui associe une entreprise québécoise et une française, bien décidées à se faire la vitrine d’alliances francophones à succès en principauté.

Plus qu’un chantier, la construction de l’immeuble Carmelha au quartier La Rousse est un peu l’histoire d’un coup de cœur francophone entre une entreprise française et une autre du Québec, toutes deux réunies à Monaco. Une histoire qui a commencé un 24 décembre 2019, sur messagerie électronique. Julien Homo, dirigeant du groupement FH Metal, dont la filiale de métallerie bretonne FER MET ALU chapeaute, en partie, la construction de l’immeuble de neuf étages à destination des Monégasques, entre en contact avec Jacques Gauthier, directeur développement de l’entreprise québécoise Upbrella. Elle réalise des chantiers innovants depuis dix ans au Canada : « Je cherchais une technologie pour répondre aux défis de la construction urbaine de demain. Quand on se projette à horizon 2050, on s’est tous lancé des défis pour les générations à venir, et pour nous-mêmes. Dans la technologie Upbrella, j’ai trouvé un moyen de passer à l’action. » Cette fameuse technologie consiste à travailler sans grue — chose rare dans le milieu du bâtiment — et à entamer la construction d’un immeuble par le toit, plutôt que par le bas, en utilisant un système de levage qui permet d’ajouter des planchers les uns par-dessus les autres, toujours en dessous du toit. En Europe, personne n’avait encore expérimenté cette technique et le chantier de Monaco est donc une première du genre sur le continent. La principauté était en quête de solutions durables, et moins bruyantes, pour ses futurs chantiers. Le procédé Upbrella permet ainsi de ne pas dépasser les 85 décibels selon cette entreprise, qui a déjà réalisé six chantiers de ce type au Canada, avec des structures en bois, mais aussi en métal et en béton, ainsi qu’un projet de rehaussement de six étages d’un hôtel de Montréal.

chantier Carmelha monaco
« Je cherchais une technologie pour répondre aux défis de la construction urbaine de demain. Quand on se projette à horizon 2050, on s’est tous mis en effet des défis pour les générations à venir, et pour nous-mêmes. » Julien Homo. Dirigeant du groupement FH Metal © Photo Upbrella

En Europe, personne n’avait encore expérimenté cette technique et le chantier de Monaco est donc une première du genre sur le continent

Choisis par l’État

Mais il n’était pas forcément question pour les deux dirigeants de collaborer à Monaco particulièrement, lorsqu’ils sont entrés en contact pour la première fois. C’est plutôt l’opportunité offerte par le gouvernement princier de s’associer sur le chantier de l’immeuble Carmelha qui les a fait se réunir en principauté : « Le choix de la technologie Upbrella résulte du dialogue compétitif ayant conduit au choix de l’entreprise en charge des travaux de charpente clos-couvert, explique Jean-Luc Nguyen, directeur des travaux publics de Monaco, qui organise la maîtrise d’œuvre. L’État a choisi de retenir un système innovant de protection anti-bruit, sécuritaire pour les conditions de travail des ouvriers, et assurant une protection de la structure bois pendant la construction. Au sein du groupement retenu, l’entreprise de charpente FER MET ALU est chargée de la fourniture et de la pose de cette structure de couverture et de protection, sous le contrôle de l’entreprise Upbrella. » Sur ce chantier, les entreprises Caroli Bat et Caroli T.P. sont également partie intégrante du projet. Elles réalisent la structure en béton sur laquelle est fixée l’armature métallique, essentielle pour stabiliser l’immeuble à cette construction, tant singulière.

« Des valeurs communes »

Malgré les 6 000 kilomètres de distance qui les séparent, et malgré une communication exclusivement réduite aux visioconférences, devenues monnaie courante depuis la pandémie de Covid-19, l’entente a été rapide entre ces deux dirigeants. « On s’est compris », aime le dire Jacques Gauthier, l’accent chantant. C’est d’ailleurs ce qu’avait prédit la déléguée générale du Québec en France et à Monaco, Michèle Boisvert, qui était présente sur le chantier le 19 juillet 2021, avant de donner une conférence en partenariat avec le Monaco Economic Board : « Ce qui rassemble Monaco et le Québec, c’est une langue et des valeurs communes. Ensemble, on peut faire des affaires à l’américaine, mais avec un socle commun, en français. » Et c’est exactement ce qu’a pensé Julien Homo lorsqu’il est entré en contact avec Upbrella : « les alliances franco-québécoises sont réalisables en termes de cultures et de valeurs. On peut se comprendre, c’est important de le souligner. »

« L’État a choisi de retenir un système innovant de protection anti-bruit, sécuritaire pour les conditions de travail des ouvriers et assurant une protection de la structure bois pendant la construction »

Jean-Luc Nguyen. Directeur des travaux publics à Monaco

Vingt-cinq logements pour les Monégasques d’ici 2023

Cette alliance francophone devrait profiter directement aux Monégasques, puisqu’elle permet la construction de 25 logements domaniaux qui leur seront exclusivement réservés, d’ici la fin de ce chantier programmée pour l’été 2023. L’immeuble Carmelha, entièrement réalisé en bois lamellé-croisé, sera situé avenue Saint-Roman, au croisement du boulevard d’Italie, accolé au chantier de Testimonio II et II-bis, un autre dossier également encadré par Caroli Bat et Caroli T.P.. Il fera dix étages et culminera à 47 mètres une fois achevé [lire notre encadré, par ailleurs — NDLR]. Si son chantier est peut-être un peu plus cher que la moyenne, avec un montant global estimé à 36 millions d’euros TTC, la technique Upbrella promet cependant un gain de temps, grâce à la préfabrication. Elle promet ainsi moins de nuisances à long terme également, liées à la construction, bien qu’elles soient réduites de base, grâce au procédé québécois. Le chantier de l’immeuble Carmelha est d’ailleurs mis en avant par la Mission pour la transition énergétique (MTE), pour sa contribution aux engagements de réduction de gaz à effet de serre. La filière construction représente en effet près de 30 % de leurs émissions en principauté, selon l’organisme monégasque. Toutes les solutions innovantes sont donc les bienvenues pour limiter l’impact écologique. En fonction du bilan tiré de ce chantier atypique, d’autres pourraient éventuellement suivre avec cette même technologie, nous a indiqué Jean-Luc Nguyen.

Testimonio II Monaco Caroli Bat
© Photo Clément Martinet / Monaco Hebdo.

Testimonio II : Le béton armé de la première tour est achevé

De son côté, la première tour de Testimonio II a atteint son dernier étage après 18 mois de travaux, nonobstant l’arrêt dû au Covid-19. Les équipes de Caroli Bat sont mobilisées sur ce projet pour le compte du groupe Marzocco et de Vinci Immobilier. La tour Testimonio II abrite 181 logements domaniaux, contre 167 appartements domaniaux pour la tour Testimonio II bis. Avec la deuxième tour du projet Testimonio II-bis, qui devrait être livrée en 2023, cet ensemble proposera donc un total de 348 appartements de 2 à 5 pièces destinés aux Monégasques, 1 100 places de parking sur 13 niveaux, dont 200 à 300 publiques, une crèche de 50 places au rez-de-chaussée, ainsi que l’école internationale de Monaco qui pourra accueillir à partir de 2023 jusqu’à 700 élèves, sur une surface de 10 000 m2. L’opération Testimonio II comporte aussi une partie résidentielle privée, baptisée le Bay House, qui comporte 59 résidences privées, dont 54 appartements spacieux (de 250 m2 à 1 000 m2), et cinq villas de grand luxe (de 1 400 à 2 500 m2) avec jardin-terrasse et piscine. Les résidences du Bay House devraient être terminées en 2024. Cet ensemble immobilier se situe sur la dernière grande parcelle de terrain constructible de la principauté, entre le boulevard d’Italie et l’avenue princesse Grace. Ce projet contient deux tours de 27 et 31 étages, réalisées et livrées clés en main par l’entreprise Caroli Bat, avec des hauteurs respectives de 90 et 100 mètres chacune.

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