vendredi 27 novembre 2020
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Roland de Rechniewski : « Les bus 100 % diesel auront quasiment disparu d’ici 2025 »

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Bus électriques, bus à hydrogène… Comment rendre les transports en commun monégasques encore plus écolo ? Roland de Rechniewski, directeur d’exploitation de la Compagnie des Autobus de Monaco (CAM), a répondu aux questions de Monaco Hebdo. Interview.

A quand remonte la volonté d’avoir des bus plus écolo ?

Même après la Deuxième Guerre mondiale, l’attention était portée sur l’entretien des moteurs, afin qu’ils ne fument pas. La première expérience de bus électrique, c’était en 1982, avec un prototype de bus suisse. Mais comme c’était une technologie naissante, ce bus n’arrivait pas à monter l’avenue d’Ostende. Au fur et à mesure des essais, on s’est aperçu que l’autonomie n’était pas encore au rendez-vous par rapport à nos besoins, notamment par rapport à la topographie de Monaco.

Quelle a été l’étape suivante ?

Dès 1998, l’ensemble du parc de bus a commencé à rouler au Diester B30. Ce qui nous a permis d’économiser 23 % d’émissions fossiles. Car le Diester, c’est 30 % de carburant obtenu à partir d’huile végétale ou animale, et 70 % de carburant issu du pétrole. Du coup, associés au Diester, les derniers bus hybrides que l’on a reçus il y a deux ans et demi, nous permettent d’être à -50 % d’émissions par rapport à un bus diesel classique. Je rappelle que l’objectif de départ, fixé par le prince Albert II, c’est la division par deux des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

Aujourd’hui, quelle est la situation ?

Les choses s’accélèrent. Il faut rappeler qu’un bus hybride est un bus électrique avec des batteries, des moteurs électriques, de l’électronique pour piloter l’ensemble, et un moteur diesel qui recharge les batteries lorsque c’est nécessaire. Ce type de véhicule permet d’économiser du carburant. A Monaco, un bus classique consomme environ 55 à 57 litres/100 kilomètres, contre 35 litres pour un bus hybride de dernière génération. Depuis 2016, les bus hybrides nous ont fait entrer petit à petit dans le monde de l’électrique. Et aujourd’hui, on se rend compte des difficultés que suppose la gestion ce type de matériel.

Pour rendre votre parc de bus encore plus écolo, quel type de matériel allez-vous acheter ?

Il a été décidé que les futurs bus seraient 100 % écologiques et 100 % non émetteurs de CO2. Nous allons donc probablement nous tourner vers une solution qui passera par des bus électriques. C’est en tout cas ce qui se dessine aujourd’hui. Nous sommes en train de faire des tests pour choisir le véhicule le mieux adapté au contexte monégasque. La topographie, le besoin de climatisation, le niveau de fréquentation… Ce sont autant de points à prendre en compte. De plus, il faut savoir que, par rapport à sa taille, Monaco affiche environ 200 voyages par habitant et par an, ce qui est le double de Nice. Sans le métro, Paris est à 150 voyages par habitant et par an.

Roland de Rechniewski, directeur d’exploitation de la Compagnie des Autobus de Monaco (CAM) © Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

« La première expérience de bus électrique, c’était en 1982, avec un prototype de bus suisse. Mais comme c’était une technologie naissante, ce bus n’arrivait pas à monter l’avenue d’Ostende »

Il y a aussi la question de la recharge de ces bus ?

En effet. Du coup, l’administration monégasque a lancé une étude pour déterminer comment recharger les bus. Faut-il charger les batteries toute la nuit et partir avec le matin ? Faut-il recharger à chaque tour que fait le bus ? Chaque solution a ses avantages et ses inconvénients.

Comment a évolué votre flotte de bus ?

Aujourd’hui, nous avons 48 véhicules : 45 bus et 3 cars pour les scolaires. Depuis 1995, soit en 25 ans, notre flotte a augmenté de 25 bus. Nous avons donc acheté un bus par an. Les infrastructures sont donc déterminantes. Car on ne peut pas envisager de faire rouler des bus sans avoir un dépôt moderne, qui nous permette d’avoir le niveau de services qu’exigent la principauté et les usagers.

Le Mans va investir 21 millions dans une flotte de véhicules à hydrogène : vous allez aussi tester cette technologie ?

Le bus à hydrogène est avant tout un bus électrique. La différence avec un bus électrique, c’est qu’il y a moins de batteries. Il y a aussi un générateur d’électricité, qui est une pile à combustible, qui va recombiner de l’hydrogène avec l’oxygène de l’air pour fabriquer de l’électricité. Il faut donc stocker de l’hydrogène dans des bouteilles sur le toit du véhicule. Or, l’hydrogène est un gaz explosif, particulièrement dangereux. Il faut donc déterminer si ce type de technologie est compatible avec un stockage des bus en sous-sol, comme c’est le cas aujourd’hui.

L’idéal serait donc de stocker les bus à hydrogène à l’extérieur, à l’air libre ?

C’est ce qui est fait habituellement. Mais trouver de la place en extérieur à Monaco est un véritable challenge.

Actuellement, où sont garés vos 45 bus ?

Nous avons 28 places au niveau -1 d’un parking du centre commercial de Fontvieille. Nous avons aussi 11 bus au parking des Pêcheurs et 6 autres à la ZAC Saint-Antoine. Mais comme tout l’entretien et le nettoyage est fait à Fontvieille, cela nécessite beaucoup d’allers et retours pour tous ces bus.

Quelle serait la solution idéale ?

L’idéal, ce serait d’avoir un stockage de tous les bus dans un seul et même lieu. En plus, il faudrait aussi avoir la possibilité de faire la charge électrique des bus dans ce dépôt. L’infrastructure du dépôt et la recharge électrique des bus, ce sont les fondations du réseau. Sans fondations, impossible de construire un immeuble dessus. C’est déterminant pour l’avenir de notre réseau de transport et pour les objectifs que l’on a fixés. Le gouvernement monégasque et le Conseil national ont toujours poussé pour développer les transports publics. Ce qui passe soit par une augmentation du nombre de bus, soit par une fluidification de la circulation, ou soit par des voies réservées aux bus.

Justement, mi-octobre 2020, le gouvernement a indiqué devant les élus du Conseil national qu’un nouveau dépôt de bus pourrait être créé au niveau -3 du futur parking sous l’avenue Albert II, dans le cadre de la restructuration du centre commercial de Fontvieille ?

Par rapport à l’avant-projet qui nous a été présenté, créer un dépôt de bus au 3ème sous-sol, c’est risquer d’être confronté à une forte zone de circulation, avec notamment d’autres gros véhicules. Ce qui peut laisser craindre quelques difficultés. Si on veut vraiment préparer le XXIème siècle et avoir un réseau digne de ce nom, il faut vraiment avoir des infrastructures adaptées, faciles, et réactives. La réactivité est vraiment un point important de nos jours.

Roland de Rechniewski, directeur d’exploitation de la Compagnie des Autobus de Monaco (CAM) © Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

« Dès 1998, l’ensemble du parc de bus a commencé à rouler au Diester B30. Ce qui nous a permis d’économiser 23 % d’émissions fossiles. Car le Diester, c’est 30 % de carburant obtenu à partir d’huile végétale ou animale, et 70 % de carburant issu du pétrole. »

Les bus à hydrogène polluent moins que les bus électriques (1) ?

Le bus à hydrogène est 100 % propre s’il fonctionne avec de l’électrolyse de l’eau. Après, il y a toujours la problématique du recyclage des batteries, même s’il y a moins de batteries que dans un bus électrique. Il n’y a donc pas de solution miracle. L’hydrogène permet de recharger un bus très rapidement, ce qui est très utile pour les longues distances. Par exemple, entre Monaco et Paris, un seul plein d’hydrogène est nécessaire et il peut être fait en 3 minutes. Mais en principauté les distances sont courtes. Donc, dans ce contexte, l’avantage que présente l’hydrogène ne se justifie peut-être pas forcément.

Mi-octobre 2020, la conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme, Marie-Pierre Gramaglia, a indiqué devant le Conseil national que même si tout le parc de bus de la CAM était électrique, cela entraînera une diminution des gaz à effet de serre d’un peu moins de 1 % ?

Plus généralement, pour faire baisser les émissions de gaz à effet de serre, il faut faire des efforts partout où il est possible de le faire. Pour cela, il y a trois domaines principaux, répartis chacun à 33 % : l’habitat, la mobilité et l’industrie. La CAM a donc pris en compte la consommation annuelle de nos bus, qui est de 600 000 litres de diesel par an. On a calculé que cela représentait 1,9 million déplacements de 3,5 kilomètres. Ce qui représente 2,8 % de la mobilité à Monaco. Rapporté à l’émission globale de gaz à effet de serre, on arrive à 0,7 %, ce qui est assez peu. Mais utiliser des bus électriques a d’autres avantages, notamment d’énormément diminuer les nuisances sonores.

Combien de bus électriques avez-vous testé pour le moment ?

En 2020, on a testé 6 bus électriques : Volvo, Man, Solaris, Mercedes, CRRC, et Alstom. De plus, nous avons aussi mis à l’essai trois bus de petites capacités que l’on pourrait utiliser sur la ligne 3, voire sur la ligne 5 : Solaris, Karsan et Isuzu. Nous avons fait des tests de courte et longue durée, et certains bus seront revus une deuxième fois. Il y aura 3 ou 4 essais supplémentaires d’ici la fin du premier trimestre 2021.

Quand est-ce qu’un choix définitif sera fait ?

Le calendrier fixé par le prince Albert, c’est 2030. Mais l’objectif, c’est d’aller plus vite, surtout que les technologies arrivent à maturité. Les prochains véhicules à remplacer sont ceux de la ligne 3 qui dessert le centre hospitalier princesse Grace (CHPG). Ce sont des bus plus petits, de seulement 8 mètres. La particularité des bus de petite taille, c’est qu’il faut les charger impérativement la nuit. On passera commande en 2021 pour remplacer tous les bus de cette ligne 3.

Et pour les autres bus ?

Pour le reste, une étude va définir la meilleure façon de charger les bus, à savoir en tête de ligne ou pendant la nuit. Ensuite, on pourra acheter le nombre de véhicules suffisant pour équiper toute une ligne, et ainsi disposer d’une ligne électrique de plus. L’objectif, c’est d’acheter tous nos bus chez un seul constructeur. Car cela nous permettra de mutualiser les pièces détachées, la maintenance, et d’entretenir un véritable partenariat avec ce fournisseur.

Ce dossier peut-il être bouclé avant 2030 ?

Aujourd’hui, nous avons la moitié de notre parc de bus qui est en diesel pur, et l’autre moitié en hybride. La première étape va consister à remplacer tous les bus diesel. D’ici 2025, nous aurons un nombre important de bus électriques en service. En complément, nous aurons des bus hybrides, qui sont aussi des bus électriques. Pendant un certain temps, on sera donc dans une situation mixte. Ensuite, petit à petit, les bus hybrides disparaîtront au profit de bus électriques.

Gouvernement et Conseil national sont d’accord pour avancer vite sur ce sujet : quelle sera la situation d’ici 2025 ?

En 2025, on aura au moins deux ou trois lignes totalement électriques. Je ne peux pas dire si tout le parc sera électrique. Mais je pense que les bus 100 % diesel auront quasiment disparu d’ici 2025.

Depuis plusieurs mois, les élus du Conseil national réclament un test pour évaluer les retombées de la gratuité des bus : qu’en pensez-vous ?

De temps en temps, nous proposons une journée de gratuité sur l’ensemble de notre réseau. Selon que cette journée est en semaine ou le week-end, l’impact est bien sûr différent. Dans le contexte monégasque, la gratuité génère toujours de l’attractivité. Mais l’augmentation de fréquentation est relativement faible, de l’ordre de 10 à 15 % de voyageurs supplémentaires. La gratuité favorise le déplacement opportuniste de passagers sur de courtes distances. Il faut savoir que, déjà, plusieurs milliers de personnes bénéficient déjà de la gratuité ou d’un tarif préférentiel chez nous.

Roland de Rechniewski, directeur d’exploitation de la Compagnie des Autobus de Monaco (CAM) © Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

« Si les bus deviennent gratuits, la perte annuelle sera comprise entre 4,5 et 5 millions d’euros. Sachant que le budget annuel de fonctionnement de la CAM est d’environ 14 millions, avec 9 millions de subventions et 5 millions de recettes »

Combien de personnes ne paient pas le bus ou bénéficient d’un tarif négocié ?

Il y a environ 18 000 personnes qui ne paient pas le bus ou qui bénéficient d’un tarif préférentiel. Parmi eux, près de 6 000 retraités, au moins 5 000 scolaires, sans oublier les retraités des caisses sociales de Monaco qui habitent en dehors de la principauté… Pour les scolaires, l’abonnement annuel est à 10 euros. Pour les moins de 26 ans, nous proposons un abonnement à 89 euros l’année.

Combien coûte l’abonnement annuel plein tarif ?

L’abonnement pour un an plein tarif est à 199 euros. A Vintimille, c’est 500 euros.

Est-ce qu’on peut espérer un report modal, avec des automobilistes qui délaisseraient leurs voitures pour prendre des bus gratuits ?

Je suis beaucoup plus réservé sur cette question là. Parce que Monaco est un pays où il est facile de stationner, avec des parkings publics bien équipés, et une voirie en bon état. Du coup, il est agréable de rouler en voiture en principauté. Voilà pourquoi il est difficile d’aller concurrencer l’automobile, au vu de la politique actuelle et de la facilité d’utiliser sa voiture à Monaco. Si la voiture était plus contraignante, plus difficile à utiliser, le bus serait peut-être davantage plébiscité.

Vous allez faire un test pour évaluer l’impact de la gratuité ?

Nous devions tester la gratuité en septembre 2020. Mais avec la pandémie de Covid-19, la fréquentation a été lourdement touchée. Or, il faut bien sûr faire ce genre de test dans un environnement « normal » en termes de fréquentation. Nous avons des capteurs de montées et de descentes, donc nous sommes capables de fournir des chiffres.

Si les bus de Monaco deviennent gratuits, combien cela coûtera à l’Etat monégasque ?

Si les bus deviennent gratuits, la perte annuelle sera comprise entre 4,5 et 5 millions d’euros. Sachant que le budget annuel de fonctionnement de la CAM est d’environ 14 millions, avec 9 millions de subventions et 5 millions de recettes.

Entre mars et octobre 2020, l’épidémie de Covid-19 a eu quel impact pour la CAM ?

Au plus fort de la crise sanitaire, la fréquentation dans les bus de la CAM avait baissé d’environ 90 %. En août 2020, on était à -39 %, puis à -27 % en septembre. Et je pense que pour octobre 2020, on devrait être à environ à -25 %. Ce qui est assez logique, car avec le télétravail, il y a moins de gens qui viennent chaque jour à Monaco. Et donc, mécaniquement, cela a un impact sur la fréquentation.

1) Les véhicules à hydrogène fonctionnent avec une pile à combustible qui transforme l’hydrogène en électricité. Ils rejettent uniquement de l’eau.

Notre interview vidéo complète de Roland de Rechniewski, directeur d’exploitation de la Compagnie des Autobus de Monaco (CAM)

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