jeudi 28 janvier 2021
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Sophie Vincent : « 2020 a gommé deux années de croissance »

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Le bulletin économique pour le troisième trimestre de l’année 2020 vient de tomber. S’il n’est globalement pas catastrophique, en principauté certains secteurs souffrent bien plus que d’autres.

Sophie Vincent, directrice de l’Imsee, à l’origine de l’étude, livre son point de vue à Monaco Hebdo.

C’est une mauvaise copie, mais pas la pire de l’année. Chaque trimestre, l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee) présente son bulletin économique, sorte de bilan de santé de la principauté. Compte tenu de la crise sanitaire mondiale, les chiffres ne sont bien évidemment pas bons pour les 9 derniers mois étudiés : « La tendance est claire, on ne rattrapera pas ce qui est perdu », prévient déjà Sophie Vincent, directrice de l’Imsee. Depuis janvier 2020, en effet, comparé à l’année 2019, le chiffre d’affaires de Monaco a diminué de 11,5 %, ce qui correspond à une perte financière d’environ 1,2 milliard d’euros. Une belle égratignure, donc, mais pas non plus une fracture, puisque ce chiffre ne fait que ramener la principauté à son niveau de 2016-2017, proche des 10 milliards d’euros. La période estivale semble avoir sauvé les meubles : « L’activité est repartie quand le confinement s’est arrêté. L’emploi a de suite rebondi, comme le chiffre d’affaires, explique Sophie Vincent. Le deuxième trimestre était toutefois tellement terrible, entre avril et juin 2020, que le cumul annuel reste très en recul. » Les années 2018 et 2019 étaient exceptionnelles, mais leurs bons résultats viennent de partir en fumée : « 2020 a gommé deux années de croissance, résume la directrice de l’Imsee. L’économie monégasque, comme mondiale, continue d’être impactée. » Et dans ce contexte, certains secteurs se portent plus mal que d’autres depuis le début de la crise.

Les secteurs qui souffrent

Le recul est très net pour le commerce de gros, un des piliers de Monaco, qui perd près de 500 millions d’euros. Même chose pour le commerce de détail et les « autres » activités de service, qui perdent globalement la moitié de leur chiffre d’affaires. En cause, la chute des activités sportives, récréatives, des jeux de hasard et d’argent, des activités artistiques et de spectacle. Les mauvais chiffres des secteurs de l’habillement, des bijouteries et du commerce automobile, hors entretien de véhicules, tirent également l’économie vers le bas. Pour l’hébergement et la restauration, c’est encore pire. Le chiffre d’affaires cumulé au 30 septembre diminue de 338 millions d’euros, soit une chute de 51,2 %. Sans surprise, les chiffres de l’hôtellerie sont mauvais, eux aussi, depuis le début de l’année 2020. Les arrivées ont diminué de 53,7 % par rapport à 2019, tout comme le nombre de chambres occupées (-52,7 %), ce qui diminue directement la durée des séjours (-3,0 %). Et ça ne va pas mieux pour le commerce extérieur. Même si les ventes résistent, en ne diminuant que d’un quart, les achats diminuent de moitié, ce qui pénalise directement le déficit de la balance commerciale. Les transactions avec l’Union européenne diminuent de 39 % mais moins encore que celles hors UE (-47 %). Plus que jamais, Monaco doit compter sur l’Italie, son principal partenaire commercial, qui cumule 18 % des ventes et 35 % des achats. Mais aussi la Suisse, son premier client, qui assure une hausse des exportations de 51 %. Les articles de joaillerie, bijouterie et instruments de musique en tête.

© Photo DR

Les années 2018 et 2019 étaient exceptionnelles, mais leurs bons résultats viennent de partir en fumée

Les secteurs qui tiennent bon

Tout n’est pas noir pour tout le monde. Les activités de services aux entreprises tirent par exemple leur épingle du jeu. Architectes, experts-comptables, avocats ou encore bureaux d’études s’en sortent bien, avec une hausse globale de 31 % de leur chiffre d’affaires. Des activités qui laissent libre recours au télétravail, et qui ne sont pas spécialement vulnérables aux aléas de la crise sanitaire. Les chiffres sont bons également pour les activités immobilières. La construction gagne 5 % sur les neuf derniers mois. Et les revenus de locations et d’exploitations, propres ou loués, gagnent 61 millions d’euros. Mais attention, les activités des marchands de biens diminuent quand même de 13 %. Le nombre de ventes est d’ailleurs très largement en recul par rapport à 2019. Seules quatre transactions de villas et immeubles ont été enregistrées cette année, contre onze l’an dernier. Le Covid-19 n’est pas seul en cause, la baisse des activités immobilières est liée en partie aux mesures de régulation imposées depuis janvier pour limiter la représentation des marchands de biens immobiliers à Monaco.

Les répercussions sur l’emploi

Au vu des dernières tendances, les conséquences sur l’emploi sont certaines, mais attention : la crise a eu un impact plus important sur le nombre d’heures travaillées, que sur le nombre d’emplois en lui-même. Fin septembre 2020, on dénombrait près de 4 500 emplois en moins par rapport à l’an dernier dans le secteur privé, tous types de contrats confondus, soit une baisse de 7,7 % : « Cela ne veut pas dire que 4 500 personnes ont perdu leur travail, car leurs missions sont parfois redéfinies », souligne Sophie Vincent. On dénombre ainsi 540 emplois en chômage total, soit 1 % des emplois. L’information et la communication (-9 %) et l’hébergement et la restauration (-6,7 %) sont les secteurs qui en ont perdu le plus. Mais le bât blesse surtout pour le nombre d’heures travaillées, qui accuse un retard cumulé de 11 millions d’heures, soit 16 % en moins, « et autant de cotisations sociales de perdues, ce qui pourrait fragiliser à terme notre modèle social », s’inquiète la directrice de l’Imsee. Le lancement du dispositif de Chômage total temporaire renforcé (CTTR) aurait cependant permis d’amortir la baisse du nombre d’emplois, estime Sophie Vincent, grâce aux 110 millions d’euros d’aides injectés pour maintenir l’activité. Le nombre de radiations d’établissements a même été moindre qu’en 2019 (328 contre 374), et le solde entre créations et disparitions d’entreprises est resté positif.

Le quatrième trimestre 2020 n’annonce rien de bon

Il faudra attendre le mois de mars 2020 pour obtenir un bilan précis de l’année 2020, mais le dernier trimestre 2020 ne semble pas franchement engageant, notamment en ce qui concerne l’emploi : « Même si nous ne faisons pas d’analyses prévisionnelles, certaines tendances nous laissent penser que le dernier trimestre risque d’être plus compliqué que pour les années précédentes, prévient Sophie Vincent. La courbe des emplois se stabilise depuis août 2020 par exemple, alors qu’elle est censée grimper à cette période, comme l’an dernier. » Les mesures de confinement instaurées en Italie et en France, ou encore l’annulation du Monaco Yacht Show et du salon des assureurs, deux événements majeurs en principauté, nourrissent d’autant plus les inquiétudes : « Même si la période estivale a permis un rebond, il faut rester prudents sur la fin d’année », prévient Sophie Vincent. Doit-on comprendre que le pire n’est pas encore arrivé ? Réponse dans trois mois.

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