jeudi 15 avril 2021
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Sophie Vincent : « Pour l’économie, il n’y a pas pire qu’un confinement »

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La pandémie de Covid-19 a lourdement frappé l’économie monégasque. Avec un chiffre d’affaires 2020 à 13,8 milliards d’euros, Monaco a enregistré une chute de 1,1 milliard par rapport à 2019 (1).

Au total, 1 550 emplois ont disparu en 2020. Sophie Vincent, directrice de l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee), revient pour Monaco Hebdo sur une année 2020, qu’elle juge « tristement exceptionnelle ».

Vous avez indiqué « l’année 2020 restera une année tristement exceptionnelle » : en termes de résultats, c’est la pire année depuis quand ?

Il est difficile de comparer, car rien n’est comparable à ce que nous vivons. En 2008, Monaco a connu une crise, mais elle était financière, et elle n’a pas eu la même répercussion sur l’ensemble des secteurs économiques. À l’époque, on était très inquiet pour les banques. Il y avait eu un effet « boule de neige » sur les petits porteurs, voire sur la consommation des ménages. Mais on n’avait pas fermé les hôtels, les restaurants, et les aéroports. Donc cette crise sanitaire, économique et sociale, qui a débuté en 2020, reste quelque chose de complètement inédit, qui ne peut pas être comparé avec les autres situations tendues que l’on a pu connaître dans le passé. D’où ce qualificatif de « tristement exceptionnelle ».

La pandémie de Covid-19 est la seule raison qui explique ces mauvais résultats ?

Tout découle de cette pandémie de Covid-19 et de la situation de l’économie mondiale. Personne n’est épargné, la principauté non plus. Ce qui est important, c’est qu’à ce jour [cette interview a été réalisée le 24 mars 2021 — NDLR], c’est le sanitaire qui reste le déterminant de l’activité économique. Selon les mesures que l’on prend pour endiguer l’épidémie, que ce soit les mesures sanitaires, les restrictions ou la vaccination, cela a un impact direct sur l’activité économique.

« C’est le sanitaire qui reste le déterminant de l’activité économique. Selon les mesures que l’on prend pour endiguer l’épidémie, que ce soit les mesures sanitaires, les restrictions ou la vaccination, cela a un impact direct sur l’activité économique »

Comme attendu, crise sanitaire oblige, le chiffre d’affaires de la principauté a reculé ?

Hors activités financières et d’assurance, en 2020, le chiffre d’affaires de Monaco a reculé de 1,1 milliard d’euros, soit une baisse de -7,8 % par rapport à 2019. Il se situe à 13,8 milliards d’euros pour l’année 2020, contre 14,9 milliards en 2019. Nous avons enregistré un peu plus de 900 millions d’euros de pertes sur le premier semestre 2020. Ces pertes étaient très clairement liées à l’arrêt de l’activité pendant le confinement. Au troisième trimestre 2020, il y a eu un rebond. Et le quatrième trimestre 2020 a été supérieur au quatrième trimestre 2019, avec 89 millions d’euros de plus. Mais la période du confinement n’a pas pu être rattrapée, donc le cumul global de l’année 2020 est en baisse. Et on retrouve le niveau de chiffre d’affaires de l’année 2017. Deux années de croissance ont été gommées.

Quels sont les secteurs qui ont le plus souffert ?

Les impacts ne sont pas les mêmes pour tous les secteurs d’activité. Le secteur de l’hébergement et de la restauration a perdu 48 % de son chiffre d’affaires. Ce que l’on appelle « les autres activités de services », c’est-à-dire les activités artistiques, récréatives, de loisirs, l’organisation de jeux de hasard et d’argent, ainsi que les spectacles et l’événementiel, ont enregistré une chute de 41 % de leur chiffre d’affaires. Le commerce de gros, donc tout ce qui concerne l’import-export, a perdu 12 % de chiffre d’affaires, ce qui représente, en valeur, une perte de 579 millions d’euros. Cette chute est liée à la baisse des échanges au niveau mondial. Enfin, le commerce de détail a perdu près de 11 % de son chiffre d’affaires, principalement au niveau des magasins d’habillement et des bijouteries. En revanche, les commerces non spécialisés, comme les supermarchés, ont vu leur chiffre d’affaires progresser.

© Source : Imsee

« On retrouve le niveau de chiffre d’affaires de l’année 2017. Deux années de croissance ont été gommées »

À l’inverse, quels sont les secteurs qui ont le mieux résisté ?

En 2020, trois secteurs ont vu leur chiffre d’affaires progresser. On constate une hausse de 16,6 % pour l’immobilier, avec un chiffre d’affaires de 948,4 millions d’euros, porté surtout par les activités de marchands de biens et aux revenus des locations. En revanche, le chiffre d’affaires des agences immobilières a baissé de 7 %. Autre secteur qui progresse : la construction, qui a été en croissance de 4 % en 2020, avec un chiffre d’affaires global de 1,99 milliard d’euros.

Comment s’explique cette hausse pour le secteur du bâtiment ?

La construction est scindée en deux grands secteurs, le génie civil et la construction de bâtiments. En 2019, c’était le génie civil qui tirait le secteur vers le haut, parce que sur de grands chantiers, comme Testimonio ou Mareterra, c’était cette phase qui se déroulait. Aujourd’hui, le génie civil est en baisse. Mais les immeubles sortent de terre, donc c’est la construction de bâtiments qui a pris le relais en termes de chiffre d’affaires. Ce mouvement vient compenser la baisse du génie civil. Ces chiffres s’expliquent donc par le cycle normal d’un chantier. Le Covid-19 n’a pas impacté cette activité.

Quel est le troisième, et dernier secteur, qui a bénéficié d’une hausse de son chiffre d’affaires en 2020 ?

Les activités scientifiques, techniques, services administratifs et de soutien. C’est un grand secteur en principauté, qui regroupe beaucoup d’activités, et qui a réalisé en 2020 un chiffre d’affaires global de 2,44 milliards d’euros, en hausse de +23,6 %. Dans le détail, on voit que les activités spécialisées, comme les bureaux d’études, progressent de 502 %, soit un bond de 838 millions d’euros. En revanche, les activités de type agences de voyages ont vu leurs chiffres d’affaires baisser de 189 millions d’euros, soit une chute énorme de -79 %. Le chiffre d’affaires de l’intérim, qui fait aussi partie de ce secteur, a baissé de 16 %.

Il y a eu beaucoup de destructions de postes en 2020 ?

En décembre 2020, l’emploi était en baisse de -2,7 %, soit 1 550 postes perdus par rapport à décembre 2019. Au 31 décembre 2020, il y avait en principauté 55 321 emplois. Au niveau de ce secteur, l’année 2020 a été très hachée. On constate un vrai rebond en décembre 2020. Cela correspond à un regain d’activité à Monaco, avec des hôtels et des restaurants ouverts, ce qui a permis d’avoir un peu plus de touristes que nos voisins français et italiens.

© Source : Imsee

« Nous avons enregistré un peu plus de 900 millions d’euros de pertes sur le premier semestre 2020. Ces pertes étaient très clairement liées à l’arrêt de l’activité pendant le confinement. Au troisième trimestre 2020, il y a eu un rebond »

Quel impact a eu le chômage total temporaire renforcé (CTTR) mis en place par le gouvernement monégasque ?

Le CTTR a joué son rôle de bouclier et a permis de freiner la chute de l’emploi en principauté dès le mois d’avril 2020. Malgré tout, Monaco a perdu un peu plus de 1 500 emplois entre décembre 2019 et décembre 2020. C’est très variable selon les secteurs. Sans surprise, c’est le secteur de l’hébergement et de la restauration qui a perdu le plus de salariés, avec plus de 10 % de baisse [lire notre article Plans sociaux dans l’hôtellerie : pouvaient-ils être évités ? publié dans Monaco Hebdo n° 1190]. Les autres activités de services, c’est-à-dire toutes les activités récréatives et culturelles, ont enregistré une baisse de l’ordre de 8 %. Tous les secteurs liés à l’événementiel et au tourisme ont souffert. En revanche, le secteur de la construction a gagné 300 emplois salariés.

Comment s’est comporté l’immobilier en 2020 dans le secteur du neuf ?

Les ventes d’appartements neufs dépendent bien sûr des livraisons de logements. Mécaniquement, plus il y a de livraisons, et plus il y a de ventes. Le nombre de ventes dans le neuf a été divisé par deux par rapport à 2019. Au second semestre 2020, il y a eu douze transactions, contre quatre au premier. Mais il y a eu moins de livraisons d’appartements neufs en 2020 qu’en 2019.

Dans l’ancien, il y a eu 395 reventes d’appartements en 2020 ?

En 2020, il y a effectivement eu 395 reventes d’appartements. En 2019, on avait totalisé 429 reventes. Ce qui représente une baisse de -7,9 % entre 2019 et 2020. En valeur, cela se traduit par une baisse de -21,1 % sur le montant des transactions. Cela s’explique tout simplement par la nature des biens vendus. En 2020, on a constaté une baisse des ventes concernant des immeubles ou des villas.

Avec une légère reprise, le quatrième trimestre 2020 représente une sorte de seuil dans cette année de baisse ?

Si on compare le quatrième trimestre 2020 au quatrième trimestre 2019, on s’aperçoit que le chiffre d’affaires est un peu plus haut. L’emploi a rebondi plus fortement. Mais le second semestre 2020, avec l’arrêt de la quasi-totalité des activités et les huit semaines de confinement, n’a jamais pu être rattrapé.

« En décembre 2020, l’emploi était en baisse de -2,7 %, soit 1 550 postes perdus par rapport à décembre 2019 »

L’OCDE estime que l’activité mondiale se redressera en 2021 (2) : sentez-vous un frémissement à Monaco ?

D’un point de vue statistique, c’est encore un peu tôt, car le premier trimestre 2021 est en train de se clôturer. Le temps que l’on récupère les données et que l’on fasse les analyses, il faudra attendre juin 2021 pour notre publication sur ce premier trimestre 2021. Tout reste très lié à la situation sanitaire. La principauté a fait le choix de ne plus confiner et de garder les commerces ouverts, ce qui permet de faire tourner l’activité. Pour l’économie, il n’y a rien de pire qu’un confinement.

Vous êtes optimiste pour 2021 ?

Ce qui rassure, c’est que les études scientifiques sur le Covid-19 avancent. On en sait un peu plus sur cette maladie. Il y a des perspectives de vaccination, de traitement, de guérisons et de protection des populations. On sait les mesures sanitaires qu’il faut prendre pour éviter d’avoir trop de contaminations, alors qu’en mars 2020, on ne savait pas. Tout ça est de bon augure pour la suite.

1) Ce chiffre d’affaires ne comprend pas les activités financières et d’assurance.

2) L’OCDE estime que le PIB de la zone euro va remonter de 3,9 % en 2021, contre une baisse de 7,5 % en 2020.

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