dimanche 23 janvier 2022
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Albanu,
une entreprise au poil

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Après un dépôt de bilan en 2008, l’entreprise monégasque, qui fabrique et vend des bracelets composés de matières animales et de métaux précieux, cherche désormais à se développer.

1928-2008. Après 80 ans d’existence, l’histoire de la société Albanu, fondée par René Albanu en principauté, aurait pu s’arrêter net. Jean-Philippe Claret et son associé Charles Mula l’ont au contraire poursuivie en rachetant l’entreprise, spécialisée dans la fabrication de bracelets chics alliant matières animales et métaux précieux. « Redorer le blason » d’Albanu après son dépôt de bilan, telle est la mission que les deux hommes se sont fixés, depuis six ans. Pour y parvenir, ils ont remis à l’honneur les produits historiques du catalogue de la bijouterie avec une gamme intitulée Carnet de Voyage. Une centaine de modèles sont proposés à la vente parmi lesquels, les bracelets en poils d’éléphant, de girafe, en corne de buffle, et en crin de cheval. Leur prix ? De 170 à 4 000 euros.

« Marché de niche »
Si Albanu en a terminé avec sa faillite de 2008, tout reste à faire pour le développement de l’entreprise. Son chiffre d’affaires atteignait 1,5 million d’euros en 2013. Bénéfice net : 100 000 à 150 000 euros. « C’est très faible par rapport aux standards de la bijouterie », note Jean-Philippe Claret, qui évoque un « marché de niche. » « De par leurs matières, nos bracelets se différencient de l’accessoire classique. Nous sommes complètement à part sur le marché », explique-t-il. La société compte 12 employés, dont la moitié travaillent à l’atelier. Albanu ne dispose pas de magasin en nom propre. Ses créations sont vendues sur les présentoirs de bijouteries basées en principauté et dans 13 pays hors de Monaco (essentiellement en France, en Italie, en Belgique, en Suisse et aux Pays-Bas). Les bracelets d’Albanu peuvent également être commandés par Internet via le site de la bijouterie.

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PoILS d’éléphant et de girafe
7 000 exemplaires, dont les fermoirs ont été fondus près de Besançon dans le Doubs, ont été fabriqués l’an dernier. Trois semaines sont nécessaires pour la fabrication d’un modèle. L’importation des matières premières nécessaires à la réalisation des bracelets coûte cher (700 à 800 euros pour un bracelet en poils d’éléphant) et demeure soumise à des conditions très strictes, régies par la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction). Elle ne porte en outre que sur des quantités limitées. « La réglementation est très stricte à cause du braconnage. Par exemple, pour deux défenses d’éléphant, on a droit d’exporter une queue d’éléphant. Les poils de girafe sont soumis à autorisation d’un vétérinaire de la réserve. Chacun de nos bracelets est accompagné d’un certificat CITES. Nous avons passé près d’un an à refaire les démarches auprès des pays exportateurs. Albanu étant très connu en Afrique, cela a été plus simple de remettre le réseau en place », indique Jean-Philippe Claret, pdg d’Albanu. Quatre pays africains fournissent Albanu en poils d’éléphant et de girafe : la Namibie, le Botswana, le Zimbabwe et l’Afrique du Sud. La Thaïlande, elle, fournit les cornes de buffle. « Nous faisons partie de ceux qui respectent les règles. Nous sommes sans doute la seule entreprise à avoir le CITES pour les poils d’éléphant. Le CITES se paye cher. Une partie de l’argent est reversée aux réserves pour la protection des animaux sauvages », souligne Jean-Philippe Claret.

Braderie
Les bracelets traditionnels représentent 90 % des ventes et les nouveautés les 10 % restants. « On a eu une collection avec des fermoirs en bronze qui étaient très beaux mais ça a moyennement marché », relate Jean-Philippe Claret. Conséquence : chaque année, début décembre dans les locaux d’Albanu à Fontvieille, les invendus sont bradés à des prix dérisoires (de 10 à 100 euros) par rapport à ceux d’origine. La braderie de 2013 a rapporté 50 000 euros à la société. Fournisseur breveté du prince Albert, Albanu peut s’appuyer sur des partenariats. La bijouterie dispose notamment d’une licence pour le Grand Prix de Monaco de Formule 1. Un drapeau à damiers et la mention Monaco Grand Prix sont gravés sur le fermoir. Autre licence, celle de Lamborghini. Pour cette collection, la corne de taureau, emblème de Lamborghini, est associée au cuir des baquets du constructeur automobile.
Albanu attire également les sportifs. Les nageurs Frédérick Bousquet, Camille Lacourt, Florent Manaudou et Fabien Gilot ont chacun eu droit à leur propre collection. On retrouve, dans la composition de leurs bracelets, des matériaux tels que le galuchat, un cuir de requin, ou encore des perles de Tahiti et des coquillages. Les nageurs font gracieusement la promotion d’Albanu. Tout comme Pierre Vaultier, champion olympique de snowboardcross aux Jeux Olympiques de Sotchi, autre ambassadeur de la marque.

Asie
A terme, Albanu entend se développer par un export plus large des ses produits. Les marchés asiatiques sont entre autres visés. Plus particulièrement la Chine. « C’est un marché important car les Chinois sont férus de bracelets. Ils portent beaucoup d’accessoires », constate le pdg de la maison. Mais pour l’heure, le développement de la société reste incertain. « Développer Albanu nécessite des fonds importants. On cherche à faire rentrer des investisseurs. On recherche des partenariats avec nos fournisseurs de matière première. J’ai atteint la limite de ce que je pouvais investir, à savoir 1 million d’euros. Il faudrait la même somme pour développer Albanu », précise Jean-Philippe Claret. Quid de l’avenir des bracelets qui ont aujourd’hui tendance à être connectés ? « On peut imaginer une puce miniature intégrée dans un fermoir pour allier esthétisme et technologie. La puce pourrait permettre à son propriétaire, via une application, de consulter certaines données (poids, rythme cardiaque, podométrie) », dit le pdg d’Albanu, qui y réfléchit et confie avoir déjà reçu des demandes pour des bracelets d’accès. « Mais cela représente un investissement non négligeable… »

L’avis de la CDE

« Cette fabrique de bijoux unique à Monaco incarne à la fois tradition et modernité, estime Michel Dotta, président de la Chambre de développement économique. Alain Jouot a perpétué le savoir-faire de René, son beau-père, installé depuis 1928 en Principauté. Puis Jean-Philippe Claret et Charles Mula, « serial entrepreneurs » dans le domaine des technologies de l’information et de la communication, ont eu l’opportunité de reprendre cette activité, tout en gardant Alain Jouot à leurs côtés. Ensemble, ils ont su faire entrer Albanu dans le XXIème siècle et se sont dotés d’un réseau de distributeurs très dense. Fabriquées le plus souvent sur mesure, les collections d’Albanu sont une illustration intéressante du savoir-faire et de l’originalité monégasque en matière de luxe. »

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Monaco Hebdo