vendredi 22 octobre 2021
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« Si tu me quittes, je te tue »

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Sophie (1) a subi les coups de son compagnon pendant quatre longues années. Mère d’un enfant en bas âge, elle témoigne de l’enfer qu’elle a vécu. 

C’est un témoignage rare que nous avons recueilli. Celui de Sophie, âgée d’une quarantaine d’années, qui a été victime de violences conjugales pendant quatre années. Quatre longues années durant lesquelles elle a subi les menaces, les coups, les humiliations, les viols… Aujourd’hui éloignée de son tortionnaire, elle se sent enfin libre, et souhaite s’exprimer pour faire passer un message : la parole doit se libérer.

Manipulateur

Sophie avait une vingtaine d’années lorsqu’elle est littéralement tombée amoureuse d’un homme charmeur, séducteur, athlétique… Elle voyait en lui le futur père de ses enfants. Mais au fil de la vie conjugale, la jeune femme découvre un autre homme. Méprisant. Manipulateur. Pervers. Violent. « Au début, il était un peu agressif, mais je pensais qu’il avait un caractère fort, parce qu’il ne m’avait jamais frappée », raconte Sophie. À l’époque, la violence n’est alors pas physique, mais verbale et psychologique : « Je me disais qu’il était stressé, parce qu’il travaillait beaucoup, et que cela lui causait du souci ». Mais un jour, l’agressivité de son compagnon franchit un cap : « Il m’a frappée fort. J’ai dit « stop ». Il a alors cherché à me convaincre de rester avec lui, en me disant qu’il m’aimait, qu’il avait beaucoup de soucis. Il m’a promis que cela n’arriverait plus jamais ». Amoureuse, Sophie accepte les excuses de son compagnon, et décide de rester avec lui. Plus tard, elle tombe une première fois enceinte avant malheureusement de perdre son bébé. Une épreuve douloureuse qui va adoucir le compagnon de Sophie : « Il était très gentil. Il m’a tranquillisée, et m’a dit qu’on pouvait faire un autre enfant ». Sophie tombera finalement une nouvelle fois enceinte, quelque temps après.

Calvaire

Elle l’ignore alors, mais cette seconde grossesse va marquer le début de son calvaire : « Il s’est mis à me taper tous les jours. Il me faisait sans cesse des reproches, me disait que j’étais une bonne à rien… Un jour, il m’a dit : « Plus petite sera l’erreur que tu vas faire, plus grande sera la punition que je vais te donner ». ». Et aux mots le compagnon de Sophie associe les actes, cherchant le moindre prétexte pour lui faire subir des coups toujours plus violents. Comme cette nuit où il la frappa avec une boîte de thon parce qu’elle avait oublié d’apporter au supermarché un bon de réduction de 50 centimes d’euros. « Pour lui, c’était normal, c’était éducatif. Il disait qu’il était obligé de me frapper, car je ne comprenais pas », explique Sophie qui se souvient également de ce jour où son mari lui a cassé des côtes, avant de tenter de l’étrangler. Des scènes d’une rare violence, quasi-quotidiennes, auxquelles assiste l’enfant du couple en bas âge : « Je lui ai demandé de ne jamais me taper devant notre enfant. Mais il m’a répondu qu’au contraire, c’était mieux s’il voyait. Parce que, comme ça, jamais il n’oserait s’opposer à lui ». Pire, « il lui disait même qu’il pourrait faire la même chose, s’il avait une femme comme moi ». La perversité sans limite de son conjoint l’amènera jusqu’à choisir sa couleur et sa coupe de cheveux. « Je devais faire tout ce qu’il me demandait pour lui plaire. Je ne pouvais rien acheter, ni à mon fils, ni à moi-même, sans lui demander », confie Sophie. Car en plus des violences physiques et psychologiques s’ajoutent aussi les violences économiques et sexuelles. « Il a mis de côté tout l’argent que j’avais gagné. Je n’avais aucun accès mes comptes », souligne-t-elle.

Isolée

Sans argent et éloignée de sa famille, la jeune femme se retrouve isolée. « Il m’interdisait de voir ma famille et mes amis. Je ne pouvais appeler ni ma mère, ni ma sœur, rien. […] Je ne pouvais sortir que pour faire les courses, pour le travail et pour apporter notre enfant à l’école. Et il contrôlait mes horaires ». Dans ces conditions, impossible pour Sophie de partir seule avec son enfant. D’autant plus que l’homme ne va pas hésiter à la menacer de mort, lorsque celle-ci évoquera une séparation : « Il m’a dit : si tu quittes cette habitation, je te tue. Avec 15 000 euros, je peux trouver quelqu’un qui va te tuer ». La mère de famille poussera finalement la porte de l’Association d’aide aux victimes d’infractions pénales (AVIP) grâce à l’intervention d’une amie. Une rencontre dont la directrice de l’Avip, Valérie Campora-Lucas, se souvient encore : « Deux choses nous avaient marqués : d’abord son visage tuméfié, et le fait qu’elle avait des horaires de sortie très restreints. […] On avait face à nous un petit oiseau tombé du nid, qui ne savait plus quoi faire pour pouvoir partir de son domicile, car il y avait la peur ». Ce rapprochement avec l’association monégasque va agir comme un déclic pour Sophie qui va, dans un premier temps, être placée d’urgence dans un logement sécurisé avec son enfant, avant de porter plainte contre son compagnon. « J’ai été bien écoutée et bien accueillie [au commissariat — N.D.L.R.] », assure Sophie qui avait en sa possession des photos des traumatismes subis. Des preuves ô combien précieuses dans les affaires de violences conjugales, selon Valérie Campora-Lucas : « Si une femme est battue, ne serait-ce qu’une fois, il faut des photos ou un certificat médical. Même si elle ne s’en sert jamais, il faut les conserver, parce que c’est aussi la récurrence des faits qui va aider dans la rédaction de la plainte ».

« Parlez ! »

Une fois le dépôt de plainte effectué, la procédure s’est enclenchée. La mère de famille obtient une ordonnance de protection et une interdiction pour son conjoint de l’approcher. Ce dernier a toutefois l’autorisation de voir leur enfant, dans un lieu médiatisé, une heure tous les quinze jours. A-t-il, depuis, essayé de reprendre contact avec elle ? « Il a cherché à joindre ma famille pour avoir des nouvelles et des informations », révèle Sophie, qui assure aujourd’hui ne plus avoir peur de son ancien compagnon. Quant à l’impact de ces violences sur son enfant, toujours suivi par un psychologue, Sophie ne s’inquiète pas outre mesure. « Il a compris que les choses qu’a faites son père ne sont pas bonnes. Depuis que nous avons quitté le domicile, il ne m’a jamais demandé son père. Il a commencé à redormir toute la nuit. Il ne veut plus retourner chez son père, car il sait qu’il m’a fait du mal. Il est devenu très protecteur avec moi », confie la mère de famille. Et si Sophie reconnaît avoir beaucoup souffert au moment de la séparation, quelques années plus tard cette quadragénaire se sent enfin libre, et veut aujourd’hui s’adresser aux victimes. « Rien ne justifie ces violences. Et il ne faut jamais croire que c’est fini. » Elle encourage également à ne pas se laisser influencer par un entourage limitant et le « qu’en-dira-t-on ». « Il faut rester forte et avoir un peu de courage pour quitter le domicile et déposer plainte. Car les personnes qui font ça ne changeront jamais. Il faut dire « stop » et parler. » Le chemin de la reconstruction reste encore long pour la jeune femme, ravie de pouvoir à nouveau revoir ses proches : « J’ai encore beaucoup de problème avec les hommes, car je n’ai plus confiance. Si un homme s’approche un peu de moi, je prends du recul. C’est très difficile encore pour moi ». Mais, désormais, Sophie n’est plus seule dans ce combat, grâce à l’accompagnement de l’Avip. « Nous avions un petit oiseau tombé du nid, mais aujourd’hui, nous avons une magnifique femme qui a pris sa vie en main, et qui se bat pour vivre comme tout le monde », se félicite Valérie Campora-Lucas.

1) Son prénom a été modifié.

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Monaco Hebdo