mardi 19 octobre 2021
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Florian Bourguet : « Avec les cartes Pokémon, il y a un facteur nostalgie qui marche à fond »

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Florian Bourguet, expert en bandes dessinées (BD) et en culture populaire, travaille avec plus d’une trentaine de commissaires-priseurs. En 2018, il a été le premier, en France, à glisser dans une vente aux enchères de bandes-dessinées quelques cartes Pokémon. Depuis, ces cartes ont pris une valeur incroyable et elles attisent l’intérêt des collectionneurs du monde entier dans un marché qui se mesure désormais en millions d’euros.

À quand remonte l’intérêt pour les cartes Pokémon ?

Je suis expert en bandes-dessinées (BD). J’organise des ventes depuis une dizaine d’années. Essentiellement des successions, des collections de planches de BD, des collections d’albums des années 1950-60. C’est ça qui représente le plus gros de la valeur des objets en ventes aux enchères. J’ai un petit garçon qui a actuellement 8 ans [cette interview a été réalisée le 15 juillet 2021 ­— NDLR]. Il traînait avec moi dans les brocantes. Mi-2018, il a commencé à s’intéresser aux Pokémon. Je me suis dit : « Pourquoi ne pas essayer de mettre quelques cartes Pokémon, pour voir si ça fonctionne ou pas ? ».

Quand avez-vous organisé une première vente ?

On a organisé une première vente aux enchères en décembre 2018. J’ai proposé quelques cartes Pokémon à la fin d’une vente de BD. Ça a bien marché. Du coup, on a recommencé. À chaque fin de vente de BD, on a proposé 30 ou 40 lots qui concernent l’univers des cartes Pokémon.

Et ensuite ?

En avril 2021, j’ai dit à un ami commissaire-priseur qui organise des ventes avec moi, que je pensais que c’était le bon moment pour organiser une vente uniquement consacrée aux cartes Pokémon. Nous avons été les premiers à proposer ces cartes dans des ventes aux enchères, et il y a eu un engouement de la part des médias. Depuis six mois – un an, on constate un très fort intérêt pour ces cartes. En deux ans, les cartes qui valent de l’argent, c’est-à-dire les cartes du début du jeu, donc de la période 1999-2002, ont vu leurs prix multipliés par dix pour une carte en superbe état.

Un exemple  ?

Une carte rare, un Dracaufeu spécial distribué lors d’un tournoi, a été vendue en 2018 au prix de 150 euros. Elle a été revendue en février 2021 pour 12 000 euros. Mais, plus globalement, toutes les personnes qui ont acheté des cartes lors de la première vente Pokémon, ont vu la valeur de leurs cartes multipliée par dix.

Comment a évolué ce marché ?

Au début, on était vraiment sur un marché de niche, avec des collectionneurs qui suivaient ce sujet depuis des années. Ils achetaient sur des plateformes comme eBay, Facebook, ou dans les brocantes. Aujourd’hui, il existe un engouement général pour les cartes Pokémon. Mais on ne sait pas si ça va durer ou pas. En tout cas, il y a beaucoup de demandes. Et sur les prix, c’est un petit peu tout et n’importe quoi.

Quel est le profil des collectionneurs de cartes Pokémon ?

Le gros des acheteurs sont des gens qui ont connu les cartes Pokémon au début du jeu. Ils étaient à l’école primaire en 1999, donc ce sont des personnes nées à la fin des années 1980, ou au début des années 1990. Aujourd’hui, ils ont entre 25 et 35 ans, et ils ont envie de racheter leurs souvenirs.

« En 2018, à Tokyo, le peintre et graveur expressionniste norvégien Edvard Munch (1863-1944) a bénéficié d’une rétrospective. En parallèle, chaque matin, on pouvait acheter une carte qui représentait un Pokémon effectuant Le Cri (1893) de Munch »

Comment expliquer cet engouement ?

Comme dans toutes les collections, il y a un facteur nostalgie qui marche à fond. En effet, pour les collections de petites voitures, les Dinky Toys, là aussi, les collectionneurs sont des gens qui rachètent leurs souvenirs, c’est-à-dire les petites voitures qui les ont fait rêver dans les magasins dans les années 1950-1960. Pour les cartes Pokémon, c’est la même chose. On a des gens qui ont rêvé sur certaines cartes dans les cours de récréation, sans parvenir à les avoir. Actuellement, ils commencent leur vie d’adulte, ils travaillent, ils ont davantage de moyens, et ils se font donc plaisir avec des souvenirs. L’envolée des cartes Pokémon s’explique aussi parce que, en quelques années, la base de collectionneurs est devenue beaucoup plus importante.

Il y a de la spéculation autour des cartes Pokémon ?

Une partie des personnes intéressées par les cartes Pokémon achète pour investir. C’est dû à plusieurs facteurs. D’abord, on est passé d’une petite population de collectionneurs qui se chiffrait en centaine, à des dizaines de milliers de collectionneurs aujourd’hui. De plus, les médias, qui ont notamment relayé les grands YouTubeurs qui présentent leurs cartes Pokémon, qu’ils soient français ou américains, ont contribué à faire encore grandir l’intérêt. Par exemple, en France, Michou ou DavidLafarge, sont des YouTubeurs avec des audiences qui se chiffrent en millions de spectateurs. Résultat, il y a eu un effet boule de neige : beaucoup d’adultes ont commencé à s’y intéresser, et les prix ont augmenté. Certains se sont rendu compte que l’on pouvait assez facilement se faire de l’argent de poche, ou même un complément de salaire, en achetant des cartes, et en les revendant.

Alors que les cartes Pokémon sont éditées à plus d’un milliard d’exemplaires par an, comment peuvent-elles prendre de la valeur ?

Dans les ventes aux enchères, on vend ce qu’il y a de plus rare. Les cartes qui sont sorties il y a 20 ans n’ont pas été rééditées. Elles ont été produites dans un laps de temps très court, sur la période 1999-2003.

S’il n’y a que la période 1999-2003 qui a potentiellement de la valeur, les collectionneurs risquent donc de finir par tourner en rond ?

Non, car tous les trois mois, une nouvelle série de cartes sort avec des nouveautés, de nouveaux pouvoirs, et des cartes rares que l’on va retrouver dans un paquet sur 100 ou sur 500. Il faut savoir que la licence Nintendo gère extrêmement bien les sorties de cartes.

De quelle façon Nintendo organise ses sorties de cartes ?

Une nouveauté, que l’on appelle une « extension », ce peut être 60 cartes, comme ça peut aussi être 200 cartes. Cela comprend des cartes rares, des cartes secrètes, et aussi des cartes plus communes. Quand on achète un paquet de cartes Pokémon chez un buraliste, il y a une carte rare dans le paquet. Mais, dans une série, il peut y avoir 50 cartes rares différentes. Ces cartes-là sont beaucoup plus difficiles à trouver, donc elles sont recherchées par les collectionneurs.

Au Japon, Nintendo organise aussi des sorties de cartes très spéciales ?

Au Japon, Nintendo sort parfois des cartes « événementielles ». Par exemple sur le thème des Jeux Olympiques (JO), avec un tirage limité. Ces cartes, qui, à l’origine, ont un prix très bas, sont ensuite recherchées par toute la planète. On va donc les retrouver sur des sites marchands, et en vente aux enchères, pour plusieurs centaines d’euros, voire pour plusieurs milliers d’euros.

Vous avez d’autres exemples ?

Oui. En 2018, à Tokyo, le peintre et graveur expressionniste norvégien Edvard Munch (1863-1944) a bénéficié d’une rétrospective. En parallèle, chaque matin, on pouvait acheter une carte qui représentait un Pokémon effectuant Le Cri (1893) de Munch. Sur place, à Tokyo, cette série de cartes était vendue un à deux euros la carte. On les a ensuite retrouvées en France autour de 10 ou 15 euros la carte. Et maintenant, en 2021, on est passé à 1 500 euros la carte. Ces cartes événementielles, qui sont donc ponctuelles, plaisent beaucoup. D’ailleurs, on a constaté le même engouement lorsque Nintendo a édité des cartes Pokémon consacrées à Super Mario ou à Luigi.

cartes Pokémon interview Florian bourguet

« Les grands YouTubeurs qui présentent leurs cartes Pokémon, qu’ils soient français ou américains, ont contribué à faire encore grandir l’intérêt. Par exemple, en France, Michou ou DavidLafarge, sont des YouTubeurs avec des audiences qui se chiffrent en millions de spectateurs »

En ce moment, quelles sont les cartes les plus recherchées ?

Actuellement, les prix les plus élevés concernent toujours les cartes de la première période, donc 1999-2002. Parce que les gens qui ont connu ces cartes arrivent à l’âge où ils commencent à vraiment collectionner. De plus, ce sont les cartes du début. Donc, même pour un collectionneur moderne qui va se consacrer à seulement deux séries de cartes, il visera celles de la période 1999-2002, et les cartes actuelles. Il ne va pas s’intéresser au « milieu » de la collection.

Un investisseur peut vraiment miser une partie de son argent dans ce type de cartes, ou c’est encore un marché trop fragile et incertain ?

On l’a dit, cette collection de cartes Pokémon est très bien gérée par son éditeur. Donc, je pense que l’on n’aura pas le même phénomène qu’avec les pin’s, les cartes téléphoniques, ou les Pogs. Ou comme dans les années 1960, quand on collectionnait les porte-clés. Tout ça, c’est ce que l’on appelle des collections épiphénomènes : elles durent un, deux ou trois ans, et puis les gens passent à autre chose, et ça disparaît. Or, les cartes Pokémon existent depuis 25 ans. Actuellement, dans les cours de récréation, les enfants collectionnent encore les cartes Pokémon. Donc, dans 15 ou 20 ans, à leur tour, ces enfants auront envie de racheter les cartes qu’ils n’ont pas eues. Voilà pourquoi on peut penser que ça va durer.

Les prix des cartes Pokémon vont continuer à monter ?

En finances, comme dans le monde des enchères, on dit que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. C’est exactement la même chose pour les cartes Pokémon. En ce moment, on a un niveau de prix qui est très élevé. Certaines cartes valent plusieurs milliers d’euros, voire plusieurs dizaines de milliers d’euros. Les cartes en très bon état, ou neuves, vont voir leurs prix se stabiliser ou continuer à grimper.

Et pour les cartes Pokémon en plus mauvais état ?

Actuellement, les cartes en mauvais état se vendent encore très bien. Mais on va finir par s’apercevoir que ces cartes-là ne sont pas rares. D’ailleurs, on m’en propose tous les jours.

Vraiment ?

Tous les jours, on me demande d’estimer des classeurs de cartes du début des années 2000. Or, tout le monde a à peu près la même chose, et dans le même état. Il s’agit de cartes qui ont circulé, avec lesquelles on a joué dans les cours d’écoles. En ce moment, il y a encore de la demande pour ce genre de cartes. Mais, à terme, je pense que cette demande va vraiment baisser. Car ce qui est commun, et en mauvais état, est vraiment surcoté. Les collectionneurs les plus anciens profitent de la vague actuelle pour écouler ce qui est un peu moins bien en termes de qualité, car ça se vend encore très facilement.

D’où l’intérêt de miser sur des cartes certifiées, qui se vendront plus cher que celles qui ne le sont pas ?

Il existe plusieurs certificateurs, que l’on appelle des « gradeurs ». L’entreprise leader de ce secteur se trouve aux États-Unis. Il s’agit de PSA. Ils emploient plusieurs centaines de salariés, et ils exercent ce métier depuis une vingtaine d’années. Ils notent tout ce qui se trouve sur un support en papier, de type carte : cartes de baseball américaines parues dans les années 1930, cartes Pokémon, cartes Magic… Actuellement, si vous envoyez une carte chez PSA pour la faire certifier, il faut compter environ deux ans d’attente. En effet, PSA doit faire face à une demande folle. Chaque mois, ils reçoivent entre 500 000 et un million de cartes.

« Une carte rare, un Dracaufeu spécial distribué lors d’un tournoi, a été vendue en 2018 au prix de 150 euros. Elle a été revendue en février 2021 pour 12 000 euros »

PSA a des concurrents ?

PSA a pour concurrent Beckett, une autre entreprise qui s’est lancée sur le même marché, mais qui est moins connue. En France, nous avons Professionnel Cards Authentificator (PCA), qui est une entreprise parisienne spécialisée dans la certification des cartes. On a travaillé avec eux dès notre première vente, car je trouve intéressant l’idée de présenter des cartes « gradées ». En effet, une fois que les cartes sont passées dans les mains de ces entreprises certificatrices, elles sont bien protégées dans un boîtier plastique transparent imperméable, et on ne risque donc pas de les abîmer. Cela permet de les manipuler sans aucun problème. En 2019, PSA recevait 500 cartes par mois. Aujourd’hui, ils en sont à 30 000 par mois. Et ils sont passés d’un employé à 15 salariés.

Concrètement, que font ces entreprises de certification ?

Les entreprises de certification garantissent l’authenticité de la carte, car il y a beaucoup de faux. Ensuite, elles donnent une notation, qui mesure l’état de la carte. Et c’est ça qui est important pour les collectionneurs. Car, même si une carte est rare, si elle présente un micro point blanc dans un angle, la note peut tomber à 4/10. Or, entre une carte rare notée 4/10 et une carte rare notée 10/10, la différence de prix est énorme. L’intérêt de faire « grader » une carte, c’est aussi de donner un référentiel commun à tous les collectionneurs. Ce qui rend les transactions plus simples.

Un exemple ?

Prenons une carte mythique, comme Dracaufeu, qui est issue du “set” de base de la première édition. Si cette carte est notée 10/10 en édition 1, elle vaut environ 40 000 – 50 000 euros. Si elle est notée 9/10, elle ne vaut plus qu’entre 8 000 et 12 000 euros. Si elle est à 8/10, sa valeur descend entre 4 000 et 6 000 euros. Et ainsi de suite. Avec une note de 2/10, elle vaut 600 à 800 euros.

Est-on certain qu’une carte certifiée achetée aujourd’hui 50 000 euros, gardera sa valeur, ou vaudra même peut-être plus cher dans dix ans ?

Je n’en ai absolument aucune idée. En revanche, ce que l’on constate, c’est qu’entre la première vente, en décembre 2018, et le marché actuel, les prix ont été multipliés par dix. Mais, dans le domaine de l’art, il est difficile de savoir si la côte va continuer à monter ou pas.

« Actuellement, si vous envoyez une carte chez PSA pour la faire certifier, il faut compter environ deux ans d’attente. En effet, PSA doit faire face à une demande folle. Chaque mois, ils reçoivent entre 500 000 et un million de cartes. Florian Bourguet. Expert en BD et en culture populaire.

« Les entreprises de certification garantissent l’authenticité de la carte, car il y a beaucoup de faux. Ensuite, elles donnent une notation, qui mesure l’état de la carte »

Quelle est la prochaine série de cartes Pokémon dans laquelle il faut investir ?

La Poste japonaise a édité fin août 2021 deux cartes, avec une série de timbres sur les Pokémon. Ce petit coffret qui est vendu 25 euros va se retrouver revendu plusieurs milliers d’euros en novembre ou décembre 2021, sur les sites Internet d’enchères. Ce coffret Pokémon a bénéficié d’un tirage de 60 000 exemplaires. Or, il y a bien plus de 60 000 collectionneurs de cartes Pokémon dans le monde. En fait, c’est juste mécanique : si tout le monde veut la même chose, les prix augmentent.

Qui sont les collectionneurs ?

Entre 2019 et 2021, on est passé d’une base de collectionneurs purs et durs qui savait très bien ce qu’ils achetaient, à une audience très large. Désormais, dans les ventes aux enchères, on voit des adolescents qui viennent avec leurs parents. On a aussi des quadragénaires qui s’intéressent à l’univers des cartes Pokémon.

Par rapport à la philatélie, pourquoi les cartes Pokémon semblent aujourd’hui séduire davantage ?

La philatélie est un monde passionnant. Par contre, il faut des mois et des mois pour comprendre comment ça fonctionne, et pour comprendre ce qui est rare ou pas. L’avantage avec les cartes Pokémon, c’est que tout est marqué dessus : la date de sortie de la carte, l’extension à laquelle elle appartient, si elle est rare ou pas… Et, en fonction du Pokémon, on peut savoir si c’est une carte intéressante ou pas. Du coup, pour les échanges dans les brocantes ou dans les cours d’écoles, cela rend les échanges très faciles.

Le monde des enchères bascule peu à peu vers des objets liés à la culture populaire, au détriment de la philatélie et des pièces de monnaie ?

On ne peut pas encore dire ça. En effet, en juin 2021, un timbre a été vendu pour 8 millions d’euros aux États-Unis. Il reste donc encore beaucoup de monde qui s’intéresse à la culture classique. En France, il existe une culture classique importante. Dans n’importe quelle ville de province, on trouve un musée d’archéologie. On a aussi des musées des Beaux-Arts, avec des tableaux du XVIème, XVIIème, du XIXème… Si on fait le parallèle avec les États-Unis, chez eux la culture classique n’existe quasiment pas, car c’est un pays qui est tout neuf, qui n’existe que depuis la fin du XVIIIème siècle. Du coup, les sujets populaires ont pris la place de cette culture classique. Aux États-Unis, il y a énormément de collectionneurs d’objets de stars, de cartes de baseball, d’objets liés au sport…

Et en France ?

En France, cette culture populaire n’est pas forcément très bien vue, car on la voit parfois comme une culture de masse, pas assez intéressante. Ainsi, jusqu’à récemment, on a longtemps considéré que les jeux vidéo étaient uniquement destinés aux adolescents attardés. De même, les films américains à gros budget, les fameux “blockbusters”, n’ont jamais eu leur place au festival de Cannes. Parfois, on me dit encore que la BD « c’est pour les enfants » et qu’il n’y a « rien de bon là-dedans ». Résultat, il a fallu 30 ans pour démocratiser la BD et se dire qu’une planche d’Hergé (1907-1983) pour le XXème siècle, c’est aussi important qu’un peintre du XVIIIème siècle. Du coup, les grandes maisons de ventes aux enchères ont suivi ce mouvement.

Les choses ont vraiment évolué ?

Depuis trois ou quatre ans, Christie’s possède son département BD, Sotheby’s aussi. Artcurial est implanté sur ce secteur depuis une vingtaine d’années. Désormais c’est acté : la BD est un sujet important qui fait partie du marché de l’art. Depuis environ 2015, on assiste à un changement des valeurs dans le marché de l’art. Tout ce qui relève de la culture classique se vend mal. Car plus personne ne fait une collection d’assiettes accrochées sur des murs… Désormais, les gens veulent un objet de street art, plutôt qu’une peinture de sous-bois du début du XIXème siècle. Du coup, les commissaires-priseurs sont obligés de trouver de nouveaux secteurs pour organiser des ventes aux enchères. C’est pour ça que, désormais, on trouve du street art un petit peu partout dans les grandes maisons de ventes. Ou que l’on se tourne vers des ventes événementielles.

Quelles ventes événementielles vous ont marqué, récemment ?

En 2019, Artcurial a proposé une vente avec la marque Supreme qui a cartonné. Supreme a été créée à New York en 1994 par James Jebbia, et ils proposent des vêtements “streetwear” et des accessoires de mode.

Que faire pour attirer un public nouveau dans les ventes aux enchères ?

Pour attirer ce nouveau public dans les ventes aux enchères, il faut proposer des ventes événementielles ou des sujets qui lui parlent.

Globalement, qu’est-ce qui se vend le mieux aujourd’hui ?

Le marché de l’art en France est un petit milieu, puisqu’il y a environ 500 commissaires-priseurs sur le territoire. Aujourd’hui, ce qui est rare, on le vend mieux qu’avant. Et ça compense tout ce qui est moyen, et qui se casse la figure. D’ailleurs, pendant l’année du coronavirus, en travaillant moins, les commissaires-priseurs ont gagné plus.

Comment voyez-vous l’avenir des ventes aux enchères ?

À l’avenir, il y aura de plus en plus de ventes avec des thématiques populaires, mais néanmoins liées au secteur du luxe. Avec, par exemple, des ventes sur l’histoire du rock, des ventes de baskets de luxe customisées par Louis Vuitton… Parce qu’aujourd’hui, il devient de plus en plus compliqué de vendre le mobilier classique des gens.

« Prenons une carte mythique, comme Dracaufeu, qui est issue du “set” de base de la première édition. Si cette carte est notée 10/10 en édition 1, elle vaut environ 40 000 – 50 000 euros. Si elle est notée 9/10, elle ne vaut plus qu’entre 8 000 et 12 000 euros »

On pourrait imaginer une vente de cartes Pokémon à Monaco ?

Si demain un résident de Monaco possède une collection de cartes Pokémon exceptionnelle et qu’il désire la vendre localement, n’importe quel commissaire-priseur de la principauté sera ravi de l’accueillir à bras ouverts. Aujourd’hui, comme je suis le seul organisateur de ventes aux enchères à m’intéresser aux cartes Pokémon, je suis contacté par beaucoup de commissaires-priseurs. La plupart ont moins de 40 ans, et ils comprennent très bien cet univers. Ils comprennent que sans ces cartes, ils ne pourraient pas capter ce public qui vient dans ces ventes, et qui a la trentaine.

À Monaco et en France, d’autres types de cartes commencent aussi à prendre de la valeur ?

En France et à Monaco, sur les centaines de jeux de cartes à collectionner qui sont sortis depuis le début des années 1990, il en reste trois qui valent un peu, ou beaucoup, d’argent. En numéro un, il y a Magic, qui est un jeu de cartes à jouer en anglais sorti en 1994 : en fait, c’est comme un jeu de rôle, mais avec des cartes. Magic se joue dans des tournois et dans des compétitions. Les cartes du début sont assez rares, mais elles sont achetées pour être jouées. Certaines cartes Magic valent plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de milliers d’euros, notamment pour la carte qui s’appelle “Black Lotus”, le lotus noir. Magic est le jeu de carte le plus collectionné, essentiellement par des trentenaires et des quarantenaires.

Quelles sont les cartes à collectionner qui arrivent en deuxième position ?

À la deuxième place, on trouve les cartes Pokémon. Depuis 2016 et la sortie du jeu vidéo Pokémon GO sur téléphone portable, les Pokémon rencontrent un réel engouement. Les amateurs de ces cartes vont de l’enfant de 6 ou 7 ans, jusqu’à des adultes de 35 à 40 ans. Les collectionneurs les plus pointus sont essentiellement des trentenaires. C’est une collection vivante, car c’est une licence positive, et il y a des nouveautés tous les trois mois. De plus, on va fêter les 25 ans d’existence des Pokémon, ce qui va provoquer une véritable effervescence autour des sorties de cartes. Ce sera organisé au Japon, et, comme d’habitude, de façon millimétrée.

Quel est le troisième jeu de carte qui a de la valeur ?

Le troisième jeu qui est assez collectionné, et pour lequel on envisage d’ailleurs de faire une vente aux enchères dans les mois ou les années à venir, c’est Yu-Gi-Oh !. En dehors de ces trois jeux, tous les autres se sont effondrés. Les jeux de cartes sur Star Wars, sur James Bond ou sur le Seigneur des anneaux, ont connu un engouement dans les années 1990, avant de baisser. Actuellement, ces cartes ne valent quasiment plus rien.

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Monaco Hebdo