jeudi 28 janvier 2021
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Vaccins anti-Covid-19. Des vaccins et des questions

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L’arrivée d’un premier vaccin anti-Covid-19 par Pfizer et BioNTech, suivie par ceux de Gamaleïa et de Moderna, a été accueillie avec soulagement, car elle laisse entrevoir une meilleure situation sanitaire d’ici quelques mois.

Mais cette avancée est nuancée par beaucoup d’experts, qui estiment que la protection de 90 %, et plus, annoncée par ces laboratoires doit encore être précisée par des données scientifiques.

Depuis le 9 novembre 2020, c’est l’effervescence. Ce jour-là, le laboratoire américain Pfizer et l’Allemand BioNTech ont annoncé avoir mis au point un vaccin contre le Covid-19 efficace à 90 %, et, dans la foulée, le monde entier a salué la performance. Mais, très vite, quelques questions sont venues tempérer ces réactions enthousiastes. Les résultats étant récents, ils sont provisoires, et il est donc difficile de les garantir, car ils peuvent encore évoluer. En effet, Pfizer – BioNTech a publié ses résultats après avoir recensé 94 cas d’infection. Le duo publiera des résultats complémentaires lorsqu’un total de 164 cas auront été atteints. Reste à savoir si l’efficacité de ce vaccin parviendra alors à se maintenir à 90 %. « On se demande notamment quelle sera l’efficacité à moyen et long terme de cette vaccination. Pour le moment [cette interview a été réalisée le 11 novembre 2020 – N.D.L.R.], on est à 7 jours après la dernière injection. Du coup, on ne connaît pas encore la durabilité de la réponse antivirale », nous a indiqué Etienne Decroly, microbiologiste, directeur de recherche au CNRS, et membre de la société française de virologie (lire son interview dans notre dossier). Avant d’émettre une deuxième interrogation : « Dans cet essai vaccinal, il faudrait savoir comment l’immunité a été induite dans les différentes tranches d’âges de la population. Car on sait qu’il est plus difficile d’obtenir une immunité efficace chez les personnes plus âgées. » Beaucoup d’experts ont en effet pointé ce sujet, se questionnant aussi sur l’efficacité de ce vaccin sur les personnes les plus fragiles, souffrant de comorbidités. D’un point de vue pratique, le vaccin de Pfizer et de l’Allemand BioNTech nécessite l’injection de deux doses, qui doivent être conservées à une température de -80 °C. Ce qui s’explique notamment par le fait que le vaccin de Pfizer – BioNTech est un vaccin à ARN messager, une technique nouvelle qui, jusqu’à présent, n’a jamais obtenu d’autorisation de mise sur le marché. « Les ARN sont des molécules assez peu stables et le vaccin doit donc être conservé a -80 °C », confirme Etienne Decroly. De quoi occasionner une grosse contrainte pour la conservation et le transport de millions de vaccins dans le monde, car il faudra donc s’équiper de congélateurs spécifiques, dont bien des pharmacies ne disposent pas, pas plus d’ailleurs que beaucoup de médecins de ville. Enfin, il y a aussi la question du prix. Aux Etats-Unis, le prix qui est actuellement l’objet de négociations avec le gouvernement américain est de 19,50 dollars (16,51 euros) par dose de vaccin. Soit 39 dollars (33 euros), dans la mesure où il faut donc deux doses pour être vacciné.

« Responsabilité »

Cette course au vaccin s’est soldée par une autre annonce faite le 11 novembre 2020. Quarante-huit heures à peine après Pfizer et BioNTech, le fonds souverain russe (RDIF) et l’institut de recherche Gamaleïa ont assuré dans un communiqué que leur vaccin Spoutnik-V, actuellement en phase 3 d’essais cliniques, auprès de 40 000 volontaires offrirait une efficacité de 92 %. « L’analyse statistique de 20 cas confirmés de nouveau coronavirus, cas répartis entre personnes vaccinées et celles ayant reçu le placebo, indique un taux d’efficacité de 92 % pour le vaccin Spoutnik-V après une seconde dose », assure ce communiqué. Beaucoup d’observateurs ont estimé que 20 cas c’était bien peu pour en tirer de grandes vérités scientifiques, surtout quand Pfizer et BioNTech ont publié leurs résultats après 94 cas d’infection, et qu’un nouveau point sera donc fait à 164 cas. Mais pour mieux comprendre, c’est sans doute au-delà de ces chiffres qu’il faut regarder dans cette course aux vaccins. Il faut s’intéresser aux visées géopolitiques, pour mieux saisir la position russe. « Pour de nombreux pays, le but c’est aussi d’adresser un message à leur propre population, mais aussi à la communauté internationale : ils veulent montrer qu’ils sont des gouvernements responsables. Cette thématique de la responsabilité, on la retrouve beaucoup dans les déclarations officielles, que ce soit en Chine, en Europe ou dans d’autres pays. Pour de nombreux pays, il s’agit aussi de mettre en avant leur capacité en termes de recherche et montrer que seuls ou dans le cadre de coalitions plus larges, ils peuvent contribuer à identifier ce vaccin », explique Antoine Bondaz, chercheur à la fondation pour la recherche stratégique et enseignant à Sciences Po (lire son interview dans notre dossier).

94,5 %

Le 3 novembre 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a évoqué une liste de 47 « candidats vaccins » testés dans le cadre d’essais cliniques sur l’homme, dont 10 sont déjà testés en phase 3. Parmi eux, le vaccin à ARN de l’américain Moderna était parmi les plus avancés. Fin juillet 2020, comme Pfizer, Moderna a lancé un essai clinique de phase 3, qui consiste à vacciner plusieurs dizaines de milliers de personnes. Des résultats ont donc été communiqués le 16 novembre 2020, et cette fois l’efficacité annoncée a été de… 94,5 %. « Notre vaccin permet, la plupart du temps, de ne pas être malade du tout, et que les quelques personnes vaccinées qui tomberont malgré tout malades n’auront pas de maladie grave. Or, si l’économie tourne aujourd’hui au ralenti, c’est précisément pour faire face à l’afflux de cas graves aux urgences et en soins intensifs », a indiqué dans une interview au Monde, Stéphane Bancel, le PDG de Moderna. Dans son communiqué, Moderna assure que « la majorité des événements indésirables constatés étaient bénins ou modérés en sévérité ». Après l’injection de la première dose, 2,7 % des patients ont indiqué avoir mal au niveau du point d’injection. Le plus souvent, c’est après la deuxième injection que des effets secondaires, souvent assez brefs, ont été constatés, à savoir : fatigue (9,7 %), douleurs musculaires (8,9 %), douleurs articulaires (5,2 %), maux de tête (4,5 %), douleur (4,1 %) et rougeurs au niveau du point d’injection (2 %). Comme Pfizer et BioNTech, pour gagner du temps, Moderna pourrait demander une « autorisation d’utilisation d’urgence » (Emergency Use Authorization) à la Food and Drug Administration (FDA) et une demande d’autorisation conditionnelle en Europe auprès de l’Agence européenne du médicament (EMA). Pour le moment, la Commission européenne négocie avec Moderna, mais n’a pas passé commande. Du coup, Moderna devrait livrer 20 millions de doses au marché américain d’ici fin 2020. Et produire son effort ensuite, avec la livraison de 500 millions à 1 milliard de doses chaque année, à partir de 2021.

Feu vert

Quant aux vaccins qui font appel à la technique déjà éprouvée du « vecteur viral », les premiers retours devraient se faire un peu plus attendre. On parle de la fin de l’année 2020 pour AstraZeneca, qui bénéficie de l’appui de l’université d’Oxford, et de début 2021 pour Johnson & Johnson. Mais rien ne sera possible sans autorisation de mise sur le marché. Aux Etats-Unis, la FDA a été saisie de la part de Pfizer et BioNTech d’une demande d’autorisation en urgence. Cette procédure de la FDA nécessite tout de même un minimum de deux mois de recul après l’injection de la deuxième dose de vaccin pour au moins la moitié des participants à l’essai clinique. Si cette rapidité d’exécution inquiète parfois, beaucoup d’experts rappellent que la majeure partie des effets indésirables surviennent environ six à huit semaines après la seconde injection de vaccin. Quoi qu’il en soit, il restera ensuite à fabriquer le vaccin. Et les quantités annoncées par les laboratoires sont impressionnantes : 1,3 milliard de doses en 2021 pour Pfizer et BioNTech, 1 milliard pour le duo Sanofi-GSK, entre 500 millions et 1 milliard pour Moderna… Pour parvenir à fabriquer de telles quantités, les laboratoires n’ont pas eu d’autres choix que de lancer la production avant même d’avoir obtenu le feu vert des autorités de santé et d’être définitivement fixés sur la réelle efficacité de leurs vaccins. Si un consensus mondial semble avoir été trouvé autour de l’idée que le futur vaccin devra être envisagé comme « un bien public mondial », il n’en reste pas moins que chaque fabricant garde la liberté de fixer le prix qu’il souhaite. Pour Pfizer-BioNTech le prix de la dose a été fixé à 16,50 euros, soit 33 euros le vaccin, ce qui place déjà cette solution hors de portée de beaucoup, notamment les pays en voie de développement. Du côté de Moderna, les prix varieront en fonction du nombre de doses commandées, avec des prix qui devraient osciller entre 21 et 31 euros. Pour trouver moins cher, il faut regarder chez AstraZeneca et Johnson & Johnson qui ont décidé d’écouler leur vaccin à « prix coûtant ». Soit 2,50 euros la dose pour AstraZeneca, ce qui permettrait donc de proposer un vaccin à 5 euros.

ACT

Pour s’approvisionner en vaccins, il existe essentiellement deux méthodes. Soit les pays, comme Monaco, traitent directement avec les fabricants pour passer commande, soit ils passent par l’intermédiaire de regroupements de pays. On pense notamment à l’initiative lancée par la Commission européenne, qui organise des achats mutualisés de doses, qui seront ensuite répartis entre les différents pays de l’Union européenne (UE). Pour le moment, et alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 17 novembre 2020, la Commission européenne avait scellé des ententes avec Johnson & Johnson et Sanofi-GSK, AstraZeneca, et Pfizer-BioNTech pour 1,4 milliard de doses. Un accord serait sur le point d’aboutir également avec Moderna et l’Allemand CureVac, dont les tests sont en phase 2. Or, on se souvient qu’en septembre 2020, l’ONG Oxfam indiquait que les pays riches, qui pèsent pour environ 13 % de la population mondiale, s’étaient déjà adjugés 51 % des doses de vaccins anti-Covid-19. Pour éviter cet écueil, l’organisation mondiale de la santé (OMS) a mis sur pied en avril 2020 l’accélérateur ACT qui vise à donner à tous les mêmes chances de pouvoir accéder à la panoplie de mesures permettant de lutter contre la pandémie de Covid-19, donc non seulement les vaccins, mais aussi le diagnostic et les traitements. Au sein de cette initiative, on trouve la plateforme de financement Covax, dirigée par l’OMS, et dont l’objectif est d’acheter et de répartir équitablement 2 milliards de doses de vaccins d’ici fin 2021. Pour financer cet effort, un peu plus de 500 millions de dollars ont été injectés, notamment par la France, l’Espagne et la Commission européenne lors du Forum de Paris sur la paix, le 12 novembre 2020. Mais l’effort à fournir reste énorme. En effet, il faut encore réunir 28,5 milliards de dollars, dont 4,5 milliards à très brève échéance, a alerté le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Confiance

Et puis, au-delà de l’approvisionnement, il y a aussi la question du stockage. On l’a vu, les vaccins à ARN-messager, comme celui de Pfizer et BioNTech, nécessitent une conservation à -80 °C, dans des congélateurs spéciaux dont le coût est estimé à environ 10 000 euros pièce. Le vaccin de Moderna, lui aussi à ARN-messager, est annoncé comme pouvant être stocké à -20 °C pendant un maximum de 15 jours. Mais la simplicité de stockage revient bien sûr aux vaccins « traditionnels », puisqu’ils peuvent tout simplement être le plus souvent conservés entre 2 °C et 8 °C. Une fois que toutes ces interrogations auront été vaincues, peut-être que le plus difficile restera à faire. Car, en bout de chaîne, il faudra parvenir à restaurer la confiance entre le grand public et les vaccins. Et la tâche ne s’annonce pas simple. D’après un sondage réalisé par Ipsos et publié le 5 novembre 2020, seulement 54 % des Français accepteraient de faire appel à un vaccin anti-Covid-19. Un scepticisme bien connu en France, et qui trouve donc assez logiquement son prolongement pendant cette pandémie de coronavirus. Or, pour être efficace face au Covid-19, il faudra que l’opinion publique change profondément sa vision des vaccins. « Afin d’atteindre l’immunité collective, les experts estiment qu’il faut vacciner environ 75 % de la population », indique Etienne Decroly, microbiologiste, directeur de recherche au CNRS, et membre de la société française de virologie. Il faut donc espérer que les premiers vaccins mis sur le marché seront de qualité suffisante. Sinon, ils ne feront qu’alimenter le sentiment de crainte et de méfiance.

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