jeudi 28 janvier 2021
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Vaccin contre le Covid-19 : entre espoir et prudence

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L’annonce d’un vaccin « efficace à 90 % » contre le Covid-19 par le laboratoire américain Pfizer et son partenaire allemand BioNTech a soulevé une vague d’espoir dans le monde entier.

Mais si les résultats semblent prometteurs, les inconnues restent nombreuses et doivent inciter à la prudence.

L’annonce a fait l’effet d’une bombe. Lundi 9 novembre 2020, les laboratoires Pfizer et BioNTech ont affirmé avoir découvert un vaccin « efficace à 90 % » contre le Covid-19. Une bouffée d’espoir s’est alors propagée comme une traînée de poudre dans le monde entier, engagé depuis plusieurs mois dans une lutte sans merci contre le coronavirus. Mais passé l’emballement médiatique suscité par ces résultats prometteurs, de nombreux scientifiques ont appelé à la prudence.

Résultats provisoires

Et pour cause. À ce stade, les résultats avancés par le laboratoire américain et son partenaire allemand demeurent provisoires. Le vaccin de Pfizer se trouve en effet en phase 3 d’un essai clinique, débutée fin juillet 2020. Concrètement, cela signifie que l’efficacité du vaccin est mesurée à grande échelle sur des dizaines de milliers de volontaires répartis dans le monde entier. Les résultats obtenus par l’alliance germano-américaine sur 43 538 participants montrent une protection à 90 %, obtenue sept jours après l’injection de la deuxième dose du vaccin et 28 jours après la première, selon les résultats préliminaires. Mais si cette phase 3 représente la dernière étape de l’essai clinique, celle-ci doit d’abord aller à son terme avant d’obtenir une homologation, puis une autorisation de mise sur le marché. Ce qui n’est pas encore le cas chez Pfizer puisqu’il ne s’agit pour le moment que de résultats intermédiaires, qui doivent encore être examinés par des pairs et faire l’objet de publications dans des revues médicales. En attendant les résultats définitifs, il convient donc de ne pas trop s’emballer, comme l’explique le docteur Olivia Keïta-Perse, cheffe du service épidémiologie et hygiène hospitalière du centre hospitalier princesse Grace (CHPG). « A ce stade, il faut être prudent. Pour l’instant, ce sont des résultats intermédiaires dans une phase 3. Ce n’est donc pas encore achevé », tempère-t-elle sans pour autant faire la fine bouche, « je ne crache pas du tout dans la soupe. Je pense que c’est super bien. Mais je n’ai pas encore lu la publication princeps et la dépêche de l’APM [agence de presse médicale – N.D.L.R.] ne donne pas de détails suffisants pour qu’on puisse se réjouir à ce point ». La prudence est donc de rigueur du côté de l’hôpital de Monaco, où l’on suit avec beaucoup d’attention l’évolution des différents essais cliniques. « Le groupe qui s’occupe des patients Covid est évidemment à l’écoute de tout ce qui se passe », assure le docteur Keïta-Perse. Le gouvernement princier aussi. En conférence de presse, lundi 9 novembre 2020, le conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé, Didier Gamerdinger, a en effet révélé que Monaco « suivait de très près ces protocoles de recherches » avant de détailler les pistes étudiées (lire par ailleurs) parmi lesquelles figure le vaccin de Pfizer.

Nombreuses inconnues

Les incertitudes qui entourent ce vaccin, baptisé BNT162b2, doivent également inciter à la prudence. L’une d’elles concerne la durée de la protection. À ce jour, le géant pharmaceutique américain n’a toujours pas communiqué le moindre élément à ce sujet. La seule donnée rendue publique, c’est l’efficacité à 90 % sept jours après l’injection de la deuxième dose du vaccin. Aucun autre élément ne permet de dire à l’heure actuelle comment le vaccin évolue avec le temps. Protège-t-il un mois, deux mois, trois mois, un an ou à vie ? Avec quels effets ? Faudra-t-il le renouveler chaque année comme pour la grippe ? Sur ce dernier point, le docteur Keïta-Perse estime que la situation est différente avec le Covid-19 : « On est obligé de revacciner tous les ans pour la grippe parce que le virus mute. Il semble que le SARS-CoV-2 [le virus du Covid-19 – N.D.L.R.] mute beaucoup moins. Il a dans son matériel génétique des façons de lutter contre ces mutations ». Une vaccination annuelle semble donc a priori écartée « mais d’autres facteurs peuvent intervenir comme la durée de l’immunité conférée par le vaccin, qui pourrait nécessiter — si ce n’est pas une vaccination tous les ans — des revaccinations, des rappels. Mais on manque de données pour le moment ». On devrait rapidement en savoir davantage puisque Pfizer et BioNTech ont fait savoir qu’ils publieraient prochainement les résultats mesurés 14 jours après la seconde injection. Une autre inconnue subsiste aussi sur l’efficacité du vaccin chez les sujets à risques. Là encore, les données dévoilées par les laboratoires ne permettent pas d’en savoir plus. Enfin, le vaccin développé par Pfizer et BioNTech est un vaccin à ARN messager, une nouvelle technologie qui n’a, jusqu’à présent, jamais reçu d’autorisation de mise sur le marché. Certes plus rapides à mettre au point que les traditionnels, ces vaccins posent néanmoins de nombreux défis logistiques puisqu’ils doivent être conservés à très basse température (-70 °C pour le BNT162b2). Les moyens de transport et stockage devront donc être adaptés pour ne pas être un frein à leur distribution dans le monde entier. Un challenge loin d’être acquis car de nombreux hôpitaux et pharmacies ne possèdent pas actuellement les infrastructures suffisantes.

Lueur d’espoir

Si, pour l’heure, il est donc encore trop tôt pour se réjouir, cette annonce apparaît toutefois comme une lueur d’espoir dans le sombre climat de la deuxième vague de l’épidémie. D’après le laboratoire américain, le tout premier vaccin contre le Covid-19 — s’il passe les dernières étapes sans encombre — pourrait être disponible avant la fin de l’année 2020, avec une production initiale de 100 millions de doses. Et si l’on se fie aux objectifs fixés par Pfizer et BioNTech, près de 1,3 milliard de doses devraient être délivrées dans le monde d’ici fin 2021. Les premiers à en bénéficier devraient être, selon toute vraisemblance, les personnes les plus fragiles et les professionnels de santé. Quand sera-t-il disponible à Monaco ? « Je ne sais pas », répond le docteur Keïta-Perse qui refuse de tirer des plans sur la comète. « C’est très difficile à dire car avant la mise sur le marché, il y a des étapes incontournables pour la mise en sécurité que les laboratoires auront à cœur de ne pas contourner », explique-t-elle. « Il faut prendre le temps de regarder l’apparition d’effets indésirables etc. Sortir un vaccin en deux mois, ce n’est pas possible. Ce n’est pas crédible. Les chercheurs sont des gens honnêtes et responsables, ils ne vont pas prendre le risque de brûler les étapes ». Il faudra ensuite convaincre les gens de se faire vacciner. Or, selon un sondage Ipsos publié jeudi 5 novembre 2020 (1), le pari est loin d’être gagné. Alors que l’on aurait pu s’attendre à un fort taux d’adhésion, compte tenu du lourd tribut payé par la France depuis le début de la crise sanitaire (plus de 40 000 décès liés au Covid-19), seuls 54 % des Français interrogés accepteraient de se faire vacciner si un vaccin était disponible (ils étaient 59 % en août 2020). Un chiffre relativement faible, qui place la France parmi les pays les moins enclins à se faire vacciner. Cette hostilité contraste avec les résultats obtenus dans les États voisins : 64 % en Espagne, 65 % en Italie, 69 % en Allemagne, 79 % en Grande-Bretagne… Les plus favorables à la vaccination étant les Indiens (87 %), les Chinois (85 %), les Sud-Coréens (83 %) et les Brésiliens (81 %), où les taux d’acceptation dépassent les 80 % (voir graphique ci-contre). Autre enseignement à tirer de ce sondage réalisé dans quinze pays, les Français ne semblent pas pressés de se faire vacciner. En effet, seuls 12 % des adultes interrogés affirment qu’ils se feraient vacciner immédiatement, 38 % dans les trois mois et 54 % au cours de l’année. Ce qui laisse à penser que les Français redoutent d’éventuels effets secondaires. De son côté, le docteur Keïta-Perse préfère relativiser : « Ce sondage est fait à chaud. Peut-être que des gens ont répondu qu’ils n’étaient pas prêts à se faire vacciner parce qu’ils n’avaient pas assez de données. Quand ces données seront accessibles et fiables, on aura certainement des gens qui auront obtenu les garanties satisfaisantes pour se faire vacciner ». La cheffe de service au CHPG, qui se fera vacciner dès qu’un vaccin sera disponible, estime que les médecins « auront un rôle très important et très éducatif à jouer » pour convaincre les vaccino-sceptiques. Un rôle qu’elle est prête à assumer : « J’ai hâte d’avoir des données imparables pour pouvoir les exposer à mes patients ».

Défiance

S’il convient donc de nuancer les résultats de ce sondage selon le Dr Keïta-Perse, il n’en reste pas moins une nouvelle preuve de la défiance des Français vis-à-vis des vaccins. Une étude menée sur plusieurs années, et publiée dans la prestigieuse revue The Lancet en septembre dernier  (2), place d’ailleurs la France parmi les pays les plus réfractaires à la vaccination. Un comble pour le pays de Louis Pasteur (1822-1895). La couverture vaccinale contre la grippe illustre parfaitement cette défiance. Pour la saison 2019-2020, elle s’élevait selon Santé Publique France à seulement 47,8 % chez les personnes à risque, en progression de 1 point par rapport à 2018-2019 (46,8 %). Mais surtout, elle enregistre une chute considérable dans les populations cibles depuis 2008 (- 13 %). Plus inquiétant, la vaccination chez les nourrissons baisse elle aussi avec pour conséquence, la réapparition de maladies que l’on pensait disparues comme la rougeole. Un phénomène qui n’épargne pas la principauté, comme l’explique le docteur Keïta-Perse : « On a eu quelques cas de rougeole et de coqueluche. On voit donc réapparaître certaines maladies à Monaco comme partout ailleurs. Alors qu’on ne devrait pas en avoir chez des gens correctement vaccinés ». Mais alors comment expliquer cette désaffection pour la vaccination ? Si elle estime que cette défiance est « multifactorielle », le docteur Keïta-Perse pointe les mouvements anti-vaccins, « de plus en plus actifs et prégnants notamment sur les réseaux sociaux », coupables selon elle de véhiculer des « fake news » (fausses informations). « On est informé autant que désinformé, même plutôt plus désinformé qu’informé », regrette-t-elle. Avant de réfuter les controverses autour des vaccins : « Que ce soit les soi-disant problèmes d’autisme avec la vaccination ROR [ROR pour rougeole, oreillons, rubéole – N.D.L.R.], les liens avec la mort subite du nourrisson ou la sclérose en plaques… Tout cela a été largement démenti avec des études solides. Sauf que dans nos sociétés, la fake news fait le buzz alors que le démenti est beaucoup moins médiatisé ». Selon elle, « il faut faire très attention aux associations temporelles qui ne sont pas des associations causales ». De son côté, le conseiller-ministre à la santé, Didier Gamerdinger, avance une autre explication : « Plus vous êtes loin des épidémies, plus vous perdez la conscience du caractère impératif du vaccin ». La pandémie actuelle peut-elle donc faire évoluer les mentalités ? Le docteur Keïta-Perse l’espère. « On voit bien que les gens se disent que le vaccin (contre le Covid-19) va être important pour sortir de cette crise. Ils voient bien que ce ne sont pas des histoires d’argent. Je pense que dans l’ensemble, les gens comprennent que les professionnels de santé ont un objectif qui est la santé publique », veut croire la cheffe de service du CHPG réfutant au passage l’un des arguments phares des « antivax », selon lequel les vaccins ne serviraient qu’à enrichir les laboratoires. « Nos patients entendent beaucoup de choses donc ce genre d’épidémie peut être l’occasion pour tous les médecins, que ce soit généralistes ou hospitaliers, de prendre le temps de réexpliquer la vaccination et son intérêt », glisse le docteur Keïta-Perse. Reste désormais à savoir si son appel sera entendu car au sein même du corps médical, les doutes subsistent. Selon une étude de l’Inserm datant de 2015  (3), un quart des praticiens émettraient des réserves à l’égard des risques et de l’utilité de certains vaccins…

1) Sondage : « COVID-19 vaccination intent is decreasing globally », Ipsos, 5 novembre 2020 https://www.ipsos.com/en/global-attitudes-covid-19-vaccine-october-2020

2) « Mapping global trends in vaccine confidence and investigating barriers to vaccine uptake : a large-scale retrospective temporal modelling study », The Lancet, September 10, 2020, DOI : https://doi.org/10.1016/S0140-6736(20)31558-0

3) « Vaccine hesitancy among general practitioners and its determinants during controversies : a national cross-sectional survey in France », EBioMedicine, July 02, 2015, DOI : https://doi.org/10.1016/j.ebiom.2015.06.018.

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