vendredi 22 octobre 2021
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Un réseau de trafic de drogue et de proxénétisme démantelé à Monaco

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En 2020, la sûreté publique, en collaboration avec ses homologues français, a démantelé un réseau de trafic de drogue et de proxénétisme qui sévissait en principauté et en France.

Monaco Hebdo revient sur cette enquête qui aura duré presqu’un an.

C’est un fait divers suffisamment rare en principauté pour que la sûreté publique le classe parmi ses événements marquants de l’année 2020. Après plusieurs mois d’enquête ayant conduit à l’arrestation d’une quinzaine de personnes, la police monégasque est parvenue, avec l’appui des services français, à démanteler un réseau de trafic de drogue et de proxénétisme franco-monégasque. Au total, cinq protagonistes ont été écroués dans le cadre de cette affaire.

Un an d’investigation

L’enquête commence en décembre 2019. La brigade des stupéfiants monégasque reçoit une information selon laquelle des personnes se livreraient à un trafic sur Monaco et les communes limitrophes. L’enquête se met alors en place autour de plusieurs personnes bien identifiées. De nombreuses surveillances et vérifications effectuées par la sûreté publique permettent finalement de confirmer l’information. « Étant donné qu’une partie (de l’affaire) se trouvait en France, nous avons pris ensuite attache avec la brigade de gendarmerie pour pouvoir travailler en parallèle sur le dossier. […] Et compte tenu de l’ampleur de l’affaire, c’est-à-dire le nombre de personnes impliquées, le nombre de soirées organisées en France et les surveillances nécessaires à la fois à Monaco et en France, les parquets ont décidé de signer une convention », explique Laurent Tournier, adjoint au chef de la division de police judiciaire. Dès lors, les investigations menées conjointement dans les deux pays s’intensifient pour parvenir à matérialiser les faits. « Une équipe, par le biais d’employés d’établissements à Monaco, organisait des soirées privées au cours desquelles étaient mis à disposition des personnes invitées, des jeunes filles et des produits stupéfiants, principalement de la cocaïne et du crack mais aussi du cannabis et de la MDMA [une drogue de synthèse —  NDLR] », détaille le numéro 2 de la police judiciaire. « Les surveillances nous ont ensuite permis d’être beaucoup plus précis sur le nombre de filles mis à disposition et sur le rôle de chacun ».

« Une équipe, par le biais d’employés d’établissements à Monaco, organisait des soirées privées au cours desquelles étaient mis à disposition des personnes invitées, des jeunes filles et des produits stupéfiants » Laurent Tournier. Adjoint au chef de la division de police judiciaire

Trois personnes écrouées à Monaco

Après pratiquement un an d’investigation pour identifier toutes les strates du réseau, la police monégasque et française procède à un vaste coup de filet sur leur territoire respectif. « Plus d’une quinzaine de personnes ont été interpellées au même moment à une date fixée par les magistrats à la fois en France et à Monaco, raconte Laurent Tournier. Nous sommes ainsi passés de la phase recueil de renseignements et vérification des faits à la phase coercitive avec des mesures de gardes-à-vue, qui ont duré quatre jours ». En plus de ces arrestations, les enquêteurs procèdent aussi à des perquisitions. « À Monaco, nous avons principalement eu le volet proxénétisme, précise le commandant de police monégasque. Cela concernait les établissements de nuit et le rôle de ces employés qui mettaient les gens en relation. Les filles mises à disposition au cours de ces soirées étaient connues de nos services pour exercer le métier de prostituée ». Au total, cinq personnes (trois en principauté et deux en France) seront écrouées au terme des investigations qui auront mobilisé sept enquêteurs monégasques. Mais l’affaire pourrait ne pas en rester là d’après Laurent Tournier. « L’enquête continue parce que les auditions amènent le recueil de nouveaux renseignements. Et donc maintenant, il y a un autre volet du dossier qui consiste à vérifier ce qui a été dit par les uns et les autres. Parfois, certains ont tendance à parler, ce qui permet de découvrir de nouveaux faits », révèle-t-il sans donner davantage de précisions sur les investigations en cours.

« Les filles mises à disposition au cours de ces soirées étaient connues de nos services pour exercer le métier de prostituée » Laurent Tournier. Adjoint au chef de la division de police judiciaire

Équipe commune d’enquête

Le démantèlement de ce réseau de trafic de drogue et de proxénétisme a été rendu possible grâce à une parfaite collaboration entre les services monégasques et français. Celle-ci s’est matérialisée par ce que l’on appelle dans le jargon une équipe commune d’enquête (ECE). « Le démantèlement de ce réseau est historique puisque c’est la première fois que nous faisons une équipe commune d’enquête », se félicite Richard Marangoni. Et le directeur de la sûreté publique d’ajouter : « Dans le protocole qui a été signé récemment entre notre secrétaire d’État à la justice et le garde des Sceaux français [lire notre article « Terrorisme : un protocole d’accord signé entre Monaco et la France » publié dans Monaco Hebdo n° 1191], nous prévoyons aussi des équipes communes d’enquête. Cela montre l’importance de ce dispositif au niveau de la délinquance et de la criminalité organisée, dont s’occupe la division de police judiciaire ». Concrètement, les parquets monégasques et français signent un protocole, « comme un contrat » compare Laurent Tournier, pour enquêter ensemble et donner le même pouvoir aux différentes autorités de police des deux pays devant intervenir dans le pays ami. Cette collaboration se manifeste notamment par des échanges d’informations et de procès-verbaux permettant ainsi une continuité dans les investigations. Le trafic de drogue et le proxénétisme restent extrêmement rares en principauté. En 2020, la sûreté publique a traité quatre affaires de trafic de drogue, contre cinq en 2019, et 103 pour détention. « En 2021, une affaire a été initiée pour vérifier. Mais nous ne savons pas encore s’il y a trafic ou pas », confie l’adjoint au chef de la division de police judiciaire avant de conclure : « À l’échelle du nombre de dossiers traités dans la division, le trafic de drogue reste à la marge ».

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