mardi 22 juin 2021
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Lutte contre le trafic de drogue « À Monaco, il y a surtout des consommateurs »

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La lutte contre le trafic de drogue et les conduites addictives figure parmi les priorités de la sûreté publique.

De quels moyens dispose-t-elle ? Combien de dossiers sont traités chaque année ? Quelles drogues circulent en principauté ? Quel est le profil des consommateurs ? Le directeur de la sûreté publique, Richard Marangoni, et le numéro 2 de la division de police judiciaire, Laurent Tournier, répondent aux questions de Monaco Hebdo.

Vous avez démantelé un réseau de trafic de stupéfiants et de proxénétisme en 2020 : ce genre d’affaire est-il fréquent à Monaco ?

Laurent Tournier : Les trafics de stupéfiants sont assez rares à Monaco, dans la mesure où la principauté n’est ni un lieu de passage, ni un lieu de flux migratoires. Nous ne voyons donc pas passer de drogue. Ce qui ne veut pas dire non plus qu’il n’y a pas de drogue à Monaco. Il y a sûrement, en principauté comme ailleurs, des consommateurs.

Richard Marangoni : À Monaco, il y a surtout des consommateurs. Lorsqu’il y a des trafics, généralement ils sont importés. Comme c’était le cas dans cette équipe, l’approvisionnement vient toujours de l’extérieur. Il s’agit rarement de locaux. Il n’y a pas de foyer en principauté, où des individus sont poursuivis pour trafic de drogue ou identifiés comme dealers.

Pour cette enquête franco-monégasque, vous avez formé une équipe commune d’enquête (ECE) : de quoi s’agit-il ?

L.T. : Cela fait suite à la convention franco-monégasque signée en 2005 et ratifiée en 2008. Les deux parquets se mettent d’accord pour enquêter ensemble et donner le même pouvoir aux différentes autorités de police des deux pays dans le pays ami. Concrètement, les parquets signent un protocole dans lequel apparaissent les noms des enquêteurs et du chef d’enquête. Il autorise chaque fonctionnaire monégasque à agir en France comme il le ferait à Monaco, et vice versa. Cette équipe commune d’enquête permet ainsi d’avoir une continuité dans les investigations.

Comment se matérialise cette ECE ?

L.T. : Dans le cadre de l’équipe commune d’enquête, tout le monde travaille ensemble. Les actes de procédure, comme le procès-verbal de surveillance rédigé par l’officier monégasque, vont apparaître dans le dossier français. Et vice versa. Les échanges d’informations dans ce cadre d’enquête sont quotidiens. Cela vaut pour tout ce qui est consultation des fichiers antécédents par exemple en France ou à Monaco. Comme nous nous échangeons les procès-verbaux, nous avons un accès en direct.

R.M. : Tous ces échanges se font dans un cadre juridique. Il y a un cadre juridique de parquet à parquet qui nous permet d’échanger des informations de manière tout à fait officielle.

Quoi d’autre ?

L.T. : Nous disposons aussi au sein de la police judiciaire d’un officier de liaison français. Cela est matérialisé par une convention entre les deux pays. Cet officier de liaison a accès à la fois aux fichiers français et monégasques. Et dans un cadre procédural, lorsqu’une procédure est engagée d’un côté ou de l’autre et qu’il y a une demande d’un des deux pays, il peut les renseigner. L’efficacité n’est toutefois pas tout à fait la même. Comme il s’agit d’une demande de coopération internationale, le délai de réponse peut être plus long que dans le cadre d’une équipe commune d’enquête.

Combien de temps faut-il pour mener ce genre d’enquête ?

L.T. : Il a fallu pratiquement un an pour cette affaire. Mais ça peut aller plus vite, tout dépend de la fréquence des soirées. S’il y en a très souvent, ce sera beaucoup plus court. Dans ce genre de dossier, pour l’étayer, on va attendre d’en avoir une dizaine pour pouvoir affirmer que c’est quelque chose d’habituel. Cela permet aussi d’avoir une meilleure vision du rôle de chacun, de savoir qui ramène une fille, qui ramène de la drogue, où est stocké le produit etc. Généralement, l’enquête dure entre huit mois et un an.

« En matière de stupéfiants, nous restons très vigilants même s’il y a peu de trafic et peu d’affaires en principauté. Le risque zéro n’existe nulle part et dans aucun domaine » Richard Marangoni. Directeur de la sûreté publique

Le trafic de drogue et la consommation de produits illicites ont-ils augmenté à Monaco ?

R.M. : Nous avons constaté une légère augmentation. Mais elle ne veut pas dire qu’il y a plus d’affaires. Cela signifie aussi que nous sommes plus performants. Nous nous donnons chaque fois plus de moyens pour résoudre les dossiers portés à notre connaissance. Et cela témoigne de l’évolution permanente des services.

C’est-à-dire ?

R.M. : Depuis le plan sûreté publique 2020, nos services se sont remis en cause et se sont chaque année réorganisés. Avec au départ, une évolution forte de chaque division et après, une adaptation constante. Nous sommes ainsi passés de l’évolution à l’adaptation. À tel point que la police judiciaire a connu une grande réorganisation récemment avec notamment la question des personnes vulnérables et la brigade des mineurs. En matière de stupéfiants, nous restons très vigilants même s’il y a peu de trafic et peu d’affaires en principauté. Le risque zéro n’existe nulle part et dans aucun domaine. Et cela rentre aussi dans le cadre de la protection des mineurs, de la jeunesse parce que nous savons qu’ils peuvent être confrontés aux addictions.

Il n’y a donc pas d’augmentation significative ?

R.M. : Le nombre d’affaires a certes augmenté mais cette hausse n’est pas due à une recrudescence. Elle est due à une meilleure efficience de nos services. Et le couronnement en est l’équipe commune d’enquête.

Combien de dossiers traitez-vous par an ?

L.T. : Cette année, une affaire a été initiée pour vérifier. Mais nous ne savons pas encore s’il y a trafic ou pas. À l’échelle du nombre de dossiers traités dans la division, le trafic de drogue reste à la marge.

R.M. : En 2020, nous avons eu quatre affaires pour trafic de drogue et 103 pour détention. Et en 2019, nous en avions eu cinq pour trafic.

Quel est le profil des consommateurs ?

L.T. : Le profil des consommateurs, c’est : je vais par exemple à Nice pour chercher ce que je vais consommer et je rentre chez moi faire ma soirée et consommer. Nous faisons régulièrement des affaires de consommation et à chaque fois, c’est ça.

Où les consommateurs vont-ils se fournir ?

L.T. : Ils vont se fournir sur Beausoleil, Nice ou Menton. Quelques-uns peuvent aller en Italie. À Monaco, on ne retrouve pas d’importations de grandes quantités, ni de lieux de stockage… On peut nous accuser de ne pas chercher mais nous n’avons pas de demande dans ce sens. Aucun pays étranger ne vient nous dire qu’il a une information sur un lieu de stockage ou la présence d’un trafiquant à Monaco. Cela n’arrive pas donc je pense que nous ne devons pas être dans le faux.

La consommation de drogue chez les jeunes vous inquiète-t-elle ?

R.M. : Cela rentre dans le cadre de la prévention. Nous n’en sommes pas au stade où il faut être inquiet mais il faut être vigilant et sans cesse communiquer avec eux. Notre politique de prévention aux addictions est importante. La division de police judiciaire est notamment amenée à faire des conférences dans les établissements de la principauté. Il y a des profils plus jeunes mais il n’y a pas non plus une explosion [de la consommation chez les jeunes – NDLR].

Laurent Tournier © Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

« Les consommateurs vont se fournir sur Beausoleil, Nice ou Menton. Quelques-uns peuvent aller en Italie. À Monaco, on ne retrouve pas d’importations de grandes quantités, ni de lieux de stockage » Laurent Tournier. Adjoint au chef de la division de police judiciaire

En France, les jeunes se dirigent davantage vers des drogues dures. Est-ce le cas à Monaco ?

L.T. : Non, pas du tout. Nous n’avons pas la même tendance à Monaco.

Quels types de drogues circulent à Monaco ?

L.T. : Généralement, ce sont des drogues légères du type résine de cannabis ou herbes de cannabis. Ces dernières années, avec les chutes du « prix du marché », il y a eu plus de cocaïne. Mais habituellement, la clientèle, c’est plutôt jeune et c’est plus cannabis que ce soit herbe ou résine.

Contrairement à la France, le démantèlement des trafics de drogue n’est pas médiatisé en principauté : pourquoi ?

R.M. : La communication en matière d’affaires judiciaires relève du parquet général. Il faut donc interroger madame le procureur général [Sylvie Petit-Leclair – NDLR] qui gère la communication judiciaire. Je ne voudrais pas m’immiscer dans leurs prérogatives. Cela ne relève pas de la sûreté publique.

COMBIEN d’enquêteurs travaillent sur les trafics de drogue ?

L.T. : Sur cette affaire, sept personnes ont été mobilisées pendant près d’un an. Mais généralement, les enquêtes mobilisent beaucoup moins de monde et elles peuvent être menées en parallèle d’autres enquêtes. Nous mobilisons habituellement 4 ou 5 personnes maximum pour une affaire de ce type. Et c’est la section de lutte contre le crime organisé et les stupéfiants, qui appartient à la division de police judiciaire, qui mène ces enquêtes.

Comment surveillez-vous les établissements de nuit ?

R.M. : Le contrôle est général parce que n’importe quel établissement de nuit peut être concerné. Et les missions de la police judiciaire, notamment la nuit, c’est de passer à une certaine heure dans tous les établissements et de jeter un coup d’œil pour voir s’il n’y a rien qui attire l’attention (problèmes d’alcool, violences…). C’est de la prévention mais en même temps, si nous constatons quelque chose, nous intervenons. Nous en profitons également pour vérifier qu’il n’y a pas de mineurs qui consomment de l’alcool. Il y a toute une palette d’activités qui fait que l’on passe de partout.

L.T. : Nous avons une surveillance sur tous les établissements de nuit de la principauté. Bien souvent, ce sont les gérants ou les services de sécurité des établissements qui, s’ils constatent quelque chose, sont amenés à nous appeler. Il y a un vrai échange avec les établissements.

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