lundi 17 mai 2021
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Jean-Louis Grinda : « Il faut repenser notre manière d’attirer les touristes »

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Jugé trop polluant, le tourisme de masse ne représente plus l’avenir pour Monaco, estime l’élu Union Monégasque, Jean-Louis Grinda (1).

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, le tourisme de masse n’étant plus là, Monaco doit-il davantage miser sur un tourisme très haut de gamme ?

Davantage qu’un « tourisme très haut de gamme », c’est davantage d’un tourisme durable et écoresponsable dont Monaco a besoin. Il est clair que le tourisme de masse ne l’est pas, et je ne pense pas que son retour soit souhaitable à Monaco. Si un « monde d’après » devait naître après la pandémie de Covid-19, c’est bien celui d’un monde plus écologique. Si le virus disparaît un jour, ce ne sera pas le cas du changement climatique, dont les projections pour la fin du siècle sont alarmantes.

En principauté, le tourisme de luxe permet-il seulement de limiter la casse en temps de crise, ou peut-il s’inscrire dans un tourisme durable et suffisant en termes de chiffre d’affaires annuel ?

Pour l’hôtellerie et l’événementiel, c’est possible. Pour le commerce de détail, ce n’est pas le cas.

Les boutiques de souvenirs du Rocher souffrent énormément depuis le début de la crise sanitaire : est-ce le signe qu’il faut changer d’activité pour ces boutiques ?

Les commerces du Rocher sont clairement limités par la taille et la superficie de leur magasin. Et la topographie des lieux ne leur permet pas de pousser les murs. Changer pour changer n’est pas toujours une solution : le « yakafokonisme » est rarement de bon conseil.

Le secteur du Rocher pourrait-il devenir une deuxième « place du Casino » avec de nouvelles boutiques de luxe, complémentaires de celles déjà installées en principauté ?

Non, je ne le pense pas. Monte Carlo, de par son histoire, celle du casino, des hôtels de Paris et de l’Hermitage, incarne le luxe à Monaco. Le One Monte Carlo et ses boutiques inaugurées en février 2019 en sont les emblèmes les plus récents. Le Rocher et le palais princier incarnent, pour leur part, l’histoire et le patrimoine préservé de la principauté depuis le XIIIème siècle. Les boutiques de luxe n’y ont pas leur place pour cette raison, et aussi pour des raisons de superficie, comme je l’ai déjà indiqué.

Les croisières et le tourisme de masse souffrent aussi à cause de la pandémie de Covid-19 : alors que ces bateaux sont accusés de pollution, Monaco peut-il se passer de cette clientèle, dont l’impact annuel était estimé par le Conseil national en octobre 2019 à « 20 millions d’euros, soit environ 100 euros par croisiériste » ?

J’avais justement répondu à cette question sur les navires de croisière en octobre 2019 dans Monaco Hebdo, juste avant la crise sanitaire. Je vous avais répondu que les retombées économiques des bateaux de croisières sont évidemment importantes, tant pour les commerçants que pour la Société d’exploitation des ports de Monaco (SEPM). Et, par conséquent, sur les finances publiques, et qu’y renoncer serait donc un sacrifice pour Monaco… Le Covid-19 a donné une réalité à ce sacrifice, et il est très lourd à supporter. Les croisiéristes reviendront donc. Mais la problématique de la toxicité des bateaux amarrés à quai réapparaîtra avec leur retour. Et mon idée que je proposais il y a 16 mois d’un organisme de contrôle indépendant sur cette toxicité est toujours pertinente.

Pour électrifier le port Hercule, il faudrait investir 10 millions d’euros et 3 à 5 ans de travaux : cet investissement est-il nécessaire pour attirer une clientèle haut de gamme ?

L’électrification est toujours une belle idée sur le papier. Dans la pratique, son impossibilité à Monaco pour le quai des bateaux de croisière a déjà démontré sa complexité. Donc je ne suis pas opposé par principe, mais je pense toujours qu’un travail écologique sur les carburants au niveau international est la meilleure solution.

Comment le tourisme, qu’il soit de luxe ou non, peut-il être compatible avec l’écologie et l’urgence climatique ?

Le tourisme est la première industrie du monde : il représentait avant la crise du Covid-19, 10 % du PIB mondial, un emploi sur 11 dans le monde, 6 % des exportations mondiales et 30 % des exportations de services, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). Il faut donc assurer une activité économique autour du tourisme, viable sur le long terme, et repenser notre manière d’attirer les touristes. Je me bats avec Union Monégasque (UM) depuis près de 10 ans pour limiter l’utilisation des voitures par les Monégasques et les résidents en principauté. Ce n’est pas pour en accueillir davantage de l’extérieur. Il faut donc trouver des solutions alternatives de déplacement. Des solutions qui, évidemment, ne soient pas polluantes.

1) Interrogés par Monaco Hebdo, les élus Horizon Monaco (HM), Béatrice Fresko-Rolfo et Jacques Rit, n’ont pas répondu à nos questions avant le bouclage de ce numéro, le 2 mars 2021.

Pour lire la suite de notre dossier sur la crise du tourisme à Monaco, cliquez ici

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