dimanche 24 octobre 2021
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Quelle stratégie face à la défiance vaccinale ?

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La campagne de vaccination anti-Covid-19 a été lancée le 30 décembre 2020 à Monaco. Alors que plus de 4 000 personnes ont déjà été vaccinées, la question de la réussite de cette campagne est dans tous les esprits.

Quelle stratégie mettre en œuvre pour vacciner suffisamment et atteindre l’immunité collective, alors que les antivaccins se font entendre ?

Bien sûr, jusqu’ici, tout va bien. Depuis le 30 décembre 2020, le gouvernement monégasque affirme avoir pu vacciner plus de 4 000 résidents de la principauté. Les données du problème sont simples : vacciner un maximum de personnes parmi les quelques 38 100 habitants de Monaco, dont près de 9 500 Monégasques. Selon les experts, pour atteindre l’immunité collective, il faudra vacciner entre 50 et 75 % de la population d’un pays. « Atteindre 75  % de la population vaccinée contre le Covid-19 pendant l’année 2021, pourquoi pas ? », avait indiqué le 7 janvier 2021 le ministre d’Etat, Pierre Dartout, à Monaco Hebdo. Avant d’ajouter : « Même si nous avons quelques idées, je préfère ne pas fixer un objectif précis pour l’instant. Mais si à la fin du premier semestre 2021 on a réussi à vacciner la moitié, ou plus, de la population en principauté, ce sera quelque chose de très bien. »

Partage d’informations

La campagne de vaccination monégasque ayant donné, comme dans d’autres pays, la priorité aux personnes les plus fragiles, ce sont donc les Monégasques et résidents de plus de 65 ans, ainsi que les plus de 18 ans qui présentent des facteurs à risque de comorbidité, qui ont été prioritaires pour les premières doses de vaccin anti-Covid-19. Sans surprise, l’accueil a été positif, comme le raconte le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, Didier Gamerdinger : « Plus de la moitié des personnes de plus de 75 ans ont exprimé le choix de se faire vacciner. Dans certains établissements de retraite, jusqu’à 90 % des pensionnaires ont demandé le vaccin. » Une réaction assez logique, qui n’a pas surpris grand monde à Monaco. Car la crainte d’effets secondaires ne se matérialise pas de la même façon selon l’âge, estiment les élus Horizon Monaco (HM), Béatrice Fresko-Rolfo et Jacques Rit : « La question se pose de manière très différente selon qu’il s’agit de personnes âgées ou de personnes jeunes. Pour les premières, qui sont d’ailleurs de loin les plus menacées par les formes graves de la maladie, l’éventualité d’effets secondaires à moyen et long terme peut, à leur âge, être relativisée. » Mais certains redoutent que le départ très encourageant de cette campagne de vaccination ne se ternisse dans les semaines, et surtout les mois à venir. En effet, lorsqu’il s’agira de vacciner de jeunes adultes, et même des quadragénaires ou des quinquagénaires, que se passera-t-il ?

Si en principauté aucun chiffre ne circule, en France, un sondage a fait beaucoup de bruit. C’était fin novembre 2020. Un sondage de l’Ifop indiquait alors que 59 % des personnes interrogées n’iraient pas, ou probablement pas, se faire vacciner contre le Covid-19. Face à ce constat, le premier ministre français, Jean Castex, a annoncé le 3 décembre 2020, la création d’un comité citoyen, chargé d’assurer le lien avec la population. Composé de 35 citoyens tirés au sort, ce comité a pour mission, depuis le 16 janvier 2021, de faire remonter les inquiétudes techniques, éthiques, sociales ou encore financières liées à la campagne de vaccination française. Leurs travaux s’étaleront de janvier à l’été 2021, avec un bilan prévu à l’automne 2021. Rien de tel à Monaco, où le gouvernement reste confiant. « Contrairement à certains indicateurs publiés dans d’autres pays, il ne semble pas y avoir de méfiance particulière envers la vaccination en principauté », assure Didier Gamerdinger. Et en cas de doutes ou de questionnements plus précis, le gouvernement détaille alors son dispositif, qui repose essentiellement sur le partage d’informations : «Chaque médecin de ville a reçu une formation sur les avancées scientifiques du vaccin actuellement disponibles. Le médecin de famille en priorité, car personne ne connait mieux que lui votre profil médical. Nous sommes convaincus qu’un dialogue entre un patient et son médecin traitant reste la démarche de conviction la plus pertinente. Le centre d’appel Covid-19 pourra également donner des informations

Médecins de famille

Que ce soit le gouvernement ou le Conseil national, tout le monde s’accorde à le dire : les professionnels de santé de proximité ont un rôle clé à jouer dans la réussite de cette campagne de vaccination. En France, en juin 2020, un sondage BVA indiquait que 93 % des Français avaient fait confiance à leur médecin généraliste pendant le confinement et que 74 % d’entre eux continueront à se tourner vers eux en premier lieu. Sept mois après, la situation est inchangée. D’après les chiffres révélés par l’étude « zOOms » de l’observatoire Cetelem réalisée les 12 et 13 janvier 2021, les Français maintiennent leur confiance aux soignants qui travaillent à l’hôpital (90 %) aux pharmaciens (85 %) et toujours aux médecins généralistes (88 %). « Il est indispensable d’impliquer les professionnels de santé qui, sur le terrain, pourront relayer les informations sérieuses. Ils pourront expliquer l’intérêt individuel et collectif de la vaccination à des patients avec lesquels ils entretiennent depuis de nombreuses années une relation de confiance. Cette relation n’existe pas avec des professionnels qu’ils n’ont pas l’habitude de consulter », souligne le président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses du Conseil national, Christophe Robino. Un constat partagé par le gouvernement monégasque qui a donc décidé de faire appel à ces médecins de famille : « C’est la stratégie sur laquelle le gouvernement princier a misé. Nous travaillons beaucoup avec les professionnels de santé, notamment avec l’ordre des médecins de Monaco. »

Jeunes

Mais c’est surtout le retournement d’opinion concernant la vaccination qui est notable. Le 14 janvier 2021, selon un sondage Odoxa-Backbone consulting pour franceinfo et Le Figaro, 56 % des Français sont désormais favorables à la vaccination. Par rapport à une autre enquête publiée le 23 décembre 2020, c’est un bon en avant de 14 points qui a ainsi été constaté. Plusieurs facteurs expliquent ce changement radical de positionnement. Il y a d’abord, bien sûr, le désir de protéger son entourage (96 %), puis de se protéger soi-même (94 %), indique l’étude « zOOms » de l’observatoire Cetelem. Mais la lassitude pèse aussi, et la volonté de retrouver une « vie normale » (94 %), en échappant aux restrictions sanitaires (92 %), est un argument de poids. Enfin, en dernier lieu, et dans une moindre mesure (80 %) les Français souhaitent être vaccinés, car ils craignent d’être limités dans leurs voyages ou dans l’accès à certains lieux. Si la situation semble se détendre quelque peu dans l’opinion publique française, il reste à voir si ces chiffres sont transposables, ou non, à la population de Monaco. Là encore, le gouvernement affiche son optimisme, en indiquant qu’en principauté l’acceptation autour du vaccin anti-Covid-19 est plus élevée qu’ailleurs. Reste à savoir comment communiquer efficacement auprès des jeunes. Car ce sont eux les plus réticents face à la vaccination, le plus souvent parce qu’ils ne se sentent pas vraiment concernés. Considérant qu’ils sont la population qui présente le moins de risques de développer une forme grave de la maladie, beaucoup ne voient pas l’intérêt du vaccin. Interrogé sur RTL le 17 janvier 2021, le chercheur à l’institut Pasteur et membre du conseil scientifique, Arnaud Fontanet, estime qu’«il faudra vacciner les plus jeunes pour reprendre une vie normale. À partir du moment où on confirmera qu’il n’y a pas d’effets indésirables graves on n’a plus de raison de se priver, on peut descendre en âge. […] L’objectif, c’est d’arrêter la circulation de ce virus, donc avec des variants plus contagieux, la couverture vaccinale devra être plus importante.» Si le gouvernement monégasque compte miser sur le « dialogue, l’écoute, la pédagogie » et le « bouche-à-oreille » pour convaincre les jeunes, des experts estiment qu’il sera nécessaire de faire appel à des canaux de diffusion adaptés. C’est-à-dire non seulement les réseaux sociaux, mais aussi les médias en ligne et même les médias plus traditionnels. C’est aussi la position défendue par Christophe Robino : « Il faut constater qu’avec les nouveaux variants du virus SARS-CoV-2, et notamment le variant anglais, la contagion est beaucoup plus importante, y compris dans ces tranches d’âge. Ce dernier point rend d’autant plus nécessaire l’obtention rapide d’une couverture vaccinale suffisante pour contrer la diffusion de ces variants. Il faut donc investir tous les moyens de communication, et notamment les réseaux sociaux, qu’ils utilisent quotidiennement, pour les sensibiliser aux objectifs de la vaccination, et systématiquement contrer, par une veille constante, les contrevérités et fausses rumeurs qui y sont diffusées. »

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