jeudi 9 décembre 2021
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Après les scandales, la ruée vers l’or propre

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Métal précieux, si ce n’est, peut-être, le plus précieux de l’Histoire, l’or a une valeur certaine et incontestable, qui se confirme particulièrement en période de crise. Mais si tout ce qui brille n’est pas d’or, tout ce qui est d’or ne brille pas forcément non plus. Cette semaine, Monaco Hebdo s’intéresse ainsi au marché aurifère et à son virage vers le « propre », en quête d’un nouveau sens.

Valeur esthétique ou valeur refuge, l’or est un placement privilégié pour tous ceux qui s’inquiètent des plans de relance incertains des gouvernements, du niveau de dette stratosphérique des États, de la volatilité des marchés, et des valorisations complètement extravagantes de certains actifs en bourse, qui menacent de faire éclater les bulles dans lesquelles les investisseurs se sont engouffrés. Preuve de l’attrait continu pour l’or : les livraisons sur le marché des transactions d’or physique, type lingots et pièces, ont été multipliées par cinq depuis le début d’année 2020 dans le monde.

La tendance est désormais à l’or « propre » et « responsable », un créneau sur lequel s’est engagée Aurum Monaco, l’unique raffinerie d’or de la principauté depuis 2019

Illégaux

Mais le marché de l’or n’est pas toujours propre. Loin d’être recouvertes de gants blancs, comme il est coutume de le faire pour manipuler les lingots, les petites mains de l’orpaillage artisanal — souvent en proie aux productions illégales — sont encore entachées parfois de produits polluants, de blessures liées à l’exploitation intensive, et même, de sang. Le terme de « petites mains » n’est d’ailleurs pas anodin. Au Burkina Faso, où l’on compte par exemple plus de 600 mines d’or, les enfants représenteraient 30 % de la main-d’œuvre selon les estimations de l’association helvétique Terre des hommes, présente sur le terrain. La Suisse étant le pays par lequel transite 70 % de l’or mondial. En Tanzanie, la mine d’or de Mara-Nord est encore le théâtre de fusillades, parfois mortelles, et de diverses violations des droits de l’homme, comme l’a avancé en 2017 l’ONG britannique Rights and Accontability in Development (RAID). La compagnie canadienne Acacia Mining, qui exploite cette mine d’or, réfute certaines allégations portées par les ONG présentes sur le terrain, mais admet qu’au moins six personnes auraient perdu la vie sur le site Mara-Nord entre 2014 et 2017, notamment du fait d’exactions provoquées par des groupes armés pour s’accaparer cet or. L’Amérique du Sud, qui représente près de 20 % de la production mondiale d’or, n’est pas non plus épargnée. En Amazonie, la Guyane est en effet gangrénée de sites d’exploitation illégale suite aux hausses importantes du cours de l’or. L’association WWF estime que sept à dix tonnes d’or y seraient illégalement extraites chaque année. Problème, les orpailleurs illégaux utilisent massivement le mercure, environ 1,3 kilo de ce métal lourd pour récupérer 1 kilo d’or en moyenne, ce produit étant utilisé pour séparer l’or du minerai. Son utilisation est interdite depuis 2006, car le mercure pollue les fleuves à proximité des mines d’or artisanales, ainsi que les poissons piscivores et, par conséquent, les populations autochtones qui s’en nourrissent. Mais son utilisation perdure.

Sur le continent africain, comme ici en Mauritanie, des ONG comme Pact World accompagnent les petits exploitants vers des pratiques moins polluantes et plus sécurisantes. © Photo PactWorld

Des certifications et des labels existent à l’échelle internationale pour garantir une meilleure traçabilité de l’or écoulé sur le marché. Et, surtout, venir à bout de l’usage de produits polluants, comme le mercure

Le « propre », pour redorer le blason ?

Face à cette succession d’épisodes compromettants, l’industrie de l’or s’organise et semble redoubler d’efforts pour mettre fin aux mauvaises pratiques. La tendance est désormais à l’or « propre » et « responsable », un créneau sur lequel s’est engagée Aurum Monaco, l’unique raffinerie d’or de la principauté depuis 2019. Un simple argument marketing, dans la tendance “greenwashing”, cette manœuvre marketing à laquelle s’adonnent de nombreuses industries en quête d’une meilleure image, plus verte et respectueuse de l’environnement ? Pas forcément. Des certifications et des labels existent à l’échelle internationale pour garantir une meilleure traçabilité de l’or écoulé sur le marché. Et, surtout, venir à bout de l’usage de produits polluants, comme le mercure, ainsi qu’au travail de populations vulnérables, dont les enfants. Parmi ces normes, la London Bullion Market Association (LBMA) garantit les bonnes pratiques de fabrication et d’approvisionnement responsable et éthique de l’or distribué sur le marché. Tout comme le Responsible Jewelry Council (RJC), qui compte plusieurs centaines d’entreprises certifiées, dont Aurum Monaco [à ce sujet, lire notre article L’or “responsable” : argument marketing ou vrai projet ?, publié dans ce dossier spécial — NDLR]. La principauté a aussi rejoint les Nations Unies dans la lutte contre les pratiques illégales d’extraction d’or, en signant la convention internationale de Minamata, comme 127 autres États-membres [à ce sujet, lire notre article Monaco engagée avec les Nations Unies contre l’orpaillage illégal, publié dans ce numéro spécial — NDLR]. Cette convention oblige ses parties à élaborer des plans d’actions concrets pour éradiquer, à long terme, l’usage du mercure dans les productions artisanales et à petite échelle. Reste maintenant à sensibiliser les consommateurs à ces questions. Le marché de l’or, c’est avant tout l’horlogerie et la bijouterie en effet, qui représentent à elles seules 50 % de la production mondiale, devant l’investissement refuge, pour 40 % de la demande, et les 10 % qui concernent l’électronique, et le médical. La prise de conscience semble de mise, plus que jamais, afin que Monaco puisse peut-être, un jour, figurer parmi les futures places mondiales de l’or propre.

Pour lire la suite de notre dossier ” la ruée vers l’or propre”, cliquez ici.

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