vendredi 3 décembre 2021
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La boxe peut-elle s’imposer à nouveau à Monaco ?

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Au début du siècle dernier, Monaco attirait l’attention du monde entier en organisant de grands combats de boxe, qui opposaient des champions très médiatiques. Ce sport était alors un outil d’attractivité et de promotion, qui a peu à peu perdu de son influence à partir des années 1980 et 1990. Mais l’arrivée du jeune champion monégasque, Hugo Micallef, pourrait changer la donne.

Quand on lui pose la question, il n’hésite pas une seconde. « Je veux devenir champion du monde. » À seulement 23 ans, le boxeur monégasque Hugo Micallef n’a que cet objectif en tête. Devenir le tout premier Monégasque à être sacré champion du monde de boxe. Ce fan de Floyd Mayweather, Roy Jones Junior, Sugar Ray Leonard et Shakur Stevenson, pour ne citer qu’eux, a donc décidé de tout donner pour atteindre cet objectif. Un parcours scolaire adapté lui a permis de se consacrer à la boxe et d’aligner entre 2015 et 2021 un total de 129 combats et de 112 victoires chez les amateurs. Avec une licence en marketing du luxe, à l’International University of Monaco (IUM), en poche, il a décidé en 2020 de quitter le confort de Monaco pour s’installer aux Canaries, et travailler avec un nouvel entraîneur : l’Espagnol Carlos Formento, qui a succédé au Cubain, Juan Gonzalez. En mars 2021, Hugo Micallef se fait remarquer. Il boxe alors dans un tournoi international en Espagne, et, à la surprise générale, il bat Delante Johnson, un Américain champion du monde. « À partir de là, les regards se sont posés sur moi, et on m’a vu autrement, surtout du côté des États-Unis », raconte le boxeur monégasque.

« Parfait »

Les États-Unis lui font donc les yeux doux et cela se matérialise par l’annonce, mi-juillet 2021, de la signature d’un contrat de cinq ans avec l’un des plus importants promoteurs de combats boxe de la planète, Top Rank Boxing. Créé en 1973 par Jabir Herbert Muhammad et Bob Arum, Top Rank Boxing a travaillé avec les plus grands boxeurs du monde, de Muhammad Ali (1942-2016) à Oscar de la Hoya, en passant par Joe Frazier (1944-2011), Sugar Ray Leonard, Larry Holmes ou Tyson Fury à l’heure actuelle. « Par rapport à un boxeur en France, oui, un contrat avec Top Rank rapporte beaucoup d’argent. […] Ce contrat avec Top Rank me permet de vivre correctement de ma passion pendant cinq ans », commente sobrement Hugo Micallef, refusant de céder à l’euphorie. Pourtant, sa carrière a décollé. Le 10 septembre 2021, à Roland Garros, en lever de rideau du combat de Tony Yoka, le boxeur monégasque est monté sur le ring pour son premier affrontement chez les professionnels. Il a boxé face à l’Argentin Ezequiel Gregores, dans la catégorie des super-légers, donc les moins de 63,5 kg. Après trois mois de préparation, Hugo Micallef s’est senti prêt. Il faut dire qu’il n’a pas fait la moindre concession : « J’ai suivi une diète stricte, je n’ai pas bu un seul Coca depuis des mois. J’étais à la maison, je jouais à la PlayStation, je dormais, j’allais m’entraîner. Et c’est tout. » Même si ce combat n’a pas été simple, cette première victoire acquise chez les professionnels devant les caméras de Canal+ et d’ESPN pour les États-Unis, a ravi le Monégasque : « Ma famille et mes amis étaient dans le public. C’était parfait. Parce que tout ça, c’est tout ce que j’ai voulu depuis que je suis tout petit. »

« Je veux devenir champion du monde. » À seulement 23 ans, le boxeur monégasque Hugo Micallef n’a que cet objectif en tête. Devenir le tout premier Monégasque à être sacré champion du monde de boxe

« Champion »

Désormais, le prochain objectif, c’est un deuxième combat chez les professionnels. Cela devrait se dérouler en décembre 2021, en France, probablement dans une soirée qui devrait coïncider avec le prochain affrontement du Français Tony Yoka. Avec toujours en ligne de mire, ce titre de champion du monde : « Le champion du monde en titre, c’est l’Ecossais Josh Taylor : il a remporté les ceintures de toutes les fédérations de boxe. Mon objectif, c’est d’abord d’être champion du monde dans une fédération. Et ensuite, d’unifier ce titre, en remportant les ceintures de champion du monde dans les autres fédérations. » Hugo Micallef sait bien sûr que le chemin sera long et difficile. Mais pas question de baisser les bras. Ce n’est, de toute façon, pas dans son tempérament. Et puis, dans l’intervalle, il y a les Jeux Olympiques (JO). Après avoir échoué de très peu lors des qualifications pour les JO de Tokyo, Paris 2024 est une autre cible que vise Hugo Micallef : « Même en étant devenu boxeur professionnel, j’ai la possibilité de participer aux JO, si j’ai fait moins de 15 combats chez les professionnels. Donc, d’ici trois ans, je ferai en sorte d’avoir fait moins de 15 combats, pour essayer de me qualifier pour Paris 2024. » Représenter son pays, que ce soit aux JO ou dans le cadre d’un championnat du monde, c’est aussi un sujet important pour Hugo Micallef, qui caresse un rêve, celui de ramener un championnat du monde en principauté : « Nous avons l’ambition de boxer un jour à Monaco, dans une grande soirée organisée par Top Rank. C’est le but ultime. Idéalement, ça serait pour mon championnat du monde. »

En s’associant avec Matchroom Boxing, depuis mars 2013, la SBM a proposé 11 éditions de son Monte-Carlo Boxing Bonanza, dans le cadre prestigieux de la salle Médecin du casino de Monte-Carlo. Ici l’édition du 24 novembre 2018 (notre photo).

1970

Comme l’historien et maître de conférences à l’université de Nice, Yvan Gastaut, l’a expliqué à Monaco Hebdo dans ce dossier spécial [lire son interview par ailleurs — NDLR], la boxe à Monaco a connu des fortunes très diverses depuis le début du siècle dernier. Très vite, elle a été perçue comme un vecteur de communication et d’attractivité pour une principauté désireuse de remplir ses hôtels et ses casinos. Avec des débuts flamboyants sous le règne d’Albert Ier (1848-1922) et un premier grand combat international, le 29 février 1912 : le champion d’Angleterre, Jim Sullivan (1886-1949), opposé au champion de France, Georges Carpentier (1894-1975), pour un titre de champion d’Europe. La boxe est aussi vue comme un excellent vecteur de communication, capable de remplir les hôtels, les restaurants et les casinos de la principauté. La Société des bains de mer (SBM) l’a bien compris. Elle crée donc l’International Sporting Club, une structure interne chargée d’organiser de grands événements sportifs. C’est d’ailleurs ainsi qu’est organisé le combat Sullivan-Carpentier sur le terrain Radziwill, à la Condamine. Après une baisse de régime dans l’entre-deux-guerres, la boxe fait son retour en principauté, notamment avec la création de l’AS Monaco Boxe, en 1949. Les combats sont alors plus locaux qu’internationaux, et ils se déroulent du côté du premier stade Louis II, construit en 1939 par le prince Louis II (1870-1949). Il faut attendre les années 1970 pour assister au retour des grands combats de niveau mondial en principauté. Notamment avec un boxeur qui a souvent combattu à Monaco : l’Argentin Carlos Monzón (1942-1995). Mais d’autres boxeurs de renom se sont aussi illustrés pendant cette période, notamment le Colombien Rodrigo Valdez (1946-2017), l’Américain Marvin Hagler (1954-2021), l’Italien Nino Benvenutti, ou encore l’Américain James Toney. Depuis les années 1980 et 1990, la boxe est à nouveau entrée dans une période de calme en principauté, faisant dire à Yvan Gastaut que « la boxe est un sport à éclipses ». Avec la création de Canal+ en 1984 par Havas, la boxe bénéficie pourtant d’une belle exposition sur les antennes de cette chaîne de télévision pendant des années, toutefois sans impact réel pour Monaco.

Avec Charles Leclerc, né le 16 octobre 1997, la principauté dispose déjà d’un pilote de niveau mondial chez Ferrari. Avec Hugo Micallef, né le 6 mars 1998, elle pourrait aussi compter sur un boxeur qui ambitionne de faire coup double

Notoriété

Il faut dire que le contexte a changé. Désormais, le football a surpassé la boxe en termes de notoriété. Et les années 2000 n’ont fait qu’accentuer ce sentiment. Malgré ce déficit d’image, la SBM a néanmoins continué d’organiser quelques grands galas de boxe. En s’associant avec Matchroom Boxing, depuis mars 2013, elle a proposé onze éditions de son Monte-Carlo Boxing Bonanza, dont le dernier épisode a eu lieu le 30 novembre 2019, dans le cadre prestigieux de la salle Médecin du casino de Monte-Carlo. À cette occasion, Alexander Besputin et Radzhab Butaev sont montés sur le ring pour le titre de champion du monde WBA des poids welters, devant les caméras de Sky Sports pour le Royaume-Uni et de DAZN pour les États-Unis. Dans un communiqué de presse (1), le vice-président exécutif de l’activité jeux de la SBM, Pascal Camia, avait alors estimé qu’« à l’image des événements prestigieux que nous organisons tout au long de l’année et qui mettent en valeur l’art du jeu, le Monte-Carlo Boxing Showdown propose une expérience unique dans un décor iconique et, conformément à la stratégie de notre président et directeur général, M. Jean-Luc Biamonti, apporte énergie et dynamisme à toutes nos salles de jeu. » On se souvient aussi de la soirée du 24 novembre 2018, avec, là encore, une diffusion en direct sur Sky Sports au Royaume-Uni et sur DAZN aux États-Unis. La salle Médecin du casino de Monte-Carlo a accueilli huit combats internationaux, avec pour point d’orgue, l’affrontement entre le Russe Denis Lebedev, actuel champion du monde WBA des poids lourds-légers, et l’Américain Mike Wilson. Mais, malgré les qualités sportives de ces athlètes hors normes, ces noms ne font plus suffisamment rêver les foules. En 2021, quand on parle de notoriété, Lionel Messi et Cristiano Ronaldo laissent loin derrière le champion britannique Tyson Fury, même s’il a remporté les quatre ceintures de champion du monde chez les poids lourds, au sein des quatre principales fédérations internationales de boxe anglaise professionnelle, la WBO, la WBA et l’IBF en 2015, et la WBC en 2020. « Désormais, on a du mal à identifier les grands boxeurs de ce monde. Aujourd’hui, on les repère moins qu’un grand tennisman ou un grand footballeur. Mais comme la boxe se féminise, peut-être que ce sport fera son retour par ce biais-là », glisse Yvan Gastaut.

« Portefeuille »

Voilà sans doute pourquoi le président de la fédération monégasque de boxe, Laurent Puons, et la SBM ont travaillé ces derniers mois sur l’organisation d’un combat avec la star américaine Mike Tyson. À 55 ans, même s’il est retraité des rings depuis juin 2005, l’ancien champion du monde chez les poids lourds, bénéficie encore d’une belle popularité. L’occasion était donc belle de miser sur ce grand nom de la boxe pour faire briller Monaco, le temps d’une soirée. Mais, finalement, ce projet ne verra pas le jour, comme nous l’a expliqué Laurent Puons [à ce sujet, lire notre article Mike Tyson à Monaco : Laurent Puons et la SBM jettent l’éponge, publié dans ce dossier spécial — NDLR] : « Tyson, c’est mort. J’ai lu dans la presse qu’il s’orientait vers un combat d’exhibition contre le YouTubeur Logan Paul. Je pense que c’est quelque chose que nous ne pourrons pas réaliser à Monaco. » Ce qui n’empêche pas Laurent Puons et la SBM de continuer à chercher un combat idéal, qui réunirait enjeu sportif, retombées médiatiques et économiques. Sachant que, sur ce dernier point, le président de la fédération monégasque de boxe a été très clair : l’organisation de cette soirée de gala ne doit pas coûter un centime à la principauté, ce qui complexifie encore la tâche : « J’estime qu’aujourd’hui, il y a des business models qui permettent de financer ce  genre de combat, sans que l’on soit pour autant obligé de mettre la main au portefeuille. » En tout cas, à Monaco, tout le monde espère que la boxe suivra le modèle de la Formule 1 (F1), grâce à une génération de jeunes sportifs surdoués. Avec Charles Leclerc, né le 16 octobre 1997, la principauté dispose déjà d’un pilote de niveau mondial chez Ferrari. Avec Hugo Micallef, né le 6 mars 1998, elle pourrait aussi compter sur un boxeur qui ambitionne de faire coup double : offrir à Monaco un premier titre de champion du monde en boxe anglaise, et envisager la possibilité de combattre un jour en principauté. Et ainsi, contribuer au retour des très grandes soirées de boxe sur le territoire monégasque. Ce qui constituerait un joli coup aussi bien sportif qu’économique pour Monaco.

1) Contactée par Monaco Hebdo, la Société des bains de mer (SBM) n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Pour lire la suite de notre dossier «la boxe peut-elle faire son grand retour à Monaco», cliquez ici.

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Monaco Hebdo