vendredi 3 décembre 2021
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Olivier Cardot : « Le climat social est assez tendu »

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Au milieu des voix contestataires, celle de l’Union des syndicats de Monaco se fait particulièrement entendre en cette rentrée sociale 2021. Son secrétaire général, Olivier Cardot, répond aux questions de Monaco Hebdo, concernant les dossiers chauds du moment.

Comment jugez-vous l’état du climat social en cette rentrée 2021 ?

À l’heure actuelle, le climat social est assez tendu. On note un changement d’attitude du gouvernement depuis plusieurs semaines, alors qu’il avait géré la crise de manière assez remarquable à ses débuts, en prenant soin de dialoguer, notamment. Mais, si le dialogue ne s’est pas entièrement refermé, dernièrement l’attitude a changé. Le gouvernement princier semble se calquer sur le gouvernement français, alors qu’il avait fait preuve d’indépendance au début de la crise, en maintenant ouverts les commerces, par exemple. Mais, avec l’instauration du passe sanitaire à Monaco, comme en France, et l’obligation vaccinale pour les soignants, c’est l’incompréhension qui domine pour la population monégasque. Monaco doit avoir une politique indépendante du point de vue sanitaire.

Quelle est votre position sur l’obligation vaccinale ?

Des questions se posent sur la vaccination, et elles sont légitimes. Nous ne sommes pas anti-vaccins à l’USM, et je suis vacciné. Mais je pense que certaines personnes ont raison de ne pas vouloir le faire. Ça leur appartient. La mise en place d’un passe est assez folle, car on est dans le flou. Le début de crise a été très bien géré, mais ce virage pris par le gouvernement donne une situation où beaucoup de personnes se sentent incomprises.

Vous pensez que la politique vaccinale cristallise les mécontentements ?

Que l’on soit pour ou contre les vaccins, c’est une chose. Mais qu’on oblige un salarié à se vacciner sous la menace d’une suspension ou d’une retenue sur salaire, c’est liberticide. Une lame de fond émerge. Monaco est comme une cocotte-minute : les limites ont été franchies, et cela va déboucher sur des mouvements de contestation.

« On note un changement d’attitude du gouvernement depuis plusieurs semaines, alors qu’il avait géré la crise de manière assez remarquable à ses débuts, en prenant soin de dialoguer, notamment »

Olivier Cardot

Suite à la pandémie de Covid-19, la casse sociale dans les secteurs de l’hôtellerie et la restauration se poursuit-elle à Monaco ?

La casse sociale ne se poursuit pas, elle a été faite. Mais le secteur de l’hôtellerie est sur un rebond, et certains établissements font même plus de chiffre d’affaires qu’en 2019. Cependant, la succession de plans sociaux, notamment à la Société des bains de mer (SBM), a une incidence sur l’activité, puisque des centaines d’emplois ont été perdues. Beaucoup d’hôtels tournent en sous-effectifs aujourd’hui. À cela s’ajoute une pénurie de main-d’œuvre, car de moins en moins de personnes veulent travailler dans l’hôtellerie à Monaco.

Pourquoi ?

En partie à cause des réformes successives sur le mode de rémunération et sur les conventions collectives. À Monaco, la rémunération est basée sur la fréquentation des établissements, et cela n’a pas été bénéfique pendant la crise sanitaire. Certains salariés sont en effet passés d’un salaire de 3 000 euros, en moyenne, à 1 600 euros. Et les conditions de travail sont dures. Les hôtels sont presque pleins aujourd’hui, avec des effectifs limités et des clients parfois capricieux, qui ne respectent pas toujours les gestes barrières. En cas de cluster, le personnel peut vite se retrouver pris au dépourvu.

« Qu’on oblige un salarié à se vacciner sous la menace d’une suspension ou d’une retenue sur salaire, c’est liberticide »

Olivier Cardot

Les établissements de santé risquent-ils aussi la pénurie de main-d’œuvre, en conséquence de l’obligation vaccinale ?

C’est bien sûr un risque. Mais la direction du Centre hospitalier princesse Grace (CHPG) semble fermée au dialogue, alors que les syndicats veulent discuter. C’est un établissement à la pointe, renommé pour sa rigueur et sa qualité, avec des soignants qui se sont démenés pendant des mois, et qui ont même parfois contracté le virus sur leur lieu de travail. Ils sont pourtant menacés aujourd’hui. Faisons donc des choses concrètes pour recruter des soignants, si nécessaire, pour garantir la qualité du service. Notre syndicat des agents hospitaliers a des idées, comme retranscrire la loi Ségur française à Monaco, pour mettre en place des moyens supplémentaires, afin d’accroître les effectifs, et accorder des primes pour motiver le personnel soignant.

Jusqu’à quand faut-il prolonger les aides Covid ?

Je suis en adéquation avec le Conseil national, qui a dit que les aides concernant le Covid doivent être prolongées autant que dure la crise sanitaire, et autant que faire se peut. Le chômage total temporaire renforcé (CTTR) doit rester en place, et les aides doivent rester allouées aux travailleurs et aux employeurs, notamment sur le Rocher. Et ce, tant que nous ne sommes pas sortis de la crise sanitaire.

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Monaco Hebdo