samedi 19 septembre 2020
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Jean Castellini : « La recherche de nouvelles recettes non impactées par le Covid-19 est prioritaire »

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A l’heure de la rentrée, le conseiller-ministre pour l’économie et les finances, Jean  Castellini, évoque pour Monaco Hebdo l’impact budgétaire de la pandémie de Covid-19 pour l’Etat monégasque. Interview.

La fédération des entreprises monégasques (Fedem) craint la destruction d’environ 8 000 emplois à Monaco si la pandémie de Covid-19 se poursuit : que pensez-vous de cette prévision ?

L’interview dans laquelle s’est exprimé le président de la Fedem, Philippe Ortelli, avec notamment ce chiffre de 8 000 emplois menacés qui a marqué les esprits, me semble aujourd’hui à mettre dans le même contexte que lorsque nous avons voulu, dans l’urgence, proposer un budget maximaliste. Et donc, faire voter, avec l’assentiment du Conseil national, une enveloppe qui permet à l’Etat d’aider de la manière la plus large possible le plus grand nombre d’acteurs possibles, sur une durée estimée, à l’époque, à quelques mois. Ce chiffre avancé par Philippe Ortelli est à remettre dans un contexte qui était celui du printemps 2020. Rien ne semble aller dans ce sens aujourd’hui. Mais le rôle du gouvernement, c’est de faire en sorte que l’on reste le plus loin possible de ce chiffre.

Quels sont les secteurs qui souffrent le plus de la crise sanitaire à Monaco ?

Dès le mois de juin 2020, nous avons ciblé plusieurs secteurs qui avaient été plus affectés par la période de confinement de mars à mai 2020, et par l’annulation d’un certain nombre de grands événements. Pour certaines entreprises d’événementiels, les pertes de chiffre d’affaires étaient largement supérieures à 50 %. Un événement annulé en 2020 et reprogrammé en 2021 entraîne un impact évidemment beaucoup plus lourd que pour un hôtel ou un restaurant qui, pendant l’été 2020, a pu accueillir de la clientèle. Mais avec la fin de la saison touristique, on ne peut pas exclure que certains de ces établissements aient à nouveau besoin d’aides au titre du chômage total temporaire renforcé (CTTR) pour septembre et octobre 2020.

Comment s’est déroulé l’été 2020 ?

L’été 2020 a été correct. Certains ont même bien travaillé. Mais l’automne et l’arrière saison ne seront pas ce que l’on connaît habituellement, avec déjà, par exemple, l’annulation du Monaco Yacht Show en septembre. Pour les événements qui seront maintenus pendant cet automne 2020, le nombre de participants sera revu à la baisse. Il faut dire que ce n’est sans doute pas le meilleur moment pour envoyer ses salariés en congrès à Monaco ou ailleurs, alors que beaucoup de grandes entreprises revoient leurs budgets à la baisse pour faire face à une situation tendue, et que certaines de ces entreprises pourraient procéder à des licenciements. L’Etat va donc continuer à accompagner le secteur de l’événementiel et les agences de voyages, par exemple. D’ailleurs, une initiative a pris le relais du revenu minimum extraordinaire (RME) et de l’aide aux sociétés et du fonds de garantie : il s’agit de la commission d’accompagnement à la relance économique (Care).

© Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

« L’été 2020 a été correct. Certains ont même bien travaillé. Mais l’automne et l’arrière saison ne seront pas ce que l’on connaît habituellement, avec déjà, par exemple, l’annulation du Monaco Yacht Show en septembre »

Et quel est son premier bilan ?

La Care a vraiment rencontré son public. Les membres de la Care sont les mêmes personnes qui constituaient l’équipe du fonds de garantie, avec en plus un représentant du Conseil national, en alternance Balthazar Seydoux et Corinne Bertani, et moi-même, en tant que président de cette commission. Pendant juillet et août 2020, six réunions ont eu lieu. Le dossier à remplir était simplifié, puisqu’il ne faisait que 4 ou 5 pages. Du coup, nous avons traité entre 250 et 300 dossiers, essentiellement dans les secteurs de la restauration, du tourisme et de l’événementiel.

En quoi consiste l’aide proposée par la Care ?

L’accompagnement est représenté par la prise en charge d’une partie des frais fixes, et notamment du loyer. Selon le sérieux des dépenses de communication, de marketing ou de numérique, nous avons pu décider de prendre en charge une partie de ces dépenses. L’idée était de participer à la relance de l’activité des entreprises d’événementiel ou de services, par exemple.

Il faut déjà penser à la relance ?

Dans le courant de la semaine du 7 septembre 2020, les premières séances privées d’examen du deuxième projet de budget rectificatif 2020, permettront d’évoquer notre plan de relance [cette interview a été réalisée le 31 août 2020 — N.D.L.R.]. Après le soutien dans l’urgence, l’accompagnement pendant l’été 2020 se prolongera avec le CTTR pendant l’automne, ou encore avec le fonds de garantie « bis », moins attractif financièrement que le premier fonds de garantie, mais qui existe lui jusqu’à fin septembre 2020. Ou encore avec la Care, qui concerne juillet, août et septembre 2020. L’accompagnement de l’été se poursuit donc, en partie, pour le début de l’automne 2020. Nous pourrons ensuite passer à la troisième phase du soutien économique et social, avec une relance plus ambitieuse qui sera chiffrée et évoquée avec les élus du Conseil national. Des annonces auront lieu à ce sujet dans les prochaines semaines.

Pour relancer l’emploi, quels leviers faut-il actionner : primes à l’embauche, exonérations de cotisations pour les jeunes… ?

Nous ne raisonnons pas forcément par analogie avec les dispositifs des grands pays. A Monaco, nous avons fait appel à un prisme un peu différent. Par exemple, pour des salariés avec une ancienneté de 20 ans en principauté, licenciés à cause du Covid-19, l’entreprise qui les réembauchera en principauté bénéficiera d’une exonération de charges sociales pendant une période de 6 mois à un an environ.

Quel rôle doivent jouer les banques vis-à-vis de l’Etat et des entreprises implantées par cette crise sanitaire ?

Les banques ont joué le jeu. Dès la mi-mars 2020, j’avais convenu avec le président de l’Association Monégasque des Activités Financières (Amaf), Etienne Franzi, d’un dispositif de soutien, et d’une enveloppe de l’ordre de 50 millions d’euros. A l’époque, je n’avais pas d’indicateur fiable qui me permette de dire avec précision si c’était trop peu ou si c’était trop. Les services de l’Etat et les gens du fonds de garantie qui sont banquiers, experts comptables et membres de la direction du budget et du trésor, ont bien travaillé, puisqu’au final entre 52 et 53 millions ont été injectés dans l’économie monégasque.

© Photo Conseil National.

« Il n’y aura pas de catastrophe, car l’accompagnement se poursuit, avec le chômage partiel jusqu’à fin octobre 2020. En passant ce dispositif de 100 % à 80 %, on ne constate pas que cela a entraîné des faillites ou des licenciements »

Avec quels risques pour les banques ?

Un risque réduit à zéro, puisque ce dispositif est garanti à 100 % par l’Etat. Pour l’emprunteur, le coût est aussi de zéro, car le taux pratiqué par la banque était bonifié par l’Etat. Ce dispositif a aidé beaucoup d’entreprises. Nous avons traité environ 400 dossiers.

Vous avez constaté des fraudes pour l’ensemble des aides proposées par l’Etat ?

Ça reste très marginal. En ce qui concerne la Care, nous avons demandé des éléments comptables et nous avons pu croiser certaines informations afin de procéder à des vérifications.

Craignez-vous que, lorsque les aides publiques déployées pendant le confinement et juste après pour protéger l’économie faibliront, la crise s’aggrave et entraîne une explosion des faillites à Monaco ?

Je ne vois pas d’explosion des faillites en principauté. Je vois un gouvernement qui fait tout pour qu’il n’y ait pas de signaux inquiétants sur le front de l’économie, ou sur le front de l’emploi.

Comment retirer la perfusion d’argent public soutenant l’emploi et les entreprises sans risquer une catastrophe ?

Il n’y aura pas de catastrophe, car l’accompagnement se poursuit, avec le chômage partiel jusqu’à fin octobre 2020. En passant ce dispositif de 100 % à 80 %, on ne constate pas que cela a entraîné des faillites ou des licenciements.

L’impact budgétaire de cette crise sanitaire pour l’Etat a été matérialisé par une enveloppe de dépenses d’interventions publiques de 358 millions d’euros, pendant que le budget de l’Etat prévoyait un déficit de 477,3 millions d’euros pour 2020 : ces chiffres devront-ils être revus à la hausse d’ici fin 2020 ?

Non. Le dépôt du deuxième projet de budget rectificatif au Conseil national fin juin 2020 tablait sur un niveau de 270 millions d’euros de déficit, au lieu de 477,3 millions. Ce qui représente 200 millions de déficit en moins. Ça reste un chiffre important, qui fera l’objet d’ajustements dans les prochaines semaines. Car nous avons l’expérience de l’été 2020 derrière nous, et elle est plutôt bonne. Donc rien ne laisse penser que le déficit budgétaire s’aggravera, bien au contraire. Ceci grâce à des recettes exceptionnelles, liées notamment au programme de l’urbanisation en mer qui ne pouvait pas être inscrit au budget prévisionnel 2020, et pas inscrit de manière précise au premier budget rectificatif 2020, qui estimait alors le déficit à près d’un demi-milliard d’euros.

Le secteur du BTP reste un sujet important pendant cette crise ?

Dans le secteur du BTP, on voit qu’après un coup de frein, les opérations se poursuivent. Pour ce secteur, si nous devons imaginer des aides, ce doit davantage être dans la durée. Il faut que l’Etat donneur d’ordres continue de jouer son rôle, afin de soutenir l’activité du bâtiment et de la construction à tous les niveaux. C’est-à-dire à travers les projets structurants, mais aussi à travers la rénovation d’appartements domaniaux ou de bureaux de services appartenant à l’Etat. Ces chantiers font l’objet d’attribution à des entreprises monégasques, et l’Etat doit continuer à investir dans son patrimoine immobilier, qui est un investissement.

Vous avez surestimé l’enveloppe budgétaire pour faire face au Covid-19 ?

Il vaut mieux assumer d’avoir vu trop gros dans l’urgence. Car cela nous a donné les moyens de notre politique. Cela a d’ailleurs été très bien compris par les élus du Conseil national, qui s’apprêtent donc à examiner un nouveau projet de budget rectificatif 2020. Mais aussi par les acteurs économiques qui auraient en revanche mal compris que l’impact de cette crise sanitaire soit sous estimé au départ. Car cela nous aurait ensuite obligé à voter des budgets successifs sans arrêt en augmentation de dépenses, comme de grands pays l’ont fait.

Face à l’impact économique du Covid-19, quelle est la ligne défendue par le gouvernement, désormais ?

Aujourd’hui, il n’est pas question d’éviter de dépenser certaines des sommes qui ont déjà fait l’objet d’un vote. Notre objectif est de continuer à soutenir, de manière ciblée et intelligente, l’économie et l’emploi en principauté.

C’est-à-dire ?

Pour un certain nombre de dispositifs chiffrés dans l’urgence, nous n’avons pas dépensé l’intégralité des sommes qui avaient été envisagées, notamment au titre de l’aide aux sociétés. Plutôt que de réserver la Care aux entreprises qui réalisent au moins 1,5 million de chiffre d’affaires et qui ont enregistré 50 % de chiffre d’affaires en moins, nous avons relevé le niveau à 5 millions de chiffre d’affaires et à 50 % de baisse de ce chiffre d’affaires. Cela a donc permis d’instruire plus de 250 dossiers. Nous ajustons en permanence nos dispositifs.

© Photo Conseil National.

« Aujourd’hui, il n’est pas question d’éviter de dépenser certaines des sommes qui ont déjà fait l’objet d’un vote »

Le fonds de réserve constitutionnel est aussi touché par cette crise sanitaire ?

Au milieu du printemps 2020, nous avions une situation très négative sur les marchés financiers, et donc une performance négative de notre fonds de réserve constitutionnel. Alors qu’aujourd’hui, la performance de notre fonds est revenue à l’équilibre. Les performances du marché américain sont tirées par un nombre très limité de valeurs. A Monaco, on va tout faire pour éviter un décalage trop fort entre ce que les gens voient au niveau financier et ce qu’ils voient au niveau économique. En principauté, nous n’avons pas de bourse, mais nous investissons sur les marchés. Et nous avons un bas de laine qui a considérablement amorti le choc.

Dans la mesure où 2021 s’annonce économiquement très difficile, et que le fonds de réserve constitutionnel n’est pas inépuisable, faudra-t-il arbitrer et renoncer à certaines dépenses ?

Oui. Nous avons déjà fait passer certains messages, qui ont été très bien compris au niveau des premiers arbitrages pour le budget primitif 2021, car la situation reste préoccupante. Mais il ne faut pas être alarmiste, car la situation a malgré tout évolué dans un sens positif, grâce aux mesures prises par le gouvernement, et grâce aux réunions en comité mixte, avec les élus du Conseil national. Des réunions pendant lesquelles on a pu échanger et se nourrir les uns et les autres, pour prendre des décisions concertées et les mettre en œuvre.

Quelle sera la logique suivie par le gouvernement pour 2021 ?

En 2021, nous ne renoncerons pas à des projets structurants. De plus, la recherche de nouvelles recettes, qui ne seront pas impactées par le Covid-19, doit être un axe prioritaire. Des premières réflexions ont été livrées au prince Albert II au début de l’été 2020. Aujourd’hui, avec la direction du budget et du trésor, et la direction des services fiscaux, je devrais être en mesure de proposer au ministre d’Etat des pistes de nouvelles recettes qui devront être validées par le prince Albert II. Ces pistes pourraient être mises en œuvre dès 2021 dans le cadre du projet de budget primitif. Certaines de ces pistes nécessiteront la modification ou la création de nouveaux textes législatifs, ce qui passera donc par le vote du Conseil national. Ces pistes seront évoquées au plus tard à l’occasion des séances publiques du budget rectificatif 2020, car nous devrons les avoir intégrées dans notre projet de budget prévisionnel 2021, qui sera déposé le 30 septembre 2020 sur le bureau du Conseil national.

Les aides de l’Etat vont donc se poursuivre, notamment pour les plus fragiles ?

Il n’y aura pas d’arrêt brutal et unilatéral des aides d’Etats. D’aileurs, concernant l’exonération partielle des charges patronales, on avait essentiellement ciblé l’événementiel, la restauration, et les profils d’entreprises les plus fragiles, qui réalisent moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires et qui ont subi une baisse de 20 % de leur chiffre d’affaires.

Il n’y a toujours pas de vaccin contre le Covid-19, donc cette crise sanitaire pourrait durer, sans doute jusqu’en 2021 et peut-être même au-delà : les finances de l’Etat vont donc devoir faire face sur une durée qui reste inconnue à ce jour ?

La durée de cette crise sanitaire reste inconnue, mais nous avons quand même une plus grande visibilité qu’il y a 6 mois. Cela nous a permis d’élaborer un projet de budget primitif 2021 très éclairé. Et ceci indépendamment de la date à laquelle un vaccin sera trouvé, de quelle population sera privilégiée en priorité pour ce vaccin, et de l’efficacité qu’aura ce vaccin. Cette crise nous a pris au dépourvu pour l’élaboration du budget prévisionnel 2020, mais elle est déjà bien intégrée dans les prévisions de recettes, y compris fiscales, pour le budget primitif 2021.

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