samedi 15 août 2020
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Alexandre Paoli, un joueur
passionné devenu pro-gamer

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Bien plus qu’une simple occupation ludique, jouer aux jeux vidéo est aujourd’hui devenu un métier. La professionnalisation du esport oblige les pro-gamers à se consacrer quotidiennement à l’optimisation de leurs performances. Entraînements, diététique, préparation physique et mentale… À l’instar d’un sportif « traditionnel », rien n’est laissé au hasard pour le faire progresser et le rendre le plus performant possible en compétition. Monaco Hebdo a rencontré Alexandre Paoli, alias « Extra » sur le jeu Rocket League.

Wissam Ben Yedder et Alexandre Paoli portent tous les deux les couleurs de l’AS Monaco. Pourtant, vous ne les verrez jamais évoluer ensemble sur la pelouse du stade Louis II. Et pour cause ! Alexandre est un joueur esport. Il ne s’exprime pas ballon aux pieds, mais manette à la main, devant un écran. Il faisait partie cette saison de l’équipe AS Monaco Esports et a défendu le club de la principauté sur le célèbre jeu vidéo Rocket League.

De joueur acharné à pro-gamer

Son manager général, Loïc Potages, dit de lui qu’il est capable « de porter une équipe et d’évoluer en tant que joueur star ». Âgé d’à peine 18 ans, Alexandre Paoli aka « Extra » sur le jeu mixant football et voitures, est ce que l’on appelle dans le jargon sportif, un « crack ». Il a intégré la structure esport de l’AS Monaco en octobre 2019 pour participer à la Rocket League Rival Series (RLRS, deuxième division européenne) avec l’ambition d’intégrer la Rocket League Championship Series (RLCS), la première division européenne. Objectif qui sera atteint un mois plus tard (lire par ailleurs). Une performance remarquable pour ce Grenoblois qui évoluait jusqu’alors dans une équipe de potes baptisée Baguette Squad. Car si Alexandre est aujourd’hui devenu pro-gamer, c’est-à-dire esportif professionnel, le jeu vidéo était à l’origine pour lui, comme pour tous les jeunes de son âge, une occupation ludique. « Je jouais beaucoup plus que maintenant, confie « Extra », quand j’étais en vacances, c’était peut-être 10 heures par jour pour vraiment m’entraîner à fond et devenir le meilleur ». Sans en faire une obsession, l’idée de devenir pro-gamer fait alors petit à petit son chemin : « Quand j’ai vu que j’avais un potentiel niveau assez bon dans le jeu, je me suis dit pourquoi pas essayer d’atteindre le niveau professionnel ».

Un sportif à part entière

Aujourd’hui ce qui était à la base son passe-temps est devenu un métier qu’Alexandre conjugue, tant bien que mal, avec ses études. L’élève de terminale a en effet dû quitter le lycée pour pouvoir concilier études et esport. Il suit actuellement des cours par correspondance qui lui permettent de s’entraîner « une à deux heures par jour avec l’équipe, six jours sur sept. Et deux à trois heures voire quatre heures d’entraînement personnel » afin, dit-il, de « maintenir son niveau, voire de l’augmenter ». En plus de ces entraînements quotidiens, Alexandre s’entretient physiquement avec deux à trois séances de sport par semaine mais jamais avant une compétition. « Il faut éviter de faire du sport juste avant un match parce que cela fatigue mentalement. Mais faire du sport régulièrement est très bon », explique le esportif. Sur conseil du coach général de l’AS Monaco, Alexandre pratique aussi la méditation et prend « l’air au maximum » car « dans le esport comme dans le sport, le mental joue un rôle important. Il faut être très motivé, très positif tout le temps, et aussi très concentré sur les objectifs ». La concentration, elle, se travaille en jouant au jeu le plus que possible. « Plus on va jouer au jeu, plus on va être régulier, comme si on jouait énormément au foot, et moins on aura besoin de concentration, parce que tout devient des automatismes », souligne le pro-gamer. « Il faut donc beaucoup jouer au jeu avant et après pour pouvoir se concentrer sur les bases du jeu, et être le plus régulier possible ». Chaque mois, le club de la principauté lui transmet un programme qui contient 6 à 8 entraînements par semaine. Le tout supervisé par un manager qui « s’occupe aussi de notre motivation, de tout ce qui est mental… Il est toujours là pour nous soutenir ».

© Photo Monaco Hebdo.

« Dans le esport comme dans le sport, le mental joue un rôle important. Il faut être très motivé, très positif tout le temps et aussi très concentré sur les objectifs »

Rocket League

Même s’il joue à de nombreux jeux comme GTA V, Rainbow Six ou FIFA, le jeu de prédilection d’Alexandre Paoli reste Rocket League, dont le but est grosso modo de marquer des buts avec des voitures. Avec l’Allemand Maik « Tigreee » Hoffmann, l’Anglais Jordan « EyeIgnite » Stellon, Alexandre « Extra » Paoli a défendu les couleurs de l’AS Monaco Esports en première division européenne qui rassemble dix équipes, parmi lesquelles le FC Barcelone ou encore Vitality. L’objectif étant de finir dans les quatre premiers pour se qualifier aux championnats du monde. « Un match dure cinq minutes et dans le championnat, ça se joue au meilleur des cinq matches. Celui qui a 3 matches gagnés en premier gagne la rencontre », explique Alexandre. Les équipes s’affrontent à distance chaque week-end, un administrateur étant chargé de « superviser l’état du serveur et tout ce qu’il faut pour que la partie se déroule comme il faut ». Ce jeu nécessite une bonne coordination entre les joueurs qui effectuent sans cesse des « rotations » au cours des matches. « On ne peut pas avoir de poste fixe dans le jeu. […] Il y en a un qui va en attaque pendant qu’un autre se place en défense. Un autre se tient prêt pour une passe ou une action. Et on change de rôle après chaque action », explique Alexandre. Pour travailler cette coordination et peaufiner leur stratégie, les membres de l’équipe se retrouvent régulièrement pour s’entraîner et visionner les vidéos de leurs entraînements et matches afin de corriger leurs erreurs. Une pratique que l’on retrouve d’ailleurs chez les footballeurs professionnels. Les sensations ressenties lors des matches et des compétitions sont également identiques selon « Extra » : « Je ressens de l’engouement. C’est excitant. C’est comme si vous jouiez un match de foot professionnel. Vous avez envie de gagner, vous êtes là pour faire du beau jeu… c’est super ».

Le pro-gamer pas épargné par les blessures

Quant aux blessures, elles existent aussi dans le esport. « Mes mains, mes poignets, mes bras sont mon objet de travail, donc je suis obligé de faire ultra-attention », prévient Alexandre. Autre risque induit par la pratique esport : l’altération de la vue. Passer des heures devant en écran peut en effet avoir des effets néfastes. Pour s’en protéger, les pro-gamers peuvent être amenés à porter des lunettes anti-lumière bleue. Alexandre, lui, n’en porte pas mais préfère « se mettre à une distance plutôt moyenne de l’écran pour ne pas blesser ses yeux ». Enfin, les esportifs peuvent régulièrement souffrir de douleurs au dos et aux cervicales. Pour prévenir ces maux, un travail sur la posture doit être réalisé. La santé et le bien-être des joueurs sont en tout cas primordiaux pour les dirigeants de l’AS Monaco Esports. Loïc Potages, son manager général, le confirme : « Il y a un suivi médical. Tout ce qui est le suivi physique, mental, psychologique… C’est quelque chose dont on a un savoir-faire. Avec le club de foot, on a déjà les effectifs pour les gérer. On applique notre connaissance du football à l’esport en adaptant bien sûr ». La structure fait également beaucoup de prévention auprès de ses joueurs par rapport au dopage. Ce fléau n’épargne en effet pas le sport électronique qui enregistre de plus en plus de cas, notamment aux États-Unis (lire par ailleurs). Le seul dopage que connaît Alexandre, c’est le café qu’il consomme « deux à trois fois avant un match, pour être en forme ». Une pratique « totalement légale » précise-t-il, non sans ironie.

© Photo Monaco Hebdo.

« J’espère continuer au maximum dans les jeux vidéo. Je deviendrai probablement coach, ou alors je travaillerai à l’AS Monaco en tant que community manager »

Après-carrière

Si à 18 ans, Alexandre Paoli a encore le temps de progresser dans le milieu du esport — l’âge d’or se situe à 20-21 ans — il sait aussi que la carrière d’un pro-gamer est courte. « Sur Rocket League, on peut jouer en première ligue jusqu’à 26, 27 ou 28 ans maximum », souligne-t-il. Une carrière éphémère qui s’explique par une diminution des réflexes due à l’avancée en âge : « Il y a des jeux de cartes en esport où on a juste besoin de réfléchir et pas besoin de réflexes. Alors que dans des jeux comme Rocket League, c’est un jeu super dynamique. On va avoir besoin de beaucoup de réflexes. Et plus on vieillit, moins on a de réflexes, donc, au bout d’un moment, la carrière s’achève à cause de ça ». Mais Alexandre ne s’inquiète pas outre mesure. Il a déjà une vision très claire de son après-carrière : « Soit je continuerai dans mes études, mais j’espère continuer au maximum dans les jeux vidéo. Je deviendrai probablement coach, ou alors je travaillerai à l’AS Monaco en tant que community manager [animateur des réseaux sociaux – N.D.L.R.]. Il y a plein de métiers qui existent dans les jeux. C’est ce qui me plaît donc je veux rester là-dedans ». En attendant celui qui « rêve de participer un jour aux Jeux olympiques » a encore de nombreux objectifs à relever avec l’AS Monaco Esports ou ailleurs. Il encourage d’ailleurs tous les passionnés de jeux vidéo à « vivre leurs rêves » et à « ne pas écouter les préjugés » sur le sport électronique : « J’en ai reçu énormément, mais je suis arrivé à mes fins. Et aujourd’hui, les gens ont complètement changé d’avis sur le esport », se félicite-t-il.

AS Monaco Esports : un effectif à reconstruire sur Rocket League

Dans le esport, comme dans le football, tout va très vite. Après avoir remporté en novembre 2019 la saison 8 des Rocket League Rival Series (équivalent à la deuxième division européenne) lui ouvrant ainsi les portes de la Rocket League Championship Series, l’AS Monaco Esports a connu beaucoup plus de difficulté en 2020. Dans un championnat qui rassemble le gratin européen avec des équipes comme Vitality, le FC Barcelone ou encore Dignitas, Alexandre Paoli et ses coéquipiers ont en effet terminé à la dernière place du classement (10ème, 9 défaites en 9 matches). Cette première saison dans l’élite continentale aura donc été rude pour le club de la principauté, mais elle aura au moins permis d’évaluer le chemin qu’il reste à parcourir pour rivaliser avec les meilleures équipes du circuit. Conséquence ou pas de ces mauvais résultats, les dirigeants monégasques vont en tout cas devoir reconstruire une équipe complète puisque l’intégralité des joueurs et entraîneur Rocket League ont quitté le club fin mai 2020. Dans un communiqué, l’AS Monaco Esports nous apprend en effet que Simon « s1mon » Bicking, le coach, et Maik « Tigreee » Hoffmann ont choisi « d’explorer de nouveaux horizons », alors que les contrats d’Alexandre « Extra » Paoli et Jordan « EyeIgnite » Stellon n’ont pas été renouvelés. Après avoir remercié et rendu hommage à ses anciens protégés, le manager général de l’AS Monaco Esports, Loïc Potages, s’est projeté sur la saison à venir avec beaucoup d’ambition : « Il est temps de préparer méthodiquement la prochaine saison et d’étudier les opportunités qui s’offrent à nous, afin de revenir sur le devant de la scène avec l’équipe la plus en phase avec le projet du club ». De son côté, Alexandre Paoli se dit « déçu de notre saison », mais considère que cette « expérience (au plus haut niveau) fera de nous de meilleurs joueurs à l’avenir ». « Je trouve personnellement qu’il y avait du potentiel dans cette équipe, mais les choses ne se sont pas passées comme prévu », regrette-t-il. Avant de conclure : « J’espère revoir l’AS Monaco Esports un jour. Et peut-être plus tôt que prévu. Qui sait ? ».

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