mercredi 8 juillet 2020
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Dépistage massif : quels objectifs ?

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La campagne de dépistage massif de la population monégasque a débuté le 19 mai 2020. Elle devrait se poursuivre dans une dizaine de jours avec le dépistage des salariés de la principauté. Le ministre de la santé, Didier Gamerdinger, a présenté les objectifs de cette opération sanitaire le 14 mai 2020.

Après plusieurs semaines de débat et d’accrocs (lire par ailleurs), la vaste campagne de dépistage du Covid-19 est enfin lancée à Monaco. Les modalités et les objectifs de cette opération sanitaire ont été présentés par le conseiller de gouvernement-ministre des affaires sociales et de la santé, Didier Gamerdinger, au cours d’une conférence de presse jeudi 14 mai 2020.

Établir une cartographie de l’épidémie

C’est le premier objectif avancé par le gouvernement. Le 31 mars 2020, le ministre de la santé évoque pour la première fois la possibilité d’un dépistage à grande échelle afin, dit-il, d’« avoir une vision la plus précise possible de la façon dont le virus a circulé en principauté de Monaco ». Et ce, « dès qu’il y aura les outils certifiés donc viables ». L’idée est de faire en quelque sorte un état des lieux de l’infection en identifiant, via un test sérologique (TROD), les personnes qui ont été contact avec le virus. Les autorités sanitaires pourront ainsi savoir le nombre réel de cas de contaminations en principauté, en détectant notamment les cas asymptomatiques de coronavirus. Didier Garmerdinger a réaffirmé cet objectif en conférence de presse, jeudi 14 mai : « Suivre le statut sérologique de la population permet de savoir ce qui s’est passé ou ce qui se passe en principauté de Monaco par rapport à cette épidémie […]. On saura quel pourcentage de notre population est concerné par le virus et comment cela évolue ». Ce dépistage permettra en outre de savoir comment le virus a circulé à Monaco et comment il peut évoluer à l’avenir. Un outil précieux pour les pouvoirs publics qui pourront ainsi orienter leurs décisions pour gérer l’épidémie à partir de ces données.

Identifier et isoler les personnes infectées

Le deuxième objectif de ce dépistage est, bien évidemment, de repérer les personnes qui pourraient être infectées et de les isoler pour éviter la contagion. Les tests rapides d’orientation diagnostique (TROD), c’est-à-dire les tests sérologiques réalisés en prélevant une goutte de sang au bout du doigt, permettent de détecter les anticorps spécifiques au Covid-19. Si le TROD est positif, cela signifie donc que vous avez été en contact de la maladie. Problème, ce test sérologique rapide ne dit pas si vous êtes contagieux, ni à quel moment de la maladie vous vous trouvez. La présence des anticorps indique-t-elle que la personne a été en contact avec le virus ? Ou a-t-elle développé ces anticorps parce qu’elle est malade ? Pour le savoir, il convient donc, comme le propose le gouvernement au cours de cette campagne, de procéder à des analyses complémentaires. La première est une prise de sang, elle permet d’obtenir une analyse sérologique plus approfondie. La seconde est un test PCR. Ce test virologique, opéré en écouvillonnage nasal (prélèvement d’un échantillon par une brosse de type coton-tige), permet de poser le diagnostic de l’infection et de statuer sur la contagiosité du patient. Si ces deux examens sont toujours positifs, la personne doit être placée à l’isolement immédiatement pour éviter la contagion.

Rassurer la population

Le troisième objectif de cette vaste opération sanitaire est de rassurer la population. « Nous nous posons tous cette question de savoir si on a été infecté par le virus. Nos enfants, nos parents ont-ils été asymptomatiques ? Ont-ils développé des anticorps ? C’est un paramètre psychologique important et notre rôle, c’est d’y répondre », estime Didier Gamerdinger. Grâce à ces tests, les résidents et salariés monégasques sauront s’ils ont été en contact ou non du virus, et donc s’ils ont développé des anticorps contre celui-ci. Mais sont-ils pour autant protégés ? Sur cette question, le ministre de la santé monégasque s’est montré étonnamment affirmatif : « C’est plutôt positif d’être contaminé, car si vous êtes positif, au moins c’est fait. Si vous êtes négatif, vous êtes toujours à la merci du virus […]. Être positif, c’est plutôt bien que mal ». Pourtant, à ce jour, aucun argument scientifique ne permet de certifier que les anticorps sont protecteurs. Pire, la Haute autorité de santé française (HAS) a appelé, dans un avis rendu le 2 mai 2020, à « rester prudent dans l’utilisation des tests sérologiques ». Selon elle, ces tests ne permettent pas « aujourd’hui d’établir un passeport d’immunité ». En d’autres termes, il est impossible de savoir si ces anticorps sont protecteurs contre le coronavirus (complètement ou partiellement, pendant combien de temps…). Impossible donc de savoir si l’on peut retomber malade après une première infection à SARS-CoV-2, le virus du Covid-19.

Incertitudes sur une éventuelle immunité

Les chercheurs du monde entier continuent de s’interroger sur la réponse immunitaire à cette infection. De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a écarté l’hypothèse d’une réinfection au Covid-19 le 6 mai. Les cas de « réinfection » recensés en Corée du Sud seraient, selon l’agence onusienne, des « faux positifs » dus à la présence de cellules mortes dans les poumons, même après la guérison. « Ce n’est pas un virus contagieux, ce n’est pas une réinfection, ce n’est pas une réactivation », a martelé à la BBC Maria Van Kerkhove, une des responsables de la gestion de la pandémie à l’OMS. Face à ces incertitudes sur une éventuelle immunité et les recommandations de la HAS, le conseiller de gouvernement-ministre des affaires sociales et de la santé, Didier Gamerdinger a défendu sa position : « Les médecins nous disent que si vous avez développé assez d’anticorps, on peut penser que vous êtes immunisé. Votre corps a été en mesure de réagir par rapport à l’attaque virale dont vous avez fait l’objet. Et si vous êtes confronté à une nouvelle attaque virale, on peut supposer que votre organisme étant prêt, vos défenses immunitaires vous protégeront à l’égard du virus ». Cette protection durerait « 2 ans » selon « les professeurs agrégés de médecine de Paris » consultés par le gouvernement princier. « Nous avons considéré que les tests étaient suffisamment fiables et la sérologie un instrument intéressant, pas pour diagnostiquer précocement le virus, mais pour déterminer l’état sérologique d’une population, à un moment donné », a conclu le ministre, qui a reconnu avoir pris connaissance de l’avis de la HAS. Déterminer la part de personnes ayant été en contact avec le Covid-19 est certes riche en enseignements, mais il convient toutefois de prendre les résultats avec des pincettes au regard de l’état actuel des connaissances scientifiques. Que votre test TROD soit positif ou négatif, il est vivement conseillé de rester prudent. Il faut continuer à respecter scrupuleusement les consignes sanitaires et les gestes barrières : port du masque, lavage des mains régulier, distanciation sociale…

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