dimanche 17 octobre 2021
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Le numérique accélère les performances de Christie’s

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La maison Christie’s Riviera est installée à Monaco depuis près de 40 ans, mais sa manière de travailler connaît une petite révolution. Le numérique lui apporte, en effet, une nouvelle clientèle, et même de nouveaux marchés performants, qui génèrent de bons chiffres.

« C’est une année incroyable ! », confie Nancy Dotta, directrice de Christie’s Riviera à Monaco. Et comment le dire autrement, quand on sait que la maison de ventes aux enchères Christie’s a déjà réalisé 3,5 milliards de recettes dans le monde, au premier semestre 2021 ? À Monaco, cette maison est présente depuis près de 40 ans, mais elle n’organise plus d’enchères en tant que telles depuis l’ouverture d’une salle de ventes Christie’s à Paris, en 2001. Depuis cette date, l’établissement est devenu une maison de représentation, qui permet de nouer une certaine proximité avec les collectionneurs du territoire, qui possèdent parfois des merveilles susceptibles d’atteindre des records de valorisation. À Monaco, cette maison de ventes se consacre donc essentiellement aux travaux d’expertise : « C’est un peu le même métier qu’une galerie. Nous réalisions des bases de données permettant de mettre en relation les personnes qui achètent ou qui vendent. De cette manière, nous sommes en capacité d’organiser des ventes privées », ajoute Nancy Dotta. C’était d’ailleurs le cas en juillet 2021 en principauté. La maison a organisé une exposition-vente au restaurant Cipriani Monte-Carlo du 3 au 18 juillet 2021. Parmi les pièces présentées, on se souviendra des œuvres d’art impressionniste, moderne et contemporain, réalisées par des artistes du XXème et du XXIème siècles. Des œuvres de Sigmar Polke (1941-2010), Marc Chagall, (1887-1985), Fernand Léger (1881-1955), Pablo Picasso (1881-1973), Banksy et une sculpture d’Alberto Giacometti (1901-1966) faisant écho aux expositions Le réel merveilleux au Grimaldi Forum [à ce sujet, lire notre interview « L’Égypte traverse toute l’œuvre de Giacometti » dans le Monaco Hebdo n° 1209 — NDLR]. Un beau succès, qui a illustré la tendance des 1,5 milliard de dollars réalisés en 2020 sur les ventes privées dans le monde. En effet, ces ventes privées, sortes de ventes sur mesure thématiques, contribuent aux excellents chiffres réalisés par Christie’s depuis le début d’année 2021, selon Nancy Dotta. Les résultats globaux, faut-il le rappeler, font mieux de 13 % qu’au premier semestre de 2019, avant la crise sanitaire. Que faut-il alors comprendre ?

À Monaco, cette maison de ventes aux enchères est présente depuis près de quarante ans, mais elle n’organise plus d’enchères en tant que tel depuis l’ouverture d’une salle de ventes Christie’s à Paris en 2001

La clientèle se renouvelle

« La hausse des ventes se mesure particulièrement en ligne », explique Nancy Dotta. En effet, 30 % des acheteurs du premier semestre sont de nouveaux clients de Christie’s, et 31 % de ces nouveaux acheteurs sont des “millennials”. Et, toujours selon la maison, autant de femmes que d’hommes composent les rangs des acheteurs, contre un ratio de 66/34 il y a six ans. Émerge, aussi, une nouvelle clientèle étrangère, notamment asiatique : la part des acheteurs asiatiques correspond désormais à 39 % des ventes aux enchères dans le monde, chez Christie’s. « On a bien travaillé, car un effort incroyable a été réalisé avec Internet et le digital. De nouveaux clients ont émergé. Un client sur trois nous était encore inconnu en 2020, c’est incroyable. L’accès au premier achat est donc facilité. » Car, selon Nancy Dotta, le rapport distancié, par écrans interposés, n’altère pas l’expérience de vente : « Certes, le contact physique n’a pas de prix. Mais grâce aux outils digitaux et à la réalité augmentée, nous pouvons compenser la distance. Avec les trois dimensions par exemple, nous pouvons virtuellement placer l’objet dans votre intérieur. Tout cela n’existait pas avant. » La numérisation se mesure également dans la manière de travailler chez Christie’s : « Depuis un an et demi, tout est dématérialisé dans notre manière de fonctionner. Les ventes deviennent hybrides. « On auction » dans la salle de vente, physiquement, mais on peut aussi acheter en ligne. Les ventes deviennent autant physiques que digitales, et cela devient même complexe pour le commissaire-priseur, car il reçoit toujours des ordres écrits. Il doit suivre les gens dans la salle, au téléphone, les gens sur un écran, et puis les personnes derrière les écrans des autres salles de ventes Christie’s, depuis lesquelles on le contacte aussi. Ça devient presque du film futuriste. »

« On a bien travaillé, car un effort incroyable a été réalisé avec Internet et le digital. De nouveaux clients ont émergé pour la première fois. Un client sur trois nous était encore inconnu en 2020. C’est incroyable »

Nancy Dotta. Directrice de Christie’s Riviera.

La flambée des NFT

Le numérique a également ouvert la voie à un nouveau type de marché, celui des jetons non fongibles dits « non fongible token » en anglais (NFT), des objets de collection numériques, dotés d’un certificat d’authenticité, qui reposent sur les mêmes logiques que les cryptomonnaies [à ce sujet, lire notre dossier spécial notre dossier spécial Bientôt un cadre légal pour investir davantage dans la blockchain, publié dans Monaco Hebdo n°1203 — NDLR]. Dans ce domaine, Christie’s est devenue la première maison d’enchères internationales à vendre en NFT une œuvre d’art numérique. Elle est aussi devenue la première maison de ventes à accepter une cryptomonnaie pour devise (Ether). Un record d’un nouveau genre a, en effet, été battu, et il a beaucoup fait parler de lui. Le 11 mars 2021, une œuvre entièrement numérique, intitulée The First 5 000 Days, réalisée par l’artiste américain Beeple, a été adjugée à 69,3 millions de dollars (57,8 millions d’euros) par Christie’s. Comble de ce grand tournant de l’économie de l’art — voire de l’économie dans son ensemble — l’acheteur de cette œuvre figurerait parmi les plus grands fonds en cryptomonnaies de Singapour.

Le 11 mars 2021, une œuvre entièrement numérique, intitulée the First 5 000 Days, réalisée par l’artiste américain Beeple, a été adjugée à 69,3 millions de dollars (57,8 millions d’euros) par Christie’s

Les ventes traditionnelles, une valeur sûre

Cependant, le numérique ne fait pas tout, et les ventes traditionnelles figurent toujours comme une valeur sûre. Les chiffres en témoignent : les ventes aux enchères de Christie’s couvrent plus de 80 catégories d’art et de luxe, pour des prix qui vont de 200 euros à plus de 100 millions de dollars. Le record mondial a ainsi été atteint en 2017 pour une œuvre d’art aux enchères : le Salvator Mundi (vers 1 500) de Léonard de Vinci (1452-1519), un tableau reconnu aujourd’hui comme le plus cher du monde. Le propriétaire et président de l’AS Monaco, Dmitri Rybolovlev l’a revendu plus de 450 millions de dollars (382 millions d’euros), à un acheteur originaire du Golfe. On peut aussi souligner un autre record atteint en 2018 pour une vente de collection unique privée, la plus chère de l’histoire des enchères publiques : il s’agit de la collection de 1 500 lots de David Rockefeller (1915-2017) et de son épouse Peggy (1940-1996), vendus pour 832,5 millions de dollars (715,7 millions d’euros), à New York. Sans oublier la vente record d’une œuvre d’un artiste vivant, pour le Rabbit (1986) de Jeff Koons en 2019, vendue à 91 millions de dollars. À Paris, le 15 septembre 2021, tout le contenu d’un appartement décoré par Hubert de Givenchy (1927-2018), avec des meubles et des objets du XVIIIème au XXème siècle, ainsi que des œuvres de Claude Lalanne (1925-2019), ont été mis en vente chez Christie’s. Cet ensemble a été vendu pour 8 068 000 euros, alors que le lustre Structure végétale (2008) de Claude Lalanne a été adjugé à 3 740 000 euros, alors qu’il était estimé entre 800 000 euros et 1,2 million d’euros. La vente d’oeuvres d’art est définitivement une affaire de coup de cœur. C’est d’ailleurs une histoire humaine, comme le dit Nancy Dotta : « Toute la beauté de mon travail consiste à accompagner les gens dans leur parcours, et de découvrir tout ce qu’ils ont investi pour créer une collection. J’ai l’exemple de cette dame qui dispose d’une collection d’éventails allant du XVIIème au XXème siècle. Elle ne souhaite pas encore les vendre, mais elle en a fait un livre. Et je vais l’aider à réaliser une exposition. Une collection, c’est toute une vie, c’est une histoire humaine. »

Pour lire la suite de notre dossier sur le marché des ventes aux enchères à Monaco, cliquez ici.

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