mardi 22 septembre 2020
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Le Nouveau musée national de Monaco prêt à la réouverture

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Le Nouveau musée national de Monaco s’est mis en pause pendant deux mois et demi. Rouvertes le 2 juin, les deux Villas, Paloma et Sauber, vont peu à peu reprendre vie. Avec un protocole à suivre, évidemment. Marie-Claude Beaud, la directrice, dans sa dernière année, se montre confiante sur un retour à la normale pour ces lieux d’expositions.

S’il est un domaine qui ne se satisfait guère d’un contact humain atrophié, c’est bien le domaine de la culture. Là où le numérique a pu pallier des manques dans certains secteurs, y compris dans l’art, il y a peu de chances d’observer le même engouement dans les pratiques culturelles pour le travail à distance. Marie-Claude Beaud, directrice du Nouveau musée national de Monaco (NMNM), le confirme : « Je sais que l’équipe en a marre d’être en télétravail ». Un recours au numérique de toute façon limité dans ce type d’activité. « Dans le marché de l’art, des maisons de vente ont beaucoup tablé sur la vente virtuelle. Pour une expo, ne pas voir une œuvre en vrai… Il y a eu un article très intéressant dans Le Quotidien de l’Art sur la nécessaire proximité avec l’œuvre. D’accord, Internet c’est formidable, ça diffuse, et plus de gens ont accès : mais est-ce que ce n’est pas toujours le même type de public ? », questionne la directrice du musée. Que ce soit pour le spectacle vivant (théâtre, opéra, concerts) ou pour la visite muséale, la présence physique d’humains est indispensable. Comme partout, celle-ci va devoir se contraindre, du moins dans un premier temps, à toutes les mesures de prévention sanitaire. Un protocole parfois lourd à suivre pour certains lieux. « J’espère que pendant l’été, on va s’alléger de quelques contraintes, quand les choses se seront stabilisées », souffle-t-elle.

Des lieux peu fréquentés

Pour autant, l’entité, qui regroupe la Villa Sauber et la Villa Paloma, ne sera que peu concernée par les directives gouvernementales, à savoir : accès régulés, file d’attente distancée, mise en place de schémas de visite pour fluidifier les flux de circulation et éviter les croisements entre visiteurs, présence d’un salarié devant les points d’attraction majeurs. « On n’a pas ce problème-là. On est un tout petit lieu. On a juste fait une signalétique pour indiquer les entrées et sorties. Il y a un sens de circulation à l’intérieur. On a des gardiens qui sont là, la sécurité est là. Les familles peuvent être ensemble, c’est ce qui nous a été dit. Nous, on n’a pas tellement de flux de grands groupes. On a un public plus spécialisé que dans d’autres musées. C’est moins touristique », explique la directrice du NMNM. Le respect des distances physiques entre les personnes sera plus simple à mettre en œuvre que dans d’autres lieux plus contraints, et plus densément remplis. D’autant qu’une partie de la clientèle habituelle devrait manquer à l’appel. « D’ordinaire, on a un public international plus qu’un public local. Est-ce que le public international va venir ? C’est moins sûr. Il faut voir comment redémarrent les hôtels à Monaco. L’évènementiel aussi, très souvent nous amène du public. Et là, il a été plus ou moins supprimé. Peut-être les gens de Monaco viendront un peu plus, surtout que l’exposition Variations, ça touche une partie du patrimoine national. » Celle-ci, mettant en valeur « l’art méconnu des décors lumineux » (1), pratiquée notamment sur la scène de l’opéra de Monte-Carlo au XIXème siècle, a été prolongée jusqu’au 30 août 2020, alors qu’elle devait se terminer en mai.

© Photo Sidney Guillemin

« Ça fait 52 ans que je travaille là-dedans. C’est toujours comme ça. Il y a une formule que j’aime beaucoup qui dit « l’art-comptant-pour-rien » . C’est un peu ce que pensent beaucoup de gens » Marie-Claude Beaud. Directrice du NMNM

Relocaliser la culture ?

Pour la rentrée, la Villa Paloma accueillera Shimabuku, un artiste japonais de 51 ans. Lui aussi, a vu son exposition reportée. Initialement prévue en juillet 2020, celle-ci débutera finalement le 14 octobre 2020. « Notre avantage avec lui, c’est qu’il vient travailler sur le terrain. La plupart des œuvres seront produites sur place. C’est tout un travail sur l’architecture, sur les lieux de modifications urbanistiques monégasques. » Comme d’autres secteurs, la culture, et ici en l’occurrence l’art muséal est-il invité lui aussi à se relocaliser ? Marie-Claude Beaud opte pour une position modérée : « On n’est qu’une planète parmi les autres. Je ne dis pas qu’il faut qu’on aille faire nos expositions sur la Lune. Mais il y a eu des discours extrémistes, à la fois pour dire « ne montrons que les locaux ». Et de l’autre côté, « continuons, dispersons-nous ». Je crois que c’est une économie qui tient de la façon dont on travaille. Quand on fait venir un artiste qui travaille sur place, comme Shimabuku, ce ne sont pas des œuvres qu’on transporte. Ce sont des choses qui se font ici. On avait déjà une attitude économique de proximité. Le bassin méditerranéen est un incroyable bouillon de culture dans lequel on peut échanger. Et ça, c’était avant cette histoire de Covid ». La relocalisation revêt en effet actuellement deux aspects : une nécessité écologique, mais aussi économique. La seconde tient surtout à ajuster le marché, en réorientant l’offre vers une demande qui va se trouver être majoritairement locale, faute de flux touristiques massifs. La directrice du NMNM met en garde contre le discours sur la relocalisation qui ne serait, selon elle, qu’un paravent économique, ou nationaliste : « Il faut faire attention à ce que ce type de démarche ne soit pas liée à des démarches économiques qui ne sont pas forcément drôles. Et puis, il y a aussi des démarches un peu racistes et minimalistes dans leur façon de considérer le monde. Le Covid-19 a bon dos. »

Des économies de budget

Le NMNM n’a pas échappé aux restrictions budgétaires. Compréhensive, Marie-Claude Beaud et son équipe ont souscrit aux demandes de la direction des affaires culturelles en taillant là où c’était possible. « On a fait une économie de 50 000 euros sur notre budget. On a cherché des économies, mais on ne voulait pas en faire sur les expositions. Donc on en a fait sur certaines lignes budgétaires déplaçables d’une année à l’autre, des travaux, sur la communication, des choses comme ça, les uniformes des gardiens qu’on devait changer… Des choses qu’on a pu réduire avec la réduction d’activité. Par contre, on ne pourra pas faire plus. On nous a demandé de faire un effort, ce qu’on a fait ». Le gouvernement à de multiples reprises a confirmé son intention de ne pas baisser les subventions allouées au domaine culturel en principauté, au motif que la culture ne représente pas pour le gouvernement une dépense, mais un investissement. Aucune crainte alors pour les 27 emplois du musée. Une déclaration d’intention louable, à observer lors des futurs débats budgétaires. La culture fait souvent figure de parent pauvre en temps de crise. « Ça fait 52 ans que je travaille là-dedans. C’est toujours comme ça. Il y a une formule que j’aime beaucoup qui dit “l’art-comptant-pour-rien”. C’est un peu ce que pensent beaucoup de gens. Mais là-dessus, ça a été très correct. Françoise Gamerdinger [la directrice des affaires culturelles – N.D.L.R.] a demandé que l’on s’aligne tous sur une responsabilité. Ce n’était pas autoritaire. On a eu plutôt la vision inverse qui nous a été donnée en disant : « Vous êtes importants et vous devez rester ouverts ». » De plus, contrairement à d’autres acteurs du monde culturel, les artistes exposant dans les musées ont pu continuer pour la plupart à travailler dans leurs ateliers, locaux, ou logements. Dès lors, la crise sanitaire s’est surtout apparentée à une longue pause pour le NMNM. Alors qu’elle a confié que cette année de travail sera la dernière, puisqu’elle quitte ses fonctions au 1er avril 2021, Marie Claude Beaud, 74 ans, mise sur une collaboration finale avec l’architecte Renzo Piano, en charge notamment de la rénovation actuelle du Larvotto, ainsi qu’un projet sur la bande-dessinée. « Il est intéressé, il n’a pas encore dit oui complètement. Mais il a ouvert la porte, donc je vais m’y engouffrer. Sinon, j’ai aussi un projet sur la bande-dessinée, parce que ça m’a toujours passionné. »

1) Selon la description issue du site du Nouveau musée national de Monaco : nmnm.mc.

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