samedi 4 décembre 2021
AccueilDossierMonaco au soutien des vallées sinistrées

Monaco au soutien des vallées sinistrées

Publié le

L’État monégasque avait promis de débloquer une aide de trois millions d’euros en faveur des vallées maralpines dévastées par la tempête Alex. Un an plus tard, cette enveloppe va pouvoir enfin être utilisée grâce à une convention signée, vendredi 8 octobre 2021, avec la fondation du patrimoine.

Profondément touchée par la catastrophe qui venait de frapper durement les vallées maralpines auxquelles elle est tant attachée, la principauté s’était rapidement mobilisée au lendemain du passage de la tempête Alex pour venir en aide aux sinistrés. Les initiatives individuelles et associatives avaient fleuri ici et là pour collecter produits de première nécessité, vêtements et autres dons. « J’avais été très ému de l’ampleur de la catastrophe, se souvient le prince Albert II. Dès les premiers jours, le corps des sapeurs-pompiers, la Croix-Rouge monégasque et d’autres associations se sont joints aux équipes pour non seulement participer au déblaiement mais aussi pour venir en aide aux populations. Il était très important d’être présent à ce moment-là pour montrer notre soutien et notre solidarité ». De son côté, l’État avait également participé à cet élan de solidarité en annonçant, dès le 3 octobre 2020, le déblocage d’une aide d’urgence de 4 millions d’euros destinée à la reconstruction des vallées sinistrées. Trois millions pour chacune des vallées françaises (Tinée, Vésubie, Roya), et un million pour le versant italien de la Roya (1).

© Photo Twitter Sébastien Olharan

« Après plusieurs réflexions, nous avons choisi de passer par l’intermédiaire de la Fondation du patrimoine. Elle nous garantit que l’argent va être affecté très rapidement et que les opérations seront suivies de façon précise par la Fondation pour notre compte »

Pierre Dartout. Ministre d’État

Contretemps

Un an plus tard, les sommes promises par la principauté n’ont toujours pas été utilisées pour la reconstruction. Non pas parce que Monaco a décidé de faire marche arrière, mais pour des raisons purement administratives. « Les collectivités locales françaises ne peuvent pas passer un accord contractuel direct avec un État étranger, dans le cas présent la principauté », rappelle en effet le ministre d’État, Pierre Dartout. Par conséquent, les autorités ont dû chercher un moyen pour contourner cet obstacle et trouver une voie légale afin que les vallées puissent enfin recevoir l’argent promis. La solution est finalement venue de la fondation du patrimoine. Créé en 1996 par Jacques Chirac, cet organisme est chargé de sauvegarder, valoriser et restaurer le patrimoine français grâce à des financements publics ou privés. En 25 ans, cette fondation a ainsi réussi à sauver quelque 32 000 sites sur l’ensemble du territoire national. « Après plusieurs réflexions, nous avons choisi de passer par l’intermédiaire de cette fondation. Elle nous garantit que l’argent va être affecté très rapidement et que les opérations seront suivies de façon précise par la fondation pour notre compte. Et elle nous informera très régulièrement », justifie Pierre Dartout. De son côté, le souverain, tout juste revenu de Breil-sur-Roya où il participait à une journée de commémorations, dimanche 3 octobre 2021, a exprimé sa « grande satisfaction » de voir enfin cette aide attribuée. « Ça a été un processus un peu long, il fallait trouver la bonne direction. La fondation du patrimoine et son mécanisme me semblent être tout à fait la bonne solution. Au départ, nous pensions aider à des projets d’infrastructures, mais ça avait du sens d’aller dans la direction du patrimoine auquel nous sommes très attachés à Monaco », confie le souverain qui a pu, à l’occasion de ce dernier déplacement, constater l’ampleur des dégâts et le long chemin qu’il reste à parcourir dans la reconstruction. « On commence à percevoir les infrastructures. Ce n’est, certes, pas fini. Des maisons sont dans un tel état qu’il va falloir les détruire. Il faudra encore des années, sans doute, pour voir tous les réaménagements. Et nous ne sommes malheureusement pas à l’abri de ce genre d’épisode météorologique extrême à l’avenir. Il faut se préparer à ça », prévient le prince Albert, dans une allusion à peine voilée aux récentes intempéries qui ont durement touché le Var et les Bouches-du-Rhône.

© Photo Twitter Sébastien Olharan

« Il faudra encore des années, sans doute, pour voir tous les réaménagements. Et nous ne sommes malheureusement pas à l’abri de ce genre d’épisode météorologique extrême à l’avenir. Il faut se préparer à ça »

Le prince Albert II

« Trait d’union »

Concrètement, la fondation du patrimoine va agir comme un véritable « trait d’union » entre l’État monégasque et les communes sinistrées, comme l’explique son président, Guillaume Poitrinal : « C’est un travail collectif entre les municipalités qui vont être attributaires de la quasi-totalité des sommes, la préfecture des Alpes-Maritimes et l’État monégasque qui évidemment a un droit de regard sur les attributions ». Une trentaine de projets dans les trois vallées françaises sinistrées ont ainsi retenu l’attention après étude de leur dossier. Ils vont du remplacement d’un piano dans une église, à la réhabilitation de routes forestières, en passant par la reconstruction de ponts, de clochers et de murs effondrés. « Le patrimoine du secteur est bouleversant de diversité et nous allons aller à son secours dans son ensemble en suivant trois critères principaux : l’urgence, l’intérêt patrimonial et enfin la capacité d’exécution, c’est-à-dire la capacité des communes à mettre en œuvre dans un temps contenu des rénovations de qualité », détaille Guillaume Poitrinal qui entend aller vite dans la réalisation des projets. « La tempête a commis des dégâts qu’on ne souhaite pas irrémédiables sur le patrimoine et la générosité de l’État monégasque va nous permettre de réaliser ces sauvetages (2) », se félicite-t-il, avant de se porter garant « de ces euros, issus de la prospérité économique monégasque ». Outre les dons, la Fondation compte aussi sur le mécénat d’entreprises du secteur pour participer à cette reconstruction qui s’annonce particulièrement longue et fastidieuse. « Nous n’avons pas encore tout identifié, ni évalué mais on y travaille », reconnaît Guillaume Poitrinal assurant au passage que 47 000 euros avaient, pour le moment, été récoltés par la fondation en faveur des sinistrés de la tempête Alex.

© Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

« J’aime beaucoup notre arrière-pays, si je peux dire « notre ». Nous avons des liens très anciens avec certaines communes et aussi très actuels puisque de nombreux résidents de la principauté possèdent des résidences dans ces communes »

Le prince Albert II

Suivi

Et pour s’assurer que les sommes attribuées à chaque projet ne soient pas employées à d’autres fins, la fondation effectue un suivi rigoureux : « Nous avons un devoir de surveillance. Nous agissons comme tiers de confiance. Quand vous faites un don à la fondation, vous donnez à une équipe sérieuse de gens engagés, motivés qui vont surveiller que votre don va être correctement utilisé », insiste le président de la fondation. De son côté, la principauté gardera, elle aussi, un œil attentif sur la réalisation et l’avancement des différents projets comme le confirme le prince Albert II. « J’aime beaucoup notre arrière-pays, si je peux dire “notre”. Nous avons des liens très anciens avec certaines communes, et aussi très actuels puisque de nombreux résidents de la principauté possèdent des résidences dans ces communes. Je vais pouvoir suivre certains projets, et me rendre sur place pour constater l’évolution ». Le souverain aura ainsi l’occasion d’assister à la réhabilitation du chemin des Grimaldi à Villars-sur-Var. Preuve, s’il en fallait encore une, des liens très forts qui unissent Monaco aux vallées voisines. D’ailleurs, le ministre d’État, Pierre Dartout, n’écarte pas l’idée de débloquer, à terme, une nouvelle aide financière, en plus de ces trois millions d’euros : « Pour le moment, on ne nous en a pas exprimé le besoin. Mais elle doit être étudiée. Il y a une tellement grande proximité entre Monaco et les vallées, que rien ne peut être exclu ».

1) À ce jour, aucun élément n’a été communiqué par les autorités concernant l’attribution du million d’euros promis à la vallée italienne sinistrée.

2) Les personnes souhaitant faire un don pour soutenir un projet peuvent se rendre sur le site Internet de la fondation du patrimoine : https://www.fondation-patrimoine.org/.

Publié le

Monaco Hebdo