jeudi 5 août 2021
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Pourquoi Monaco veut exister
sur la carte du rugby

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Alors que Monaco accueille les 19 et 20 juin 2021, le tournoi de rugby à 7 qualificatif pour les Jeux olympiques de Tokyo, la principauté veut se faire un nom dans le milieu de l’Ovalie. En plus de l’AS Monaco Rugby pour le rugby à XV, la principauté mise depuis 2019 sur le rugby à VII. Et elle compte bien accélérer.

«L’objectif, c’est de bénéficier d’une belle vitrine sur le rugby international, et sur le rugby à VII. Si dans le rugby, la discipline phare reste le rugby à XV, le rugby à VII est très intéressant. Notamment pour des petits pays qui n’ont pas forcément les moyens humains de mettre sur pied une équipe de rugby à XV de niveau international. » Le prince Albert II explique ainsi la volonté de la principauté de se faire un nom au sein du rugby international. Exister pour s’offrir une nouvelle vitrine que n’a pas encore Monaco, et ainsi attirer un public très différent de celui du football, du basket et de la Formule 1 (F1). Dans l’interview que le prince Albert a accordée à Monaco Hebdo [lire par ailleurs dans ce dossier — NDLR], il dresse d’ailleurs un constat lucide sur l’image désormais dégradée que présente le football : « Le public a bien compris les limites du football-business et tous les incidents qui se produisent autour et dans les stades de football. Aujourd’hui, le public en a un petit peu assez de tout ça. C’est pour cela que de plus en plus de personnes se tournent vers le rugby. Car on peut aller dans un stade de rugby en famille, sans crainte des violences, et donc beaucoup plus sereinement que dans certains stades de football. »

Stade

Partant de ce constat, Albert II estime que, désormais, « le rugby a une proposition beaucoup plus séduisante, notamment pour la sécurité, pour l’ambiance festive, chaleureuse, sympathique et pacifiée qui règne dans les stades de rugby. Il n’y a pas de problèmes entre supporters. Car la plupart des personnes qui sont dans le rugby, ont pour beaucoup pratiqué ce sport. Donc ils comprennent ce qu’est ce sport, dans lequel on respecte l’adversaire, les supporters adversaires et l’arbitre ». Créée en 1963, l’ASM Rugby évolue en Fédérale 3, qui est l’équivalent de la sixième division en rugby à XV. Avant de rejoindre peut-être un jour le Top 14, qui représente la première division de ce sport, Monaco devra donc passer par la Fédérale 2, la Fédérale 1, la division Nationale récemment lancée, et la Pro D2. Mi-juin 2020, le comité directeur de la fédération française de rugby (FFR) a en effet acté la création d’une nouvelle division Nationale, avec 14 clubs engagés. Le monde professionnel semble donc bien loin pour le rugby à XV monégasque, mais tout peut arriver estime le président de la FFR, Bernard Laporte [lire son interview dans ce dossier — NDLR] : « La Fédérale 3, c’est loin du Top 14. Et pour s’engager à ce niveau, il faut avoir un stade homologué. Mais le jour où Monaco en sera là, le jour où Monaco se sera donné les moyens de monter en Top 14, ils auront trouvé un stade. Ils peuvent, par exemple, aller jouer ailleurs. À mon avis, ça ne posera pas de problème. » En 2001, un projet avorté de création d’un club de rugby professionnel à Monaco traînait dans son sillage l’hypothétique construction d’un stade en France, du côté du parking de La Brasca, à Eze. En mars 2015, la commune d’Eze a vendu pour 13 millions d’euros les quelque 191 000 m2 de cette zone à l’Automobile club de Monaco (ACM), qui y entrepose notamment les installations du Grand Prix.

© Photo David Nivière

Pour la saison 2020-2021, le budget moyen en Top 14 est de 25 millions d’euros. […] Des chiffres qui placent le rugby très loin des budgets des clubs de football

Argent

Au-delà de la problématique du stade, pour accéder peut-être un jour au Top 14, l’ASM Rugby devra aussi trouver des moyens financiers. Mais le rugby n’est pas le football, et les budgets des clubs sont sans commune mesure [voir notre tableau Top 14 : les budgets 2020-2021 des clubs — NDLR]. Pour la saison 2020-2021, le budget moyen en Top 14 est de 25 millions d’euros. Et lorsqu’on regarde vers les clubs les plus riches, le quatuor de tête est composé du Stade Français Paris (38,8 millions d’euros), du Stade Toulousain (36,6 millions), de Lyon (32,9 millions), et de Toulon (32,5 millions). Des chiffres qui placent le rugby très loin des budgets des clubs de football. Ainsi, pour la saison 2020-2021, les plus gros budgets de la Ligue 1 (L1) étaient le Paris Saint-Germain (PSG) avec 600 millions d’euros, l’Olympique Lyonnais (OL) avec 285 millions, et l’AS Monaco, avec 215 millions. Réunir le budget nécessaire pour évoluer en Top 14 ne semble donc pas impossible pour l’ASM Rugby, pourvu qu’un généreux mécène soit durablement intéressé par cette aventure. Le rugby est d’ailleurs habitué. En effet, depuis bien longtemps déjà, des mécènes, plus ou moins discrets, financent en partie certains clubs. On se souvient notamment de Serge Kampf (1934-2016) à Grenoble et Biarritz, et de Pierre Martinet à Bourgoin-Jallieu. Plus près de nous, on peut citer Mourad Boudjellal au Rugby Club Toulonnais, et Mohed Altrad à Montpellier. À Monaco, si personne n’écarte le scénario qui mènerait à l’émergence d’un investisseur suffisamment solide pour accompagner le rugby à XV vers le monde professionnel, le chemin le plus court, et le plus simple, reste celui du rugby à VII.

Tarifs :

Premières : 10 euros par jour et par personne.

Honneurs : 20 euros par jour et par personne.

Réduction : 5 euros par jour et par personne pour les élèves scolarisés à Monaco ou licenciés fédération française de rugby (FFR) en dehors de la tribune honneur, et sur présentation d’un justificatif.

Billetterie : www.monaco-rugby.com

Soucieux de son image et des retombées médiatiques que pourrait générer un bon parcours dans cette compétition, Monaco voit d’un bon œil la diffusion du Supersevens sur Canal+, qui dispose d’un réel savoir-faire dans le traitement télévisuel du rugby

Canal+

« Le rugby à VII donne davantage de possibilités à de petites nations du rugby de se développer et de participer à des grands championnats internationaux », souligne le prince Albert II. Souvent évoqué depuis plusieurs années en principauté, ce projet d’équipe de rugby à VII a finalement émergé en octobre 2019. Son nom : le Monaco Rugby Sevens. Portée essentiellement par son président Emmanuel Falco, et par l’ancien demi d’ouverture du XV de France et du Rugby Club Toulonnais (RCT), Frédéric Michalak [lire son interview dans ce dossier — NDLR], cette équipe professionnelle monégasque est parvenue à intégrer le nouveau championnat de rugby à VII de la Ligue nationale de rugby (LNR) : le Supersevens. Présenté par la Ligue comme le « premier championnat de clubs professionnel de rugby à VII en France », ce championnat regroupe les 14 clubs du Top 14, mais aussi l’équipe des Barbarians et Monaco. Ces 16 équipes s’affrontent [voir le calendrier par ailleurs — NDLR] lors de trois tournois organisés pendant le mois d’août 2021, pour tenter de se qualifier pour la finale qui se déroulera le 13 novembre 2021 à Paris, du côté de La Défense Arena. Soucieux de son image et des retombées médiatiques que pourrait générer un bon parcours dans cette compétition, Monaco voit d’un bon œil la diffusion du Supersevens sur Canal+, qui dispose d’un réel savoir-faire dans le traitement télévisuel du rugby. En effet, la chaîne cryptée détient les droits télé du Top 14 pour la période 2023-2027, et on se souvient qu’elle a diffusé son premier match du championnat de France le 9 septembre 1995.

© Photo David Nivière

En 2019, le match de Pro D2 diffusé par Canal+ attirait, en moyenne, 120 000 téléspectateurs. Soit beaucoup plus que le match de Ligue 2 (L2) de football, qui n’avait alors séduit que 77 000 abonnés

Audiences

Au fil du temps, le rugby s’est imposé comme un produit d’appel majeur pour les chaînes de télévision. Résultat, les droits payés par Canal+ pour diffuser en exclusivité le Top 14, sont passés d’une vingtaine de millions d’euros par saison en 2004, à 74 millions en 2016, et à 113,6 millions d’euros par an, en moyenne, pour 2023-2027. Devenu professionnel en août 1995, le rugby à XV a aussi été porté par la création de la première Coupe du monde en 1987, et par le traitement soigné du championnat de France produit par Canal+ depuis plus d’une vingtaine d’années. Il bénéficie aussi d’une fenêtre d’exposition gratuite assurée par France Télévisions pour l’équipe de France qui dispute chaque hiver le Tournoi des 6 Nations, et par TF1 pour les périodes de Coupe du monde, tous les quatre ans. Le lien est ainsi maintenu entre le grand public et le rugby, ce qui lui permet d’accroître son attractivité. Les audiences progressent, et en mars 2021, 7,65 millions de téléspectateurs, soit 29 % du public, ont ainsi assisté, sur France 2, à la défaite de la France contre l’Ecosse (27-23) dans le cadre du Tournoi des 6 Nations. Même Koh-Lanta et ses 4,9 millions de fidèles n’ont pas pu rivaliser. Le championnat de France de rugby à XV, le Top 14, séduit aussi. Le 6 septembre 2021, le match Clermont – Toulouse a captivé 650 000 abonnés de Canal+. Du coup, en juillet 2019, la chaîne cryptée s’est offert les droits télé de la Pro D2, la deuxième division du championnat de France de rugby à XV, et du Supersevens auquel participe Monaco, pour la période 2020-2027. Coût de l’opération : 8 millions d’euros, en moyenne, par an, soit une hausse de 30 % par rapport au contrat précédent sur la Pro D2, qui était de 6,2 millions d’euros annuels. Il faut dire qu’en 2019, le match de Pro D2 diffusé par Canal+ attirait, en moyenne, 120 000 téléspectateurs. Soit beaucoup plus que le match de Ligue 2 (L2) de football, qui n’avait alors séduit que 77 000 abonnés. Preuve que le rugby passionne dans chaque division, La Chaîne L’Equipe s’est engagée dans cette bagarre de diffuseurs, et elle a ainsi obtenu les droits de la Fédérale 1 jusqu’en 2021.

Preuve que le rugby passionne dans chaque division, La Chaîne L’Equipe s’est engagée dans cette bagarre de diffuseurs, et elle a ainsi obtenu les droits de la Fédérale 1 jusqu’en 2021

Jeux olympiques

Ces bons chiffres d’audience n’ont évidemment pas échappé au prince Albert. Conscient que les audiences du rugby à VII ne sont pas celles obtenues par le rugby à XV, il estime toutefois qu’une forte marge de progression existe pour le jeu à VII. « Le rugby à VII va immanquablement se développer. Ce sport est devenu une discipline olympique, et il a fait ses grands débuts à l’occasion des Jeux olympiques (JO) de 2016, à Rio de Janeiro. Il faut donc laisser un peu de temps au rugby à VII. Si des équipes européennes s’illustrent, on verra les audiences à la télévision monter », espère Albert II. Car en plus de l’équipe de club qu’est le Monaco Rugby Sevens, le second volet de ce projet est de créer une équipe nationale monégasque. Objectif : tenter de décrocher une qualification pour les JO. « Pourquoi pas, un jour, avoir une équipe de rugby à VII qui soit 100 % monégasque ? Bien sûr, il faudra du temps. Mais nous avons déjà des joueurs de nationalité monégasque qui ont intégré notre équipe de rugby à VII », note pour sa part le prince Albert II. S’il estime que Monaco manquera de temps pour espérer avoir une équipe compétitive pour les JO, Albert II prône la patience : « Je pense que ce sera trop court pour parvenir à créer une équipe de rugby à VII suffisamment compétitive pour se qualifier pour les JO de Paris, en 2024. Pour l’instant, nous n’avons pas un réservoir de joueurs monégasques suffisant. Les JO sont un objectif à moyen et long terme. » Reste à savoir quels leviers actionner pour parvenir à avoir un nombre suffisant de joueurs monégasques compétitifs. Naturaliser des joueurs étrangers ne sera en tout cas pas une solution miracle, car World Rugby, l’organisme international qui gère le rugby mondial à XV et à VII, vient de durcir son règlement. En effet, pour pouvoir rejoindre une équipe nationale, un joueur d’origine étrangère devra avoir vécu consécutivement pendant cinq années dans le pays dont il souhaite porter le maillot, contre trois années actuellement. Ce changement de critères de sélection entrera en vigueur le 31 décembre 2021. Pour développer le vivier de jeunes joueurs de rugby de nationalité monégasque, le développement de ce sport dans les écoles de la principauté pourrait s’avérer utile. Mais, là encore, cela nécessitera des années avant que cette politique ne porte ses fruits. Il faudra donc nécessairement s’armer de patience. En attendant, qu’il soit à XV ou à VII, le rugby monégasque n’a jamais été aussi ambitieux.

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