lundi 27 septembre 2021
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Mathias Raymond : « La santé et la sécurité des athlètes prévalent sur tout le reste »

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Les sportifs et délégations seront soumis à un protocole sanitaire très strict lors des Jeux Olympiques. Mathias Raymond, chef de mission des Jeux de Tokyo pour le comité olympique monégasque, en présente les grandes lignes à Monaco Hebdo.

À quoi faut-il s’attendre d’un point de vue sanitaire ?

À cause du Covid-19, le comité d’organisation a dû être très réactif et proactif par rapport à toutes les mesures prises par le gouvernement japonais. Et, de l’annonce du report l’année dernière à aujourd’hui, ils ont développé toute une procédure validée avec le gouvernement et le CIO pour accueillir les athlètes dans les meilleures conditions. Puisque le CIO insiste, c’est la santé et la sécurité des athlètes qui prévalent sur tout le reste. C’était la condition sine qua non pour que ces Jeux se fassent.

Comment ce protocole se matérialise-t-il ?

Le comité d’organisation a développé des playbooks [manuels décrivant le règlement sanitaire – NDLR]. Nous en sommes à la troisième version. Ils s’adressent à toutes les catégories d’accréditations que l’on peut avoir : athlètes, officiels d’équipes c’est-à-dire les entraîneurs, la presse… Car chaque public ne rencontrera pas forcément les mêmes contraintes, donc leur rôle est de prévoir tous les cas possibles pour chaque public, et faire en sorte que tout soit cadré le mieux possible.

Quel rôle joue le Comité olympique monégasque dans ce protocole ?

Notre rôle, en tant que comité national olympique (CNO), c’est de veiller au respect de toutes les règles édictées dans les playbooks et de nous y conformer pour pouvoir d’abord rentrer sur le territoire japonais puisque le gouvernement japonais a fermé récemment l’entrée à qui que ce soit. Exceptionnellement, il autorise les membres des délégations à rentrer. Mais à la seule condition, de respecter toutes les règles édictées qui sont nombreuses et contraignantes. Mais encore une fois, c’est dans l’intérêt des participants. Si c’est la condition pour que les Jeux se fassent, on doit s’y plier.

« S’agissant des durées de séjour, il y a aussi des contraintes. […] Le comité d’organisation a tranché à cinq jours avant le début de la compétition pour un athlète donné et deux jours après la fin de la compétition ou l’élimination pour rentrer »

Mathias Raymond, chef de mission des Jeux de Tokyo pour le comité olympique monégasque

Quel impact ce protocole contraignant a-t-il sur les athlètes ?

Si on part du principe qu’un athlète va aux Jeux pour faire sa compétition et être performant, dans l’absolu, ça ne change rien pour lui, parce qu’il peut toujours vivre au village olympique, manger, dormir, aller à son site d’entraînement et de compétition… En revanche, pour tous les à-côtés, ça change énormément, puisque les athlètes n’ont pas le droit de sortir du village olympique. Ils n’ont pas le droit de sortir des sites qui n’ont pas été approuvés au préalable par le gouvernement japonais. Nous disposons pour cela d’une liste d’environ 200 sites validés. Ces sites respectent toutes les mesures barrières, anti-Covid.

Comment cela se passe-t-il, concrètement ?

Pour chaque type d’accréditation, nous avons dû soumettre des programmes d’activités pour les 14 jours qui suivent notre arrivée. Dans ces programmes d’activités, nous avons mis tous les sites que chaque type de population est susceptible de fréquenter parmi les sites autorisés par le gouvernement. Ce qui fait par exemple qu’on ne pourra pas sortir après la compétition pour aller manger un plat de ramen en ville. Cela ne sera pas possible.

Les athlètes pourront-ils aller s’encourager ?

Non. Chaque athlète a le droit d’aller sur son site sportif, et c’est tout. Et s’agissant des durées de séjour, il y a aussi des contraintes. À l’époque, c’était laissé libre et les CNO pouvaient décider de laisser leurs athlètes plus ou moins longtemps en fonction des contraintes logistiques. Cette année, le comité d’organisation a tranché à cinq jours avant le début de la compétition pour un athlète donné et deux jours après la fin de la compétition ou l’élimination pour rentrer. Ce sont des règles pour lesquelles nous n’avons pas de dérogation et chaque athlète de chaque épreuve, de chaque pays, doit s’y soumettre. C’est le système mis en place pour limiter l’affluence dans le village.

« La capacité d’accueil du réfectoire est aussi limitée. Elle était normalement fixée à 4 500 personnes. Finalement, elle a été revue à 3 000 avec des mesures de distanciation prévues. Chaque place est compartimentée »

Mathias Raymond, chef de mission des Jeux de Tokyo pour le comité olympique monégasque

Combien de personnes peut accueillir le village ?

À Tokyo, il y a environ 12 000 athlètes. Un peu moins de 50 % d’entraîneurs les accompagnent, ce qui fait au moins 20 000 personnes centralisées au même endroit. Avec ce système de durée de séjour limitée, l’idée c’est qu’il y ait toujours un roulement et qu’on n’ait pas une période d’affluence où 20 000 personnes sont concentrées au même endroit, au même moment. Cela fait partie d’autres mesures qui ont été mises en place.

Lesquelles ?

La capacité d’accueil du réfectoire est aussi limitée. Elle était normalement fixée à 4 500 personnes. Finalement, elle a été revue à 3 000 avec des mesures de distanciation prévues. Chaque place est compartimentée. Car quand on mange, on enlève le masque, on discute… et donc, évidemment, ces zones ont été identifiées comme à risque.

« Si cela peut paraître contraignant, il ne faut 

pas le voir comme tel, car, encore une fois, c’est la condition pour que les Jeux se fassent. Nous n’avons pas le choix que de nous y plier »

Mathias Raymond, chef de mission des Jeux de Tokyo pour le comité olympique monégasque

D’autres mesures ?

Les organisateurs ont aussi pas mal œuvré sur les transports. Car quand on est dans le bus, on est dans un endroit clos pour une durée qui peut être longue et avec une ventilation qui n’est pas forcément assurée. Pour limiter les risques, le taux d’occupation des bus a été réduit pour qu’il y ait de la place suffisante entre chaque passager.

Au vu des conditions, n’aurait-il pas fallu plutôt reporter l’événement ?

La mise en place de ces mesures est un travail hors norme que le comité d’organisation a effectué. Il travaille de concert avec le gouvernement japonais. Si cela peut paraître contraignant, il ne faut pas le voir comme tel, car, encore une fois, c’est la condition pour que les Jeux se fassent. Nous n’avons pas le choix que de nous y plier. Et pour être en contact avec eux au quotidien, ils mettent tout en œuvre pour que ça se passe bien. D’autant plus, qu’ils doivent gérer les relations avec 205 comités nationaux olympiques qui ont, chacun, leurs propres contraintes et qu’il faut trouver des solutions adaptées. Les contraintes du comité national monégasque ne sont pas les mêmes que celles du Comité national olympique français (CNOSF) ou des États-Unis, qui viennent avec 500 athlètes. Les proportions ne sont pas les mêmes et leurs contraintes ne sont pas forcément les nôtres.

Cette édition des Jeux aura tout de même une saveur particulière ?

C’est tous les à-côtés qui sont enlevés. Mais la compétition, elle, reste. Les JO à la base, c’est la compétition. C’est de permettre aux athlètes du monde entier de pouvoir se rencontrer et s’exprimer pour devenir champion olympique. Cette édition des Jeux met vraiment les athlètes au centre de l’événement. C’est une compétition grâce à eux car s’il n’y a pas d’athlètes, il n’y a pas de compétition. Et c’est une compétition pour eux car tout est mis en place pour que tout se passe bien de manière sécurisée.

JO de Tokyo : Déjà plusieurs cas de Covid-19 détectés

Les Jeux Olympiques (JO) de Tokyo n’ont pas encore officiellement débuté que les premiers cas positifs ont été détectés. Deux sportifs et un membre de l’encadrement, installés dans le village olympique, ont en effet été testés positifs au Covid-19 a fait savoir l’organisation, dimanche 18 juillet. Il s’agit de deux footballeurs de l’équipe sud-africaine de football et de l’analyste vidéo de la sélection. « Ils sont à l’isolement dans un établissement adéquat de Tokyo-2020 », a indiqué le Comité olympique sud-africain (SASCOC) précisant que « le reste de l’équipe avait subi deux tests négatifs et fait l’objet d’un suivi selon les recommandations des autorités médicales locales ». La durée de l’isolement des protagonistes n’a pas été révélée. « C’est seulement lorsque les experts ont déterminé que vous ne représentez plus de risque pour autrui que vous pouvez rejoindre votre équipe », a simplement déclaré Pierre Ducrey, directeur adjoint des Jeux Olympiques au sein du Comité international olympique (CIO). Ces cas positifs ne sont pas les premiers des Jeux puisque les instances olympiques déploraient, dimanche, 55 tests positifs parmi les 30 000 menés sur 18 000 sportifs, encadrants, officiels ou journalistes arrivés au Japon depuis le 1er juillet. « Il est inévitable que nous ayons des cas », a d’ailleurs reconnu, un brin fataliste, le directeur des Jeux au CIO, Christophe Dubi, avant d’indiquer que « tout était en place pour limiter le mélange des populations » et « maintenir le risque [de contaminations — NDLR] à un minimum absolu ». L’annonce de ces premiers cas positifs au Covid-19, avant même le début des épreuves sportives, est en tout cas une bien mauvaise nouvelle pour l’organisation, confrontée depuis plusieurs semaines à l’hostilité de la population locale. Selon un sondage publié lundi 17 mai 2021 dans le quotidien Asahi, ils étaient plus de 80 % de Japonais à affirmer leur opposition à l’organisation des JO cet été.

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Monaco Hebdo