samedi 15 août 2020
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Damien Mazaudier :
« Nous sommes victimes de cette crise »

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L’entreprise Monacair qui emploie 70 salariés en principauté a annoncé le 9 juillet 2020 le lancement d’un plan social portant sur 32 emplois. Pour justifier cette décision, Damien Mazaudier, président de Monacair, invoque la pandémie de Covid-19 et le manque de visibilité sur un marché qui s’est effondré. Interview.

Pourquoi licencier 32 salariés ?

L’élément central, c’est la crise du Covid-19 qui a fortement impacté le transport aérien et le tourisme dont nous dépendons grandement. Cela a énormément affaibli notre activité aéronautique. A titre d’exemple, la baisse du trafic aérien à l’aéroport de Nice est actuellement de l’ordre de 80 %. Il n’y a donc que 20 % des vols qui sont effectués, ce qui représente une centaine de vols par jour, contre 450 vols habituellement. Du coup, seulement 15 % des passagers transitent par Nice. Donc les avions ne sont évidemment pas pleins. Or, nous dépendons principalement de cette clientèle.

D’autres explications ?

Nous dépendons aussi beaucoup de l’annulation en cascade de grands événements qui se déroulent à Monaco. Il y a d’abord eu l’annulation des Masters de Monte-Carlo en avril 2020, puis du Grand Prix historique, du Grand Prix, du Monaco Yacht Show… Et il y a beaucoup d’incertitudes pour les événements de la rentrée. Nous sommes victimes de cette crise qui a éclaté en plein cœur de la saison, et qui limite notre capacité à tenir pour l’hiver prochain et le printemps 2021. Or, cette ligne régulière dépend du transport aérien, mais aussi de tous les événements qui ont lieu en principauté.

Mais la situation pourrait s’améliorer dans les semaines et les mois à venir ?

Le terminal 1 de l’aéroport de Nice est totalement fermé jusqu’au 31 mars 2021. Ce qui signifie que, jusqu’à cette date, on en peut pas anticiper une reprise, même à 50 %. Surtout que les deux terminaux de l’aéroport de Nice sont à peu près équivalents pour nous en termes de clientèle et, à ce stade, les perspectives ne sont donc pas rassurantes. Des experts annoncent d’ailleurs un retour à la normale pas avant 2022, voire 2023. Donc il y a encore beaucoup d’inquiétude.

Comment ont réagi vos actionnaires ?

Les actionnaires de Monacair nous ont soutenus, tout comme nos partenaires financiers. L’Etat monégasque nous a aussi aidés, avec la mise en place du chômage partiel et des mesures en vigueur pour soutenir les entreprises de la principauté. Nous avons aussi pris la décision de vendre un certain nombre d’hélicoptères. Mais malgré cela, nous n’avons pas eu d’autre choix que de lancer un plan social qui touchera 32 emplois chez Monacair.

Qui sont les salariés concernés ?

Ce sont principalement des pilotes, des agents d’opérations au sol, et quelques salariés de l’administratif.

Comment ont réagi les salariés ?

Devoir perdre un certain nombre de collaborateurs que l’on a en partie formé et que l’on apprécie, cela a bien sûr été difficile. C’est surtout difficile humainement. Les salariés sont conscients de la situation de crise que nous traversons et de ce cataclysme en termes d’activité.

Il n’y avait vraiment aucune autre solution ?

Pour avoir une meilleure visibilité, nous avons attendu une éventuelle reprise d’activité. Mais notre trésorerie s’est dégradée au fil du temps. Peu de temps après l’annonce du gouvernement sur les décotes de 10 %, puis de 20 %, concernant notamment le chômage partiel, et compte tenu de la faiblesse du trafic aérien, nous avons pris la décision d’annoncer ce plan social, en concertation avec les délégués et les représentants du personnel.

En ce qui concerne les conditions de départ, irez-vous plus loin que le minimum légal ?

Rien n’est encore arrêté, mais nous avons peu de marge de manœuvre en termes d’indemnités complémentaires. Notamment parce que nous enregistrons chaque mois environ 500 000 euros de pertes. Ce qui nous laisse peu de solutions pour les indemnités de départ. Nous avons reçu les salariés, nous sommes actuellement à leur écoute sur ce sujet-là.

Quelle enveloppe budgétaire est prévue pour ce plan social ?

A ce stade, ce n’est pas encore chiffré.

© Photo Monacair

« Nous avons peu de marge de manœuvre en termes d’indemnités complémentaires. Notamment parce que nous enregistrons chaque mois environ 500 000 euros de pertes »

Sur la même ligne Monaco-Nice, co-exploitée par Monacair et par l’entreprise française Héli Sécurité, Héli Sécurité aurait fait 96 vols entre le 14 et le 30 juin 2020 : c’est donc qu’il existe bien une réelle activité sur cette ligne ?

Du 14 au 30 juin 2020, il y a bien eu 96 vols sur la ligne Monaco-Nice. Dans le détail, sur cette ligne on a effectué 62 vols privés, contre 367 en 2019 sur la même période, soit moins de 20 %. Sur la partie « ligne classique », on a fait 34 transferts entre Nice et Monaco, contre 843 l’an dernier. Au total, il y a donc eu 96 vols, contre plus de 1 300 en temps normal. L’écart est donc considérable. Comme toutes les autres destinations, l’aéroport de Nice est impacté par la faiblesse du trafic aérien. On manque cruellement de la clientèle américaine, russe, britannique et aussi de tout le Moyen-Orient.

Monacair a racheté Héli Sécurité : ça ne fausse pas la concurrence sur cette ligne Monaco-Nice ?

Héli Sécurité a été racheté par Monacair en 2018. Au départ, il faut se souvenir que Monacair est une entreprise spécialisée dans le management d’hélicoptères pour le compte de clients privés ou ultra-VIP. Il y avait aussi une activité de vols privés, c’est-à-dire des vols à la demande, pour aller, par exemple, de Monaco à Rome. Et puis, en 2016, Monacair a remporté la concession de la ligne entre Nice et Monaco. Il y avait une autre entreprise, Héli Sécurité, basée à Grimaud, dans le Var, qui est un gros acteur sur le marché des vols privés. Or notre idée était de nous consolider sur ce marché.

Et c’était une bonne idée ?

Aujourd’hui, l’activité d’Héli Sécurité est légèrement plus soutenue sur les vols privés que celle de Monacair, notamment à cause de la crise sanitaire et de l’attractivité de Saint-Tropez vis-à-vis de Monaco. Actuellement, les taux d’occupation des hôtels sont bien plus faibles à Monaco qu’à Saint-Tropez. Héli Sécurité ne travaille pas sur la ligne régulière Monaco-Nice, mais on essaie de travailler intelligemment avec eux. Quand on amène un client à Saint-Tropez, et qu’eux ont un client qui doit venir à Monaco, on transporte leur client ou le contraire. Héli Sécurité est une entreprise qui reste spécialisée dans les vols privés, que l’on appelle des vols charters.

Malgré tout, faut-il voir dans le contexte actuel une montée en puissance d’Héli Sécurité au détriment de Monacair qui licencie ?

Non. Les deux entreprises existent côte à côte. On essaie de travailler intelligemment afin d’optimiser, comme peut le faire Air France avec sa filiale Hop ! ou Transavia, ou d’autres encore, comme Lufthansa, Swiss Air, British Airways ou Iberia.

Après ce plan social, Monacair disposera de combien de salariés et de combien d’hélicoptères ?

Aujourd’hui, Monacair a 70 salariés en CDI et 6 fins de contrats en CDD. Notre plan social prévoit donc le départ de 32 salariés, principalement actifs sur la ligne régulière Monaco-Nice. Il restera donc 38 salariés chez nous après ce plan de licenciements. Au niveau des hélicoptères, Monacair a une douzaine d’appareils en management, qui appartiennent donc à d’autres propriétaires. Et nous sommes propriétaires de 6 hélicoptères. Héli Sécurité dispose de 14 hélicoptères, dont 8 dont ils sont propriétaires.

Monacair va continuer à exploiter la ligne Monaco-Nice ?

Bien sûr. Aujourd’hui, nous avons besoin de nous adapter et de faire du cas par cas. Un vol privé, ce n’est pas le même prix qu’une ligne régulière. En effet, un vol privé entre Nice et Monaco est à 990 euros. Pour la ligne régulière, le tarif est à 160 euros. Actuellement, au vu de la faiblesse du trafic, on essaie de proposer des solutions aux clients pour que le service soit rendu. Avec seulement 5 % de l’activité par rapport à 2019, il a fallu redimensionner cette ligne. Mais Monacair continue de voler, même si notre activité est réduite.

Du coup, combien de salariés et d’hélicoptères sont désormais dédiés à cette ligne Monaco-Nice ?

Difficile de donner un chiffre précis, car nous nous ajustons en permanence par rapport à la demande. Mais, en moyenne, il y a trois hélicoptères sur cette ligne régulière Monaco-Nice.

Pendant le confinement, comment avez-vous géré la maintenance de vos hélicoptères et les différentes formations que doivent suivre vos salariés ?

Le plus coûteux c’est l’entretien et la maintenance des hélicoptères. Mais pas question de transiger, car la sécurité est extrêmement importante dans le secteur aéronautique. Il y a donc une série d’obligations que nous avons, bien sûr, dû respecter. Les formations des salariés n’ont pas posé de problèmes particuliers.

La réglementation sanitaire imposée par la pandémie de Covid-19 pèse aussi sur votre activité ?

On fournit des masques et du gel à nos clients, puisque le port du masque est obligatoire dans un hélicoptère. Pour éviter les craintes, nous proposons aussi des vols privatifs pour éviter tout contact avec les autres passagers.

Si l’activité reprend sur la ligne Monaco-Nice, vous serez contraints de réembaucher ?

Si on revenait au même niveau qu’en 2019, il faudra en effet revoir nos effectifs à la hausse. Comme le prévoit la loi, les salariés licenciés aujourd’hui seront alors prioritaires.

Quel chiffre d’affaires visez-vous pour l’année 2020 ?

En 2020, Monacair vise un chiffre d’affaires d’environ 10 millions d’euros. En 2019, nous avons réalisé 20 millions de chiffre d’affaires. Mais avec deux mois et demi à l’arrêt complet, et avec une reprise qui se fait désirer, on paie tout ça. Heureusement que nous avons notre activité de management d’hélicoptères qui est beaucoup plus robuste. Aujourd’hui, c’est cette activité qui nous permet de limiter la casse.

S’il n’y a pas de redémarrage net de votre activité en 2020, faut-il s’attendre à un deuxième plan social ?

Aujourd’hui, nous avons atteint un niveau de fréquentation en dessous duquel je ne pense pas que nous irons. Même s’il faut reconnaître que les saisons automnales et hivernales sont très faibles, surtout avec l’annulation des événements en principauté. Nous avons donc été obligés de nous préparer maintenant, en prévision de cette période-là. Nous avons lancé ce plan social, en essayant de faire en sorte qu’il soit raisonnable, même si c’est très difficile et très douloureux, humainement parlant.

En cas de deuxième vague de Covid-19, Monacair sera en danger ?

Non. Parce que le nécessaire a déjà été fait. Nos actionnaires ont apporté leur soutien avec un apport de 1,2 million d’euros et nous avons cédé certains actifs. De plus, nos partenaires financiers nous ont accompagné. Donc aujourd’hui, on ne s’attend pas à devoir lancer un deuxième plan social. Nous sommes prêts pour l’avenir, en espérant que l’activité reprenne, même si on ne sait pas quand. Et c’est sans doute le manque de visibilité qui est la chose la plus difficile à gérer dans cette crise.

Pour lire la suite de notre dossier sur les licenciements Che Monacair, cliquez ici

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