jeudi 20 janvier 2022
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Le casse-tête des prochaines élections ?

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Tableau noir
© Photo DR

Après les fractures et secondes noces qui ont marqué la vie publique ces dernières années, pour l’observateur et citoyen lambda, il est très compliqué d’avoir une vision claire du paysage politique monégasque (PPM). D’autant plus qu’à près d’un an des prochaines élections nationales, qui se dérouleront en février 2013, l’échiquier est en train de se reformer, avec des stratégies mouvantes. Monaco Hebdo a souhaité clarifier la situation. En demandant à chaque mouvement où il en est. Et dans quelle direction il va. Sans oublier les électrons libres.

L’UPM, un feuilleton à rebondissements

Depuis 2008, entre scission de partis, divorces et remariages, la majorité parlementaire a fortement évolué. Flashback.

Par Milena Radoman.

Dimanche 3 février 2008. A la salle du Canton, vers minuit, les résultats tombent. Les noms des élus s’affichent sur l’écran de la mairie. C’est l’euphorie dans les rangs de la majorité sortante UPM, qui a fait carton plein. Autour du leader Stéphane Valeri, les 21 élus UP et Unam se congratulent. On ne le saura qu’après?: plus jamais la majorité ne sera aussi unie qu’à ce moment-là…
Car depuis 2008, il semblerait que l’histoire se répète. Après un premier mandat houleux, où l’UPM avait perdu en chemin 5 élus (3 élus PFM, Claude Boisson et Vincent Palmaro), la majorité s’est à nouveau fissurée. Comme frappée d’une malédiction. Premier décrochage?: septembre 2009. Nommé administrateur de la Société des bains de mer, Pierre Svara, alors président de la commission des finances, prend son indépendance. Plutôt contraint et forcé par la majorité UPM, qui a promis lors de sa première élection, en 2003, de ne pas cumuler le mandat d’élu avec une fonction rémunérée dans une entreprise appartenant à l’Etat. L’objectif étant bien évidemment d’éviter de tomber dans les conflits d’intérêts. Pierre Svara gardera d’ailleurs quelques rancœurs de la façon avec laquelle les élus de la majorité l’ont poussé vers la porte de sortie…

l'UPM
© Photo Monaco Hebdo.

Exit Christophe Spiliotis-Saquet

La dispersion ne fait alors que commencer. En octobre 2009, scandalisé par le mutisme du conseil national dans l’affaire Odéon, l’ancien président de l’UP, Christophe Spiliotis-Saquet claque la porte. Ses motivations?? « L’affaire Odéon a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. L’Etat de Monaco s’est fait spolier de 8?300 m2. Le compte d’appartements n’y est pas. Par ailleurs, il y a eu un engagement du fonds de réserve très important pouvant atteindre 500 millions d’euros, sans consultation de la commission de placements des fonds », expliquera Christophe Spiliotis-Saquet, qui conteste carrément le manque de vision à court et long terme de la majorité.
Mais c’est lorsque Stéphane Valeri est nommé conseiller de gouvernement aux affaires sociales que l’électeur lambda doit s’accrocher pour comprendre ce qui se passe au sein de l’hémicycle. A l’UPM, rien ne va plus. En moins d’un an, on assiste au départ de 4 élus Unam, vexés qu’on leur diminue le nombre de présidences de commission (ah les droits acquis). Sous prétexte que Bernard Marquet, suivi de son frère Roland, avaient basculé à l’UP. L’UPM (UP+ Unam) éclate alors, suivie d’une guerre intestine au sein de l’UP qui aboutira à la scission de ce qui était alors le premier parti de Monaco?: agacés de l’ingérence de l’ancien leader Stéphane Valeri, 11 élus UP, sous la houlette du président du conseil national Jean-François Robillon, prennent leur cliques et leurs claques et fondent l’Union des Monégasques.

Soap opéra

Fait extraordinaire, l’UP devient alors ultra-minoritaire rue Bellando de Castro avec seulement deux élues représentées?: Anne Poyard-Vatrican et Brigitte Boccone-Pagès.
Au point que le 6 avril 2011, on assiste à la réélection sur le fil du rasoir de Jean-François Robillon en tant que président du conseil national. Onze voix pour Robillon. Sept pour Poyard-Vatrican. C’est même la première fois dans l’histoire du conseil national qu’il y a deux candidats à la présidence.
Ce fameux 6 avril, conscient du côté soap opéra que donne le conseil national, Fabrice Notari se gausse dans sa motivation de vote?: « Pas besoin de la Box de Monaco Telecom, nous avons tout en live?! Toutes les infos politiques du monde, toutes les séries B. Certains se croient en Côte d’Ivoire et refusent le résultat d’élections en faisant la guerre. D’autres, en Lybie, et dirigent en « guide de la Révolution », sans avoir de fonctions au Parlement. En France, copiant le parti socialiste ou l’UMP. A Dallas, des familles unies qui se déchirent. Dans Top Model, 2?482 épisodes de mariages et remariages. FBI portés disparus et des chaises qui se vident… » Le vice-président est d’ailleurs lui-même reconduit de justesse à sa fonction (11 voix pour contre 11 bulletins blancs). Et dommage collatéral d’une majorité se réduisant comme peau de chagrin, les élus UDM sont bien obligés de se répartir les présidences de commissions. Guillaume Rose et Jean-Charles Gardetto, devant même s’acquitter d’une double présidence. Les Affaires diverses et la Culture pour le nouveau directeur du tourisme. La Législation et les Relations extérieures pour l’avocat…
Depuis avril, la majorité a encore perdu deux élues?: Sophie Lavagna, qui en a ras-le-bol de cette instabilité et Catherine Fautrier, nouvelle ambassadrice de Monaco en Chine et en Australie, démissionnent. Des 24 conseillers nationaux élus en 2008, il n’en reste plus que 21.

Nouveau changement de donne

Aujourd’hui, cette nouvelle configuration, qui renforce l’obligation d’avoir une majorité stable au conseil national, a changé la donne. Du coup, ces derniers mois, on assiste à de nouveaux épisodes du « je t’aime moi non plus ». Cela se voit comme le nez au milieu du visage?: depuis la loi sur les droits de mutation, adoptée fin juin, les élus Unam et UDM votent comme un seul homme. Ce qui annonce un changement de cap et un rapprochement de fait. Ce que Jean-François Robillon ne conteste pas?: « Avec l’Unam, nous avons été élus sur le même programme. La période de succession de 2010 a été troublée. Mais aujourd’hui, avec l’Unam, nous regardons dans la même direction », avait-il ainsi déclaré dans une interview récente à Monaco Hebdo. Ce qui déclenche les foudres de Laurent Nouvion?: « Plus que jamais, les Unam sont des opportuno-centristes. Là, ils ont regardé ce qui se passait, de quel côté tournait le fanion du conseil national. Comme on a promis aux 4 Unam de récupérer un certain nombre de présidences de commissions pour avril prochain, ils vont être réhabilités dans la majorité. Je vous le signe. Mais tout ce que je vois c’est qu’ils n’honorent pas la fonction d’élu. Ils votent tous comme des automates. Ils sont aux ordres de leur propre décadence politique ».

Anne Poyard-Vatrican
Anne Poyard-Vatrican © Photo DR

L’UP, première force politique de Monaco??

Entre 2003 et 2010, l’Union pour la Principauté, qui fête ses 10 printemps cette année, pouvait se targuer d’être le premier mouvement politique de Monaco. Pas sûr que ce soit toujours le cas.

Pas facile d’être le premier parti politique de Monaco avec deux élues. Depuis que la majorité des élus UP a créé son propre parti début 2011, c’est un mic-mac à l’UP. Certes la scission UP-UDM a permis de clarifier la situation. Après une querelle larvée pour prendre le pouvoir entre Jean-François Robillon et Anne Poyard-Vatrican suite au départ de Stéphane Valeri pour le gouvernement début 2010, la fissure est en effet apparue au grand jour. Robillon a remporté le perchoir et fondé l’UDM (Union des Monégasque) avec 10 colistiers. Tandis que Poyard-Vatrican a conservé la présidence de l’UP lors d’une assemblée générale, début 2011, marquée par des chaises vides « au nom des élus qui ont quitté le navire ». Incarnant l’UP avec Brigitte Boccone-Pagès – très silencieuse depuis quelques mois – à ses côtés au conseil national.

« Le conseil national perd en crédibilité »

Au cœur de cette tempête politico-égotique, tout le monde l’admet?: il n’y a pas vraiment de divergences d’idées – d’autant que tout le monde revendique et défend le programme UPM de 2008 – mais des querelles de personnes. Si la présidente du mouvement a radouci le discours par rapport à il y a quelques mois, Anne Poyard-Vatrican maintient que Robillon est loin d’être le président du conseil national idéal?: « Il a fragilisé le bloc majoritaire et a créé son propre parti. Mais dans cette histoire, le dommage le plus grave est l’impact pour le conseil national. Nous avons tous perdu en crédibilité et en positionnement. » Pour Anne Poyard, le vote en urgence de la loi sur les droits de mutation l’été dernier est symptomatique?: « On vote une loi pour assurer davantage de transparence et de clarté dans les transactions immobilières et au final on règle les problèmes au cas par cas par la suite, après le vote de la loi. Le parlement avait son mot à dire et il aurait dû jouer son rôle de modérateur comme il l’a déjà fait par le passé. » En clair, comme il l’a fait sous une autre présidence, celle de Stéphane Valeri. Contrairement à Robillon, Anne Poyard-Vatrican n’a en effet jamais renié son lien avec l’ancien père fondateur de l’UP.

Une liste en 2013??

Sauf qu’aujourd’hui, realpolitik oblige, les choses ont bien changé. Après avoir ferraillé par personnes interposées, Jean-François Robillon et Stéphane Valeri ont fumé le calumet de la paix. Ce qui doit troubler les militants de l’UP. Pour Anne Poyard-Vatrican, ça ne se manifeste en tout cas pas dans les chiffres?: 380 adhérents de l’UP seraient à jour de cotisation 2011. « Les chiffres sont gonflés, se gausse un ex-UP passé à l’UDM. L’UP multiplie les démissions. » Faux, rétorque la présidente?: « Je n’ai reçu que 2 démissions réelles d’adhérents… Tout le reste n’est que fantasme. La question est de savoir mais qui donc a intérêt à faire croire que les adhérents ont déserté?! »
Si Anne Poyard n’exclut pas un rassemblement général pour 2013, pour l’instant, elle maintient le cap, affirmant que l’UP présentera bien une liste en 2013, sous le signe de l’union, comme en 2003 et 2008. Reste à savoir avec qui, l’Unam ayant de son côté basculé vers l’UDM.

Michèle Dittlot
Michèle Dittlot © Photo Monaco Hebdo.

L’Unam, de l’UPM à l’UDM

C’est le mouvement politique dont on connaît le moins la base électorale. Pourtant il a son quota d’élus depuis deux législatures. Et semble bien viser une troisième.

Depuis 2003, avec un allié tel l’UP, l’Unam a toujours eu du mal à exister. Difficile de revendiquer des différences tout en affichant une unité de façade obligatoire. Alors quand l’Unam s’est scindée en 2010 avec le départ des frères Marquet et que le nombre de ses présidences de commission a été rediscuté, les 4 élus restants (Michèle Dittlot, Claude Cellario, Eric Guazzonne et Philippe Clerissi) ont vécu la révision du pacte UPM comme une trahison. Implosion de l’UPM, rapprochement de l’UP d’Anne Poyard-Vatrican au moment de la confrontation avec Robillon… Le petit parti a beaucoup navigué. Pour se retrouver aujourd’hui sur la case de départ de l’échiquier?: « Notre famille politique se rapproche de l’UDM actuellement. Depuis la session législative de printemps, nous tenons des réunions avec les élus de l’UDM. Nous l’avons notamment fait avant le vote du budget pour nous concerter sur les points d’achoppements », confie Michèle Dittlot, pour qui le président du conseil national a gagné en stature. Et en écoute. Fini les communiqués de presse le traitant de dictateur. « On a en face de nous quelqu’un qui a gagné en leadership et qui a endossé un nouveau costume, plus à l’aise, plus conciliant. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis », confie l’ex-présidente de la commission culture du conseil national.

Des présidences de commission pour l’Unam

La passionaria de la cause du Sporting d’Hiver pourrait bien retrouver ses fonctions présidentielles. Tout comme Claude Cellario à la législation. C’est en tout cas ce qui se murmure dans les couloirs du conseil national. « Nous n’avons reçu aucune proposition en ce sens », corrige Michèle Dittlot. Avant d’ajouter?: « De toute façon, je n’accepterais que si l’on m’accorde une certaine latitude et liberté. » En glissant à l’adresse de ses opposants de R&E?: « Ce n’est certainement pas une question de prébende, d’affection pour les petits fours ni encore moins d’argent?: il n’y a plus de disparités d’indemnités parlementaires entre les présidents de commissions et les simples élus. Nous touchons tous 2?500 euros, je ne bois que de l’eau et je ne mange pas de canapés?! »
Aujourd’hui, ce sont en tout cas 3 élus Unam qui se rapprochent de l’UDM, Philippe Clerissi devenant, lui, sans étiquette. Du moins jusqu’en 2013. De son côté, l’Unam annonce de profonds changements pour la semaine prochaine. Lesquels?? Un nouveau président?? Une officialisation du rapprochement avec l’UDM?? Patience. Il faudra attendre la décision du « comité directeur » qui se réunit lundi prochain…

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Selon l'UDM, ici lors de la conférence de presse annonçant la création du mouvement, l'assemblée générale aura lieu début 20112 et la liste sera bouclée en octobre 2012. © Photo DR

L’UDM en force tranquille

Né de la scission de l’UP en février 2011, l’Union des Monégasques est le plus jeune des partis. Majoritaire au conseil national, le mouvement se base principalement sur les 10 « schismatiques » de l’UP.

L’UDM a fait scission et perdu l’appareil de l’UP, voire la confiance de certains militants. Et alors, semble dire Alexandre Bordero. « Nous n’avons pas de regrets et allons de l’avant. » Le président de l’Union des Monégasques, majoritaire à l’assemblée avec 10 élus, assume la situation et annonce la couleur. Pas question de partir en campagne dès maintenant. Surtout pas pour une majorité sortante. Pour Bordero, le travail accompli au conseil national parle pour l’UDM, « avec une session législative de juin record depuis 2003 ». Si les 167 points du programme électoral de 2008 seront difficilement cochés avant 2013, « trois quarts des points importants sont réalisés ou en passe de l’être?: le contrat d’habitation capitalisation est voté, la loi sur la nationalité le sera bientôt et celle sur le handicap arrive en fin d’année sur le bureau du conseil national. » C’est pourquoi, selon le président de la commission des finances, les élus UDM ont entrainé dans leur sillage 250 adhérents dont une centaine d’ex-UP, et ce sans avoir fait de campagne d’adhésion nationale.

Néo-oligarches??

Après deux mandats, l’actuel président de la commission des finances compte bien en briguer un troisième. Tout comme, a priori, Jean-François Robillon, Fabrice Notari, Bernard Marquet, Jean-Charles Gardetto, susceptibles, eux aussi, d’aligner 15 ans en tant que parlementaires. Si on y ajoute les conseillers nationaux UDM élus pour la première fois en 2008 ainsi que les Unam, la nouvelle majorité risque bien de subir les mêmes reproches que les oligarches de l’ancienne majorité parlementaire UND qui s’est arcboutée 40 ans au pouvoir. Il y a un risque, reconnaît Alexandre Bordero, qui ajoute?: « Contrairement à ce que nous reproche l’opposition, nous n’utilisons pas notre mandat à des fins personnelles. R&E a attaqué Guillaume Rose sur ce créneau. Rappelons que Guillaume Rose n’est pas arrivé directeur du tourisme par hasard. Il était auparavant numéro 2 de la Société des bains de mer et numéro 2 de la direction du tourisme. »

Electeurs paumés

Alexandre Bordero ne s’en cache pas. Pour lui, un rapprochement avec l’UP est souhaitable. Pour récolter d’une telle union aussi bien les militants que l’électorat aujourd’hui divisé. Car il sait bien que de nombreux adhérents sont paumés. Ne comprenant rien aux allers-retours de l’Unam ou aux divisions fratricides. Ce qui implique de ne pas partir trop tard en campagne, si l’UDM veut jouer la carte de l’Union. « Il faut laisser le temps aux électeurs de s’y retrouver, mais de toute façon pour nous les choses sont claires?: notre liste sera prête en octobre prochain. »

Ce qui les distingue vraiment (ou pas du tout)

A Monaco, les programmes électoraux se ressemblent souvent. Mais à mi-mandat, on distingue bien les marques de fabrique de la majorité et de l’opposition parlementaire.

Finances publiques

C’est ce qui oppose vraiment les deux blocs majorité et opposition. Comme le résume très bien le rapport de la commission des finances sur le budget rectificatif 2011?: « S’il est évident que la dégradation de l’économie mondiale aura tôt ou tard une influence sur l’économie monégasque, nul ne peut encore affirmer quand ce phénomène se produira, ni de quelle façon il se produira. Face à une telle problématique, deux courants de pensée s’opposent?: l’un, responsable, qui en appelle à la prudence et à la vertu budgétaire tout en encourageant l’esprit d’entreprendre, l’autre, idéologique, qui en appelle au repli sur soi et qui, dans une logique de peur de l’avenir, ne peut qu’avoir des effets dévastateurs sur l’attractivité de la Principauté. » Voici la logique de l’UDM Alexandre Bordero, qui tacle au passage l’opposition R&E. Plutôt que de parler de catastrophisme, l’élu R&E Laurent Nouvion en appelle lui à arrêter la gabegie. Résultat?: l’opposition, refusant de cautionner un déficit record de plus de 80 millions d’euros et l’utilisation exponentielle du fonds de réserve, s’est abstenue lors du dernier budget.

Arbitrages sur la culture

« La plus belle fille du monde ne peut offrir que ce qu’elle a. Les ressources de l’Etat sont tendues », affirme Christophe Steiner, qui n’a rien contre le sponsoring privé qui remplace les allocations de l’Etat en matière culturelle et avoue sa préférence pour de grandes expositions itinérantes qui feraient escale à Monaco. Une vision à l’opposé de l’Unam Michèle Dittlot?: « C’est un virage dans la politique culturelle de Monaco. Ça soulage le gouvernement de certaines lignes budgétaires mais les fonds privés ne compensent pas les coupes. Quelles sont les contreparties consenties par l’Etat à ces engagements philanthropiques?? Moins d’impôt sur les bénéfices?? Le jour où les établissements financiers trouveront mieux à sponsoriser, que deviendra la culture?? », s’interroge l’ex-présidente de la commission culture.

Nouvelles sources de recettes

« Le modèle économique monégasque, basé sur le développement immobilier ou sur l’industrie, touche à sa fin. L’attractivité ne se décide pas comme ça. On a mis la charrue avant les bœufs. Il faut amener des gens qui créent la richesse et importer de la matière grise. Et pour cela, il faut être opérationnel. Aux Etats-Unis, on ouvre une société dans l’après-midi. J’ai demandé il y a 10 ans une cellule de prospective pour analyser les tendances, déterminer un plan d’action. Alors qu’on a 20 ans de retard, on nous parle d’attractivité et non d’anticipation. Les gens sont inquiets. On est en train de ressembler à Baden Baden, c’est très joli mais ce n’est pas cela qu’on veut pour Monaco… » Ce constat amer, c’est Christophe Steiner qui l’opère au nom de R&E. Du côté de la majorité, on demande à corps et à cri de nouvelles sources de recettes et des surfaces commerciales. Quitte à récupérer les rez-de-chaussée des logements domaniaux pour la plupart refusés par les locataires, comme l’UPM l’avait proposé dans son programme de 2008. Au moins un point sur lequel opposition et majorité s’accordent.

Chasse au Gaspi

D’Anne Poyard-Vatrican à Christophe Steiner, en passant par Claude Cellario, ils sont tous d’accord. Il faut faire la chasse au gaspillage. Avec un audit pour évaluer où l’on peut faire des économies.

Logement

Depuis 2008, l’UPM milite pour la réalisation de 500 logements d’ici à 2013 et pour la création d’un véritable secteur intermédiaire. Contre le contrat habitation-capitalisation, R&E s’est aussi montré circonspect contre la distribution de logements comme des friandises. Quant au secteur intermédiaire, Christophe Steiner, très réservé sur le partenariat public-privé, rappelle que « c’est un accord nécessitant l’accord de trois parties?: Etat, locataires et promoteur. Si l’homme d’affaires trouve son intérêt, il le fera. Et dans ce cas on se demandera quelle est la contrepartie ».

Burini Nouvion et Steiner au conseil national
© Photo Monaco Hebdo.

R&E lance sa « machine de guerre »

Avec un meeting public dès le 23 novembre, Rassemblement & Enjeux veut occuper le terrain.
Pour ne pas faire la même erreur qu’en 2008.

Pour Christophe Steiner, il n’y a pas de doute. « Avec un demi-millier d’adhérents », Rassemblement & Enjeux serait devenu la première force politique de Monaco. « Et encore je suis de nature pessimiste », plaisante l’opposant. Pourquoi une telle assurance?? « Nous sommes les plus actifs en terme de mobilisation. Nous abordons tous les sujets sans tabous. » R&E a d’ailleurs décidé de lancer sa « machine de guerre » avec un premier meeting le 23 novembre à la salle du Canton. Une façon d’occuper dès aujourd’hui le terrain médiatique voire de présenter de nouvelles têtes en vue des élections de février 2013. Même si, selon le vice-président Jean-Charles Allavena, « personne ne peut dire aujourd’hui qui sera candidat demain, même pas moi?! ». On doute fort tout de même que Laurent Nouvion ne vise pas aux prochaines élections la présidence du conseil national…

L’argument de la stabilité

Jean-Charles Allavena peut être d’humeur badine. Le feuilleton UPM-UDM qui a alimenté la chronique politique a permis à R&E de marquer des points. L’institution conseil national, et donc ses élus, n’auraient pas été éclaboussés au passage. Bien au contraire?: « Il n’y a pas eu d’amalgame. Les gens ont compris que cette guerre de personnes, basée sur des inimitiés, concernait uniquement la majorité. » Pour Allavena, aujourd’hui, c’est R&E qui incarne la stabilité. En clair, on est loin de la claque électorale de 2003?: « A l’époque, la majorité RPM-UND s’est usée, elle en a fait de moins en moins. La gifle de 2003 était largement méritée. » Quant à la défaite de 2008, reposant sur des alliances de dernière minute, elle ferait aussi partie du passé. « Notre mouvement, issu de la fusion entre le RPM et Valeurs & Enjeux, est jeune et dynamique. D’ailleurs, brique après brique, on travaille sur le projet politique de 2013. » Un programme qu’il faudra, contrairement aux dernières élections, présenter au plus tôt. « Je vais militer pour que le programme soit connu dès la rentrée politique 2012. »
Avant ce moment fatidique, le vice-président fait son mea culpa. « On peut reprocher au mouvement une absence de force de proposition concernant les sujets de société. Ce n’est pas dans la culture de R&E, avec des élus plus orientés économie et fonctionnement public. Mais à Monaco, on n’est pas non plus obligé de légiférer sur tout. » D’où une opposition de R&E à la proposition de loi de Gardetto contre toute discrimination. Mais pas question de se faire taxer de conservateur pour autant. « Sur l’avortement thérapeutique par exemple, les élus R&E ont été très clairs en se prononçant pour l’interruption médicale de grossesse. Une branche du mouvement aurait certainement suivi l’archevêque (qui s’y était farouchement opposé, N.D.L.R.) mais personne n’a été choqué par la position prise par les trois conseillers nationaux », souligne Jean-Charles Allavena.

Un élu a basculé

En tout cas, au sein de l’hémicycle, R&E a déjà fait basculer un élu dans son camp. Tout en restant sans étiquette, Christophe Spiliotis-Saquet figurera, sauf changement de dernière minute, sur la liste de l’opposition lors de la prochaine campagne. « C’était un des élus les plus virulents contre R&E au début du mandat mais il a bien compris que la méthode de l’UPM n’était pas la bonne. » « Les gens du RPM ont compris leurs erreurs alors que l’UPM fait exactement ce qu’elle reprochait aux anciens. C’est une bande d’opportunistes, enferrés dans des mensonges publics, qui s’intéressent davantage aux arrêts de bus et aux passages cloutés qu’à l’état des finances publiques », explique de son côté Christophe Spiliotis-Saquet.

Ralliements??

Et les ralliements pourraient bien ne pas s’arrêter là. A un an des élections, on voit certaines têtes bien connues sortir du bois. Notamment Claude Boisson, ex-vice-président du conseil national de 2003 à 2006 et candidat aux élections de 2008 sur la liste Monaco Ensemble. L’actuel président du Synergie monégasque l’assure?: 4 à 5 personnalités de son mouvement politique (dont lui) seront candidates en 2013. A une condition?: « Le partenariat avec un autre groupe, constituant une « force d’appoint » dépendra d’une majorité d’idées partagées au niveau du programme, mais surtout d’une philosophie commune dans la façon d’exercer la politique à Monaco. Synergie Monégasque s’inscrira dans un contrat de législature. »
Sur quelles bases?? « Tous les groupes politiques vont défendre les mêmes aspects programmatiques, notamment l’attribution de logements domaniaux pour répondre au réel besoin des compatriotes, la priorité nationale, si souvent bafouée, etc.… Mais à ce jour, les « catalogues programmatiques » ne pourront pas être « séducteurs », et « démagogiques », ils devront devenir réalistes et en adéquation avec les réalités économiques et financières d’une conjoncture de crise et de régression qui n’est pas prête de se terminer. Les politiques qui pratiqueront le « populisme », promettant tout et n’importe quoi pour être élus, tromperont leurs électeurs, car à Monaco aussi, nous ne pouvons pas dépenser plus que ce que nous gagnons ». Un discours qui laisse penser que ce sera plutôt du côté de R&E que Claude Boisson pourrait taper à la porte…
D’autant que l’ancien élu se prononce contre une utilisation du fonds de réserve constitutionnel « afin de conserver une épargne préventive en cas d’accentuation de la crise ou d’un nouveau crash financier »…

Bombes

Et il n’est pas le seul. Un autre candidat de la liste Monaco Ensemble annonce également ses ambitions pour 2013. Dans cette perspective, Daniel Boeri prépare actuellement un livre rassemblant ses propositions pour l’optimisation des coûts. « Le conseiller pour les finances Marco Piccinini a introduit de la rigueur. Mais on travaille sur la superficie pas sur l’essentiel. La réduction des coûts budgétaires impose une méthode, pas de l’incantation. Surtout compte tenu des marges de manœuvres réduites concernant les dépenses de fonctionnement. Et les craintes de récession qui découlent de la baisse des dépenses d’équipement. Les dépenses d’intervention doivent être regardées à la loupe. » Des arguments là aussi proches de R&E. Même si Daniel Boeri va beaucoup plus loin?: « Il y a des problèmes préalables à résoudre. Quel nombre de Monégasques voulons-nous??, s’interroge le membre de la commission de contrôle des informations nominatives, favorable lui-même à un Monaco avec 15?000 Monégasques. Et dans ce cas là ne faut-il pas revoir le modèle avec des aides accordées en fonction du revenu et non de la nationalité. » Daniel Boeri ne s’arrête d’ailleurs pas à cette bombe, demandant à ce qu’un Monégasque « vienne aux affaires » et qu’on en arrête avec les « promotions-chapeau » de fonctionnaires qui ne partent jamais à la retraite et qui impactent le budget de l’Etat…
Mais si les candidats se dévoilent, la question s’inverse aujourd’hui?: R&E veut-il qu’ils figurent sur sa liste??

Et s’il y avait une troisième voie??
Aujourd’hui, les observateurs politiques raisonnent principalement sur la base d’une bipolarisation de la vie politique avec deux camps qui s’affronteront en 2013. Le fruit d’un rapprochement UDM-UPM contre un camp né autour de R&E. Thomas Giaccardi avait bien lancé l’idée de mener une troisième liste mais depuis, il semble l’avoir complètement abandonnée. En revanche, on parle de plus en plus de candidats indépendants prêts à prendre la relève. Un groupe est en train de se former avec l’économiste Bernard Pasquier, et deux élus indépendants, Philippe Clerissi et Pierre Svara. Fera-t-il partie de l’un des deux blocs ou en conduira-t-il un troisième?? L’histoire le dira.

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Monaco Hebdo