lundi 27 septembre 2021
AccueilActualitésSportXiaoxin Yang, itinéraire d’une surdouée

Xiaoxin Yang, itinéraire d’une surdouée

Publié le

La pongiste Xiaoxin Yang a été choisie pour être le porte-drapeau de la délégation monégasque pour les Jeux Olympiques de Tokyo. Une véritable consécration pour celle qui consacre sa vie au « ping ». Monaco Hebdo retrace son incroyable parcours.

« C’est un grand, grand honneur. Je suis très contente et très fière. Je tiens à remercier tous les gens qui m’ont soutenue, le prince Albert II, tous les membres du comité olympique monégasque, mon président Marc Loulergue. Je vais donner le maximum aux Jeux pour les remercier ». Xiaoxin Yang peut être fière. La pongiste monégasque, qui s’est brillamment qualifiée pour les Jeux de Tokyo en remportant le tournoi mondial de qualification de Doha en mars dernier, a été choisie par le prince Albert II pour être le porte-drapeau de la principauté. Ce vendredi 23 juillet 2021, aux alentours de 13 heures (heure française), elle mènera le cortège monégasque lors du traditionnel défilé au stade olympique pour la cérémonie d’ouverture. Et nul doute que son émotion sera grande quand elle se remémorera tout le chemin parcouru et les sacrifices réalisés pour atteindre son objectif de toujours : participer un jour aux Jeux Olympiques (JO). « J’y pense depuis la première fois où j’ai pris ma raquette. Pour moi, c’est un rêve qui se réalise. Mon père, décédé il y a quelques années, a toujours souhaité que je participe aux JO. J’ai réussi pour lui », confie émue l’athlète de 33 ans.

« Les Jeux Olympiques ? J’y pense depuis la première fois où j’ai pris ma raquette. Pour moi, c’est un rêve qui se réalise »

Xiaoxin Yang

« J’ai senti très vite que j’avais du talent »

Il faut dire que le destin de ce petit bout de femme d’environ 1 mètre 55 était loin d’être tracé. Née à Pékin en 1988, Xiaoxin Yang a dû faire preuve de ténacité, certes culturelle en Chine, pour parvenir à se frayer un chemin au plus haut niveau. Il lui aura aussi fallu un brin de chance et une rencontre étonnante, pour ne pas dire surréaliste, pour bouleverser sa vie. « Un soir, on se promenait dans la rue avec ma mère. Elle a remarqué qu’un homme nous suivait depuis un certain temps. On avait peur qu’il nous veuille du mal mais c’était tout le contraire ». Car l’homme en question est Xiao Dong Li. Entraîneur de tennis de table dans la capitale chinoise, c’est lui qui fera découvrir ce sport national à Xiaoxin et l’accompagnera durant toute sa carrière jusqu’à son décès en 2005. « Il s’est présenté et a demandé à ma mère s’il pouvait toucher mes pieds. Ma mère a accepté. Et là, il a donné sa carte de visite, et lui a dit qu’elle pouvait m’amener dans son club, car j’avais un avenir dans le ping ». L’athlète peine encore aujourd’hui à réaliser ce qu’il s’est passé ce soir-là. « Je ne sais pas pourquoi, quand il a touché mes pieds, il a ressenti ce potentiel. Je n’arrive pas à l’expliquer, raconte dans un sourire la pongiste monégasque. C’est une histoire un peu bizarre, mais, du coup, j’ai joué au ping grâce à lui ». Dès le lendemain de cette troublante rencontre, son père l’amène en effet dans la salle la plus proche, et c’est la révélation. « J’ai tout de suite aimé le ping-pong. J’ai très vite senti que j’avais du talent donc j’ai continué ». Xiaoxin n’a alors que 6 ans et demi mais elle épate déjà ses entraîneurs et les membres de son club : « Je progressais très vite par rapport aux autres enfants de mon âge. Au bout d’un an de ping, je battais des adultes. Même mon coach était impressionné par mon niveau ».

Pour Xiaoxin Yang (ici aux côtés de Gang Xu, son entraîneur), le rêve des Jeux olympiques est devenu réalité. © Photo DR

« Quand j’étais petite, j’ai pleuré plusieurs fois devant mon père pour lui demander pourquoi je devais m’entraîner dur alors que les autres enfants s’amusaient et regardaient la télé. Mais aujourd’hui, j’ai compris. Pour réussir quelque chose, ça ne se fait pas du jour au lendemain »

Xiaoxin Yang

« Il n’y avait pas de jour de repos »

À 8 ans, la pongiste intègre une école sportive pour perfectionner son « ping », comme elle aime l’appeler. La jeune pousse y apprend la rigueur et le labeur. Ses journées sont alors rythmées par les entraînements et les compétitions. Une cadence infernale, quasi militaire, qui la prive d’une enfance normale. « On peut dire que jusqu’à 11-12 ans, je n’avais pas de vie, reconnaît Xiaoxin. Je m’entraînais entre 8 et 9h par jour. Parfois, je m’entraînais jusqu’à minuit. Et le lendemain, je me levais à 6h parce que j’avais encore des devoirs à faire et je devais aller à l’école à 8h. Les autres enfants partaient en vacances, moi je m’entraînais dans la salle de ping tous les jours. Il n’y avait pas de jour de repos ». Mais des regrets, Xiaoxin Yang n’en a pas quand elle regarde dans le rétroviseur. Ces sacrifices lui ont permis, selon elle, de devenir la championne qu’elle est aujourd’hui : « Quand j’étais petite, c’était très dur. J’ai pleuré plusieurs fois devant mon père pour lui demander pourquoi je devais m’entraîner dur, alors que les autres enfants s’amusaient et regardaient la télé. Mais aujourd’hui, j’ai compris. Pour réussir quelque chose, ça ne se fait pas du jour au lendemain ». Ces années de calvaire lui auront aussi permis de s’endurcir et de grandir plus vite : « Grâce à cette période, je suis devenue une fille combattante et je sais bien gérer ce que je veux faire dans ma vie. Je sais mieux gérer les situations même quand les moments sont durs ». Et dans sa carrière, des moments difficiles, Xiaoxin en a connu quelques-uns. Notamment dans sa vie familiale où les relations avec sa mère, Jin Lan Zhang, ont souvent été limitées : « Elle s’occupait plus de mon grand frère. Car mes parents ont eu deux enfants. Ce qui est rare [en Chine — NDLR]. Moi, c’est surtout mon père qui m’a suivie ».

« La France, c’est le premier pays où je voulais aller »

Le rôle de cet ancien soldat de l’armée chinoise a en effet été déterminant dans la carrière de Xiaoxin. « Il a toujours été derrière moi, il m’a toujours encouragée pour me soutenir. À 17 ans, quand je suis venue en France puis à Monaco, on ne se voyait plus beaucoup mais on se téléphonait toutes les semaines ». Car après avoir intégré l’équipe nationale junior et obtenu le diplôme de tennis de table le plus élevé en Chine, lui ouvrant ainsi en grand les portes des universités les plus prestigieuses du pays, Xiaoxin quitte le cocon familial pour rejoindre l’Europe. « Mon père voulait que je parte de la Chine pour tenter ma chance dans d’autres pays et découvrir d’autres cultures », explique la pongiste qui sait aussi que sa carrière aurait pu être contrariée dans un pays, qui compte plus de dix millions de licenciés. « En Chine, le milieu du ping est très bien cadré. On mange, on s’entraîne, on ne pense pas à autre chose. On est concentré à 100 % sur le ping. Mais pour mon père, ce n’était pas la vraie vie. Il voulait donc que je parte seule pour grandir et être confrontée aux difficultés de la vie ». C’est finalement en France, et plus précisément à Montfort-sur-Meu, près de Rennes, que la jeune pongiste pose ses bagages. « Quand j’étais petite, je regardais Notre-Dame de Paris (1831) avec le bossu, Quasimodo. J’avais adoré la France, Paris… C’est trop romantique pour moi la France. C’était le premier pays où je voulais aller ». Mais l’adaptation n’est pas facile pour la native de Pékin, qui doit alors appréhender une culture bien différente de celle de l’Empire du Milieu et surmonter la barrière de la langue : « Les quatre premières années ont été difficiles car je ne parlais pas français. Je ne pouvais pas discuter avec les gens mais après, au bout de cinq ans, je commençais à bien parler français et ça a été de plus en plus facile ».

« Quand je suis arrivée en France, j’ai découvert un système très différent de la Chine. Au début, je trouvais que ce n’était pas très professionnel pour ne pas dire amateur. Parce qu’en France, on s’entraîne tous les jours, mais seulement une ou deux heures maximum. En Chine, on s’entraîne six à sept heures par jour minimum »

Xiaoxin Yang

« Je ne connaissais pas du tout Monaco »

Après une saison en Bretagne, Xiaoxin rejoint Quimper puis le Kremlin-Bicêtre avec qui elle découvre la Pro A, le plus haut échelon national, pendant deux ans. Après un détour d’une saison en Italie, elle débarque à Lys-lez-Lannoy, à côté de Lille, où elle jouera durant neuf années. « Quand je suis arrivée en France, j’ai découvert un système très différent de la Chine. Au début, je trouvais que ce n’était pas très professionnel pour ne pas dire amateur. Parce qu’en France, on s’entraîne tous les jours, mais seulement une ou deux heures maximum. En Chine, on s’entraîne six à sept heures par jour minimum, compare la pongiste. De plus, les sportives de haut niveau s’entraînent beaucoup moins fort qu’en Chine. Au début, ça m’a surpris mais petit à petit, je me suis adaptée ». Ses performances remarquées dans le Nord de la France lui ouvrent les portes de la principauté en 2013 : « Quand je jouais à Lys-lez-Lannoy, une copine connaissait bien le président de Monaco, Marc Loulergue. Elle trouvait que je jouais bien et elle savait que j’avais envie de trouver une fédération qui pouvait m’inscrire pour le pro-tour. C’est elle qui m’a fait venir à Monaco ». Une aubaine pour la trentenaire, qui peut enfin toucher du bout des doigts son rêve olympique. « Je ne connaissais pas du tout Monaco parce que je suis très mauvaise en géographie, ironise la pongiste. Mais dans ma tête, je me suis dit que j’avais enfin une chance de participer aux matches internationaux et de prétendre aux JO ».

« Je n’ai pas vu ma fille depuis un an et demi »

Cet objectif sportif se concrétise encore davantage quand, en 2017, Xiaoxin obtient la nationalité monégasque à la suite de ses bons résultats. « Marc Loulergue a rencontré le prince Albert II pour lui parler de moi car il sait qu’il aime beaucoup le sport. Ils ont évoqué les JO, les championnats d’Europe… Le souverain a réfléchi, m’a demandé une lettre de motivation, et j’ai obtenu ma naturalisation très vite ». Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, la jeune femme devient maman pour la première fois la même année. « Malheureusement, avec le Covid, ma fille de 3 ans est bloquée en Chine. Je ne l’ai pas vue depuis un an et demi. Mais mon mari va rentrer en Chine le mois prochain pour la récupérer chez mes beaux-parents qui s’occupent d’elle », explique la joueuse monégasque, qui reconnaît avoir mal vécu cet éloignement forcé. « C’est très dur, parce que je n’ai pas passé beaucoup de temps avec elle, pour l’instant. Mais j’espère qu’elle va comprendre quand elle sera plus grande. Elle sait que je l’aime. Je voulais lui montrer l’exemple, qu’on peut être une femme, se battre et réaliser ses rêves ».

© Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

« Je n’ai pas d’objectif précis mais je vais essayer quand même de gagner deux ou trois matches. Aujourd’hui, je suis classée 44ème mondiale. Mais j’ai battu des joueuses mieux classées que moi, donc cela me donne beaucoup de confiance »

Xiaoxin Yang

« Faire le maximum »

Le sien débutera ce samedi 24 juillet, au Tokyo Metropolitan Gymnasium, avec un premier tour préliminaire et pourquoi pas un second le lendemain. Xiaoxin ne se fixe en tout cas aucune limite depuis sa victoire dans le tournoi mondial de qualification de Doha en mars dernier. « Je n’ai pas d’objectif précis mais je vais essayer quand même de gagner deux ou trois matches. Aujourd’hui, je suis classée 44ème mondiale. Mais j’ai battu des joueuses mieux classées (numéro 6, numéro 9, et 11 mondiales) que moi, donc cela me donne beaucoup de confiance », assure-t-elle balayant toute pression. « Je vais faire le maximum et on verra ce que cela va donner ». L’athlète ne se cachera en tout cas pas derrière le contexte particulier de l’événement : « Sincèrement, ça va faire bizarre [le huis clos — NDLR] mais tout le monde évoluera dans les mêmes conditions. On s’y habitue. En plus, quand je joue, je suis concentrée sur mon match et je n’entends pas le public. Donc ça ne me dérange pas trop ». Quant à la suite de sa carrière, la pongiste refuse, pour le moment, de l’évoquer, même si les Jeux de Paris 2024 restent dans un coin de sa tête : « Je n’ai pas encore réfléchi. Je verrai ce que je pourrai faire. Avant, je me projetais à 4-5 ans mais avec l’expérience que j’ai vécue, je me suis dit qu’il ne fallait pas se poser trop de questions. Je profite désormais au jour le jour, de tous les meilleurs moments ». Une chose est sûre, la jeune femme ne compte pas mettre de côté sa vie sportive tout de suite. « Un deuxième bébé ? Oui, mais après ma carrière », répond-elle du tac au tac. « Car c’est très dur de revenir au haut niveau après un accouchement. J’ai vécu deux ans dans le noir. À un moment donné, je ne croyais plus pouvoir revenir. Maintenant, j’ai réussi à revenir, je suis même revenue plus forte qu’avant. Mais je n’ai plus envie de revivre tout cela encore une fois ».

Pour lire la suite de notre dossier sur la délégation monégasque aux Jeux Olympiques de Tokyo, cliquez ici.

Publié le

Monaco Hebdo