dimanche 29 novembre 2020
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Patrice Cellario : « L’art n’a pas été oublié à Monaco »

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Quelle politique publique mener pour la culture pendant la pandémie de Covid-19 ? Le conseiller-ministre pour l’intérieur, Patrice Cellario, a répondu aux questions de Monaco Hebdo.

Depuis le 4 mai 2020, quels sont les lieux de culture qui ont été autorisés à rouvrir pour ses salariés et pour le public ?

Depuis le 4 mai, c’est un retour progressif des salariés des entités et lieux culturels, afin de préparer le reprise d’activité. A compter du 2 juin, la réouverture des musées et des salles d’exposition est possible. C’est le cas du Nouveau Musée National de Monaco (NMNM), avec le site de la Villa Paloma, du musée océanographique et du musée d’anthropologie préhistorique notamment. Tous ont adapté leurs parcours de visite et leurs activités en fonction des impératifs de sécurité sanitaire : l’objectif est d’offrir aux visiteurs la meilleure expérience de découverte, dans des conditions optimales de sécurité. Les différents sites de la médiathèque, à savoir la bibliothèque Louis Notari, la sonothèque, et la vidéothèque, demeurent, pour le moment, fermés. La médiathèque a adapté son offre, avec les services « prêt à emporter » ou de livraison à domicile. Quant au palais princier, une réouverture au public en avril 2021 a été annoncée.

Les sites de spectacle couverts vont rouvrir quand ?

Dans le cadre de la phase 3 du plan gouvernemental de reprise des activités, une réouverture des lieux de spectacle couverts n’est pas encore d’actualité. Selon l’évolution de la situation sanitaire dans les prochaines semaines, des décisions seront arrêtées dans le cadre de cette phase, ou de la phase 4. Les protocoles d’accueil du public et des gestes barrières à adopter pour le personnel de scène seront fixés par le gouvernement princier en concertation avec les responsables des institutions culturelles de la principauté. En toute logique, et si rien sur le plan sanitaire ne vient contrecarrer cette perspective, les théâtres et les salles de spectacle devraient être ouverts en septembre 2020, pour la prochaine saison.

Pour l’été 2020, quelle sera l’offre culturelle proposée par la principauté ?

Outre les musées déjà ouverts, seule la programmation de spectacles en plein air, comme au Fort Antoine, sera possible. Et ce, avec une jauge réduite, en raison de l’application des règles de distanciation sociale. L’orchestre philharmonique de Monte-Carlo (OPMC) projette également de programmer deux concerts au mois d’août 2020, dans la cour d’honneur du palais princier.

Aucun évènement ou festival regroupant plus de 5 000 participants ne pourra se dérouler à Monaco avant quelle date ?

Pour l’heure, le gouvernement princier n’envisage pas d’autoriser des évènements regroupant plus de 5 000 personnes avant le mois de septembre 2020.

Le spectacle vivant sera-t-il parmi les dernières activités à accéder au déconfinement ?

C’est un secteur qui reste très touché par la crise, mais, à Monaco, les représentations en plein air seront proposées, au Fort Antoine et ce, dès le mois de juillet 2020. Le Fort Antoine fête cette année ses 50 ans et la direction des affaires culturelles travaille à l’organisation d’une programmation originale au cours de laquelle elle invitera les institutions culturelles de la principauté à se produire sur la scène du Fort Antoine, en sus d’une saison de théâtre « anniversaire » entre la mi-août et début septembre 2020.

Le cinéma de Monaco restera fermé jusqu’à quand ?

Le cinéma de Monaco reçoit une subvention annuelle de l’Etat, qui lui permet de soutenir son activité. Pour l’heure, seul le fonctionnement des cinémas en plein air est autorisé. La question de la possible ouverture des cinémas « indoor » apparaît assez similaire à celle des lieux de spectacle couverts, et devrait être traitée de manière concomitante.

Pendant cette crise du Covid-19, estimez-vous que la culture fait partie des produits de première nécessité ?

Dans un contexte de crise sanitaire, il est primordial que la priorité soit donnée au domaine de la santé. Toutefois, la culture, et particulièrement dans les périodes de trouble telles que celle que nous vivons actuellement, est nécessaire. Elle participe au lien social. Les diverses manifestations et initiatives que nous avons connues pendant la période de confinement l’illustrent pleinement.

Qu’est-il ressorti de vos concertations avec les acteurs du monde culturel monégasque ?

Les acteurs culturels sont, bien entendu, entièrement associés à la réflexion que mène le gouvernement dans le cadre de la reprise de leur activité. Plusieurs réunions ont été menées dans ce sens avec les dirigeants des grandes institutions culturelles recevant du public et/ou organisatrices de spectacles. Leur expérience et leur connaissance de par le monde apportent des éléments extrêmement précieux, qui enrichissent l’aide à la décision. De ces échanges fructueux naîtront des mesures adaptées et sécurisées, destinées à accueillir le public dans les meilleures conditions possibles, tout en préservant le travail des artistes et des techniciens, et ce, en toute sérénité.

Que faire pour les structures culturelles qui accueillent du public et qui souffrent particulièrement ?

Une réflexion est également engagée avec leur collaboration, sur l’organisation de la billetterie compte tenu de la réduction du nombre de spectateurs dans les salles de spectacle, de congrès ou dans les espaces d’exposition et de la distanciation entre les personnes qui devra, sans doute, être respectée pendant encore quelque temps. Le fruit de cette concertation sera soumis au gouvernement dans le cadre des décisions qui lui appartient de prendre.

En France, dans une tribune publiée dans Le Monde du 30 avril 2020, une centaine de grands noms de la culture ont dénoncé un « oubli de l’art » pendant cette crise sanitaire : l’art est-il oublié aussi à Monaco ?

Bien que l’activité des lieux culturels et la programmation des institutions culturelles aient été mises en sommeil du fait du confinement, l’art n’a pas été oublié à Monaco. La sécurisation du financement de la culture pendant cette crise sanitaire, et la protection des acteurs qui y contribuent, ont été au centre des préoccupations. Promouvoir l’excellence culturelle, assurer le rayonnement des grandes institutions, mais aussi protéger les salariés, sont autant d’objectifs que le gouvernement princier partage, soutient et défend. Comme vous le relevez, la crise sanitaire que nous traversons appelle d’imaginer des solutions innovantes dans l’exercice de nos métiers, et dans la mise en place des prochaines manifestations.

Certains acteurs culturels sont-ils menacés de faillite à Monaco, et des licenciements post-crise sanitaire sont-ils à craindre ?

Du fait de l’annulation des représentations et de la fermeture des lieux accueillant du public, les institutions culturelles ont connu une baisse significative de leurs recettes. Dans le même temps, certaines opérations coûteuses, comme les tournées, par exemple, ont été annulées. Ainsi, un grand nombre de dépenses ont parallèlement été réduites, du fait de la baisse drastique de leur activité. Le gouvernement princier, extrêmement attentif à la santé économique des institutions culturelles qu’il soutient, a examiné avec chacune d’entre elles leur situation financière. Ainsi, ces institutions pourront clôturer l’exercice budgétaire sans difficultés financières particulières, tout en préservant l’ensemble du personnel permanent.

Quelles aides, directes ou indirectes, peut apporter l’Etat monégasque pour soutenir le monde de la culture ?

Les institutions culturelles de Monaco et de nombreuses associations reçoivent annuellement des subventions de l’Etat, et continueront à être subventionnées.

Sur 2020, l’Etat compte injecter combien dans le secteur culturel ?

Le budget primitif 2020 voté en décembre 2019, n’a pas failli à la règle souhaitée par le gouvernement princier depuis plusieurs années, qui consiste à dédier 5 % du budget de l’Etat aux contributions culturelles.

Que comptez-vous faire pour les auteurs, les plasticiens, les saisonniers, les animateurs associatifs, les indépendants et les intermittents du spectacle ?

Le gouvernement a mis en œuvre une série d’aides pour l’ensemble des acteurs économiques de la principauté, que ceux-ci soient salariés ou indépendants. Ces dispositifs ont également vocation à s’appliquer aux acteurs de la culture. Les intermittents du spectacle relèvent, quant à eux, du régime français.

Au-delà d’une bouée financière, de quoi aura besoin la culture à Monaco ?

La culture aura avant tout besoin de retrouver son public, car, malgré toutes les ressources que l’offre digitale permet d’offrir à un public en demande de culture, rien ne vaut le contact direct avec les œuvres, et les rencontres avec les artistes et les acteurs culturels. La culture se nourrit d’expériences, de rencontres et d’échanges. C’est cela l’expérience vivante de la culture.

Face à la culture, certains estiment que la priorité revient à la santé et à l’économie : quelle est votre position ?

Dans un contexte comme celui que nous vivons, la culture ne passe pas au second plan, mais elle vient en support aux périodes de crise que nous traversons. La lecture du monde que peuvent en faire les artistes et les acteurs culturels est primordiale. La culture nous élève et nous relève.

Pour lire la suite de notre dossier sur l’impact du Covid-19 sur la culture à Monaco, cliquez ici.

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