dimanche 29 novembre 2020
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Olivier Cardot : « On demande toujours plus d’efforts aux travailleurs »

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Le secrétaire général adjoint de l’Union des syndicats de Monaco (USM), Olivier Cardot, détaille pour Monaco Hebdo les propositions de son organisation pour la rentrée sociale.

Qu’est-il sorti de la première réunion entre les syndicats de salariés, patronaux et le gouvernement ?

On s’aperçoit qu’on va demander encore, de plus en plus d’efforts aux travailleurs de ce pays, notamment la fédération patronale et la Société des Bains de Mer (SBM), qui paniquent un petit peu. Des travailleurs qui ont déjà perdu 20 % de salaire net, pour les plus chanceux j’aurais tendance à dire. Et dans la profession hôtelière 40 à 50 %, puisque dans ce secteur les salariés sont rémunérés à la masse (1).

Quelles propositions ont été faites ?

Toute la partie patronale a demandé à ce que soit instaurée une annualisation du temps de travail. On va demander à un salarié de travailler 30 heures payées 39 heures. Par contre ces 9 heures-là, on va les mettre dans un réservoir, et on utilisera ces 9 heures, que devra le salarié, pour lui demander de travailler gratuitement quand le temps sera venu. La direction de la SBM demande au gouvernement la possibilité de revenir sur certains accords qui ont été signés. En lisant entre les lignes, on comprend qu’ils veulent revenir sur les accords de masse.

Et les vôtres ?

Avec Christophe Glasser [secrétaire général de l’USM — N.D.L.R.], nous avons signalé qu’il y a un Fonds de réserve constitutionnel (FRC), prévu pour ce genre de situation. Qu’il soit mobilisé à hauteur des besoins. On nous sort des chiffres, en nous disant, on a dépensé tant. On nous parle de 6 millions d’euros payés en juillet pour le chômage total temporaire renforcé (CTTR). On en avait 22 000 salariés au pic, en juin 9 800, et en juillet 6 174. On voit qu’il y a une baisse des salariés en CTTR. Il y a le FRC qui est là en cas de besoin. Prenons dans ce FRC. On a pris 500 millions, 50 millions ont été alloués au CTTR [175 millions d’euros pour le CTTR ont été budgétés sur trois mois et demi, le 22 avril 2020 — N.D.L.R.]. Les 450 millions restants où sont-ils ? Quand un patron me dit « j’ai perdu de l’argent », je dis non ce n’est pas vrai. Il n’a pas fait de chiffre d’affaires. Ce sont deux choses différentes. Le gouvernement a payé le CTTR, et, pour certains, a payé les loyers : comment ils font pour perdre de l’argent ? Même nous ici, on a fait des économies. Les salaires ont été payés par l’État. Ils n’ont pas fait de chiffre d’affaires, c’est un fait. Mais maintenant, on va cravacher sur les salariés pour rattraper ce chiffre d’affaires là.

Quelles autres propositions pour faire face à la situation ont été prises ?

Il faudrait que le gouvernement princier se rapproche des instances gouvernementales françaises pour voir si Pôle Emploi pouvait subvenir aux besoins du CTTR. C’est normal, beaucoup de salariés versent des cotisations à Pôle Emploi. Il serait normal que Pôle Emploi paye aussi.

Qu’en est-il du télétravail, toujours favorisé et assoupli par le gouvernement ?

On a eu des interventions plus que surprenantes sur le télétravail. Avant, le télétravail, c’était la solution, c’était super. Avec la crise, il y a eu une extension du télétravail. Mais ce que nous avions déjà soulevé s’est révélé vrai avec l’isolement social dont souffre le salarié. Quel inspecteur du travail est compétent pour aller vérifier que le salarié travaille dans de bonnes conditions ? Et puis, il y a aussi le manque à gagner pour les commerçants et artisans de Monaco, puisque les salariés en télétravail ne vont pas consommer à Monaco. Aujourd’hui, Alberte Escande, la présidente de l’Association des industries hôtelières monégasques (AIHM), qui a voté en faveur du vœu pour le télétravail au Conseil économique, social et environnemental (CESE), dit qu’il faut cesser le télétravail. Forcément, 10 000 salariés en télétravail, c’est 10 000 personnes en moins qui ne vont pas manger au restaurant le midi, et qui ne vont pas faire leurs courses à Monaco.

Comment remédier à cela ?

On a posé la question au gouvernement pour savoir comment augmenter la consommation avec des salaires minorés ? Si on a des salariés qui gagnent moins, forcément ils vont moins consommer. On s’est aperçu de deux choses pendant le Covid : seul le travail crée de la richesse — c’est même Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, qui le dit. Et deuxièmement que ce sont les moins bien payés, les plus utiles. Tous ceux qui applaudissaient à 20 heures, on les cherche aujourd’hui. Pour consommer à Monaco, même quand les salariés ne travaillent pas, il faut une politique du logement qui s’y associe. Il faut loger les salariés à proximité de Monaco, voire à Monaco pour qu’ils puissent rester à Monaco. Ceux qui créent les richesses à Monaco, ce sont quand même les salariés. Et ce sont eux qui devraient être prioritaires pour un logement à Monaco. Philippe Ortelli est d’accord là-dessus.

Que pensez-vous de la proposition du gouvernement sur la généralisation du contrat pré-embauche ?

Le contrat tripartite n’existe pas à Monaco. D’ailleurs, on dit que l’intérim est illégal en principauté, justement parce qu’il y faut un contrat tripartite et que ça n’existe pas ici. La loi 729 est claire : le contrat de travail ne peut avoir lieu qu’entre deux entités, l’employeur et le salarié. En faisant rentrer une troisième entité, on sort automatiquement du système légal. Ce serait concevable, à condition que ce soit clairement encadré.

On parle beaucoup de relocaliser l’économie : comment y parvenir ?

On est favorable à ça. On a demandé d’utiliser cette période particulière pour travailler notamment sur la formation professionnelle. Certains secteurs se plaignent d’une carence de compétences. Notamment le bâtiment, les hôtels, les cafés, et les restaurants. Cela fait des années que nous demandons un texte sur la formation professionnelle, et toujours rien. On a envoyé 11 propositions au gouvernement et au Conseil national, pour faire passer l’humain avant les profits, que nous rendrons public à un moment donné. J’ai été agréablement surpris sur les prises de position du Conseil national. On a une recrudescence des licenciements sans motifs qui sont arrivés après le 18 juin 2020, qui sont recensés dans les employés de bureau, le personnel de maison et l’industrie. Stéphane Valeri, président du Conseil national dit : « Nous avons un modèle social exemplaire ». Eh bien montrons l’exemple, alors.

(1) Il y a un certain nombre de salariés payés au « pourcentage service » dans le secteur hôtelier. Ils ont un minimum garanti par la Société des bains de mer (SBM). Ensuite, ils ont des « points de masse », liés à la fréquentation du secteur hôtelier.

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