dimanche 19 septembre 2021
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Guillaume Rose : « Si nous ne saisissons pas cette opportunité de renouvellement maintenant, Monaco manquera le virage mondial de l’humanité à venir »

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Un peu partout dans le monde, on a observé des chutes drastiques des émissions de gaz à effet de serre : comment analysez-vous cet état de fait ?

Pendant la période de confinement dans le monde, qui a débuté entre mi-janvier et mi-mars et qui ira partout au moins jusqu’à la première quinzaine de mai, il y a conjonction d’une activité industrielle moindre, d’une circulation automobile diminuée de 90 % et de transports aériens réduits au moins d’autant. Il faut cependant noter que l’activité industrielle restante (en termes de production comme de transports de marchandises) pourtant indispensable à la continuation de notre modèle, suffit à maintenir des niveaux de pollution conséquents, notamment en termes de particules fines. C’est donc bien l’outil basique de production qui est le facteur le plus nuisible à notre santé. Cela amène à une réflexion générale sur l’urgence du changement.

On parle déjà de la relance économique en principauté : en tant qu’élu comment la voyez-vous ?

Disons-le franchement : en dépit de fortes variations selon les secteurs, l’ensemble de l’appareil économique mondial est tout simplement sinistré par cette crise sanitaire. Aucune nation ni aucun secteur d’activité n’en a à ce jour tiré un profit économique durable. Monaco ne fait évidemment pas exception, avec la particularité d’une taille réduite qui nous expose aux vents encore plus que les autres, que ce soient les mauvais alizés de la récession ou le chaud sirocco de la croissance. Jusqu’ici la principauté a toujours fait preuve d’une résilience supérieure aux autres nations. Pourquoi ? Flexibilité, rapidité de réaction, image de sûreté et d’efficacité, et surtout pragmatisme, ont fait la différence. Cette crise ne devrait pas faire exception. Avec un dispositif d’aides ciblées et bien organisées, nous devrions éviter les faillites en série et permettre à notre tissu d’entreprises très sain de retrouver la place qui est la sienne. C’est grâce à cela et au sérieux des entreprises monégasques que je vois la relance. Quant à une relance verte, je vais être tout simplement réaliste : cette fois on ne pourra pas en faire l’économie, alors que le monde entier y songe. Cette prise de conscience mondiale est probablement l’un des seuls points positifs qui émergera de ce chaos.

Que faire, alors ?

Ce n’est pas aux non-professionnels de proposer des solutions toutes faites qui mènent au final au “green washing” le plus stérile. En vérité, depuis l’avènement de notre souverain et la création de la Fondation Albert II, Monaco est sur la carte mondiale de ceux qui pensent innovations vertes et développement durable. Il suffit de savoir accueillir les propositions, qu’elles viennent de l’extérieur mais surtout de l’intérieur de la principauté, où elles sont déjà nombreuses et étonnamment avancées, et enfin investir en elles. Y croire. En résumé, nous avons à Monaco un potentiel inouï qui, jusqu’ici, est sous-exploité. Grâce à cette crise et aux problématiques qu’elle soulève, nous avons l’unique opportunité d’être le tout petit qui expérimente ce que ne peuvent pas faire les grands. Nous sommes en principauté à l’aube d’un vrai renouvellement des générations décisionnaires, sachant que les anciennes, par habitude de réussir sans en tenir compte, ou par simple absence de culture écologique, n’ont jamais démontré de véritable engagement dans les solutions de développement durable pourtant impulsées par le souverain. Si nous ne saisissons pas cette opportunité de renouvellement maintenant, Monaco manquera le virage mondial de l’humanité à venir. Autant dire que ce n’est pas envisageable.

S’il doit y avoir « un avant » et « un après », que devra-t-il être fait en matière écologique qui ne l’était pas jusque-là ?

Je crois beaucoup aux solutions impulsées à la fois par les services de Frédéric Genta et ceux d’Annabelle Jaeger-Seydoux. Avancer parallèlement vers la transition numérique et vers la transition énergétique, l’une au service de l’autre, et vice-versa. Profondément modernes et bien situées en amont des mouvements mondiaux, ces deux créations récentes, si on leur accorde la priorité qu’elles méritent, sont l’opportunité pour Monaco de rester pendant le XXIème siècle ce qu’il a été tout au long du XXème : un symbole de succès.

© Photo Conseil National.

Béatrice Fresko-Rolfo (Horizon Monaco) « Politiquement indécent de faire des propositions de relance verte »

Un peu partout dans le monde, on a observé des chutes drastiques des émissions de gaz à effet de serre : comment analysez-vous cet état de fait ?

Les chutes des émissions de gaz à effet de serre s’expliquent par les politiques de confinement mises en place par la quasi-totalité des pays afin de lutter contre le Covid-19. Moins de déplacements amenant à une diminution des transports en commun et à un nombre réduit de voitures individuelles. Une aviation presque à l’arrêt et des usines qui tournent au ralenti, finissent, il nous semble, d’expliquer ce phénomène. Le résultat est effectivement impressionnant, mais, de là à déduire de ce constat une méthode pour régler de manière radicale, après la crise, le problème des émissions de gaz à effet de serre, il y a un pas de géant que nous nous garderons, aujourd’hui, de franchir !

On parle déjà de la relance économique en principauté : en tant qu’élue comment la voyez-vous ?

La relance économique de notre pays va être aussi compliquée que pour les autres pays. Certaines sociétés risquent d’être en grandes difficultés, et nous, élus, serons attentifs à ce que le gouvernement mette tout en œuvre pour éviter des fermetures et des faillites. En ce qui concerne la relance verte, je vous rappelle que l’essentiel de l’activité de la principauté se trouve accompli par le secteur de l’immobilier, par celui du domaine financier, ainsi que par ceux des services, du tourisme et de l’événementiel, bien que quelques usines soient implantées sur notre territoire. De plus, la principauté fait depuis plusieurs années des efforts environnementaux considérables, au regard de sa taille. Ces efforts représentent des dépenses très importantes. Nous voulons garder une vision réaliste de l’ensemble des problèmes, et serions déjà heureux de pouvoir constater que l’État reste en mesure de financer ces dépenses, malgré la révision à la baisse qui est à prévoir sur de très nombreuses lignes des budgets à venir.

Que faire, alors ?

A ce stade, où il est pour nous encore bien difficile de savoir si l’impact de la crise du Covid-19 sur l’économie monégasque devra dans le futur être qualifié de « très grave » ou de « catastrophique », il nous semblerait certainement prématuré, probablement présomptueux, voire éventuellement politiquement indécent, de faire des propositions concrètes au sujet d’une relance verte.

S’il doit y avoir “un avant” et “un après”, que devra-t-il être fait en matière écologique qui ne l’était pas jusque-là ?

Décourager et sanctionner les comportements anti-écologiques.

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© Photo Conseil National.

Jean-Louis Grinda (Union Monégasque) : « Moins de com’ et plus d’efficacité de l’exécutif »

Un peu partout dans le monde, on a observé des chutes drastiques des émissions de gaz à effet de serre : comment analysez-vous cet état de fait ?

L’activité économique est en baisse de 30 à 40 % dans le monde. L’industrie, le trafic aérien sont à l’arrêt. La baisse de l’activité humaine a des conséquences écologiques plutôt positives sur l’environnement dans le monde. Il faudrait que cela dure encore 10 ans pour que les objectifs du protocole signé en 2016 lors de la COP 21 à Paris, soient simplement atteints. On ne peut évidemment bloquer l’économie pendant 10 ans ! Il faut donc se servir de ces enseignements pour développer les outils techniques et financiers qui nous permettront d’influencer utilement sur le cours catastrophique des choses.

On parle déjà de la relance économique en principauté : en tant qu’élu comment la voyez-vous ?

Avant de parler de relance économique qui doit être un objectif à court et moyen terme, il faut déjà penser à anticiper et amoindrir, dans la mesure du possible, le déficit budgétaire abyssal que va connaître la principauté en 2020, et sans doute en 2021, en essayant de mettre en place des mécanismes qui éviteront le plus possible les faillites des entreprises. Il faut passer convenablement l’été 2020, qui est la haute saison touristique, et la période la plus forte pour notre économie en temps normal. Si nous passons ce cap, nous pourrons alors envisager sereinement un plan de relance pour 2021. Notre modèle économique démontre ainsi sa fragilité. Il faut impérativement que cette crise nous incite à penser encore plus fortement à la préservation de notre modèle social. Il faudra faire des choix. Quant à parler de « grand soir » de l’écologie actuellement, c’est encore bien prématuré.

Que faire, alors ?

Nous pouvons nous réorienter vers des investissements durables tout en étant vigilants sur le rapport gains possibles/dépenses préalables. Depuis que je suis élu au Conseil national, j’ai toujours pourfendu un État monégasque vivant au-dessus de ses moyens, et particulièrement depuis deux ans avec la multiplicité des chantiers, tant publics que privés, et leurs impacts négatifs sur la qualité de vie de la population. Il faut réduire la voilure et remettre la raison au centre de nos préoccupations. Nous devons calibrer nos ambitions à ce que nous sommes : un État de 38 000 habitants, sur 2 kilomètres carrés.

S’il doit y avoir « un avant » et « un après », que devra-t-il être fait en matière écologique qui ne l’était pas jusque-là ?

Il faut procéder à un vrai et réel rééchelonnement des chantiers. Il faut également inciter la population à davantage utiliser les transports publics. Il devra y avoir une offre, adaptée et efficiente, mais aussi des sanctions en cas de non-respect. J’étais seul au Conseil national à défendre une telle approche jusqu’à maintenant. Mais je sens que les lignes bougent dans la majorité Priorité Monaco (Primo !). Il faudra également développer le télétravail qui a pu nous permettre de continuer une partie de notre activité durant ce confinement. Une fois celui-ci terminé, il faudra que les entreprises en fassent une évaluation juste. Un accord « télétravail » avec l’Italie, comme il en existe un avec la France, me semble urgent en principauté. Enfin il faut donner aux fonctionnaires tous les moyens pour télétravailler avec l’équipement adéquat. Certains choix du gouvernement ont été faits pour l’installation d’abribus ou d’équipements sportifs connectés à Monaco. Ces investissements relèvent plus de la communication que d’une réelle utilité publique. Quand on connaît le retard abyssal de notre administration en matière informatique, retard déjà constaté par l’ancien ministre d’État Michel Roger il y a plus de 6 ans, j’affirme que ces investissements auraient été plus utiles pour la connectivité et le télétravail des fonctionnaires. Frédéric Genta, délégué interministériel chargé de la transition numérique, est incontestablement un homme compétent. Au ministre d’État de lui donner de nouvelles instructions. Assez de « com’ », mais plus d’efficacité : c’est ce que j’attends de l’exécutif. Selon moi, ces investissements auraient dû être faits dans la connectivité et le télétravail des fonctionnaires monégasques. Il n’est pas trop tard pour redéfinir notre politique numérique.

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Monaco Hebdo