dimanche 29 novembre 2020
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Didier Gamerdinger : « Il y a 286 salariés concernés par un plan social »

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Le conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé, Didier Gamerdinger, évoque les propositions du gouvernement afin de limiter le plus possible la casse sociale. Il se pose en arbitre interventionniste entre les partenaires sociaux.

Que peut-on faire à Monaco pour sauvegarder l’emploi ?

Ce que nous avons fait depuis le début, c’est de mettre en œuvre le fameux chômage total temporaire renforcé (CTTR), qui a bien fonctionné. Au mois de mars 2020, on avait 21 000 salariés [en CTTR], cela correspond à peu près à 40 % du salariat de la principauté. Progressivement, cela s’est réduit au fur et à mesure que les entreprises sont retournées à leur activité. Mais le CTTR continue de fonctionner.

Tant qu’il le faudra ?

Il y avait un souhait des opérateurs d’avoir une visibilité suffisante. C’est normal. Le gouvernement a annoncé mi-août 2020 que pour septembre et octobre 2020, le CTTR est maintenu. Comme jusqu’à présent, le gouvernement va continuer de regarder le CTTR et son fonctionnement. Combien y a-t-il de salariés concernés ? Quelle activité dans les différentes branches les plus concernées par le CTTR ? Les branches les plus concernées, en une et de très loin, c’est celle de l’hôtellerie-restauration. Cela représente 45 % de la dépense. En deux, on a les prestations de services liées à l’événementiel.

Le CTTR est maintenu dans tous les secteurs ?

Maintenu jusqu’en octobre dans tous les secteurs. Sauf pour le personnel de maison. Au moment du confinement il était mis en œuvre. Lorsque le confinement a été levé, nous avons dit aux employeurs, il n’y a pas de raison que vous n’ayez pas la relation de travail avec vos salariés. C’est la seule catégorie. Le CTTR étant en place, il n’y a pas eu de licenciements. Même quand la disposition interdisant les licenciements le 18 juin 2020, il n’y a pas eu, ou très peu, de licenciements.

Effectuez-vous plus de contrôles sur les fraudes potentielles au CTTR ?

Il y a des contrôles qui sont effectués. J’ai téléphoné aux syndicats de salariés de Monaco, en leur disant si vous avez des signalements de salariés mentionnant une fraude potentielle au CTTR, il faut nous le dire, et nous faisons des contrôles. Il y a eu deux-trois situations qui sont apparues comme étant potentiellement des fraudes. Le nécessaire est fait de notre côté, et relativement peu de situations sont mises en lumière.

Quels autres dispositifs vont être mis en œuvre ?

Le deuxième élément fort de la politique du gouvernement, c’est le télétravail. Avant la crise, on avait à peu près 1 000 salariés en télétravail. Le gouvernement décide de mettre en place un système très souple avec deux conditions : informer l’inspection du travail, et que le salarié soit d’accord. En quinze jours trois semaines, on passe à 10 000 salariés. Ça a bien fonctionné. Et on est toujours à 10 000 salariés.

© Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

« Je voudrais que nous transformions cette préoccupation, légitime, en action pour préserver l’emploi. Un emploi perdu, c’est une famille concernée, et sur ce point-là, nous nous rejoignons tous »

Vous encouragez donc toujours les entreprises au télétravail ?

Ce qu’avait indiqué le gouvernement, c’est qu’il invitait les entreprises à migrer progressivement de ce système de télétravail très souple, presque informel, vers le télétravail tel qu’il est prévu par la loi monégasque. En disant, vous avez tout le mois de septembre pour le faire. Et puis il se trouve qu’après ça, le gouvernement français a fait savoir à ses voisins, Allemagne, Suisse, Italie et Monaco, qu’il accepterait la poursuite de la souplesse au moins jusqu’au 31 décembre de cette année. Donc je vais dire aux partenaires sociaux qu’on continue à fonctionner comme ça, si tout le monde y trouve son compte.

Qu’en est-il des plans de licenciements en cours à Monaco ?

Vous pouvez avoir des cessations d’activité, parce qu’il y a une fin de bail, que l’opérateur économique avait prévu de partir depuis plusieurs mois. Pour les vrais plans sociaux liés au Covid, tels qu’ils sont déclarés à l’inspection du travail, nous avons 286 salariés concernés. C’est un chiffre assez modeste. Sachant que ça ne veut pas dire que tous feront l’objet d’un licenciement subi. Dans le cadre du plan social, l’employeur en général essaie de favoriser les départs en retraite avec des indemnités qui couvrent le salaire qu’aurait perçu la personne si elle était restée en activité jusqu’au moment de partir à la retraite. Ou bien, les départs volontaires parce que les indemnités extra-légales sont convenables et que certains salariés optent pour ce mode de départ. Après, vous avez malheureusement des licenciements subis, de personnes qui auraient voulu rester mais que l’activité économique ne justifie pas. Au total 286 salariés concernés par les plans sociaux en principauté.

Est-ce que l’État monégasque a la capacité de contraindre les entreprises, plutôt que de licencier, à réduire les dividendes versés aux actionnaires, afin de conserver sa masse salariale ?

Sur ce point précis, c’est difficile. En revanche, il y a d’autres points sur lesquels nous pouvons agir qui consistent à vérifier que les conditions des plans sociaux sont réunies. C’est-à-dire que l’entreprise est en difficulté. Si l’entreprise n’est pas en difficulté mais qu’elle tire argument de la situation Covid pour réduire sa masse salariale et augmenter son bénéfice, ça ne fonctionne pas. Il faut vraiment que les éléments justifiant un plan de licenciements collectif soient convaincants pour l’inspection du travail. Ce qui nous a été présenté a été estimé convaincant.

Combien y a-t-il de demandeurs d’emplois en principauté ?

C’est un bon indicateur de la dégradation, de la tension sur le marché du travail. Ce qu’on voit, c’est une augmentation. Au mois d’avril 2020, ils étaient 965. En mai, 1 071. En juin, 1 081. En juillet, 1 047. Il y a donc bien une tension sur le marché de l’emploi. Ce qu’on peut dire, en revanche, c’est que, ces niveaux-là, on les avait déjà connus par le passé. Mais plutôt en hiver, au moment de la saison creuse.

Quelles mesures ont été proposées par le gouvernement pour maintenir l’emploi ?

Pour favoriser l’embauche, il y a une mesure qui avait déjà été annoncée par le gouvernement, c’est ce que j’appelle la clause de sauvegarde sociale. Les salariés qui ont 20 ans d’activité professionnelle à Monaco, s’ils sont licenciés Covid-19, et s’ils sont rembauchés par un nouvel employeur, cet employeur bénéficiera pendant deux ans d’une décharge complète de ses cotisations. Ça représente 23 % de cotisation employeur en moins. Deuxième mesure, c’est l’assouplissement du stage de pré-embauche. C’est le fait pour un employeur de pouvoir tester un jeune. L’idée, c’est de généraliser ce dispositif aux moins jeunes. Si un employeur veut, avant de recruter plus définitivement un candidat à l’emploi, il peut le tester, et pendant ce temps-là l’État paie une sorte de pré-salaire. Si l’employeur recrute ce collaborateur, il y a une décharge partielle des cotisations patronales.

Comment envisagez-vous cette rentrée crispée ?

Nous sommes tous préoccupés, et c’est légitime. Le gouvernement, les syndicats de salariés, et les employeurs. Ce que je voudrais, c’est que nous transformions cette préoccupation, légitime, en action pour préserver l’emploi. Un emploi perdu, c’est une famille concernée, et sur ce point-là, nous nous rejoignons tous.

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