jeudi 9 décembre 2021
AccueilDossierFight Nation, la plateforme 100 % sports de combat

Fight Nation, la plateforme 100 % sports de combat

Publié le

Président de la fédération monégasque de boxe, Laurent Puons a lancé en début d’année Fight Nation, la première plateforme numérique exclusivement dédiée aux sports de combat. Un moyen, selon lui, de mettre un coup de projecteur sur ces sports qui souffrent d’un manque de médiatisation et de reconnaissance.

Des sports de combat, Laurent Puons pourrait en parler pendant des heures. Il faut dire que ce passionné n’est autre que le président de la fédération monégasque de boxe et le CEO de Monaco Mediax, l’entreprise organisatrice du Sportel. Depuis le début de l’année 2021, il est également l’un des fondateurs de Fight Nation, une plateforme numérique 100 % sports de combat. MMA, kick boxing, muay-thaï, savate, sans oublier la boxe… Toutes les pratiques y sont représentées et diffusées sans distinction. « L’idée nous est venue pendant le confinement, explique Laurent Puons. Avec mes associés, nous avons fait une étude de marché, et nous avons constaté qu’il n’y avait aucune plateforme, aucun réseau social, ni aucun site Internet référant les sports de combat et fédérant une communauté de pratiquants et de fans toujours plus nombreux ».

« L’idée nous est venue pendant le confinement. Avec mes associés, nous avons fait une étude de marché et nous avons constaté qu’il n’y avait aucune plateforme, aucun réseau social, ni aucun site Internet référant les sports de combat »

Laurent Puons. Cofondateur de Fight Nation

Contenu exclusif

Construite sur le même modèle que Netflix, Fight Nation est disponible sur tous les supports (smartphone, tablette, ordinateur…), moyennant un abonnement sans engagement de 5,99 euros par mois ou de 59,99 euros à l’année. Celui-ci donne accès en illimité, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, à une multitude de vidéos (reportages, interviews, replays des combats…) et d’événements “live”, ainsi qu’à des talk-shows dédiés aux sports de combat. « Une à deux fois par mois, nous proposons une émission baptisée Fight Nation Talk. Nous y invitons des sportifs de haut niveau, des cadres, des sponsors qui aident aujourd’hui au développement des sports de combat, des élus ou des politiques qui participent à l’organisation des événements… Nous donnons la parole à toutes ces personnes qui font vivre les différents sports de combat », se félicite Laurent Puons. Car Fight Nation a aussi pour vocation de mettre un coup de projecteur sur celles et ceux qui œuvrent au quotidien pour ces disciplines. Et notamment les combattants en proie à la précarité, selon le président de la fédération monégasque de boxe : « Cette plateforme a été créée pour sortir de l’ombre les combattants français. Car nous nous sommes rendu compte qu’à l’exception de quelques-uns, qui ont atteint le niveau mondial ou européen et qui disposent de contrats avec des gros promoteurs étrangers, il y a aujourd’hui en France des centaines de combattants de boxe, de MMA, de pieds-poings qui font les mêmes sacrifices, qui s’entraînent de la même façon, et qui, malheureusement, n’ont rien. Ils n’ont pas de diffuseurs, ni de promoteur… ils n’ont rien pour exister. » L’objectif ultime des fondateurs de Fight Nation est donc d’atteindre, à plus ou moins long terme, un nombre d’abonnés suffisant afin de pouvoir aider ces sportifs en galère. « Le jour où nous générerons des bénéfices, nous pourrons nous substituer à un sponsor et faire de la captation, mais aussi aider les organisateurs. Si nous arrivons à mettre en place ce business model, Fight Nation aura gagné », espère Laurent Puons.

© Photo DR

« Nos vidéos font des centaines de milliers de vues. On sait que ça va être long, mais cela nous laisse penser que notre nombre d’abonnés va augmenter régulièrement » 

Laurent Puons. Cofondateur de Fight Nation

Déjà plus de 2 500 abonnés

À ce jour, la plateforme revendique plus de 2 500 abonnés et 18 000 inscrits. « Sachant que durant tout le mois avril-mai 2021 avec le Ramadan, nous avons été en pénurie de contenu », souligne Laurent Puons, qui vise les 7 000 abonnés « pour vraiment être tranquille et pouvoir diffuser toutes les semaines ». Car le président de la fédération monégasque de boxe et ses trois associés, l’ancien journaliste de France Télévisions, Arnaud Romera, le patron de Mister G Mediagroup Denis Bellaïche, et le journaliste et producteur de télévision Boris Ehrgott, ont tout de même investi dans ce projet près de 200 000 euros sur leurs deniers personnels, soit 50 000 euros chacun. Un investissement certes conséquent, mais insuffisant toutefois pour pérenniser la plateforme. « Avec 200 000 euros, nous ne pouvons pas tenir très longtemps. Donc, soit nous arrivons rapidement à un nombre d’abonnés assez important, soit nous devrons compter sur des sponsors », prévient Laurent Puons. Heureusement, la formule plaît, et attire les investisseurs. Plusieurs ont déjà rejoint le mouvement, et d’autres pourraient bien les imiter dans les semaines ou les mois à venir : « Beaucoup d’entreprises croient en Fight Nation, donc nous avons déjà quelques sponsors. Nous sommes en train de négocier avec d’autres. Cela va nous aider considérablement. » Et les récentes négociations avec de grosses organisations ne devraient pas freiner l’engouement, puisque Fight Nation est parvenue à trouver un accord avec ONE Championship et Eye of the Tiger Management, afin de diffuser leur contenu en France. L’heure est donc à l’optimisme, d’autant plus que ce média commence désormais à vendre ses propres productions à l’étranger : « Nos vidéos font des centaines de milliers de vues. On sait que ça va être long, mais cela nous laisse penser que notre nombre d’abonnés va augmenter régulièrement. »

« Il y a trente ans, la boxe faisait les grands jours de Canal+. Il y avait des centaines de milliers de téléspectateurs. À l’époque, c’était rentable. Christophe Tiozzo, sur TF1, faisait les mêmes audiences que la finale de Roland-Garros »

Laurent Puons. Cofondateur de Fight Nation

Manque de médiatisation

Privés de salle en raison de la crise sanitaire, les amateurs de sports de combat trouvent dans Fight Nation un moyen d’assouvir leur passion, qu’ils soient pratiquants ou non, d’ailleurs. Car, comme le rappelle Laurent Puons, la plateforme s’adresse aussi aux « cols blancs » intéressés par ces disciplines. « Aujourd’hui, il y a une grosse “fanbase” de passionnés de sports de combat, assure le fondateur. Et quand nous avons fait notre étude, nous avons pu constater qu’il y avait un manque ». Depuis plusieurs années, les diffuseurs traditionnels ont, en effet, délaissé progressivement les sports de combat au profit de disciplines plus populaires et plus fédératrices auprès du public comme le rugby, le tennis, et surtout le football. Cette politique de prestige n’est pas sans impact financier pour les sports de combat, et notamment la boxe, qui jouissait jadis d’une couverture médiatique importante. « Christophe Tiozzo, René Jacquot, Laurent Boudouani… Il y a trente ans, la boxe faisait les grands jours de Canal+. Il y avait des centaines de milliers de téléspectateurs. À l’époque, c’était rentable. Christophe Tiozzo sur TF1 faisait les mêmes audiences que la finale de Roland-Garros. Mais il y avait une histoire avec lui. On le filmait à l’entraînement, à Miami… tout le monde le connaissait », se souvient Laurent Puons, qui déplore ce désamour pour les sports de combat. « Pratiquement toutes les télés se sont désengagées, à part Canal+ qui suit toujours Tony Yoka pour deux ou trois galas par an, et La chaîne L’Équipe qui diffuse tous les samedis soir l’UFC à 1 heure du matin. Mais ce sont des combats déjà passés ». Pour lui, Fight Nation est donc un formidable moyen pour remettre un coup de projecteur sur ces disciplines, et donner à leurs acteurs la reconnaissance qu’il mérite. « Nous sommes là pour mettre en lumière le combattant qui se lance, qui démarre. On écrit l’histoire avec lui. On veut que ce soit des combattants identifiés Fight Nation. Nous voulons faire des championnats de France, des tournois de France, des combats franco-français », insiste Laurent Puons.

Laurent Puons, vice président Monaco Mediax © Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

« Les promoteurs ont trop vendu et diffusé à la télévision des combats où l’on connaissait déjà le vainqueur avant le début du combat. C’est ce qui a tué le sport de combat, et notamment la boxe »

Laurent Puons. Cofondateur de Fight Nation

Redonner aux sports de combat leurs lettres de noblesse

Car, si les médias se sont désintéressés des sports de combat, c’est à cause d’un certain manque de suspense avec des combats plus ou moins courus d’avance, dénonce le président de la fédération monégasque de boxe. « Les promoteurs ont trop vendu et diffusé à la télévision des combats où l’on connaissait déjà le vainqueur avant le début du combat. C’est ce qui a tué le sport de combat, et notamment la boxe, regrette-t-il. C’est la raison pour laquelle, avec Fight Nation, quand nous souhaitons diffuser une soirée, nous imposons obligatoirement un championnat de France. Au moins, on sait qu’il va y avoir un combat, ou des titres, et les deux boxeurs vont venir pour gagner. Si c’est pour faire régulièrement des combats entre les Français et des Croates, des Bulgares… où on connaît déjà le résultat, nous n’aurons pas d’abonnés. Si on veut que la boxe retrouve ses lettres de noblesse, il faut que les meilleurs s’affrontent entre eux. C’est ce que veut voir le public. » Au contraire des diffuseurs traditionnels habitués à retransmettre les combats des grands champions du monde, Fight Nation entend donc plutôt mettre à l’honneur les jeunes talents et leur parcours bien souvent atypique : « Nous allons construire une histoire autour d’eux. Nous allons aller les filmer et les interviewer avant le gala, et nous allons diffuser tous ces reportages sur notre plateforme digitale, mais aussi sur nos réseaux sociaux. » Depuis le lancement de Fight Nation, les abonnés ont ainsi pu apprécier les touchantes confessions de Cédric Vitu après plus d’un an de traversée du désert, ou encore celles de Johann Duhaupas après son combat perdu contre Tony Yoka, en septembre 2020. La route est encore longue pour Fight Nation, mais en proposant un contenu riche et inédit sur le digital, le succès pourrait bien être au rendez-vous : « Nous sommes une start-up, mais il y a beaucoup d’engouement. Nous sommes beaucoup sollicités. Je pense que nous avons mis le doigt sur un créneau. Il y a un manque dans ce domaine, nous en sommes convaincus. Maintenant, il faut tenir bon, il faut y croire, et faire les bons choix stratégiques. Je pense que Fight Nation peut devenir d’ici un an ou deux une plateforme dédiée aux sports de combat vraiment importante en France. » Et, pourquoi pas aussi à l’étranger, puisque cette entreprise ambitionne de réaliser une levée de fonds pour se développer à l’international, avec un contenu accessible en plusieurs langues.

Pour lire la suite de notre dossier «la boxe peut-elle faire son grand retour à Monaco», cliquez ici.

Publié le

Monaco Hebdo