dimanche 19 septembre 2021
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Enfants et écrans.
Des outils pour aider les parents

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Depuis le confinement du printemps 2020, l’inquiétude des parents est montée d’un cran quant à la surexposition des enfants aux écrans.

Au point qu’aujourd’hui, beaucoup d’entre eux cherchent à reprendre la main et à établir des règles. Pour les aider à y parvenir, différents outils existent. Des livres de conseils, bien sûr, mais aussi des jeux éducatifs comme « La boîte à limites » créée par une mère de famille des Alpes-Maritimes.

Natacha Didier est la mère de trois enfants âgés de 10, 8 et 5 ans. Et, comme beaucoup de parents, Natacha a été confrontée à des enfants scotchés devant leurs écrans. « Un jour, j’en ai eu assez et je me suis dit qu’il fallait mettre en place des règles », confie-t-elle. Lui vient alors l’idée de créer une « boîtes à limites », une sorte de jeu pour réguler le temps passé devant les écrans. « On définit tout un tas de règles pour les enfants pour autre chose, pour la douche, pour l’éducation de manière générale… Mais il est vrai que pour les écrans, on n’arrive pas à définir cette règle. Bien souvent parce que quelque part aussi, ça nous arrange de les avoir sur les écrans. L’idée est donc partie de là ». Au début, Natacha utilise les moyens du bord pour sa « boîte à limites ». Des tickets collés sur le frigo, un feutre et un minuteur de cuisine lui suffisent à mettre en place un planning hebdomadaire avec des temps d’écran pour ses enfants. La méthode est efficace puisque depuis, les choses sont rentrées dans l’ordre : « Depuis deux ans, je n’ai plus aucun problème à la maison, se réjouit Natacha. Désormais, les enfants savent que les écrans, c’est tel jour et pas un autre, et c’est un temps et pas plus ».

« Doigt dans l’engrenage »

Le pari était pourtant loin d’être gagné pour Natacha, qui reconnaît ne pas être une adepte du « zéro écran ». Car, comme beaucoup de parents, la jeune mère de famille n’hésitait pas à donner un écran à ses enfants pour s’offrir quelques moments de tranquillité. Une « solution de facilité » qu’elle regrette aujourd’hui : « En tant que parents, on est aussi de plus en plus connecté. Les enfants grandissent avec les écrans. Moi, c’est surtout ma petite de 2 ans, qui nous voyait beaucoup dessus. Et un jour, à force de leur montrer les photos… Ils s’approprient complètement l’objet. Donc on leur donne l’écran. Et là, on met le doigt dans l’engrenage et après, c’est parti avec les tablettes, les jeux vidéo… ». Le point de non-retour est atteint quand la communication et la relation entre Natacha et ses enfants se tendent : « Ça devient compliqué, parce que les enfants réclament les écrans sans arrêt, à tout moment, le matin, en début d’après-midi… Nous, on accepte un peu. Et après, on refuse. Sans arrêt il y a des demandes incessantes qu’on n’arrive plus à gérer parce que ce n’est pas cadré ». Aujourd’hui, grâce à sa boîte à limites, Natacha affirme avoir repris la main. « Généralement, j’autorise 30 minutes d’écrans. Et quand on est détendu, qu’on n’a vraiment rien à faire, je peux donner jusqu’à une heure le mercredi ou le samedi ou dimanche ».

Boîte à limites

Face au succès de la méthode, Natacha Didier décide alors de fabriquer un vrai kit et de le commercialiser grâce à un financement participatif. Finis les tickets collés sur le frigo de la maison, désormais remplacés par des « bons pour un dessin animé » ou des « bons pour une partie de jeu » en guise de récompenses. Un minuteur, un feutre effaçable, une réglette magnétique avec les jours de la semaine et des magnets pour identifier les moments d’écran et leur durée complètent le jeu. Et pour le rendre plus ludique et obtenir une meilleure adhésion des enfants, sa créatrice met en scène des super-héros aux gestes plutôt explicites : l’un autorise, l’autre limite. Tout est donc réuni pour permettre aux parents d’établir, avec leurs enfants, un planning de la semaine définissant les temps d’écrans. « Le fait d’avoir un planning sous les yeux, dans l’idéal de l’accrocher sur le frigo de la cuisine, permet de cadrer cette règle », assure Natacha Didier. « Un livret conseils accompagne également la mise en place de cette nouvelle règle à la maison », ajoute la mère de famille afin dit-elle « que l’enfant comprenne aussi pourquoi on a décidé de mettre en place la boîte à limites ». Pour élaborer ce jeu éducatif, Natacha s’est appuyée sur les conseils de nombreux professionnels. « J’ai consulté des psychologues, des médecins de santé publique et pédiatres, et des professionnels qui travaillaient dans ce domaine pour valider mon idée », confie la mère de famille. Avant de préciser : « Je relaie les informations et les recommandations des professionnels de santé, des associations et de Santé publique France. Moi, je ne donne pas de conseils personnels. À chaque fois, il y a les références de mes conseils ».

Vraie aide ou coup marketing ?

Depuis la levée du premier confinement, en mai 2020, cette mère de famille entrepreneuse constate un vrai engouement autour de la surexposition des enfants aux écrans. « Après le confinement, ne serait-ce que dans mon entourage, des parents m’ont dit qu’ils devaient agir parce que les temps (d’écrans) explosaient. On l’a aussi vu avec les articles parus dans la presse. Des professionnels de santé ont lancé un cri d’alerte ». En s’engouffrant dans la brèche avec sa boîte à limites, Natacha Didier a donc aussi réussi un joli coup marketing. « J’ai des ventes. Avec des moments très forts : à la rentrée, à Noël… En fait, un peu à chaque vacances scolaires », résume-t-elle. « Après les vacances, les parents se réveillent et se disent qu’ils ont un peu trop abusés avec les enfants. J’ai donc des commandes assez régulières depuis un an ». Alors vraie aide ou coup marketing ? Pour le docteur François-Marie Caron, pédiatre et ancien président de l’association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA), ces genres de jeux éducatifs peuvent être « des outils de contrôle d’utilisation utiles ». À condition toutefois de ne pas se reposer complètement sur eux : « Il faut en discuter ensemble, l’instaurer et ensuite rediscuter les choses qui ont été données par l’outil. Il ne faut pas laisser fonctionner l’outil tout seul. Il faut que les parents soient présents et accompagnent l’enfant. L’outil ne doit pas remplacer le parent ». Pas question non plus de fliquer ses enfants : « Il faut éviter tous les logiciels espions, qui montrent tout ce que peut faire l’enfant sur Internet, tous les sites visités… Car on rentre alors dans de la perte de confiance avec l’adolescent. Et là, ça peut devenir compliqué », prévient le pédiatre. La Boîte à limites est vendue au prix de 22 euros sur le site Internet de Natacha Didier (https://www.laboitealimites.fr/) et sur le Marketplace de Nature et Découvertes. « Pour le moment, on ne peut pas la trouver en magasin », regrette Natacha Didier. En attendant de la retrouver peut-être un jour en boutique, les parents qui le souhaitent peuvent toujours éprouver la méthode avec un bon vieux stylo et une feuille de papier.

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Monaco Hebdo