jeudi 28 janvier 2021
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Docteur François-Marie Caron : « Le téléphone n’est pas un baby-sitter »

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Pour le docteur François-Marie Caron, pédiatre et ancien président de l’association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA), le contrôle du temps d’écrans passe par une responsabilisation des parents qui ont tendance à « abandonner » leurs enfants à ces outils. Interview.

Les enfants passent-ils trop de temps devant les écrans ?

Le « trop de temps », c’est surtout du temps mal utilisé. Si on passe du temps utile devant un écran, ce n’est pas trop. Mais si on passe du temps inutile, qu’on est sédentaire, qu’on ne fait plus d’activité physique et qu’on ne travaille pas à l’école, dans ce cas c’est trop. Il ne faut pas diaboliser les écrans. Ce n’est pas le temps d’écrans qui va poser question, c’est davantage l’utilisation qui peut poser problème.

Qu’entendez-vous par temps utile et temps inutile ?

Par exemple, on dit souvent : pas d’écran avant 3 ans. L’enfant de moins de 3 ans a besoin de se développer en interaction avec son entourage, avec l’humain, avec les objets. Il a besoin de toucher, de goûter… S’il est tout seul devant un écran auquel il ne comprend rien, c’est un temps inutile. Car ce n’est pas un temps pendant lequel il peut favoriser les interactions et le développement de son cerveau.

Ce serait quoi un « temps utile » pour un enfant de moins de 3 ans ?

S’il regarde quelque chose avec ses parents ou s’il est avec ses grands-parents sur FaceTime accompagné de ses parents. Dans ce cas, le temps d’écran sera sans importance. L’écran est l’outil qui va lui permettre d’être en contact avec ses grands-parents donc c’est du temps utile. Mais être tout seul devant un écran alors qu’il n’y comprend rien, cela correspond à du temps inutile et Dieu sait qu’on voit des enfants complètement abandonnés devant un écran. C’est la raison pour laquelle l’adage « pas d’écran avant 3 ans » n’est pour moi pas adapté. Il faudrait plutôt dire : « pas d’écran tout seul avant 3 ans ».

Quand faut-il s’inquiéter ?

On peut s’inquiéter quand un enfant reste enfermé à jouer aux jeux vidéo et devient ermite. Mais l’écran est-il responsable ? Ou est-ce plutôt une sorte de dépression ou autre chose ? C’est la question qu’il faut se poser. Le temps en lui-même ne veut pas dire grand-chose. On parle souvent de surexposition aux écrans mais on n’est pas exposé à un écran. On est devant un écran pour faire quelque chose. L’écran, lui, n’y est pour rien. Ce n’est pas comme les rayons X ou les radiations nucléaires. C’est ce qu’on y fait qui compte, pas l’objet.

Les enfants doivent donc être accompagnés ?

Oui. Il ne faut pas laisser les petits, seuls devant les écrans. Un enfant a besoin de beaucoup de choses pour se développer. Et devant un écran, passif, il ne comprend pas les messages donc il perd du temps. Chaque seconde, il développe son cerveau grâce à des interactions. Donc tout le temps qu’il ne passe pas en interaction, l’enfant ne développe pas son cerveau. Il est très important d’avoir des interactions. Or, devant un écran tout seul, il n’en a pas. L’association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) a d’ailleurs sorti une campagne baptisée « La meilleure application pour votre enfant, c’est vous ». Ce qui résume bien les interactions.

Certains parents laissent aussi leurs enfants seuls devant les écrans pour avoir des moments de tranquillité ?

C’est en effet le problème. L’enfant est délaissé et un peu abandonné. Vous ne lui apprenez pas la vie si vous le mettez devant un écran pour être tranquille. Ce n’est pas une façon d’élever son enfant. Ce n’est pas de la morale que je fais mais c’est un peu aberrant. Le téléphone n’est pas un baby-sitter. On ne peut pas gérer le temps d’écrans, et après s’en servir comme garde d’enfant.

Ce phénomène ne témoigne-t-il pas d’une évolution dans la communication intra-familiale ?

La communication intra-familiale est modifiée. Je suis contre le fait de diaboliser les écrans. Mais il faut des règles de vie et des moments sans écran pour continuer à échanger. Les écrans ont modifié cette communication dans le sens où dans les règles et contrats qu’on doit passer avec les enfants, il faut y rajouter l’utilisation des écrans. Elle ne peut pas être laissée à vau-l’eau et elle ne doit pas perturber les moments de communication comme le repas, la soirée, le sommeil…

Quels sont les moments les plus néfastes ?

Il n’y a rien de pire que d’être connecté la nuit. Le téléphone ne doit pas dormir dans la chambre mais dans la cuisine pour se recharger, comme celui de ses parents. Et il n’y a pas de raison de donner ces règles à l’enfant et pas aux parents. Il ne faut pas que les parents soient sans cesse en communication, sinon on ne protège pas le sommeil. Pas d’écrans à table, cela me paraît logique. Les écrans ont modifié un peu la façon d’élever ses enfants et en plus, il y a le problème des autres. Je veux mon portable parce que les autres en ont un. Cela demande un peu de courage et de rigueur dans les règles qu’on va édicter mais c’est à prendre en compte.

Faut-il interdire les écrans à la maison ?

Non, il ne faut pas non plus interdire les écrans. Il faut dire « écran à tel moment, de telle façon… ». L’injonction de ne pas l’utiliser serait aller contre le temps actuel. Il y a des trucs géniaux avec les écrans. Il ne faut donc pas édicter cette règle de zéro écran dans la maison. Il faut plutôt voir comment on s’en sert.

Les parents, par ailleurs de plus en plus connectés, sont-ils suffisamment sensibilisés à cette nécessité d’instaurer des règles ?

Les parents doivent montrer l’exemple et se rendre compte qu’ils sont complètement parasités dans leurs relations avec leurs enfants, avec leur écran. Des enfants sont en compétition avec le smartphone de leurs parents. Par exemple, en Allemagne, une campagne d’affichage avec le message « avez-vous parlé avec votre enfant aujourd’hui ? » a été mise en place car les parents amenaient et venaient rechercher leur enfant en crèche avec le téléphone à l’oreille. Le portable est entré dans la famille, les parents s’en servent beaucoup et les enfants disent que leurs parents s’en servent trop. En Allemagne encore, dans une noyade sur deux d’un enfant de moins de 2 ans, le portable est responsable comme élément distracteur des parents. Les parents étaient sur leur portable pendant que leur enfant se noyait.

Les parents doivent donc se montrer responsables ?

Oui. Il ne faut pas se servir sans arrêt de son téléphone devant l’enfant car premièrement, on donne le mauvais exemple et deuxièmement, à un moment donné, il faut s’arrêter de travailler et s’occuper de son enfant. Ou alors il ne faut pas avoir d’enfant. Les parents doivent être des exemples. Ils doivent aussi se remettre en question sur leur utilisation car ce sont eux qui ont les temps d’écrans les plus importants. Il faut apprendre à mettre son téléphone et son travail de côté, et faire attention de ne pas se laisser envahir par l’écran quand on est adulte. On est toujours en train de râler après les enfants mais il faudrait déjà râler un petit peu après les adultes.

Certains parents utilisent aussi les écrans pour calmer leur enfant. Est-ce une bonne idée ?

Ça, c’est couper et éviter le dialogue. Après, vous allez avoir beaucoup de mal à pouvoir gérer le reste du temps. Un enfant de moins de 2 ans devant un écran ne comprend pas l’image qu’il voit, il entend le son. Il va aimer Petit ours brun parce qu’il connaît le son. Mais il ne comprend pas les images. De plus, les images changent tout le temps et ça l’excite car il est en alerte. La preuve en est, quand il a 3 ans, il va toujours mettre le même DVD car il commence à comprendre. Et comme il commence à comprendre les images qui vont avec le son, il est content donc il remet sans cesse le DVD. Mais un enfant de moins de 2 ans ne comprend pas ce qu’il voit. Il est devant quelque chose qui ne fait pas sens, qui l’excite et qui l’inquiète. Mettre un enfant devant un écran donne l’impression qu’il est calme mais en fait, on l’excite. Il y a d’autres façons de calmer un enfant que de le mettre devant un écran.

Docteur François-Marie Caron © Photo DR

« Pour moi, il n’y a pas d’addiction à l’écran chez l’enfant. Mais par rapport aux smartphones par exemple, il y a une anxiété compulsive »

Le confinement accentue-t-il le phénomène ?

Oui, ça l’accentue. Pour les ados, c’est génial parce que ça leur permet de conserver une vie sociale… Mais pour les plus petits, le confinement est dramatique parce qu’ils n’ont plus d’amis, ils restent en famille et ce n’est pas ça la vie. Il y a beaucoup d’utilisations d’écrans mais il y a des utilisations dans tous les sens. Il y a aussi beaucoup d’interactions avec les parents. Ce n’est pas que du négatif mais il faut réapprendre et remettre des règles d’utilisation de l’écran parce qu’on prend de mauvaises habitudes pendant le confinement. Mais tout n’est pas négatif, loin de là. Le confinement montre aussi les utilités des écrans. Ne serait-ce que pour le contact avec les grands-parents.

Les écrans ont donc aussi du bon ?

Bien sûr. On est en 2020. Ils apportent des choses extraordinaires. Moi, je fais des échographies, je travaille tout le temps devant un écran. Le terme écran en lui-même ne veut rien dire. Le confinement a permis de réhabiliter certaines personnes vis-à-vis des écrans et de montrer qu’ils avaient aussi des usages utiles. L’écran, ce n’est pas le diable. En revanche, c’est la mauvaise utilisation des écrans qui peut être mauvaise et dangereuse.

Quels sont les risques d’une surexposition aux écrans chez les enfants ?

D’un point de vue physique, il y a une chose absolument certaine, c’est que le fameux autisme dû à l’écran n’existe pas. Un écran ne rendra jamais autiste. Une personne autiste va plus facilement aller sur les écrans car il a des contacts plus faciles, donc il y passera du temps, mais ça ne va pas rendre autiste. La surexposition aux écrans ne rend pas obèse non plus. C’est la sédentarité et la génétique qui font qu’on devient obèse. Mais ce n’est pas parce que vous êtes devant un écran que vous êtes obèse. En revanche, les obèses vont être facilement devant un écran.

Et sur le développement de l’enfant ?

C’est l’absence d’interactions qui diminue le développement de l’enfant. C’est le fait qu’il n’ait pas d’interactions avec l’adulte qui diminue son développement. Mais l’écran n’est pas responsable, c’est le temps perdu par rapport aux interactions. La lumière bleue joue un peu sur l’endormissement mais très peu. Pas d’écran avant d’aller se coucher, ni dans la chambre. Au niveau physique, il n’y a guère que le sommeil qui soit impacté.

Une prise de conscience est-elle nécessaire par rapport à ces risques ?

La prise de conscience par rapport à l’interaction, c’est l’objet de notre campagne actuelle : « La meilleure application pour votre enfant, c’est vous ». Il faut bien remettre les parents en face de l’importance des interactions. Même s’il y a un écran au milieu. Du moment qu’ils sont là, c’est tout à fait différent. Les ados, eux, sont un peu conscients qu’ils passent trop de temps devant l’écran mais je pense qu’ils sont plus conscients des risques qu’il peut y avoir sur Internet que les adultes. On ne dit pas assez aux adultes de faire attention eux-mêmes. Ils ne se rendent peut-être pas compte de leur valeur d’exemple et du temps qu’ils passent, eux, avec leur écran devant leur enfant.

Peut-on parler d’addiction aux écrans ?

Pour moi, il n’y a pas d’addiction à l’écran chez l’enfant. Mais par rapport aux smartphones par exemple, il y a une anxiété compulsive. C’est-à-dire qu’on va regarder son téléphone pour voir s’il ne s’est pas passé quelque chose. C’est une anxiété créée par les applications. Mais ce n’est pas une vraie addiction. Et l’addiction aux jeux vidéo, on la retrouve plus chez le jeune adulte que chez l’enfant. Quand un enfant passe beaucoup trop de temps sur un jeu vidéo, il faut chercher à comprendre pourquoi il ne fait pas autre chose. N’y a-t-il pas une dépression ou une phobie scolaire ? Si on instaure des règles, si on surveille et que l’on fait attention à ses enfants, on arrive à repérer les symptômes.

Combien de temps un enfant peut-il passer devant les écrans ?

Personne ne le sait. C’est le contrat qu’on doit passer avec ses enfants. On doit choisir soi-même le temps qu’on accorde. Il n’existe pas d’étude qui dise qu’après de 2h30 d’écran, il va y avoir un problème pour le développement de l’enfant. Qu’à 3 ans, il faut limiter à tel ou tel temps. C’est à la famille d’instaurer une règle cohérente. Et en accord avec l’enfant quand il est plus vieux.

Il n’existe aucune étude ?

Non, il n’y a pas d’études scientifiques qui disent qu’il ne faut pas passer plus de temps, d’heures devant un écran. En revanche, des études scientifiques indiquent le temps qu’il ne faut pas rester assis. La sédentarité, c’est au-dessus de 3 heures par jour. Et la sédentarité qui va impacter sur la santé, c’est au-dessus de 7 heures par jour. Automatiquement, si on est assis devant un écran, on va jouer avec la sédentarité. Autant on a des normes par rapport au nombre d’heures d’activité physique qu’il faut faire et au nombre d’heures de sédentarité qu’il faut éviter, autant on n’en a pas par rapport à l’écran. Mais c’est en relation.

On entend souvent parler de la règle du 3-6-9-12 : de quoi s’agit-il ?

Le 3-6-9-12, c’est différent. Avant 3 ans, c’est pas d’écran tout seul. Avant 6 ans, c’est pas de console vidéo, pas de jeu vidéo tout seul. Avant 9 ans, c’est pas d’Internet tout seul. Et à partir de 12 ans, c’est Internet seul mais à condition de respecter des règles de prudence. Cette règle donne des balises et des repères aux parents. C’est Serge Tisseron qui l’a élaborée. Nous [l’AFPA – NDLR] y avons adhéré au début mais ensuite, nous nous sommes rendu compte que les parents ne suivaient pas cette règle. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes orientés vers « la meilleure application pour votre enfant, c’est vous ».

C’est-à-dire ?

Nous avons voulu davantage interpeller les parents sur leur rôle. En 2011, on leur avait donné le 3-6-9-12 et en 2016, on avait fait une étude pour voir le résultat. Et on s’est aperçu que ce n’était pas du tout suivi. La cible n’était pas la bonne. On a donc choisi de plus travailler sur le rôle des parents plutôt que leur donner des balises qui, de toute façon, ils n’utilisent pas.

À partir de quel âge peut-on laisser un enfant en autonomie avec les écrans ?

Sur Internet, après 9 ans, si on lui a bien appris les règles et si on l’a sensibilisé au fait que quand il poste quelque chose sur Internet, ça y reste tout le temps. Il y a quelques règles essentielles à respecter. Si on l’a bien accompagné, on peut le laisser un peu. Mais l’idéal, c’est de ne pas mettre Internet dans sa chambre pour être tranquille et surveiller ce qu’il y fait. Les ordinateurs dans la chambre, c’est une bêtise.

Faut-il faire une différenciation entre les écrans ?

On distingue les écrans actifs et les écrans passifs. Mais même la télévision, si on ne la regarde pas tout seul, on est en interaction parce qu’on discute. Ce n’est pas comme au cinéma. Il n’y a pas vraiment de différence entre les écrans. Les différences, c’est que le smartphone se promène partout donc on peut moins facilement le gérer. Il sonne tout le temps, il appelle tout le temps à ce qu’on vienne le voir mais cela se règle en supprimant les notifications. À part la télévision, où l’on est assis et complètement passif, mais sinon les autres écrans, on peut être en interaction. Il n’y a pas un écran à déconseiller plus qu’un autre.

Que pensez-vous de la numérisation de l’école ?

Le confinement nous a montré que c’était génial. Ça a permis de continuer un peu l’école. C’est aussi une façon de leur apprendre si les parents ne leur ont pas bien appris. Ça peut remplacer les tonnes de livres… Certains sont contre et disent que c’est dangereux etc. Mais l’écran en lui-même n’étant pas dangereux, l’utilisation à l’école ne me choque pas du tout. Au contraire, je trouve que c’est bien d’augmenter l’expertise des enfants par rapport à ces outils. Ils vont apprendre à s’en servir. Moi ça me va, je ne suis pas technophobique. En tant que pédiatre, je suis plus sur le rôle des parents qui doivent être présents dans l’accompagnement, mais certainement pas dans l’interdiction et dans l’injonction. Le « pas de » ne marche pas, et je ne vois pas pourquoi on ne s’en servirait pas à l’école alors que ça peut être génial. Le tableau numérique, c’est génial. Le fait de pouvoir continuer les devoirs à la maison, c’est génial.

Apprend-on aussi bien avec un outil informatique ?

Le professeur est toujours présent donc aucun souci. Les outils informatiques peuvent remplacer certaines choses mais le plus important reste le contact. Ils peuvent en revanche compléter, aider, enrichir. C’est en plus un outil qu’on utilise tout le temps maintenant donc c’est important de bien apprendre à s’en servir. Mais je ne dis pas qu’il faille remplacer l’école par les écrans. On a besoin d’avoir une personnalité à l’école, d’avoir des copains, un prof…

Comment poser des limites à ses enfants ?

Je conseille toujours aux parents de faire un conseil de famille dans la semaine. C’est-à-dire un moment où on établit les règles. Et la semaine suivante, on discute, on fait le bilan, on parle de ce qui n’a pas plu aux enfants et aux parents, et on voit comment on améliore les règles. Il faut établir le dialogue avec les enfants. Mais ceux qui prennent les décisions restent les parents. Il faut des temps d’explications, des contrats passés entre enfants et parents régulièrement mis à jour… Il faut des règles, c’est important.

Pour les familles nombreuses, des conflits entre frères et sœurs peuvent parfois apparaître quant à l’utilisation des écrans : comment les gérer ?

Ce sont les mêmes conflits qu’il peut y avoir par rapport à l’utilisation du ballon de foot, et par rapport à l’utilisation de tout. Il n’y a pas plus de conflits à cause des écrans. À la limite même, l’écran peut être partagé. Des tas de jeux se jouent à plusieurs. Et c’est sympa aussi, ce sont des moments de famille. Il faut peut-être établir de nouvelles règles. C’est la raison pour laquelle la règle du 3-6-9-12 est compliquée. Ça va quand on n’a qu’un seul enfant mais quand on en a plusieurs, automatiquement c’est plus compliqué.

Instaurer un contrôle du temps d’écran trop strict ne va-t-il pas créer chez l’enfant de la frustration, voire de la colère ?

La gestion de la frustration, c’est faire grandir. C’est important d’apprendre à gérer ses frustrations. C’est normal que l’enfant ne soit pas content, qu’il soit en colère. Mais c’est aussi normal qu’on ne le laisse pas tout faire. Ça le fait grandir et ça le rassure quelque part. Si on lui donne des limites et qu’on lui impose de les respecter, ça veut dire qu’on s’occupe de lui donc cela a un côté rassurant. Bien sûr, il y aura des colères, mais la gestion de la frustration, c’est grandir. Il ne faut pas que ce soit un obstacle, bien au contraire. Ça peut être compliqué. Mais plus les règles sont expliquées et sont cohérentes, plus la frustration sera plus facile à gérer. Gérer la frustration, c’est être adulte, donc c’est avancer dans l’âge.

Vers qui les parents peuvent-ils se tourner pour obtenir de l’aide ?

La pédiatrie me semble être une bonne porte d’entrée. Le pédiatre pourra ensuite adresser vers un psychologue si nécessaire. Le médecin de famille, voire le pédiatre, peut amener à gérer ce genre de chose. Lors des consultations annuelles de développement, on parle toujours des écrans et on donne des conseils.

© Photo DR

« La gestion de la frustration, c’est faire grandir. C’est normal que l’enfant ne soit pas content, qu’il soit en colère. Mais c’est aussi normal qu’on ne le laisse pas tout faire »

Ne pas avoir d’écrans à la maison peut-il avoir un impact sur la sociabilisation de l’enfant ?

Si c’est se forcer à ne pas avoir d’écrans parce qu’il ne faut surtout pas que l’enfant en ait, ça va être compliqué. Ça ne servira à rien parce que l’enfant, quand il va aller chez les autres, il va foncer sur les écrans. S’il s’agit d’une façon de vivre, pourquoi pas. Mais il faut bien comprendre que quand l’enfant va sortir de la maison, il va y avoir des écrans partout et il ne saura pas s’en servir. Il ne faut pas que ce soit pour l’enfant que l’on fait ça. Il faut que ce soit une idéologie de la famille.

Il existe aussi des stages de déconnexion. Qu’en pensez-vous ?

C’est comme le “dry january” [défi qui consiste à ne pas boire d’alcool durant tout le mois de janvier – NDLR]. Ça permet de montrer qu’on n’est peut-être pas si dépendant que ça par rapport à cet outil. Pourquoi pas mais il y a aussi beaucoup d’argent derrière. Se rendre compte comment on utilise l’écran, c’est intéressant. En revanche, les opérations « dix jours sans écran » me paraissent être une bêtise. C’est comme si on faisait dix jours sans livre. On ne peut pas s’en passer à certains moments, car ils font partie de la vie. On ne peut plus être dix jours sans écran. C’est idiot. Mais voir ce qu’on fait avec un écran, le temps qu’on y passe, en discuter dans un stage… c’est intéressant. Mais on ne va pas non plus être guéri quand on va sortir du stage.

Si vous aviez un message à faire passer, ce serait lequel ?

Ne jamais remplacer le dialogue. Toujours parler. Parfois, les écrans n’ont pas de sens pour l’enfant, alors il faut leur en donner un. Le fait d’en parler en donne un. Il ne faut pas laisser les enfants tout seuls. Il faut les accompagner. Arrêtons de faire peur aux parents, et accompagnons les enfants.

Pour lire la suite de notre dossier sure les enfants et les écrans, cliquez ici

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