samedi 6 mars 2021
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Jean-René Palacio :
« Ce métier est en train de crever »

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Comment assurer l’animation quand aucun concert, ou presque, ne peut être organisé à cause du Covid-19 ?

C’est le casse-tête auquel est confrontée la Société des bains de mer (SBM) qui, pour prétendre aux subventions d’État, doit assurer l’animation de la principauté, même en pleine crise sanitaire. Jean-René Palacio, son directeur artistique, détaille sa stratégie à Monaco Hebdo.

Pas de concerts, pas de scènes, voilà de quoi vous déprimer un homme, surtout quand cet homme est directeur artistique en principauté depuis 20 ans. Jean-René Palacio, qui chapeaute les grandes programmations pour le compte de la Société des bains de mer (SBM) depuis autant de temps, se refuse d’être pessimiste, malgré le marasme provoqué par la crise sanitaire. Mais, une année sans concerts, c’est du jamais vu pour lui : « C’est terrible. C’est frustrant. On a besoin de voir du public et, plus encore, de le voir sourire face aux artistes. » C’est bien simple, en ce qui concerne le volet animation de la SBM, l’année 2020 a été « réduite à zéro sur le terrain », pour reprendre ses mots. En cause, des annulations d’événements d’envergure, comme le Monte-Carlo Jazz festival et le Sporting Summer festival, qui musclent habituellement la fréquentation en principauté. Doit-on comprendre que choix de la santé a primé sur celui de l’artistique, voire du financier ? La question ne se posait même pas, aux yeux du directeur artistique : « Compte tenu de ce qui se passe, nous sommes liés aux directives sanitaires, et nous ne pouvons pas prendre de risques. Nous n’organisons donc pas de musique “live” dans les restaurants et hôtels pour le moment, comme nous avions l’habitude de le faire. »

« 90 % de la programmation maintenue »

Reste que cette mise à l’arrêt s’accompagne de pertes sèches, avec des mises au chômage partiel pour un certain nombre de collaborateurs, qui se sont retrouvés sans activité et sans grandes perspectives de reprise. Et, même si la part de l’État dans cette entreprise est conséquente, à hauteur de 64,21 %, la SBM doit répondre à des exigences de rentabilité, comme n’importe quelle autre entreprise. « Même si elle est majoritairement détenue par l’État monégasque, cette entreprise doit être gérée comme toute entreprise : elle doit veiller à sa bonne rentabilité. Car, au capital de la SBM, il y a aussi des actionnaires privés, a souligné le ministre d’État, Pierre Dartout. […] La crise liée au Covid-19 a agi comme un facteur de forte accélération de problèmes qui se posaient avant le coronavirus. » L’octroi de subventions d’État paraît en tout cas indispensable à la SBM pour lui permettre de garder la tête hors de l’eau. Mais, pour y prétendre, cette entreprise doit assurer l’animation en principauté. C’est d’ailleurs l’une de ses missions. Tâche ardue et laborieuse. Mais tâche réalisable, tout de même, selon Jean-René Palacio, à condition de revoir la feuille de route : « Avec les reports de 2020 vers la saison 2021, on peut dire que 90 % de la programmation est maintenue. Tout est prêt, nous attendons les prochaines directives sanitaires pour nous organiser. »

Pas de Jazz festival en 2021

La soirée Fight Aids, le gala de la Croix-Rouge, ou encore le concert de Simple Minds à la salle des étoiles le 23 juillet 2021… Tous ces événements pourraient être maintenus, dans l’hypothèse d’une sortie de crise au printemps 2021. Les organisateurs devraient alors s’adapter aux directives sanitaires, et accepter de travailler pour un public plus restreint que les années précédentes. En revanche, pas de Jazz festival au programme : « C’est un choix de notre part. Il y a encore trop de contraintes aujourd’hui pour faire venir plusieurs artistes internationaux sur une même scène. Tant qu’il n’y aura pas de concerts aux États-Unis, il n’y en aura pas en Europe », estime Jean-René Palacio. Pour les grosses productions, en effet, il faudra étudier plusieurs pistes pour prétendre les organiser : « Certains professionnels suggèrent de placer les artistes en quarantaine lorsqu’ils viennent se produire. C’est une idée à creuser. On est encore dans le flou, mais pourquoi pas ? » À cela s’ajoute l’idée de présenter des concerts par voie numérique, par retransmission télévisée ou en streaming, comme l’ont fait les ballets de Monte-Carlo (lire notre article dans ce dossier), même s’il l’avoue : « Ça ne remplacera jamais la vraie scène. »

Dépendants des décisions voisines

Tout s’organise, mais, pour le moment, il faut attendre. Et l’attente est longue pour l’ensemble des professionnels de l’animation : « Ce métier est en train de crever. Heureusement, les grandes structures comme la SBM sont protégées, grâce au soutien du gouvernement. Mais, pour toutes celles qui gravitent autour, les recettes sont à zéro. Toutes celles qui participent à l’organisation d’événements, mais aussi celles liées au transport, aux mariages aussi qui sont une grande source de clientèle… Ces petites structures ont besoin de notre soutien. » D’autant que les décisions des pays voisins, notamment celles de la France, ont une incidence sur l’organisation des événements en principauté selon Jean-René Palacio : « Certaines déclarations ne font pas toujours du bien. Nous devons rester optimistes, pour mieux préparer l’avenir. » Finalement, la seule certitude actuellement, c’est bien l’absence de certitude.

Pour lire la suite de notre dossier sur la culture face au covid-19, cliquez ici

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