lundi 27 septembre 2021
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De la cryptomonnaie moins polluante : le défi à relever pour Monaco

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Monaco a des ambitions vertes, mais la production de cryptomonnaies pollue souvent beaucoup. Si leur usage pourrait être étendu en principauté dès la fin de l’année 2021, grâce à l’évolution de la loi, il faudra veiller à ce que leur origine soit conforme avec les objectifs climatiques de Monaco, par souci de cohérence.

Alors qu’un projet de loi est à l’étude pour permettre d’accroître l’utilisation de cryptomonnaies en principauté [à ce sujet, lire notre article Bientôt un cadre légal pour investir davantage dans la blockchain à Monaco, publié dans ce dossier — NDLR] la question de leur impact environnemental se pose tout particulièrement. Monaco a l’âme verte et a vocation à devenir un État propre, un modèle d’éco-responsabilité, un symbole d’innovation en solutions non polluantes. La principauté s’est, par exemple, engagée à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Mais comment faire entrer les cryptomonnaies dans cette feuille de route, alors que leur utilisation et leur production semblent aux antipodes de ce que représentent l’écologie et l’économie responsable ? Réputée polluante, voire très polluante, la production de monnaie dite « virtuelle » inquiète certains grands patrons de l’économie. Ainsi, le 13 mai 2021, le très médiatique Elon Musk, directeur général de Tesla, annonçait publiquement qu’il n’accepterait plus le bitcoin comme moyen de paiement de ses véhicules électriques — contrairement à son précédent engagement — car leur production serait trop polluante et consommerait trop d’énergie. Après cette annonce du milliardaire faite sur Twitter, le bitcoin a perdu plus de la moitié de sa valeur, qui avait quasiment atteint les 65 000 dollars un mois plus tôt, le 14 avril 2021.

Le problème du minage

La pollution générée par la production de la plupart des cryptomonnaies est donc un tel souci que même l’entreprise Tesla, pourtant détentrice de 1,5 milliard de dollars de bitcoin, s’en soucie publiquement, afin d’inciter au changement. C’est, du moins, présenté de la sorte. L’origine du problème vient en réalité des « méga fermes » de minage qui n’ont, pour le coup, rien de virtuel. Afin de produire la plupart des cryptomonnaies, il faut en effet faire tourner de grosses quantités d’ordinateurs à forte puissance, et à plein régime. Ces ordinateurs doivent résoudre des équations toujours plus complexes, selon que la valeur de la monnaie augmente, pour limiter leur production. Mais, selon l’université britannique de Cambridge, et son organe d’étude spécialisé, le Cambridge Bitcoin Electricité Consumption Index (CBECI), le bitcoin, à travers son réseau, consommerait annuellement près de 130 térawattheures (TWh), ce qui surpasse celle d’un État grand comme l’Ukraine (128,80 TWh). Si le bitcoin était un pays, il pourrait faire partie des trente plus grands consommateurs d’électricité dans le monde. La star des monnaies virtuelles générerait également 55 millions de tonnes de C02 par an : l’énergie servant à miner du bitcoin, et vérifier les transactions sur le réseau blockchain, provient essentiellement de sources non renouvelables, comme le charbon. Le minage des bitcoins est donc réalisé dans des régions du globe où le coût de ce type d’énergie est faible. La Chine occupe ainsi la première place dans la production d’actifs de cryptomonnaie, en réunissant 80 % des échanges mondiaux. Et ce, malgré l’énième décision du gouvernement chinois, fin mai 2021, de réduire drastiquement le minage dans plusieurs de ses provinces, notamment le Sichuan, sa région clé. C’était déjà le cas en 2019, sans grands effets. En 2013, Pékin interdisait même à ses banques de détenir du bitcoin. Les motifs semblaient alors, et semblent toujours, plus politiques qu’environnementaux. Le pays développe en effet sa propre monnaie virtuelle publique, avec le yuan numérique.

Pour le moment, rien ne dit si, à Monaco, cette loi permettra de limiter l’utilisation des cryptomonnaies à des modèles verts, ou à vocation verte. Si tel n’était pas le cas, il reviendrait ainsi aux acteurs de l’économie monégasque de mettre eux-mêmes en avant des monnaies propres plutôt que d’autres plus polluantes, et de choisir eux-mêmes des solutions cohérentes avec les engagements environnementaux de Monaco. © Photo DR

Si le bitcoin était un pays, il pourrait faire partie des trente plus grands consommateurs d’électricité dans le monde

Des alternatives

Mais toutes les cryptomonnaies ne sont pas aussi gourmandes en énergie, et tous leurs usages ne sont pas identiques. Si certaines sont uniquement basées sur la spéculation, d’autres, en revanche, se positionnent comme des devises plus stables, alors que d’autres, encore, se destinent à devenir des monnaies locales, pour des petits marchés exclusivement [à ce sujet, lire notre article Pourquoi les crypto monnaies ne concurrenceront pas l’euro à Monaco, dans ce dossier — NDLR]. Jean-Philippe Claret, président de l’association monégasque World of Blochain, estime ainsi qu’il ne faut pas mettre toutes les cryptomonnaies dans le même panier. Il existerait en effet des crypto vertes. Des outils, en quelque sorte, destinés à des projets respectueux de l’environnement : « Les cryptomonnaies créées à partir du minage sont les plus polluantes du monde, plusieurs États commencent même à l’admettre aujourd’hui. Mais il existe des tas d’utilisations qui ont une empreinte carbone proche du zéro. Certaines cryptomonnaies peuvent aussi servir de causes nobles, sans requérir de minage, explique-t-il. Si, demain, j’ai pour projet de créer une crypto basée sur la déforestation en Amazonie, elle sera verte, car les fonds reviendront pour un projet autre que le profit et la spéculation. Ce qui coûte en énergie, ce n’est pas la blockchain, mais le minage. La blockchain, c’est juste un logiciel. » Pour le moment, rien ne dit si, à Monaco, cette loi permettra de limiter l’utilisation des cryptomonnaies à des modèles verts, ou à vocation verte. Si tel n’était pas le cas, il reviendrait ainsi aux acteurs de l’économie monégasque de mettre eux-mêmes en avant des monnaies propres plutôt que d’autres plus polluantes, et de choisir eux-mêmes des solutions cohérentes avec les engagements environnementaux de Monaco. Pour le savoir, il faudra encore attendre la fin de l’année 2021, période à laquelle le projet de loi sur l’utilisation des actifs numériques en principauté pourrait aboutir. Patience.

Pour lire la suite de notre dossier sur les cryptomonnaies à Monaco, cliquez ici

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