dimanche 25 octobre 2020
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Christophe Robino : « La peur ou la menace comme moyen de persuasion n’ont jamais constitué une solution acceptable et efficace »

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Face au Covid-19, les gouvernements en font-ils trop, au risque de se révéler anxiogènes ? Le président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses, Christophe Robino, revient pour Monaco Hebdo sur la gestion de cette crise sanitaire.

Avez-vous le sentiment que les pouvoirs publics en font trop avec le Covid-19 et que cela conduit la population monégasque à vivre dans la peur ?

Je n’ai pas le sentiment que la population monégasque vive dans la peur, mais il est certain qu’elle se pose des questions. Il est du rôle des pouvoirs publics de prendre la juste mesure de la situation et d’adopter les mesures qui s’imposent, en respectant une certaine proportionnalité. Depuis le début de la crise, c’est un Conseil national uni autour de son président, Stéphane Valeri, qui en appelle à la prise de conscience, à l’anticipation, à une communication claire et transparente, et à la prise de mesures adaptées, que ce soit sur le versant sanitaire ou les versants économique et social.

Dans une tribune publiée dans Le Parisien, 35 chercheurs, universitaires et médecins chercheurs et universitaires français rappellent que l’épidémie de Covid-19 a provoqué 30 décès le 9 septembre 2020, contre 1 438 le 14 avril 2020 : la situation n’est donc plus du tout la même ?

Lors de la première vague, nos voisins n’étaient, et ne pouvaient malheureusement pas être prêts pour faire face à cette pandémie. En France, un secteur hospitalier public déjà en crise par manque notamment de moyens en personnels, des urgences déjà souvent sous tension, un manque de lits notamment en réanimation, des moyens de protection, en particulier en masques, insuffisants, et une connaissance encore limitée de la maladie, de ses symptômes, de ses complications et de la manière de traiter les patients atteints : autant de raisons qui expliquent, au moins en partie, les conséquences initiales du Covid-19. Aujourd’hui, la situation est très différente. La généralisation des mesures barrières, la disponibilité des masques et des tests, qu’il faut encore accroître comme le demande le Conseil national, le ralentissement de l’épidémie à la suite, quoi qu’on en dise, des mesures de confinement, ont permis de donner un répit aux établissements de santé. Cela a aussi permis de reconstituer les réserves en matériels et en médicaments, notamment en réanimation, permettant ainsi un meilleur contrôle de l’épidémie, sans toutefois empêcher la persistance de la circulation du virus.

Faut-il continuer à restreindre les libertés publiques, ou faut-il plutôt miser sur la responsabilisation de la population monégasque ?

C’est évidemment une des questions essentielles. La « restriction des libertés », si on entend par là l’obligation de porter un masque dans certains lieux, l’observation d’une certaine distanciation physique, de règles d’hygiène élémentaires, comme le lavage des mains avec du simple savon ou des solutions hydroalcooliques, reste un des éléments incontournables pour lutter contre le virus. Pour autant, le succès de ces mesures repose sur une bonne compréhension de leurs objectifs, et une véritable responsabilisation individuelle, seules méthodes réellement efficaces pour obtenir une acceptation et une adhésion collective.

La peur conduit certains à se tourner vers les thèses complotistes sur les réseaux sociaux : comment lutter contre ce phénomène ?

Par une information claire, régulière, objective et transparente. Les changements de recommandations, concernant notamment le port du masque ou la stratégie des tests, ont été perçus par une grande partie de l’opinion comme des tentatives de justification de la pénurie et favorisent ce phénomène. Il en est de même de la surmédiatisation de certaines prises de position vis-à-vis de tel ou tel traitement qui relance la polémique autour des lobbys pharmaceutiques, de leurs intérêts financiers… Une présentation objective de la situation, la présentation d’une stratégie réaliste tenant compte des contingences, expliquant les difficultés rencontrées et les raisons des mesures mises en place sont, à mon avis, un meilleur moyen pour endiguer ce risque. Je veux croire que nos résidents sauront, avec responsabilité, faire la part des choses, entre réalités et fictions.

Est-il responsable de laisser planer la possibilité d’un nouveau confinement, alors que le premier a considérablement marqué les esprits ?

Bien évidemment que non. L’utilisation de la peur, ou de la menace, comme moyen de persuasion n’a jamais constitué une solution acceptable et efficace. Il faut éduquer, expliquer, anticiper et adapter les mesures, pour éviter un nouveau confinement généralisé.

Christophe Robino, président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses © Photo Conseil National.

« Je n’ai pas le sentiment que la population monégasque vive dans la peur, mais il est certain qu’elle se pose des questions »

Dans cette tribune publiée dans Le Parisien, les signataires estiment que « l’efficacité du confinement n’est pas démontrée scientifiquement » et que ces mesures imposées « relèvent davantage d’une volonté d’afficher une posture protectrice que d’une stratégie sanitaire précise » : qu’en pensez-vous ?

Si certains arguments évoqués dans cette tribune me paraissent fondés, je pense notamment à la restriction de la liberté de prescription de certains traitements pour les médecins traitants ou à l’absence de moyens de protection mis à disposition des médecins de ville, à une certaine instrumentalisation de la science, il me paraît plus contestable de remettre en cause l’efficacité du confinement, alors que l’évolution de la situation démontre le contraire. Ce n’est qu’à ce prix que l’on a pu contenir la diffusion de l’épidémie, progressivement désengorger les services de réanimation, et soulager les établissements de santé.

Concernant le confinement et l’obligation du port du masque, faudrait-il mettre en place une coordination européenne ?

Avant de se poser cette question, il me semble qu’il faut commencer par prendre localement les bonnes mesures, surtout avec l’expérience des évènements des mois écoulés pendant lesquels certains États n’ont pas hésité, par exemple, à intercepter des stocks de masques destinés à d’autres pays… Je ne vois pas bien l’intérêt d’une telle proposition. Évidemment que les mesures prises doivent être pesées en fonction de la situation et des positions envisagées par nos voisins, mais de là à mettre en place une gestion européenne centralisée, cela me paraît irréalisable.

« Isoler les malades et protéger les personnes à risque ne veut pas dire les priver de tous droits et de toute vie sociale » estiment les signataires de cette tribune qui déplorent des « abandons », notamment de personnes âgées, motivés par des « motifs sanitaires non justifiés » : comment gérer cette difficulté ?

Il faut adapter les mesures, permettre des visites sous condition : port du masque, une personne à la fois, utiliser les moyens de communication modernes, qui permettent la transmission d’images en temps réel, aménager des activités collectives et renforcer la vigilance des et sur les personnels pour éviter et contenir, notamment dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) et les collectivités, les risques d’épidémie. Il faut prendre régulièrement des nouvelles pour lutter contre l’isolement social, et ne pas laisser des personnes âgées dans la difficulté quitte à organiser des chaînes de solidarité.

Etant donné que cette crise sanitaire risque d’être durable, comment rendre les contraintes qu’elle engendre plus supportables pour la population monégasque, sans verser dans la peur et la paranoïa ?

Des mesures adaptées et compréhensibles, une communication franche, des recommandations claires qui ne changent pas au gré des moyens, une plus grande anticipation pour bénéficier des derniers progrès, que ce soit en termes de tests ou de traitements, en profitant de toutes les opportunités et en montrant l’unité et la cohésion des institutions face à cette crise, sont les éléments essentiels pour faire face à cette crise sans précédent, et la traverser avec une certaine confiance dans l’avenir. C’est en tout cas ce que demandent le président Stéphane Valeri et les élus du Conseil national, majorité et minorités dans l’union nationale, pour la santé et la sécurité de nos résidents, des travailleurs, et l’avenir de notre principauté.

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