jeudi 15 avril 2021
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Covid long « On sait que ce n’est pas du cinéma »

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À Nice, où le taux d’incidence (1) dépassait toujours les 400 alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 30 mars 2021, la prise en charge des cas de Covid long est notamment assurée par le service infectiologie de l’hôpital l’Archet 1, via le docteur David Chirio.

Plus d’un an après le début de cette pandémie de Covid-19, comment sont soignés ces patients ? Manuella Fournier, cheffe de service de médecine physique et réadaptation à l’Archet 1, a répondu aux questions de Monaco Hebdo.

Comment définir un cas de Covid long ?

Les Covid longs sont des personnes qui ont des symptômes qui se prolongent sur plusieurs semaines, voire sur plusieurs mois. Le plus souvent, il s’agit de patients qui ont eu une forme de Covid peu grave, sans avoir eu recours à une hospitalisation, que ce soit en réanimation ou dans une unité de Covid.

Quels sont les principaux symptômes qui persistent ?

Les symptômes persistants peuvent se matérialiser sous la forme d’une perte de goût, ou d’une perte d’odorat. Il peut aussi y avoir une fatigue, une toux qui se prolonge, et des douleurs musculaires un peu diffuses. On remarque qu’il y a souvent une asthénie prolongée, c’est-à-dire une fatigue physique persistante.

Quoi d’autre ?

Le Covid long peut aussi provoquer un déconditionnement physique. Les patients ne parviennent plus à faire d’efforts physiques. Ils ne parviennent pas à reprendre le sport qu’ils pratiquaient avant d’être atteints par cette maladie.

« Les Covid longs sont des personnes qui ont des symptômes qui se prolongent sur plusieurs semaines, voire sur plusieurs mois. Le plus souvent, il s’agit de patients qui ont eu une forme de Covid peu grave »

Il s’agit d’une continuité de symptômes ou il s’agit de séquelles ?

Une continuité de symptômes sous-entend que ces symptômes vont disparaître. Des séquelles impliquent des dommages irréversibles. À priori, ce devrait être des symptômes qui devraient disparaître. En revanche, on est moins formel sur les problèmes de goût et d’odorat, parce que certaines infections virales, en dehors du Covid, peuvent entraîner une perte de goût. Ou une modification du goût, avec une absence de reconnaissance du goût réel ou la présence d’un goût désagréable. Mais, pour l’instant, nous n’avons pas assez de recul pour trancher. On ne sait pas.

Un Covid long s’étend parfois sur plusieurs mois ?

Nous avons eu un patient qui a eu un Covid en début de pandémie, en mars 2020, et qui aujourd’hui, en mars 2021, n’a pas encore récupéré le goût. À côté de ça, il mène une vie normale.

Combien de personnes sont touchées par une forme de Covid long ?

Parmi les personnes qui ont eu un Covid non grave, on estime les cas de Covid long à environ 10 %.

Quel est le profil des personnes le plus souvent touchées ?

Au CHU de Nice, nous avons l’impression que les cas de Covid long concernent plus souvent des femmes jeunes, autour de la trentaine. Avec les données actuellement en notre possession, nous n’avons pas d’explication à apporter à ce constat.

« Nous avons eu un patient qui a eu un Covid en début de pandémie, en mars 2020, et qui aujourd’hui, en mars 2021, n’a pas encore récupéré le goût »

Nice propose une consultation spécifique pour les cas de Covid long ?

Au CHU de Nice L’Archet, le référent pour les cas de Covid long, c’est l’infectiologue David Chirio. Il a monté une consultation spécifique consacrée aux cas de Covid long, et, pour l’instant, il en existe peu en France. Dans le cadre de cette consultation, on propose une prise en charge pluridisciplinaire, évolutive et adaptée. En tant que spécialiste de la médecine physique, je peux intervenir à la demande du docteur David Chirio, même si ça n’est évidemment pas systématique. David Chirio peut aussi faire appel à des neuropsychologues et des psychologues. En effet, certains patients sont touchés par des troubles cognitifs, qui ne sont pas majeurs, mais qui sont gênants, notamment pour la reprise d’une activité professionnelle. Enfin, le travail peut aussi passer par des diététiciens, car il n’est pas rare que le Covid long s’accompagne d’une perte de poids. Ces patients ne sont pas hospitalisés, ils sont suivis en ambulatoire.

Quels sont les traitements qui sont le plus souvent proposés ?

La prise en charge est vraiment symptomatique, en fonction des signes observés. Pour ma part, je fais appel au réentraînement à l’effort car il permet de lutter contre le déconditionnement physique. Nous appliquons un protocole de rééducation qui est connu et déjà appliqué dans d’autres circonstances. Pour cela, nous faisons un travail sur tapis roulant ou sur un vélo de type Ergocycle. Nous travaillons de façon progressive, avec des paliers et une surveillance de la saturation d’oxygène. L’objectif est de monter progressivement les paliers de l’effort, afin de permettre au patient de peu à peu retrouver son état antérieur. Pour les formes les plus graves, il faut souligner l’importance du kinésithérapeute qui exerce en libéral, et qui proposera une activité physique adaptée.

Cela nécessite un travail sur plusieurs semaines ?

L’idéal, c’est de faire des séances répétitives, par exemple un jour sur deux. Pas forcément sur un temps long. Le temps de travail peut être prolongé et adapté en fonction de chaque patient.

En cas de syndrome d’hyperventilation, certaines prises en charge passent aussi par de la rééducation respiratoire, alors qu’en cas de trouble de l’odorat persistant, il faut passer par une rééducation du goût ?

En ce qui concerne l’odorat et le goût, le travail de rééducation passe par des médecins ORL. On fait déguster au patient des mets de saveurs différentes, pour essayer de stimuler le goût avec l’acidité, le salé, le sucré, l’amertume… Bref, la base du goût. On demande au patient de fermer les yeux, afin qu’il puisse se concentrer au maximum sur le goût et reconnaître les saveurs. Privés de goût, les patients peuvent s’aider des différentes textures qu’ont les aliments.

Le goût est perdu pendant combien de temps ?

Certains patients perdent le goût pendant plusieurs semaines. Et d’autres pendant plusieurs mois.

« L’un des rares signes objectifs de Covid long, c’est la saturation d’oxygène. Un patient qui désature dès qu’il fait un effort, c’est un signe objectif et clair »

Certains cas de Covid long peuvent être invalidants au point de ne plus être en capacité d’aller travailler, même plusieurs mois après le début de la maladie ?

Certains cas de Covid long provoquent une asthénie majeure et un déconditionnement à l’effort qui peuvent déboucher sur une incapacité à reprendre le travail. Il faut dire que, parfois, des patients sont victimes d’un essoufflement au moindre effort.

En France, l’Assemblée nationale a adopté mi-février 2021 une résolution reconnaissant les personnes souffrant de symptômes prolongés du Covid-19, mais les dispositifs de couverture sociale sont encore insuffisants : cela passe par une meilleure reconnaissance de ces pathologies ?

La problématique, c’est la subjectivité possible autour des cas de Covid long. Pour parvenir à une reconnaissance de cette maladie, il faut des échelles d’évaluation validées, afin de pouvoir pratiquer des évaluations très précises. Dans le cadre du suivi de ces patients, il est en tout cas très important de dresser des échelles d’évaluation de qualité de vie. Elles sont bien évidemment très subjectives, mais elles permettent un suivi.

Il n’existe vraiment aucun signe objectif et indiscutable permettant d’identifier un patient victime d’un Covid long ?

L’un des rares signes objectifs de Covid long, c’est la saturation d’oxygène. Un patient qui désature dès qu’il fait un effort, c’est un signe objectif et clair. Mais il y a aussi beaucoup de patients qui ne tolèrent pas l’effort, sans forcément désaturer. Ce qui rend complexe la possibilité de reconnaissance de cette maladie, afin d’obtenir ensuite des compensations. Mais les études actuellement en cours devraient permettre de trancher cette question.

Comment avancer sur ce sujet sensible ?

Il faut dire que les cas de Covid long existent réellement. Quand quelqu’un présente des symptômes d’un Covid durable, il est très dur pour lui de ne pas être reconnu comme malade. Or, on sait que ce n’est pas du cinéma. Les cas de Covid long sont connus, on sait que ça existe. Ce n’est pas la forme de Covid la plus fréquente, mais elle doit être prise en charge.

1) Le taux d’incidence correspond au nombre de cas positifs enregistrés sur les 7 derniers jours, rapporté à 100 000 habitants.

Pour voir la suite de notre dossier sur les covid longs, cliquez ici

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