vendredi 30 juillet 2021
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Covid long « Il n’y a aucune raison de hiérarchiser les pathologies, et donc les patients »

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Alors qu’en France plusieurs centaines de milliers de personnes souffrent d’un Covid long, à Monaco aucun chiffre ne circule.

Si la prise en charge de ces patients peut se révéler coûteuse, en principauté, il n’existe pas de dispositif offrant une gratuité totale des soins. Ce qui n’empêche pas le gouvernement de prévoir des parades, comme l’explique le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, Didier Gamerdinger. Interview.

Selon l’Office national des statistiques (ONS) britannique, les cas de Covid long concernent plus de 20 % des patients cinq semaines après leurs premiers symptômes, et toujours plus de 10 % d’entre eux au bout de trois mois : en France plusieurs centaines de milliers de personnes souffrent de Covid long, mais quelle est la situation à Monaco ?

Il est difficile de répondre à cette question, dans la mesure où le centre de suivi gère l’aspect aigu de la maladie. En pratique, les médecins traitants sont en première ligne pour prendre en charge cette pathologie. En tout état de cause, le syndrome dit Covid long fera l’objet d’un recueil statistique en sortie de crise.

Le gouvernement va-t-il rédiger un texte de loi reconnaissant les personnes souffrant de symptômes prolongés du Covid-19 ?

Tant que les personnes ayant contracté la Covid continuent à souffrir notablement de ses effets, leur médecin traitant peut leur prescrire une prolongation d’arrêt de travail. Cette disposition est de nature à protéger et à rassurer les personnes concernées.

« Le syndrome dit “Covid long” fera l’objet d’un recueil statistique en sortie de crise »

En France, une proposition de loi pour la création d’un fonds d’indemnisation des victimes les plus graves du Covid-19 a été déposée : Monaco va-t-il faire de même ?

La principauté de Monaco a d’ores et déjà pris des dispositions pour que le Covid soit considéré comme une maladie professionnelle lorsqu’elle est contractée à l’occasion de l’activité salariée de la personne concernée. Cette approche met ainsi déjà en œuvre des dispositions favorables, protectrices des intérêts des patients éventuellement concernés.

À Monaco, le Covid-19 peut-il être reconnu comme maladie professionnelle ?

La France a récemment fait évoluer sa réglementation sur les maladies professionnelles, en reconnaissant en maladies professionnelles des pathologies liées à une infection au SARS-CoV-2. Or, il est d’usage que les évolutions françaises en la matière soient reprises en principauté. Ainsi, depuis l’arrêté ministériel n° 2020-898 du 21 décembre 2020, le statut de maladie professionnelle est désormais accordé automatiquement aux professionnels qui exercent dans le secteur de la santé, si leur contamination a eu lieu dans le cadre de leur travail, et qu’elle a entraîné une affection respiratoire grave, avec recours à l’oxygénothérapie, ou à toute autre forme d’assistance respiratoire, ou bien à un décès.

Et pour les salariés qui ne travaillent pas dans le secteur de la santé ?

Les professionnels de santé libéraux et les personnes qui ne travaillent pas dans le secteur de la santé peuvent aussi demander une reconnaissance en maladie professionnelle s’ils ont contracté le Covid-19 dans le cadre de leur travail, et si la maladie a entraîné une affection grave. Leur demande est examinée par un comité d’experts indépendants. Ce dispositif permettra aux professionnels concernés de bénéficier d’un régime plus avantageux, notamment en termes de prise en charge des frais de soins et des indemnités journalières, et de l’existence d’une rente, en cas d’incapacité permanente.

« Il n’existe ni à Monaco, ni en France, de dispositif prévoyant une gratuité totale des soins. Et ce, y compris pour des pathologies dont le traitement est beaucoup plus lourd que celui à mettre en œuvre dans le cadre d’un Covid long »

En France, le 12 février 2021, la Haute Autorité de santé (HAS) a publié des fiches pour aider les médecins à diagnostiquer et à prendre en charge les adultes victimes de Covid long : ces fiches font-elles aussi référence pour Monaco ?

En effet, les fiches techniques par symptôme ou spécialité rédigées par la HAS (1) sont aussi consultées par les professionnels de la principauté pour la prise en charge des patients atteints du Covid-19, étant rappelé qu’il s’agit d’une sorte de guide de conduites à tenir pour optimiser la prise en charge des patients dans une logique pluridisciplinaire.

À Monaco, les dispositifs de couverture sociale semblent manquer face au Covid long : en attendant, quelle solution est envisageable pour obtenir la gratuité des soins en cas de Covid long ?

Il n’existe ni à Monaco, ni en France, de dispositif prévoyant une gratuité totale des soins. Et ce, y compris pour des pathologies dont le traitement est beaucoup plus lourd que celui à mettre en œuvre dans le cadre d’un Covid long. En revanche, ces pathologies ouvrent droit à une exonération du ticket modérateur, c’est-à-dire à une prise en charge à 100 % du tarif conventionnel, qui ne couvre pas les éventuels dépassements de tarifs que sont susceptibles de supporter les assurés sociaux de la principauté classés en catégorie rose ou bulle (soit, respectivement, 10 et 25 % de la population d’assurés), et en France, quasiment tous les assurés sociaux qui ont recours à des praticiens à honoraires différents. À ce jour, le Covid long ne figure pas sur la liste des pathologies exonérantes, ni à Monaco, ni en France.

Et si un Covid long engendre des frais médicaux coûteux pendant une longue durée ?

Dans le cas où cette forme longue de la Covid exposerait sur le long terme l’assuré à des frais médicaux particulièrement importants, du fait de séances de rééducation très intensives, d’un suivi médical rapproché, ou d’examens redondants, elle pourrait ouvrir droit à une exonération du ticket modérateur, au même titre que toute autre pathologie particulièrement coûteuse. Il n’y a en effet aucune raison de hiérarchiser les pathologies, et donc les patients, dont la charge en soins serait comparable, celle-ci étant vraisemblablement très variable dans les cas de Covid long comme pour les autres maladies non inscrites dans la liste des pathologies exonérantes. Enfin, il faut relever que pour le personnel soignant, le Covid a été reconnu comme maladie professionnelle, ce qui améliore les conditions d’indemnisation de ces salariés qui acceptent avec courage et dévouement une surexposition au risque de contamination.

1) La publication du 12 février 2021 de la HAS intitulée Symptômes prolongés suite à un Covid-19 de l’adulte – Diagnostic et prise en charge, est consultable ici : https://www.has-sante.fr/jcms/p_3237041/fr/symptomes-prolonges-suite-a-une-covid-19-de-l-adulte-diagnostic-et-prise-en-charge. Ce document évoque les stratégies de premier recours et propose douze fiches techniques classées par symptôme ou par spécialité : fatigue, dyspnée, douleurs thoraciques, trouble du goût et de l’odorat, douleurs, kinésithérapie – réentrainement à l’effort, kinésithérapie – syndrome d’hyperventilation, troubles somatiques fonctionnels, manifestations neurologiques et troubles dysautonomiques.

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