lundi 18 octobre 2021
AccueilDossierCartes Pokémon, Magic… Un business sans fin ?

Cartes Pokémon, Magic… Un business sans fin ?

Publié le

Popularisées par des stars et de grands YouTubeurs, les cartes Pokémon ont vu leur valeur se démultiplier. Désormais, elles ne s’échangent plus uniquement dans les cours de récréation, elles se vendent aux enchères. Des salles de ventes aux entreprises chargées d’authentifier ces cartes, tout un écosystème s’est développé, venant bousculer les collectionneurs de timbres et de monnaies.

Pour lui, les affaires vont bien. Elles vont même très bien. François-Xavier Colombani et les salariés de son entreprise Professional Cards Authentificator (PCA) voient les chiffres s’envoler. Spécialisée dans l’authentification de cartes à collectionner, PCA voit son activité s’intensifier de mois en mois. Depuis sa création, en 2016, tout a changé. Avant janvier 2020, cette entreprise traitait entre 500 et 1 000 cartes par mois. Désormais, c’est entre 30 000 et 40 000 cartes que PCA reçoit chaque mois. La demande ne cesse d’affluer, et elle provient de toute l’Europe. Alors forcément, les délais augmentent. Il faut actuellement compter deux mois avant de recevoir ses cartes certifiées. Du coup, François-Xavier Colombani a dû recruter, et il s’appuie aujourd’hui sur une équipe d’une dizaine de personnes : « On traite différents types de cartes : Pokémon, Magic, Dragon Ball Super Card (DBS), et bientôt Yu-Gi-Oh !, car on constate une forte demande. » Pour faire certifier une carte, la protéger et lui donner une note entre 1 et 10 +, le prix de départ est de 9 euros. Pour une carte d’une valeur comprise entre 10 000 et 100 000 euros, il faut en revanche compter 90 euros. Le business est donc devenu très rentable pour les entreprises de ce secteur, mais tout le monde y gagne assure François-Xavier Colombani : « Une carte certifiée sera protégée physiquement. Ensuite, ça lui fixe une valeur objective qualitative. Du coup, elle prend de la valeur. Cela peut aller de 10 à 20 %. Et même beaucoup plus, puisqu’à la revente, une carte peut voir son prix passer de 100 euros à 10 000 euros. » Pour certifier une carte, un premier employé la passe au peigne fin et met une note. Sans connaître la décision de son collègue, un second salarié estime à son tour la carte. Si les deux notations ne vont pas dans le même sens, un troisième expert se charge d’apporter une nouvelle note. L’identité des propriétaires des cartes n’est pas connue des noteurs, pas plus que celle des experts de PCA. Une fois notées, les cartes sont ensuite placées dans des boîtiers en Plexiglas hydrophobe et anti-UV. Pour faire taire des critiques vues parfois sur les réseaux sociaux, où les salariés de PCA sont parfois accusés de manquer d’objectivité, car ils seraient à la fois juge et partie, François-Xavier Colombani tranche ce débat ainsi : « Mes salariés peuvent être collectionneurs. Dans la mesure où ils ne notent pas leurs propres cartes, ils ne sont pas juge et partie. »

« Une carte certifiée sera protégée physiquement. Ensuite, ça lui fixe une valeur objective qualitative. Du coup, elle prend de la valeur. Cela peut aller de 10 à 20 %. Et même beaucoup plus, puisqu’à la revente, une carte peut voir son prix passer de 100 euros à 10 000 euros » 

François-Xavier Colombani. Patron de PCA

Justin Bieber

Si la première vente aux enchères de carte Pokémon s’est déroulée en France en décembre 2018 [à ce sujet, lire l’interview de son organisateur, Florian Bourguet, expert en BD et en culture populaire dans ce dossier ­— NDLR] chez Drouot, ce marché ne fait que croître depuis plusieurs années déjà. « Le gros des acheteurs sont des gens qui ont connu les cartes Pokémon au début du jeu. Ils étaient à l’école primaire en 1999, donc ce sont des personnes nées à la fin des années 1980, ou au début des années 1990. Aujourd’hui, ils ont entre 25 et 35 ans, et ils ont envie de racheter leurs souvenirs », explique Florian Bourguet, expert en bandes dessinées (BD) et en culture populaire. D’autres raisons expliquent ce succès. Pendant l’été 2016, le succès planétaire du jeu vidéo pour téléphones mobiles Pokémon GO a contribué à doper encore un peu plus la popularité de cette franchise. « Le confinement a aussi été un accélérateur. Surtout pendant le premier confinement, pendant lequel les gens étaient alors bloqués chez eux. Du coup, ils en ont profité pour se replonger dans leurs collections. Puis, pendant le deuxième confinement, ils ont pris conscience de la valeur de leurs cartes. Du coup, ils ont commencé à nous les envoyer », estime le patron de PCA, François-Xavier Colombani. Autre facteur qui explique le succès des cartes Pokémon : le rôle joué par les stars, comme Justin Bieber, ou encore des YouTubeurs, comme Logan Paul. Ce dernier, qui affiche plus de 21 millions d’abonnés sur Instagram, a fêté les 25 ans d’existence des Pokémon à sa manière, le 27 février 2021. Dans une vidéo, il a alors montré un lot de cartes de grande valeur qu’il a acheté pour deux millions de dollars, provoquant l’hystérie des fans.

Logan Paul, qui affiche plus de 21 millions d’abonnés sur Instagram, a fêté les 25 ans d’existence des Pokémon à sa manière, le 27 février 2021. Dans une vidéo, il a alors montré un lot de cartes de grande valeur, qu’il a acheté pour deux millions de dollars, provoquant l’hystérie des fans.

« Cercle vertueux »

Aux États-Unis, le leader dans la notation des cartes s’appelle PSA. Victime de son succès, PSA a dû suspendre ses activités. Dépassée par le nombre de colis reçus, cette entreprise qui est cotée en bourse, ne peut plus faire face à la demande. Dans un tel contexte, la maison mère de PSA, Collectors Universe, a fini par être revendue en décembre 2020 à un fonds d’investissement. Montant de la transaction : 700 millions de dollars. Il faut dire que PSA ne certifie pas que des cartes Pokémon. Ils traitent aussi des cartes de sport, notamment de baseball, de basket ou de hockey sur glace, mais aussi des cartes Magic, sans oublier les autographes, les pièces de monnaie, les billets de banque, les médailles… Depuis 1991, PSA indique avoir certifié 38 millions d’objets de collection, et son activité de notation a généré entre 45 et 50 millions de dollars de revenus en 2019. Face à PSA, d’autres acteurs tentent de s’imposer sur ce marché aux États-Unis, comme Beckett, par exemple. En France, outre PCA, d’autres acteurs investissent ce business, comme MTG Grade, par exemple. C’est aussi sur YouTube que se développe le plus la communication autour des collections de cartes, avec des personnalités comme DavidLafarge, Michou, ou bien les rappeurs Lorenzo et Bigflo. Mais pour expliquer ce succès, François-Xavier Colombani pointe un autre point : « Les ventes aux enchères organisées chez Drouot ont aussi pesé. Ensuite, la maison de vente Millon s’y est mise aussi. Or, Millon est une étude qui est présente sur tous les continents, ce qui permet d’asseoir encore un peu plus la notoriété de ces cartes. Mais au final, l’un attire l’autre. Cet ensemble d’éléments constitue un cercle vertueux en faveur du développement des ventes de cartes Pokémon. » Après d’autres ventes organisées en France chez Drouot en 2019, les ventes se sont multipliées, et les prix de vente se sont envolés. « Une carte rare, un Dracaufeu spécial distribué lors d’un tournoi, a été vendue en 2018 au prix de 150 euros. Puis, elle a été revendue en février 2021 pour 12 000 euros. Mais, plus globalement, toutes les personnes qui ont acheté des cartes lors de la première vente Pokémon, ont vu la valeur de leurs cartes multipliée par dix », assure Florian Bourguet. Cet expert estime que le monde des enchères est en train de voir émerger une culture populaire qui, peu à peu, prend de plus en plus de place. Les tableaux du XIXème siècle, les pièces de monnaie, ou les timbres attirent de moins en moins les jeunes collectionneurs, qui seraient davantage intéressés par le street art et la pop culture. « La philatélie est un monde passionnant. Par contre, il faut des mois et des mois pour comprendre comment ça fonctionne, et pour comprendre ce qui est rare ou pas. L’avantage avec les cartes Pokémon, c’est que tout est marqué dessus : la date de sortie de la carte, l’extension à laquelle elle appartient, si elle est rare ou pas… Et, en fonction du Pokémon, on peut savoir si c’est une carte intéressante ou pas. Du coup, dans les brocantes ou dans les cours d’écoles, cela rend les échanges très faciles », ajoute Florian Bourguet.

C’est aussi sur YouTube que se développe le plus la communication autour des collections de cartes, avec des personnalités comme DavidLafarge, Michou, ou bien les rappeurs Lorenzo et Bigflo.

« À partir d’octobre 2021, il y aura une vente Pokémon tous les mois à Paris. Ça se déroulera 20, rue Drouot, chez Vermot et Associés » 

François-Xavier Colombani. Patron de PCA

Marché

Bien évidemment, le marché des cartes de collection attire aussi des investisseurs et des spéculateurs. Certains agissent de façon presque artisanale. Ils achètent les dernières cartes sorties et ils se contentent de les remettre en vente sur eBay ou dans des groupes Facebook spécialisés. « Sur ce marché, on voit arriver des semi-professionnels. Des gens qui travaillent et qui se mettent à faire des achats et des reventes. La plupart en France agissent en optant pour le statut d’auto-entrepreneur. Ensuite, il y a des professionnels dont c’est le métier. Ils ont ouvert des boutiques physiques ou sur Internet. Ce marché est en train de se professionnaliser », estime le patron de PCA. Face à cette spéculation, et afin de coller le plus fidèlement possible aux cours du marché, François-Xavier Colombani s’organise aussi. Et il compte s’appuyer sur la technologie pour continuer à grandir : « Je suis en train d’automatiser en partie la notation, en ajoutant une couche d’intelligence artificielle. J’espère que cela pourra être mis en place dans les six prochains mois. La notation ne sera pas totalement automatisée, mais elle sera aidée par une intelligence artificielle. L’objectif, c’est de parvenir à une semi-automatisation, qui serait de l’ordre de 80 %. » Reste désormais à savoir si les prix de ces cartes vont continuer à monter indéfiniment. « Je n’en ai absolument aucune idée, avoue Florian Bourguet. En revanche, ce que l’on constate, c’est qu’entre la première vente, en décembre 2018, et le marché actuel, les prix ont été multipliés par dix. Mais, dans le domaine de l’art, il est difficile de savoir si la côte va continuer à monter ou pas. » En attendant, pour le moment, la frénésie autour des cartes Pokémon continue. « À partir d’octobre 2021, il y aura une vente Pokémon tous les mois à Paris. Ça se déroulera 20, rue Drouot, chez Vermot et Associés », indique François-Xavier Colombani. Avant que, peut-être, une vente de cartes Pokémon ou Magic ne soit organisée à Monaco.

Pour lire la suite de notre dossier sur le marché des ventes aux enchères à Monaco, cliquez ici.

Publié le

Monaco Hebdo