samedi 15 mai 2021
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Sonia Martial : « J’espère un essai clinique en 2022 »

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Chercheuse au CNRS, spécialiste en oncologie et membre de l’Institut cancer et vieillissement de Nice (IRCAN), Sonia Martial détaille pour Monaco Hebdo les avancées de ses recherches pour lutter contre le médulloblastome, une tumeur cancéreuse du cerveau qui touche souvent les enfants.

Est-il exact qu’entre 2 500 à 3 000 enfants et adolescents ont un cancer chaque année, soit environ 1 enfant sur 440, et que 500 décèdent ?

Ces chiffres sont justes, et ils sont plutôt stables. Tant qu’on n’aura pas de traitement, je pense qu’on sera dans la stabilité. Mais tout dépend des cancers. Car il y a des cancers pour lesquels on a plus de difficultés.

Lesquels ?

Il y a notamment les leucémies. Il y a aussi le cancer sur lequel je travaille, le médulloblastome, qui est une tumeur cancéreuse du cerveau. Ce cancer est facile à traiter pour certaines de ses formes, alors que d’autres formes sont très difficiles à soigner. Donc, au sein d’un cancer, on peut avoir des facilités ou, au contraire, de grandes difficultés pour traiter la maladie. Du coup, il est très difficile de tirer une image globale.

Est-il exact que, chez l’enfant, les cancers sont la première cause de mortalité, après les accidents domestiques ?

C’est tout à fait juste. Les leucémies reviennent le plus souvent. Les cancers du cerveau, même si certaines formes sont encore considérées comme des maladies rares, sont des cancers qui restent très présents. Le médulloblastome correspond à 25 % des cancers malins du cerveau chez l’enfant.

Les leucémies et les tumeurs du système nerveux central sont les cancers qui dominent chez l’enfant ?

Ça peut varier. Ce peut être une forme identique, mais qui va varier dans son origine, son expression et ses symptômes. Des cancers émanent du bébé, voire de la vie in utero, alors que d’autres cancers apparaissent à partir de l’adolescence. Du coup, ces cancers sont donc absolument différents.

Des cas de cancers concentrés dans le temps et sur un territoire limité, ont été détectés, et on a alors pointé du doigt les lignes à haute tension, les antennes de téléphonie, les métaux lourds, les pesticides, ou encore les centrales nucléaires : ces hypothèses vous semblent-elles crédibles ?

Récemment, sur France Inter, une émission évoquait une usine en Bretagne qui générerait des produits polluants, ce qui provoquerait des cas de cancers chez des enfants. Comme chez les adultes, chez les enfants il y a souvent des problèmes environnementaux qui pourraient causer des problèmes de cancers, mais aussi des problèmes digestifs. C’est indéniable.

C’est fréquent ?

Il est difficile d’établir leur fréquence, et je ne suis pas sûre qu’il s’agisse des plus importants en nombre. On peut trouver des cancers dont l’origine est génétique, d’autres qui ont une cause qu’on ne connaît pas, et enfin, il y a ces cancers environnementaux. Mais je ne crois pas qu’il faille se focaliser sur ces cancers environnementaux, car je ne pense pas qu’ils soient les plus prégnants.

La guérison à cinq ans dépasserait légèrement les 80 % : il s’agit le plus souvent d’une véritable guérison, avec éradication du cancer traité ?

On ne parle jamais d’éradication d’un cancer. On parle toujours de rémission. Car il peut y avoir notamment des cellules souches dormantes qu’on ne voit pas et que la moindre petite chose peut réveiller, provoquant le retour du cancer, sous une forme ou sous une autre. Mais ce pourcentage de 80 % me semble très optimiste. Car, selon les cancers, il y a de grandes disparités. Je ne me risquerais donc pas à donner un chiffre global pour les cancers. Je donnerais plutôt un chiffre cancer par cancer.

On oublie trop souvent que la guérison obtenue l’est parfois au prix de lourdes séquelles ?

C’est un point qui dépend du cancer dont on parle. Pour les cancers neurologiques, si on traite par chimiothérapie et par radiothérapie, on va alors atteindre le système nerveux de l’enfant. Du coup, si la guérison arrive, ce sera au prix de troubles du comportement, de troubles de la marche, et même, de troubles cognitifs. Mais pour les parents, même si leur enfant souffre de séquelles, il est toujours là, et ça leur fait un bien phénoménal. Nous travaillons actuellement sur des traitements différents, de façon à ce qu’il y ait le moins possible de troubles connexes.

La combinaison de la radiothérapie et de la chimiothérapie Peut-il provoquer de nouveaux cancers plus tard ?

C’est une question qui est discutée. Notamment avec la radiothérapie, avec laquelle il peut y avoir des cas de cancers secondaires, malgré un dosage étudié pour les enfants. En dessous de trois ans, on ne fait pas de radiothérapie, on ne fait que de la chimiothérapie. On sait d’ailleurs que les rayonnements du soleil peuvent provoquer des mélanomes, par exemple. Pour la chimiothérapie, c’est moins certain. La dose de chimiothérapie est, là aussi, adaptée en fonction de l’âge de l’enfant, et de sa capacité à supporter le traitement.

Vous travaillez sur le cancer du cervelet, le médulloblastome : quelles sont les avancées ?

Le médulloblastome touche tous les enfants entre 0 et 18 ans, ainsi que des adultes, mais de façon minoritaire. Chez les enfants, le pic se situe à 7 ans. Actuellement, on traite ce cancer avec de la radiothérapie et de la chimiothérapie, ce qui est extrêmement agressif. Malgré tout, ce traitement peut permettre de sauver jusqu’à 70 % des enfants. Mais il y a des séquelles. Et on n’arrive pas à sauver les 30 % des enfants restants.

Qu’avez-vous découvert ?

On s’est intéressé à une découverte assez récente : la présence de réseaux lymphatiques dans le cerveau. On sait que ces réseaux lymphatiques servent à acheminer les cellules tumorales vers d’autres sites distants, et donc à faire des métastases. On s’est donc dit que si on coupait la génération de ces réseaux lymphatiques, on pourrait empêcher le développement de ces métastases. Mais on s’est aussi rendu compte que ces réseaux lymphatiques pouvaient avoir un rôle très positif.

Sonia Martial et sa doctorante, Manon Penco-Campillo
Sonia Martial et sa doctorante, Manon Penco-Campillo © Photo DR

« Pour faire des essais cliniques chez l’enfant, il faut prendre toutes les garanties nécessaires, et beaucoup plus que chez l’adulte. Du coup, cela coûte beaucoup plus cher »

Lequel ?

Dans les cas de cancers les moins évolués, ces réseaux lymphatiques apportent aussi des cellules immunitaires au cerveau et aux tumeurs. Donc ils aident à combattre la maladie, grâce à ces cellules immunitaires.

Et quand le cancer est plus développé ?

Lorsque le cancer est plus développé, il prend le pas sur le système immunitaire, qui est alors complètement débordé. Et là, le cancer se développe en créant des métastases, par ces mêmes réseaux lymphatiques. Il y a donc un effet positif dans le cas des cancers les moins évolués, et un effet négatif pour les cancers plus développés. On peut donc imaginer un traitement à donner uniquement dans le cas des cancers les moins développés. Pour les cancers les plus évolués, il faudrait alors miser sur un anticorps, ou quelque chose comme ça.

Quelle sera la prochaine étape ?

Il faudra lancer un essai clinique, et donner aux patients un traitement sous la forme d’une protéine, le facteur de croissance endothélial vasculaire C (VEGFC), ou sous la forme d’un anti VEGFC. Pour les cancers les moins développés, en apportant ce VEGFC, cela devrait permettre la croissance des vaisseaux lymphatiques pour favoriser le système immunitaire, et donc aider à combattre la tumeur.

Quand pourrait avoir lieu cet essai clinique ?

Avant de lancer un essai clinique chez l’homme, il faut tester chez l’animal. Donc nous allons lancer des expériences in vivo pour montrer que chez la souris, on arrive bien à utiliser cette molécule comme inhibiteur des tumeurs.

Au mieux, quel est le calendrier espéré ?

Si j’ai le financement nécessaire, j’espère pouvoir commencer les expériences pour un essai clinique en 2022.

Finalement, pourquoi les enfants n’ont-ils pas accès à des traitements conçus spécifiquement pour eux ?

Parce qu’il est beaucoup plus onéreux de faire des essais cliniques chez les enfants. En effet, pour faire des essais cliniques chez l’enfant, il faut prendre toutes les garanties nécessaires, et beaucoup plus que chez l’adulte. Du coup, cela coûte beaucoup plus cher. Voilà pourquoi, le plus souvent, on recycle les traitements découverts chez l’adulte, et on les adapte pour les enfants.

Pour lire la suite de notre dossier sur les cancers pédiatriques cliquez ici

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