jeudi 9 juillet 2020
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Covid-19 Monaco lance sa campagne de dépistage massif

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Le conseiller de gouvernement-ministre des affaires sociales et de la santé, Didier Gamerdinger, a annoncé jeudi 14 mai 2020 le lancement d’une vaste campagne de dépistage du Covid-19 en principauté. À qui s’adresse ce dépistage massif ? Quels en sont les objectifs ? Comment va s’organiser cette opération ? Monaco Hebdo fait le point.

Cette fois, tous les voyants sont au vert. Monaco va enfin pouvoir tester massivement sa population et ses salariés au Covid-19. Le lancement d’une vaste campagne de dépistage a en effet été annoncé par le ministre des affaires sociales et de la santé, Didier Gamerdinger, jeudi 14 mai 2020. La fin d’un long feuilleton qui aura connu quelques rebondissements.

Feuilleton

« Testez, testez, testez ! ». Tel était le message adressé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) le 16 mars 2020 pour inviter les pays à accentuer les programmes de dépistage. En principauté, il a fallu attendre le 31 mars pour que la première pierre d’un dépistage massif soit posée. Ce jour-là, le ministre de la santé évoque pour la première fois la possibilité d’un dépistage à grande échelle afin, dit-il, d’« avoir une vision la plus précise possible de la façon dont le virus a circulé en principauté de Monaco ». Et ce, « dès qu’il y aura les outils certifiés donc viables », avait à l’époque précisé Didier Gamerdinger. C’est désormais chose faite pour la plus grande satisfaction des élus du Conseil national qui avaient appelé publiquement le gouvernement, par le biais d’un communiqué en date du 30 mars, à « tout mettre en œuvre pour généraliser une politique de dépistage, trop longtemps très réduite ». Validé par le gouvernement au cours de la septième réunion du comité mixte de suivi Covid-19, le 7 mai 2020, le test de massif de la population a débuté ce mardi 19 mai 2020. Interrogé sur la possibilité de lancer cette opération plus tôt, le ministre de la santé a expliqué avoir voulu attendre que « les tests soient tout à fait sûrs et répondent à nos degrés d’exigence. Et cela prend du temps de vérifier un test ». Bien lui en a pris, puisque Didier Gamerdinger a reconnu au cours de la conférence de presse du 14 mai que Monaco avait notamment reçu de la Chine 11 300 tests (sur 30 000 commandés) non conformes (voir par ailleurs).

Qui peut être testé ?

Désormais, les autorités sanitaires semblent donc avoir à disposition les bons outils pour mener à bien leur politique de dépistage massif. Plusieurs phases sont prévues. La première a débuté ce mardi. Elle concerne les 38 000 résidents monégasques. Celles et ceux qui le souhaitent peuvent se faire tester gratuitement afin de savoir si oui ou non, ils ont été en contact avec le Covid-19. Les enfants de 0 à 5 ans peuvent également se faire tester, les prélèvements seront réalisés par les pédiatres à une date qui sera déterminée ultérieurement. Pour les tout-petits, le prélèvement se fera au talon et non au doigt. Dans un second temps, ce sont les 55 000 salariés de la principauté qui pourront, toujours sur la base du volontariat et gratuitement, se faire tester. Concernant les résidents des EHPAD, le ministre des affaires sociales et de la santé, Didier Gamerdinger, a déclaré qu’« à ce stade, la direction du centre hospitalier princesse Grace (CHPG) n’envisage pas de tester systématiquement les résidents ». Enfin, les personnes vivant dans les communes limitrophes et ne travaillant pas en principauté, ne sont pas concernées par ce dépistage a indiqué Didier Gamerdinger. Au total, près de 90 000 personnes seront donc potentiellement testées au cours de cette opération.

Comment va se dérouler le test ?

Concrètement, les habitants de la principauté ont reçu ou vont recevoir un courrier officiel signé du ministre d’État précisant l’objectif et les modalités de ce test. Les résidents sont invités, par ordre alphabétique, à se rendre entre 8 heures et 18 heures dans l’un des deux centres de dépistage créé à cet effet. À savoir l’Espace Léo Ferré à Fontvieille et dans l’Espace Ravel du Grimaldi Forum. Afin de faciliter le dépistage des familles vivant sous le même toit, les membres d’une même famille qui le souhaitent pourront se rendre au même moment avec le/la conjoint(e) et les enfants. Pour se faire tester, le patient doit remplir un document confirmant son accord pour être testé et être muni d’une pièce d’identité. En cas d’indisponibilité pendant le créneau désigné, des sessions de rattrapage seront organisées. Pour les personnes à mobilité réduite, le prélèvement se fera à leur domicile. Au total, à raison de 2 000 tests par jour et par site, « jusqu’à 4 000 tests pourront être réalisés quotidiennement », assure le gouvernement, qui espère donc boucler cette première phase de dépistage dans une dizaine de jours. Pour les salariés, les modalités restent encore à définir mais les tests devraient se faire au sein même des entreprises, pour les grandes structures, afin de « désorganiser le moins possible la vie des sociétés ». Comme ce fut le cas pour les masques, l’État entend « passer par les branches d’activités » afin que « les opérateurs économiques qui le souhaitent puissent se faire connaître ». Pour les plus petites entreprises, des sites satellites seront dédiés au dépistage des salariés. Et si un employeur ne souhaite pas faire bénéficier de ces tests à ses employés, le salarié qui le souhaite pourra sur présentation de son permis de travail se faire tester dans ces sites satellites. « Pour nous, les salariés sont aussi importants que nos résidents. Puisqu’il y a du mouvement, il faut que nous sachions ce qu’il en est », a expliqué Didier Gamerdinger.

© Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

« Si le TROD est positif, cela signifie que le virus a croisé votre route. À ce moment-là, un médecin présent sur place vous prescrira une ordonnance pour effectuer une prise de sang dans un laboratoire de votre choix », a indiqué Didier Gamerdinger

De quel test s’agit-il ?

Les tests proposés sont les tests rapides d’orientation diagnostique (TROD), qui sont aussi utilisés dans d’autres circonstances, notamment pour le dépistage du VIH. Concrètement, un prélèvement sanguin est réalisé au bout du doigt et placé sur une cartouche qui contient des réactifs. Le résultat est connu au bout de dix minutes. Simple, rapide et indolore, le TROD permet de savoir si vous avez été exposé au virus.

Que se passe-t-il si le test est positif ?

Si le TROD est positif, un médecin présent sur le lieu du dépistage vous prescrira une prise de sang pour confirmer le résultat : « Si le TROD est positif, cela signifie que le virus a croisé votre route. À ce moment-là, un médecin présent sur place vous prescrira une ordonnance pour effectuer une prise de sang dans un laboratoire de votre choix », a indiqué Didier Gamerdinger. Les résultats de cette analyse sanguine, intégralement prise en charge par l’État, vous seront communiqués sous un ou deux jours. Si ceux-ci confirment la positivité, un test PCR (lire par ailleurs) peut être prescrit afin de confirmer le diagnostic de l’infection. Et si le PCR est lui aussi positif, alors le patient devra être placé à l’isolement et une recherche de cas contacts devra être menée. Aucune quatorzaine immédiate n’est imposée si le test TROD est positif, sauf en cas de symptômes évocateurs (fièvre, toux…). Si le TROD est négatif, cela signifie qu’a priori, vous n’avez jamais été en contact avec le virus. Aucune démarche supplémentaire n’est nécessaire, si ce n’est respecter scrupuleusement les consignes sanitaires générales (port du masque, lavage des mains régulier, distanciation sociale…).

Quelle est la fiabilité de ces tests ?

La fiabilité des tests sérologiques continue de faire débat au sein de la communauté scientifique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le gouvernement a pris son temps avant de lancer de cette opération de dépistage à grande échelle. « Nous avons voulu attendre que les tests soient tout à fait sûrs et répondent à nos degrés d’exigence, a déclaré le ministre de la santé. La littérature médicale et scientifique considère qu’en dessous de 90 %, le test n’est pas fiable. Les premiers tests qui sont sortis avaient 82-85 % donc sous le niveau d’exigence que nous avons posé ». Mais aujourd’hui, la principauté dispose de tests au taux de fiabilité « supérieur à 90 % » donc conformes aux recommandations scientifiques internationales, a indiqué Didier Gamerdinger sans toutefois préciser le taux exact. Les tests à la disposition du gouvernement ont été transmis par la Croix-Rouge internationale, « un gage de fiabilité » selon le ministre. Ils ont été confectionnés en Allemagne, « un pays réputé pour être plutôt performant », et éprouvés en laboratoire au CHPG et à Cannes, dans un établissement privé.

Qui réalise le test ?

Les tests de dépistage sont réalisés par des infirmiers libéraux et scolaires, des bénévoles de la Croix-Rouge monégasque, des bénévoles de Fight Aids, mais aussi des carabiniers et pompiers. Tous ont reçu des formations spécifiques. Des médecins sont également présents sur chaque lieu de dépistage pour superviser les opérations.

Comment sont traitées les informations ?

« Les résultats des tests seront communiqués aux patients et aux professionnels de santé. Ils constitueront une base de données qui permettra d’avoir un tableau sérologique de la population », a déclaré Didier Gamerdinger. Dans un communiqué en date du vendredi 15 mai, le gouvernement assure qu’il communiquera « les résultats de cette banque de données, en préservant l’anonymat des personnes testées. La confidentialité de ces informations médicales est totale et contrôlée par la Commission de contrôle des informations nominatives (CCIN) ». Pour ce qui est du respect du secret médical dans le milieu professionnel notamment, le ministre a indiqué que « l’employeur n’aura jamais accès au résultat des tests. Aucun résultat n’est transmissible à l’employeur. Seule la personne concernée, le médecin traitant et les professionnels de santé en disposeront ». Avant de préciser à nos confrères de Monaco Matin : « La quatorzaine donne lieu à l’établissement d’un certificat médical qui n’indique pas le motif de la pathologie et justifie l’absence au travail ». L’absence d’un salarié à la suite d’un test de dépistage réalisé au sein de son entreprise ne devrait toutefois pas passer inaperçue…

Combien coûte cette campagne de dépistage ?

Cette vaste campagne de dépistage est entièrement à la charge de l’État monégasque. Interrogé sur son coût en conférence de presse, le ministre de la santé a indiqué que les TROD coûtaient en moyenne 10 euros l’unité. La principauté en ayant déjà reçu 50 000, 500 000 euros ont donc été investis, « non compris les éventuelles prises de sang complémentaires et non compris l’agencement matériel et les ressources humaines nécessaires », a précisé Didier Gamerdinger. Alors qu’une autre commande de 60 000 tests devrait bientôt être livrée, l’opération est donc estimée à plus d’un million d’euros.

Test PCR, test sérologique, TROD : de quoi s’agit-il ?

Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, une certaine confusion existe autour des tests de dépistage. PCR, test sérologique, TROD… Il n’est pas toujours facile d’y avoir clair et de savoir ce que dépistent les différents tests. En préambule de la conférence de presse du 14 mai, Didier Gamerdinger a donc tenu à clarifier les choses. Les PCR sont des tests virologiques opérés en écouvillonnage nasal (prélèvement d’un échantillon par une brosse de type coton-tige). Le prélèvement part ensuite en laboratoire pour analyse. On cherche alors du virus. Ces tests PCR permettent de poser le diagnostic de l’infection et de statuer sur la contagiosité du patient. Ce qui n’est pas le cas des tests sérologiques, qui eux, indiquent si vous avez été en contact avec le virus en mettant en évidence la présence d’anticorps. Sait-on si on est immunisé si on a des anticorps ? Aujourd’hui, impossible de le savoir (lire par ailleurs). Les tests sérologiques peuvent se faire soit par une prise de sang classique, soit au bout du doigt avec un test rapide, appelé TROD. Le résultat avec le TROD est obtenu en dix minutes.

Moins de 3 % de personnes infectées, d’après les premiers résultats

Alors que la campagne de dépistage massif de la population a officiellement débuté ce mardi 19 mai 2020 en principauté, plus d’un millier de personnes avaient déjà été testées ces dernières semaines. Il s’agit d’un groupe de 713 personnes en première ligne depuis le début de la crise sanitaire (carabiniers, pompiers, bénévoles de la Croix-Rouge monégasque…) et un autre de 340, composé d’élèves, enseignants, encadrants, salariés des Ballets de Monte-Carlo, de la SMA… Dans le premier groupe, 1,7 % des tests se sont révélés positifs alors que dans le second, 0,8 % était positif. Des taux relativement faibles qui font dire au ministre de la santé, Didier Gamerdinger, que « la principauté de Monaco a été préservée du virus » et que « le respect du confinement a porté ses fruits ». Reste désormais à savoir si ces résultats se confirment « à grande ampleur ».

Tests de dépistage : Monaco victime d’une arnaque

Au cours de la conférence de presse du jeudi 14 mai, Didier Gamerdinger a annoncé que Monaco avait reçu de la Chine 11 300 tests (sur 30 000 commandés) non conformes : « Ce n’était pas ce que nous avions commandé. Ce n’était pas les certificats, ni l’importateur que nous souhaitions ». Si le ministre des affaires sociales et de la santé a indiqué que l’État avait versé un acompte pour ces tests, il n’a en revanche pas souhaité révéler son montant. À noter également qu’un millier de tests obtenus en don n’ont pas été utilisés à ce jour car jugés insuffisamment fiables.

Pour lire la suite de notre dossier sur la campagne de dépistage massif du covid-19 cliquez ici.

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