vendredi 3 décembre 2021
AccueilDossierÀ Breil-sur-Roya, « les habitants ont besoin de voir que les choses avancent »

À Breil-sur-Roya, « les habitants ont besoin de voir que les choses avancent »

Publié le

À une vingtaine de kilomètres au sud de Tende, la commune de Breil-sur-Roya a elle aussi été dévastée par le passage de la tempête Alex. Mais un an après la catastrophe, contrairement au haut de la vallée de la Roya, la phase de reconstruction est déjà bien avancée. Le maire de ce village de 2 000 habitants, Sébastien Olharan, fait le point sur la situation.

L’émotion fut grande, ce dimanche 3 octobre 2021, lorsque le prince Albert II, entouré d’un parterre de personnalités régionales (préfet, députés, président de région, maires…) est venu déposer une gerbe de fleurs sur les rives de la Roya, à Breil, pour rendre hommage aux victimes de la tempête Alex. Dix personnes auront perdu la vie dans cette catastrophe sans précédent, emportées par les crues exceptionnelles, alors que huit autres sont toujours portées disparues. « C’était un moment difficile, très émouvant que beaucoup de personnes redoutaient parce que ça nous oblige un petit peu à revivre tout ça. Mais c’était, malgré tout un mal nécessaire, estime le maire de la commune maralpine Sébastien Olharan. Il était important de rendre hommage à ceux qui nous ont quittés dans cette catastrophe, de se souvenir de ce qui s’est passé. Un an après, des personnes sont toujours dans la peine et dans la difficulté. Et il faut se souvenir de tous ceux qui nous ont aidés à ce moment-là et leur exprimer notre reconnaissance ».

« La situation reste difficile »

Il y a tout juste un an, des pluies diluviennes dévastaient cette petite commune de 2 000 habitants laissant derrière elle maisons éventrées, routes effondrées et ponts arrachés… Face à des dégâts d’une ampleur inédite, un fort élan de solidarité s’était alors mis en place auquel avait grandement participé la principauté, débloquant quatre millions d’euros pour venir en aide aux sinistrés des vallées et participer à leur reconstruction (lire par ailleurs). Un an plus tard, la commune de Breil-sur-Roya continue de panser ses plaies. « La situation reste difficile car tout est loin d’avoir été reconstruit, mais elle s’améliore de jour en jour. Les déplacements sont maintenant largement facilités, nous avons retrouvé une route pérenne entre Breil et la frontière italienne. Nous pouvons désormais circuler librement jusqu’à Tende, et même Viévola. Même s’il reste encore des chantiers et des circulations alternées », décrit le maire breillois. Aujourd’hui, seuls les accès au col de Tende et à Castérino restent compliqués, pour ne pas dire impossibles. « D’ici quelque temps, nous pourrons normalement aller jusqu’au lac des Mesches. Il y aura ensuite une partie à traverser à pied, où il y a eu un gros glissement de terrain, pour reprendre un autre véhicule de l’autre côté et rejoindre Castérino. Et la route sera totalement rétablie quand nous aurons pu construire un ouvrage, sans doute un viaduc, pour enjamber ce glissement de terrain important sur lequel il n’est plus possible de fixer une route. Cela se fera sans doute en septembre ou octobre 2022 ». En attendant, les habitants de Breil peuvent à nouveau emprunter le train pour se rendre à Cuneo puisque la liaison entre Nice et la cité italienne a été rétablie depuis le mois de mai dernier. Pour rejoindre Vintimille, il faudra en revanche encore patienter un peu puisque des travaux sont en cours sur le tronçon : « D’après les informations qui m’ont été communiquées, la circulation pourrait reprendre au mois de novembre 2021 », précise Sébastien Olharan.

« La situation reste difficile, car tout est loin d’avoir été reconstruit, mais elle s’améliore de jour en jour. Les déplacements sont maintenant largement facilités, nous avons retrouvé une route pérenne entre Breil et la frontière italienne. Nous pouvons désormais circuler librement jusqu’à Tende, et même Viévola. » Sébastien Olharan. Maire de Breil-sur-Roya © Photo Twitter Sébastien Olharan

La vie commerciale reprend ses droits

Le rétablissement de ces voies d’accès était une priorité pour le maire de cette commune de 2 000 habitants, qui entendait relancer l’activité au plus vite. Et si la saison estivale s’est avérée « assez désastreuse à Breil », le village retrouve peu à peu une vie commerciale. « Tous les commerces n’ont pas encore rouvert. Il reste le Spar. Le Crédit Agricole a rouvert dans des préfabriqués depuis quelque temps car des travaux sont en cours pour les faire revenir dans le village. Le restaurant Le Biancheri va normalement rouvrir cette semaine. Le restaurant Le Pressoir, lui, n’a pas rouvert mais ses propriétaires ont ouvert à la place un snack à Piène Basse. Un magasin de vélos l’a remplacé depuis. Un nouveau traiteur a aussi ouvert sur la place Biancheri. Il y a donc des commerces qui disparaissent, et de nouveaux qui se créent », détaille le maire de Breil, soulagé de retrouver enfin un semblant de vie normale malgré les difficultés persistantes. « Par nature, je suis optimiste pour la suite. Voir ouvrir de nouveaux commerces, voir arriver de nouveaux habitants, et voir revenir la plupart des habitants qui sont partis… Pour moi, ce sont autant de motifs d’espoir, confie-t-il. De mon côté, je fais tout pour que les gens aient des perspectives d’avenir, qu’ils puissent se projeter et qu’ils aient en tête des calendriers de travaux pour qu’ils aient envie de revenir. Eux me donnent foi en l’avenir et moi, j’essaie à mon niveau aussi de leur donner des perspectives ». Car si le moral des Breillois tend à s’améliorer au fil des reconstructions, le traumatisme psychologique reste palpable, même un an après la catastrophe. « En dehors des familles qui sont toujours dans l’incertitude quant à l’avenir de leur habitation pour lesquelles c’est encore très difficile, pour la population dans son ensemble, le moral s’améliore de jour en jour, constate Sébastien Olharan. Chaque chantier qui commence, chaque ruban qui est coupé pour inaugurer une piste, un équipement ou un pont reconstruit, contribue à améliorer le moral de la population. Les gens ont vraiment besoin, plus que tout, de voir que les choses avancent et d’avoir des perspectives d’avenir. Et nous essayons de faire notre maximum pour leur en offrir ».

© Photo Twitter Sébastien Olharan

La reconstruction avance

Il faut dire que la phase de reconstruction avance plutôt bien à Breil-sur-Roya en atteste la remise en eau du lac il y a une quinzaine de jours. Une étape bien plus importante qu’elle n’y paraît selon Sébastien Olharan : « Elle est très importante à la fois psychologiquement pour les populations de retrouver ses reflets, ses couleurs et ne plus voir ses paysages gris de pierres. Et en termes d’attractivité aussi. Retrouver le lac était fondamental pour la commune, d’autant plus que nous avons fait en sorte qu’il soit encore mieux qu’avant puisque nous avons créé un jet d’eau au milieu du lac ». Reconstruire en mieux, tel est le leitmotiv du maire breillois qui cite en exemple la réhabilitation du pont Charabot, pour lequel des trottoirs plus larges ainsi qu’un système d’éclairage plus moderne et plus esthétique ont été installés. « Nous essayons toujours d’améliorer les choses », insiste-t-il avant de revenir sur les futurs chantiers communaux. « Actuellement, nous sommes en train de finir la réhabilitation du rez-de-chaussée de la mairie, qui va pouvoir être réintégrée par les agents dans les prochains jours. Le chantier du pont du stade va démarrer prochainement. Ce chantier à 2,7 millions d’euros permettra de désenclaver un quartier dans lequel se trouve une demi-douzaine de familles. Nous avons aussi tout un tas de chantiers en cours pour faire des soutènements de routes ou de chemins communaux. Nous allons prochainement entamer la réhabilitation de la buvette de l’espace de loisir au bord du lac et le bâtiment de La Poste et du trésor public ». Et les travaux ne devraient pas s’arrêter là puisque la commune a également mandaté un bureau d’études pour revoir tout l’aménagement des berges de la Roya. Montant total des opérations : entre 20 et 25 millions d’euros. « Nous avons environ 10 millions d’euros sur des biens non assurables, qui vont être pris en charge à 90 % par l’État. Et sur les biens assurés, les dégâts sont aussi estimés à 10 millions d’euros. Eux sont censés être pris en charge par les assurances », précise le maire breillois.

© Photo Twitter Sébastien Olharan

« Chaque chantier qui commence, chaque ruban qui est coupé pour inaugurer une piste, un équipement ou un pont reconstruit, contribue à améliorer le moral de la population. Les gens ont vraiment besoin, plus que tout, de voir que les choses avancent et d’avoir des perspectives d’avenir »

Sébastien Olharan. Maire de Breil-sur-Roya

« Batailles d’assurance »

Pour les habitants dont les logements ont été endommagés, la route de l’indemnisation est en revanche loin d’être de tout repos. « Nous avons tous les cas de figure, remarque Sébastien Olharan. Nous avons des personnes pour lesquelles ça se passe très bien. D’autres, au contraire, ont beaucoup plus de mal à être indemnisées ou à être indemnisées rapidement ». Pour ce qui est de la commune, les discussions avancent à « un rythme normal » juge le maire breillois, qui espère toutefois être fixé rapidement. Notamment sur la question du relogement des familles sinistrées. Après le passage de la tempête, une quinzaine de foyers a en effet dû être relogée ailleurs. Si depuis, certains ont regagné leur habitation, pour d’autres en revanche l’incertitude demeure. Mais leur situation devrait bientôt être tranchée assure le maire de Breil : « Nous avons quasiment terminé d’arbitrer sur les biens qui doivent être démolis et ceux qui peuvent être conservés. Dix-sept biens sur la commune vont faire l’objet d’une procédure d’acquisition-démolition avec le fonds Barnier. Les autres pourront réintégrer leur domicile. Après, ce sont bien sûr des batailles d’assurance pour être correctement indemnisé pour pouvoir faire les travaux. Ce n’est pas toujours simple mais ça avance ». La seule ombre au tableau concerne les riverains de la place de l’église, sur laquelle « nous avons une problématique de catastrophe naturelle qui est venue s’ajouter à une problématique d’affaissement de terrain qui préexistait à la tempête. Des études de sols vont devoir être menées pour pouvoir dire, immeuble par immeuble, si on peut les sauver à un coût raisonnable ou si on doit les démolir. Tous les propriétaires et locataires des immeubles de cette place sont encore dans l’incertitude et ça risque de durer jusqu’à ce que toutes les études aient été réalisées ». Pour les familles concernées par ces démolitions, se posera alors la question de partir ou de rester à Breil ? « Ces familles vont d’abord être indemnisées par le fonds Barnier. Les premières indemnisations que j’ai vues sur la commune de Breil étaient plutôt avantageuses pour les propriétaires. Ensuite, la difficulté sera de savoir ce que les propriétaires pourront faire avec cet argent. Vont-ils trouver une autre habitation sur Breil ? Vont-ils pouvoir construire parce qu’il y a très peu de terrains constructibles ? C’est tout l’enjeu du futur plan local d’urbanisme », explique Sébastien Olharan.

© Photo Twitter Sébastien Olharan

« Je n’ai qu’à décrocher mon téléphone pour appeler l’Ordre de Malte de Monaco ou la Croix-Rouge monégasque. et, immédiatement, ils seront là pour nous aider »

Sébastien Olharan. Maire de Breil-sur-Roya

« La solidarité évolue de jour en jour »

En attendant d’en savoir sur ces arbitrages, la priorité du maire breillois est de désenclaver les derniers secteurs communaux isolés. C’est le cas du quartier desservi par le pont du stade, dont le chantier démarrera prochainement mais aussi de la Maglia, où des pistes forestières vont devoir être rétablies. En parallèle, la reconstruction des équipements publics se poursuit en ville grâce à l’appui financier des collectivités territoriales bien sûr mais aussi des dons, qui n’ont jamais cessé d’arriver depuis un an. « Nous bénéficions toujours d’autant de solidarité venue de toute part. La solidarité évolue de jour en jour, elle change de forme, elle s’adapte aussi à l’évolution des besoins et c’est normal, se félicite Sébastien Olharan. Dans un premier temps, elle était spontanée, c’étaient des packs d’eau, des vêtements, des biens de première nécessité… Aujourd’hui, ce sont plutôt des personnes qui nous sollicitent pour connaître nos besoins, pour participer au financement de la reconstruction d’un équipement pour les enfants. D’autres veulent faire une action pour les personnes âgées. C’est plus ciblé mais la solidarité est toujours là et c’est toujours très appréciable et appréciée ». Les collectivités territoriales répondent elles aussi présentes : « Le département des Alpes-Maritimes nous subventionne à hauteur de 70 % toutes les opérations de reconstruction consécutives à la tempête Alex. En plus, il mobilise des moyens absolument considérables pour reconstruire les routes de la Roya. Cela représente quasiment 5 millions d’euros de travaux par mois. Le département est un de ceux qui contribuent le plus fortement financièrement à la reconstruction », souligne le maire breillois qui n’oublie pas non plus les aides apportées par la région et la Communauté d’agglomération de la Riviera française (CARF). Et l’État dans tout ça ? « Même si ça a été un petit peu plus long, il est au rendez-vous, assure Sébastien Olharan. La commune de Breil va obtenir 9,5 millions d’euros de l’État pour la reconstruction et aussi une avance sur ces 9,5 millions, qui va nous permettre d’avoir la trésorerie afin de pouvoir avancer l’argent sur différents chantiers ». Et ce n’est pas tout puisque l’État va également prendre en charge 90 % des biens qui ne sont pas assurés, estimés à 10,5 millions d’euros. « Les procédures d’État sont plus longues. Les collectivités sont d’une manière générale plus souples et plus réactives mais l’État, après avoir pris le temps de faire l’instruction de tous les dossiers d’évaluation des dégâts selon les procédures en vigueur, répond présent. C’est très appréciable », insiste le maire maralpin.

© Photo Twitter Sébastien Olharan

« Je pense qu’une catastrophe dans la vallée de la Roya, comme celle que nous avons vécue a, à mon avis, assez peu de chance de se reproduire au même endroit. Et si jamais elle se reproduisait, les dégâts ne seraient à mon avis pas du tout comparables »

Sébastien Olharan. Maire de Breil-sur-Roya

« Une catastrophe similaire n’aura plus les mêmes conséquences »

La principauté de Monaco a aussi grandement participé à cet élan de solidarité en envoyant spontanément dans les vallées des denrées alimentaires et produits de première nécessité, mais aussi en proposant des aides logistiques. Une enveloppe de 4 millions d’euros, destinée aux vallées sinistrées, a également été débloquée pour leur permettre de se reconstruire. Et un an après la catastrophe, cette solidarité ne s’est pas essoufflée. En témoignent les dons récents de la mairie de Monaco : « Elle nous a offert une scène pour organiser tous nos concerts et toutes nos festivités de l’été. Elle nous a aussi offert un véhicule, des chaises, des tables… Cela nous a beaucoup touchés car nous avions tout perdu », salue Sébastien Olharan. « Toutes les associations sont aussi présentes. Je n’ai qu’à décrocher mon téléphone pour appeler l’Ordre de Malte de Monaco ou la Croix-Rouge monégasque. Et, immédiatement ils seront là pour nous aider. Nous sommes vraiment beaucoup aidés par toute la société monégasque ». Cette générosité et cette solidarité contribuent à remonter le moral d’une population toujours traumatisée par la catastrophe. Et les intempéries qui ont durement touché le Var et les Bouches-du-Rhône la semaine dernière ne sont pas de nature à les rassurer. « Évidemment ça inquiète parce qu’on constate que les catastrophes naturelles sont de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes. Elles sont susceptibles de faire ici ou ailleurs de nouvelles victimes, redoute le jeune maire breillois. En même temps, je pense qu’une catastrophe dans la vallée de la Roya, comme celle que nous avons vécue a, à mon avis, assez peu de chance de se reproduire au même endroit. Et si jamais elle se reproduisait, puisque certains experts pensent différemment, les dégâts ne seraient à mon avis pas du tout comparables pour la simple et bonne raison que nous nous reconstruisons de façon plus résiliente. Nous n’aurons plus autant d’habitations en bordure de rivière, nous aurons des équipements publics qui auront été reconstruits avec d’autres techniques conçues pour être plus résistantes. Et nous n’aurons plus tous ces arbres en bordure des cours d’eau qui ont été arrachés par la crue. Une catastrophe similaire à celle que nous avons connue n’aura plus les mêmes conséquences », estime-t-il.

Publié le

Monaco Hebdo