vendredi 26 février 2021
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Jean-Christophe Maillot : « Nous misons plus sur la visibilité que sur la rentabilité »

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Les Ballets de Monte-Carlo ont lancé le 5 janvier 2021 leur plateforme de streaming, BMC stream, pour assister à certaines représentations à distance.

Jean-Christophe Maillot, chorégraphe et directeur de la compagnie, y voit un moyen de garder le lien avec le public, surtout à l’international.

Organiser un spectacle en pleine crise sanitaire, c’est faisable ?

C’est possible, quand on fait attention. Nous montrons ainsi l’exemple aux pays voisins et amis. Nous avons eu trois cas de Covid-19 isolés [lire notre encadré, par ailleurs — NDLR], certes, mais il ne s’agissait jamais de personnes dans le spectacle, directement. Nous sommes testés tous les cinq jours pour prévenir une éventuelle infection. Nous passons entre les gouttes.

Avez-vous l’impression d’être privilégiés par rapport aux pays voisins ?

Nous ne sommes pas des privilégiés, ce sont les autres qui sont défavorisés. Nous ne pouvons pas faire tout ce que nous voulons, non plus. La période est tout sauf normale, et, ce qui nous manque particulièrement, ce ne sont pas les spectacles à Monaco. Nous avions une activité très forte comme ambassadeurs à l’étranger, notamment en Chine, au Japon, aux États-Unis et en Hongrie… Tout est tombé à l’eau.

Vous avez donc choisi de créer une plateforme de streaming pour maintenir le lien avec l’étranger ?

Il fallait réagir, sans pour autant chercher à nous réinventer comme certains le suggèrent. Ce mot est d’ailleurs bien vulgaire. Nous sommes là, au contraire, pour pallier à une situation particulière et réfléchir autrement. D’ici trois ans, l’activité internationale va sûrement se réduire. Je crains que la machine ait du mal à se remettre en marche, car tout le monde devra jouer les spectacles qui avaient été décalés. Ce sera comme un bouchon sur autoroute.

À quoi ressemble votre plateforme de streaming ?

On fonctionne avec plusieurs caméras, comme pour une retransmission de football ou de Formule 1 (F1). On peut choisir son angle de vue, comme si on était sur scène. C’est une vraie expérience immersive. Cela permet aussi de mieux s’identifier aux danseurs. On ne leur rend pas assez hommage. On aimerait que les spectateurs s’y attachent autant qu’à l’œuvre en elle-même. Comme s’ils allaient sur un énorme compte Instagram, à l’intérieur de la compagnie.

Combien ça coûte ?

L’abonnement coûte 4,99 euros par mois, 49,99 pour un an, et un spectacle à l’unité peut coûter jusqu’à 11,99 euros. Ce n’est pas très cher, et cela permet de capter le spectacle sous une forme très originale. Une fois acheté, on pourra garder le spectacle pendant une semaine. Nous en avons capté six de cette manière. Le résultat est très jouissif et, par ce biais, le ballet devient moins élitiste. Cet outil correspond à notre époque. Il permet de garder les yeux ouverts.

« Je m’interroge sur la nécessité de faire quatre représentations à Tokyo, quand on pense à l’empreinte écologique que cela représente »

Est-ce suffisant pour être rentable ?

Nous misons plus sur la visibilité que sur la rentabilité. Cela nous coûtera une petite somme, bien sûr, mais pas une fortune non plus. Au niveau purement technique, nous collaborons avec deux entreprises monégasques. Nous dépensons environ 35 000 euros pour le personnel et le matériel. À l’époque, on dépensait beaucoup en publicité sur les réseaux d’affichage, ce n’était pas donné… En comparaison, on devrait être à l’équilibre financièrement, ça ne devrait donc pas représenter un coût en plus. C’est plutôt un ajustement pour communiquer avec les moyens qui sont les nôtres. Avec la 5G, on devrait s’en sortir encore mieux, pour des sommes pas mirobolantes.

Combien de vues espérez-vous faire en moyenne ?

Aucune idée. À titre d’exemple, l’opéra de Paris a fait 12 000 vues sur sa plateforme équivalente, mais est-ce vraiment mesurable ? Les spectateurs restent-ils tout du long ? Sur notre outil, on aura de quoi mesurer l’engagement. Je suis optimiste, cette captation va amener au-delà du public habituel. Il nous permettra de garder aussi un lien avec l’international. Je m’interroge d’ailleurs sur la nécessité de faire quatre représentations à Tokyo quand on pense à l’empreinte écologique que cela représente pour toucher 5 000 personnes au final. Est-ce viable ? Si, avec ces outils, on peut changer la donne, alors j’aimerais qu’on le propose aux théâtres également, et à d’autres encore.

Faut-il un matériel particulier pour regarder un spectacle en streaming ?

Les jeunes sont capables de rester trois heures sur un écran de téléphone, mais le rendu sera tout de même bien mieux sur un écran de télévision, ou sur une tablette, à la limite. C’est une autre manière de le consommer. Je ne m’attends pas à ce qu’on regarde le spectacle d’une traite devant son écran, mais plutôt dix minutes ici, puis là-bas. Il peut être morcelé, comme quand on regarde une série télé. Il faut savoir que je sacrifie mon spectacle pour cette plateforme car, ce qui compte, c’est comment le public le regarde.

Des annulations après trois cas de Covid-19

Une vingtaine de vidéos sont déjà en ligne sur BMC stream à l’heure où Monaco Hebdo bouclait ce numéro, le 19 janvier 2021. Outre la version interactive de Core Meu, des documentaires sur les ballets et des interviews de danseurs, on retrouve la captation de LAC, qui devait initialement se jouer face au public du Grimaldi Forum les 2 et 3 janvier 2021, tout comme la représentation de la Saint-Sylvestre. Trois cas positifs au Covid-19 s’étaient en effet déclarés dans la compagnie, forçant Jean-Christophe Maillot à annuler ses représentations avant même d’attendre le résultat des tests PCR, « pour ne pas prendre de risque », comme il l’expliquait alors.

Pour lire la suite de notre dossier sur la culture face au covid-19 cliquez ici

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