mardi 30 novembre 2021
AccueilCultureUn road-movie Kyoto-Tokyo

Un road-movie Kyoto-Tokyo

Publié le

Série des Lieux célèbres de Kyôto
Série des Lieux célèbres de Kyôto - Hiroshige Utagawa (1797- 1858). Paris, musée Guimet - musée national des Arts asiatiques. © Photo RMN (musée Guimet, Paris) / Harry Bréjat.

C’est à une sorte de road-movie asiatique à travers l’espace et le temps que propose le Grimaldi Forum pour sa grande expo de l’été 2010. Une expo intitulée Kyoto-Tokyo, des samouraïs aux mangas qui se déroulera du 14 juillet au 12 septembre.

L’espace, c’est la route du Tokaido, les 480 kilomètres qui séparent Kyoto, la capitale historique du Japon et Tokyo la capitale actuelle, la plus grande ville du monde. Le temps, c’est le voyage qui débute au Moyen Age, celui des empereurs installés dans la capitale antique et nous propulse dans la capitale moderne où les shoguns ont fondé leur pouvoir.
Pour amortir cette tension entre les deux pôles de la civilisation nippone qui nous entraîne entre la capitale spirituelle et la mégapole, le périple propose des étapes. Elles nous font arrêter sur les scènes du théâtre No. Mais aussi devant les écrans du cinéma japonais contemporain, celui des Kurosawa, et des Mizoguchi. On passe des samouraïs à cheval au Shinkansen, le train à grande vitesse, des estampes japonaises aux mangas, et de l’éternel Fuji Yama qui amène les japonais à la plénitude de la communication avec la nature, aux robots actuels qui nous rappellent qu’ils restent aussi profondément attachés à la pensée animiste. Pour les nippons, même les choses inanimées ont une âme. A plus forte raison quand elles deviennent animées comme les robots. D’ailleurs, au 18ème siècle dès leur invention, les automates seront considérés comme des alter ego.

Trois ans de préparation

Une certitude, cette expo vient de très loin : Jean-Paul Desroches, le commissaire qui l’a préparée, en compagnie d’Hiromu Ozawa côté japonais, avait soumis un premier thème il y a trois ans à Sylvie Biancheri, la directrice du Grimaldi et Catherine Alestchenkoff, la directrice des évènements culturels. Le travail commun avait permis de peaufiner cette ébauche pour en arriver à proposer ce grand écart chronologique et spatial sur 2 600 m2. Résultat, une expo inédite qui devrait séduire aussi bien les amateurs plus âgés et plus sensibles à la tradition japonaise, et qui s’enthousiasment aux exploits des samouraïs, que les plus jeunes, fans de mangas et de consoles de jeux qui vibrent aux exploits de Naruto et de Goldorak. D’ailleurs, la pérennité est flagrante dans l’esprit depuis le 14ème siècle jusqu’au 21ème, entre ces samouraïs et ces héros de bandes dessinées qu’on lit à l’envers. Ils restent des personnages cuirassés qui se battent pour la défense de certaines valeurs intangibles, comme l’honneur et la chevalerie. Ce qui explique qu’on puisse voir en face à face casques contemporains et casques de samouraïs.

Des pièces venues du monde entier

Mais regrouper depuis le monde entier vers Monaco et le Grimaldi autant d’œuvres a été difficile. D’abord parce que les relations avec les japonais que le commissaire de l’exposition connaît bien, sont « pour le moins compliquées et tortueuses, et que oui en japonais ça ne veut pas dire oui, mais oui et non ». Mais aussi parce que les pièces dévoilées au Grimaldi proviennent des plus grands musées japonais, américains et européens et de quelques collections privées. Des musées qui ont accepté de jouer le jeu. Comme San Francisco qui possède la plus fameuse collection américaine d’art japonais, avec le musée de Boston. Ou les trois musées nationaux japonais, dont le musée Edo à Tokyo. Et le musée Guimet des arts asiatiques bien sûr où travaille Jean Paul Desroches depuis 34 ans. Mais aussi le Victoria and Albert Museum de Londres, le musée du cinquantenaire à Bruxelles et les musées italiens d’art oriental de Venise et Stibbert de Florence pour les armures. Ainsi qu’une collection privée italienne. Une coordination qui a demandé deux ans et demi de travail en continu pour un budget de 3 millions d’euros. A noter que Kyoto-Tokyo présente plusieurs pièces exceptionnelles, jamais exposées en dehors de leur espace d’origine. Au départ de cette sorte de pèlerinage dans la zénitude, une sculpture de 2,70 mètres de haut “Fudo Myoo” la divinité bouddhique courroucée, image terrible de la colère entourée d’un cercle de flammes de bois qui date de la fin du 12ème siècle. Une sculpture qui n’était jamais sortie du Japon et qui appartient au musée national de Tokyo. Puis des peintures rarissimes, des paravents à fond d’or et des grands tirages de l’estampe japonaise les Ukiyo-e qui datent de l’époque Edo (1615-1868), des petits chefs d’œuvres de l’art de la gravure redécouverts par les impressionnistes européens.

“Architecture inédite”

A voir aussi la série complète intitulée 36 vues du mont Fuji, réalisée à partir de 1829 par Katsushika Hokusai (1760-1849). Les estampes traditionnelles sont mises en perspective avec les premières photos au Japon à l’époque Meiji, prises par le vénitien Felice Beato qui y a séjourné de 1863 à 1868. Mais ce n’est que plus tard que se créera une école de photographie purement japonaise, avec des artistes talentueux comme Kusakabe (1841-1934) dont il était intéressant d’exposer les premiers tirages sur papier albuminé. Estampes et photos, miroirs immobiles des plus belles étapes d’une route du Tokaido. Une route qui deviendra au milieu du 20ème siècle le symbole de la vitesse contemporaine, à l’image du cinéma des années 60, de l’animation des années 80 et de ces affiches du train grande vitesse Shinkansen inauguré aux Jeux Olympiques de 1964 qui ont lieu à Tokyo. « Ce sont bien les jeux d’ailleurs qui lancent Tokyo dans la modernité, précise Jean Paul Desroches. C’est à cette époque que surgit au Japon une architecture inédite, c’est la première fois que le Japon réfléchit au design sur une grande échelle, et qu’il effectue sa première diffusion télévisuelle internationale par satellite. »
En revanche, cette expo n’a pas abordé la littérature japonaise. Mais elle est suggérée à plusieurs reprises en intermède avec le théâtre No grâce à l’art lettré et les calligraphies des Kana, qui sont montrées dans des répliques imprimées du XIXème siècle, et comparées avec les mangas.

Une scénographie intimiste

A noter aussi une scénographie réussie. Bruno Moinard de l’agence 4BI, scénographe de Cartier et de plusieurs musées de France comme le musée Rodin, le Carnavalet ou la bibliothèque nationale de France, a voulu mettre en scène les 600 œuvres de l’exposition « comme une sorte de musique à quatre temps », précise son bras droit, Noëlle Merlet. Une musique rythmée par des temps plus intenses que les autres. Quatre temps qui correspondent aux quatre étapes de la route Kyoto-Tokyo sur la route du Tokaido, où chaque voyageur doit pouvoir à chaque instant admirer le Fuji Yama, la montagne sacrée. Départ à Kyoto dans l’obscurité la plus dense et qui le restera tout au long du parcours qui nous conduira tour à tour à Edo, le premier nom de Tokyo, à réfléchir sur le parcours lui même. Et enfin à Tokyo et ses rues reconstituées par des immeubles mangas aux couleurs acides et vives…

Du 14 juillet au 12 septembre, tous les jours de 10h à 20h, sauf mardi 10 août. Nocturnes les jeudis jusqu’à 22h. Plein tarif : 12 euros.

Tarifs réduits : groupes (plus de 10 personnes) : 10 euros, étudiants (moins de 25 ans) : 8 euros, gratuit pour les enfants (jusqu’à 11 ans).

Publié le

Monaco Hebdo