dimanche 23 janvier 2022
AccueilCultureUn centenaire baroque et en lumière

Un centenaire baroque et en lumière

Publié le

Hervé Niquet et le Var's Musica
Hervé Niquet et le Var's Musica © Photo DR

Les 29 novembre et 2 décembre, la Cathédrale de Monaco a dignement fêté les 100 ans de sa consécration, avec Hervé Niquet et le Var’s Musica. Lumineux?!

Par Alice Blot.

L’avant-dernier concert donné dans le cadre des « Musiques du centenaire de la cathédrale », programmées et organisées par le père Philippe Blanc, était sans conteste l’un des plus remarquables de la série. Que l’on soit « baroqueux » (terme hérité des années 80) ou non, le Concert spirituel fondé par Hervé Niquet en 1987 est synonyme d’excellence, de musicalité et d’authenticité. Claveciniste, organiste, chanteur, chef de chant à l’Opéra de Paris, et chef de chœur, Hervé Niquet a redécouvert et fait connaître tout un répertoire de musique française, en commençant par le Grand Motet Versaillais. A côté de compositeurs reconnus comme Lully, Marc-Antoine Charpentier ou André Campra, Hervé Niquet a contribué à faire sortir de la « pénombre » des Sébastien de Brossard, André-Cardinal Destouches (ami intime et correspondant privilégié du prince Antoine 1er de Monaco (1661-1731)). Il a en effet défriché à la Bibliothèque nationale des manuscrits de Louis Le Prince et Pierre Bouteiller, dont le Requiem pour voix d’hommes, cordes graves et continuo, clôturait cette soirée, non seulement hors norme, mais hors du temps. Donnant quelques indications avant le concert, Hervé Niquet a tenu à souligner la sobriété d’un programme se voulant une « mise en scène de la mort au Siècle des Lumières »?: on aura apprécié le contraste?! De la même façon, le chef a choisi de dérouler l’entièreté de son programme sans interruption, se calquant sur le geste liturgique lui-même. Dans un registre grave (voix et cordes) où s’équilibraient à merveille ferveur, rondeur des timbres et expressivité vocale observant une retenue toute janséniste, le Concert spirituel a interprété un De Profundis et Stabat Mater de M.A.- Charpentier, trois motets de Fremart, Dugard et Le Prince, un Stabat Mater de Sébastien de Brossard pour s’achever sur la Messe des Morts de Pierre Bouteiller. Portée par un phrasé moelleux et sensuel cette musique divinement dépouillée a laissé l’auditoire comme abasourdi par tant de beautés.

Trois mille bougies pour trois voix

Le lendemain, le concert de clôture, interprété par l’ensemble Var’s Musica (trois voix d’hommes a cappella) au profit de l’Association suisse ARES (Aide aux enfants africains atteints du VIH Sida), était placé sous le haut Patronage de la princesse Stéphanie. L’intitulé de la soirée pouvait susciter la curiosité de l’auditoire. Pari réussi?! Dans une cathédrale pleine, plongée dans la plus totale obscurité s’est élevé un Venite a laudare du XIIème siècle. Quelques bougies se sont alors éclairées découpant dans l’ombre du chœur les trois silhouettes de Gabriel Jublin (contre-ténor), François Maniez (baryton) et Daniel Jublin (basse). La musique, motets du XIIème au XVIème siècle entrecoupés d’improvisations, allait se poursuivre sans discontinue conjointement à la progression lumineuse qui, au terme des trois mille lumignons, avait redonné vie à cette « Maison de prières » ainsi qu’à nos espérances. Les manifestations musicales organisées par le père Philippe Blanc avaient, sans doute, en cette année de Centenaire, une aura particulière. Elles permettent en tout cas de faire magnifiquement résonner les voûtes de la Cathédrale monégasque. Cent ans après sa consécration.

Publié le

Article précédentLa loi qui fait un tabac
Article suivantPlus bio le repas
Monaco Hebdo