lundi 6 décembre 2021
AccueilCultureTwin Mirror, le jeu vidéo dont vous êtes le héros

Twin Mirror,
le jeu vidéo dont vous êtes le héros

Publié le

Un an après la sortie de Shenmue III, Shibuya Productions lance un nouveau jeu vidéo d’envergure. Baptisé Twin Mirror, ce thriller narratif plonge le joueur dans une enquête dont il est le héros.

«Malgré le contexte, le jeu est sorti le 1er décembre 2020. On est très content ». Shibuya Productions et son président Cédric Biscay peuvent avoir le sourire. Un an après avoir sorti le très attendu Shenmue III (lire par ailleurs), l’entreprise monégasque récidive cette année avec Twin Mirror(1). Un jeu vidéo qu’elle a développé avec Dontnod, un studio français indépendant spécialisé dans les jeux narratifs, et auteur notamment du retentissant Life is Strange.

Thriller psychologique

Dans Twin Mirror, vous incarnez Sam Higgs, un ancien journaliste d’investigation qui revient dans sa ville natale pour enquêter sur la mort de son meilleur ami. « Comme Sam a une faculté de déduction un peu hors du commun, il va tirer un peu la pelote et il va trouver au fur et à mesure de l’aventure tout un tas d’indices pour essayer d’élucider ce mystère », résume Cédric Biscay. Et pour parvenir à percer tous les secrets que renferme cette disparition brutale, le journaliste va devoir affronter les erreurs de son passé et faire des choix. Ceux-ci sont guidés par son palais mental (technique de mémorisation), dans lequel il retrouve des informations cruciales et des indices essentiels pour l’enquête. Ce refuge imaginaire lui permet ainsi d’exprimer pleinement son esprit analytique et déductif. Pour l’aider dans sa quête de vérité, Sam peut aussi se fier (ou pas) à son alter ego, sorte de conscience avec laquelle il échange avant chaque décision importante. « Version plus empathique et sociable de Sam » selon les développeurs, elle apporte un point de vue différent, et amène parfois le joueur à privilégier une attitude plutôt qu’une autre. « Le point central du jeu, c’est cette utilisation du palais mental. C’est tout l’intérêt de l’enquête », assure le PDG de Shibuya Productions. « Il y a des éléments qui arrivent, on peut les analyser. Tout un tas d’actions sont induites par rapport à ça et tout le gameplay du jeu repose sur lui », explique Cédric Biscay réfutant au passage l’idée d’un jeu uniquement contemplatif. « Avec Twin Mirror, on est toujours dans l’action », insiste-t-il.

Plusieurs scénarios possibles

Une action dont le joueur est complètement partie prenante puisqu’à la manière d’Un livre dont vous êtes le héros, il est amené à faire des choix qui vont influer sur le cours de l’histoire. « Twin Mirror est un jeu narratif, où on a beaucoup d’interactions et selon les choix que l’on fait, il va y avoir une véritable incidence », souligne Cédric Biscay. « Il ne va pas se passer la même chose selon les réponses que l’on aura apportées à certaines questions ou selon les actions que l’on va faire », ajoute-t-il tout en précisant qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise décision. « C’est au joueur de façonner l’expérience de jeu qui lui ressemble ». Résultat, plusieurs scénarios et donc plusieurs fins sont possibles dans Twin Mirror, qui à la différence de Life is Strange, ne se présente pas sous un format épisodique, mais bel et bien comme un tout. En d’autres termes, vous avez en un seul jeu, un début, un milieu et une fin. D’ailleurs, pour arriver au terme de l’histoire, il faut compter environ « une huitaine d’heures si on fait tout d’une traite sans réfléchir, et douze heures si on le fait tranquillement », estime Cédric Biscay quand certains gamers affirment, sur certains sites spécialisés, l’avoir terminé en cinq ou six heures. « Moi, j’aime prendre le temps. Je ne suis pas en mode « Netflix » du jeu vidéo, où on a pléthore de références et on fait “next” [suivant – NDLR] à chaque fois. Il faut quand même prendre le temps. Un jeu narratif, ce n’est pas un jeu d’arcade », rétorque le patron de Shibuya. « Il faut se poser, ressentir le jeu. On veut faire vivre une véritable aventure aux joueurs ».

« On n’est pas dans le triple A, c’est-à-dire des jeux à 40 millions avec un monde vaste. Ce qui est intéressant pour nous, c’est qu’on est copropriétaire de la propriété intellectuelle » Cédric Biscay. Président de Shibuya Productions

Shibuya vise le million de jeux vendus

Il aura fallu quatre ans et plusieurs millions d’euros aux développeurs pour sortir Twin Mirror. Un investissement certes conséquent pour Shibuya Productions, mais loin des budgets de blockbusters du type GTA, Call of Duty ou Assassin’s Creed : « On n’est pas dans le triple A, c’est-à-dire des jeux à 40 millions, avec un monde vaste. Ce qui est intéressant pour nous, c’est qu’on est copropriétaire de la propriété intellectuelle », explique le PDG de la société monégasque, qui a été sollicitée par Dontnod pour son expertise transmédia. « Ils avaient quelques difficultés avec la première mouture de Twin Mirror. Ils avaient besoin d’avoir un avis d’expert extérieur plus évidemment un co-financement, parce que nous sommes spécialisés dans le transmédia. C’est-à-dire la possibilité pour une œuvre de vivre sur différents supports. À la différence du crossmédia, qui est juste une adaptation, nous, on pense le jeu pour qu’il puisse être décliné ailleurs mais qu’il y ait une valeur ajoutée », détaille Cédric Biscay. Les développeurs espèrent désormais que les ventes du jeu, « attendu à l’international » dixit l’entrepreneur, seront à la hauteur de leur investissement. « On espère vendre plus d’un million d’exemplaires, facile », ambitionnent-ils. De quoi permettre à Shibuya de s’affirmer encore un peu plus sur le marché du jeu vidéo un an après la sortie de Shenmue III. Et pour atteindre ces objectifs de ventes, la société monégasque a mis tous les atouts de son côté puisqu’elle a fait appel à une référence dans le milieu, en l’occurrence Bandai Namco. Ce spécialiste de la distribution et de la commercialisation de jeux vidéo a prévu une distribution mondiale pour Twin Mirror… sauf au Japon. « Un crève-cœur » pour Cédric Biscay, très attaché au pays du Soleil-Levant et à sa culture, « mais quand on travaille avec des partenaires, on les laisse aussi décider certaines choses même si moi je n’étais pas spécialement pour », avoue-t-il. Avant d’expliquer les raisons de ce choix : « Bandai Namco nous a expliqué que ce n’est pas le genre de jeu qui fonctionne au Japon, donc ça ne sert à rien de dépenser encore dans de la traduction… ».

Premiers retours positifs

Pour compenser cette absence sur le marché japonais, le patron de Shibuya peut toujours se consoler avec la vente de goodies qui accompagne la sortie du jeu. « Il n’y a rien d’exceptionnel mais par exemple, on a fait des manettes aux couleurs de Twin Mirror en plus des goodies [objets publicitaires – NDLR] traditionnels ». Pour assurer la promotion du jeu, le coproducteur s’appuie aussi sur des influenceurs, devenus incontournables aujourd’hui. « Streamer [diffuser du contenu en continu sur Internet – NDLR] est devenu un apport marketing majeur », affirme Cédric Biscay qui dispose encore d’autres atouts dans sa manche, « on a quelques surprises en stock mais je ne peux pas en dire plus pour le moment ». Depuis sa sortie le 1er décembre 2020, les retours des joueurs sont, dans l’ensemble, positifs : « Les joueurs sont bien pris dans l’aventure. La presse en général trouve qu’il est bien. Si je dois donner une note moyenne, elle se situe entre 6 et 7 sur 10 », juge un Cédric Biscay, plutôt satisfait. Selon lui, Twin Mirror souffre malheureusement de la comparaison avec les précédents jeux de Dontnod : « Une certaine presse reproche au jeu de ne pas être un jeu narratif habituel sorti par Dontnod. Là, c’est un jeu différent, qui n’est pas épisodique et qui a recentré ses priorités sur d’autres aspects. Parfois, on s’attend à avoir toujours la même chose mais ce n’est pas le cas avec Twin Mirror. Certains sont donc agréablement surpris, d’autres non car ce sont des fans ». Au niveau des ventes, les choses évoluent favorablement à en croire le patron de Shibuya : « C’est bien. On savait qu’il y avait déjà des précommandes… Ça fonctionne bien, mais il est encore trop tôt pour se faire une véritable idée », tempère Cédric Biscay. L’arrivée de Noël devrait permettre de « booster » un peu les ventes, même si la concurrence est démultipliée à cette période de l’année. Les producteurs attendent en tout cas beaucoup des retombées commerciales avant, pourquoi pas, d’envisager un nouvel opus. « Ce n’est pas en projet, mais je ne peux pas vous dire qu’il n’y aura pas de Twin Mirror II parce que cette décision n’a pas encore été prise. Il est tout à fait possible qu’il y ait un jour un Twin Mirror II. Mais on va déjà voir le résultat commercial de ce jeu », prévient Cédric Biscay. Avant de conclure : « Les investissements ont été lourds donc on attend aussi des retours sur investissement importants. C’est ce qui décide de la vie d’un jeu ».

1) Twin Mirror. 29,99 euros. Interdit aux moins de 16 ans. Disponible sur PS4, Xbox One et PC. Et compatible sur PS5 et Xbox Series.

Premier bilan mitigé pour Shenmue III

Au cours de l’interview qu’il nous a accordée, Cédric Biscay a dressé un bilan de Shenmue III, un an après sa sortie dans les bacs. « On n’est pas sur le carton absolu, c’est satisfaisant. Au niveau des ventes, on s’attendait à mieux. Mais en termes d’impact pour l’entreprise, c’est énorme », reconnaît le patron de Shibuya Productions. « Je m’attendais à mieux pour les ventes parce que par rapport à ce qui est généré autour de ce jeu, ça devrait être “énormissime”. Mais si on fait une analyse froide, on parle d’un jeu dont c’est le troisième épisode, les deux premiers sont sortis il y a vingt ans. Le remake du I et du II qui est assez pauvre est sorti quelques mois avant le III, ce n’est pas suffisant pour générer une nouvelle communauté de joueurs », analyse Cédric Biscay qui n’affiche aucun regret. « L’impact par rapport au public, par rapport aux professionnels c’est un coup que je referais mille fois si je devais le refaire ». D’ailleurs, l’entrepreneur ne cache pas son envie de sortir un Shenmue IV : « On veut le faire, c’est sûr. On cherche des potentiels partenaires pour pouvoir le faire correctement. […] Si on fait un quatrième (Shenmue) en mode blockbuster, je n’ai pas de doute que ça cartonne à fond », confie-t-il tout en révélant travailler conjointement sur d’autres projets de jeux. « Il y en a un dont je peux parler. C’est un jeu pour un appareil de fitness qui fonctionne avec des pressions. En gros, il s’agit de faire des exercices en jouant, sans s’en rendre compte. C’est ce qu’on appelle la distraction utile. Si tout va bien, le jeu sera fini au plus tard en mai ». Qu’on se le dise, Shibuya Productions a toujours de l’ambition dans le jeu vidéo.

Publié le

Monaco Hebdo